Christian Vanneste, ou la victoire de la liberté d’expression

Hier, j’ai appris avec une certaine satisfaction que le député du Nord Christian Vanneste avait été blanchi, au final, par la Cour de cassation, quatre ans après ses propos sur l’homosexualité, qui avaient été quasi-unaniment condamnés par les médias et le monde associatif et politique. Voilà qui est rassurant sur la santé « morale » de notre pays.

Comme le rappelle Le Figaro, « l »affaire est née de l’opposition de Christian Vanneste à la loi du 30 décembre 2004, réprimant les injures et discriminations homophobes au même titre que les injures et discriminations racistes ou sexistes. Le parlementaire avait justifié sa position dans deux interviews, disant notamment dans la Voix du Nord que l’homosexualité «était inférieure à l’hétérosexualité. Si on la poussait à l’universel, ce serait dangereux pour l’humanité». »

On peut lire Eolas si l’on souhaite connaître avec précision la chronologie judiciaire exacte de l’affaire, et la justification juridique, basée sur la convention européenne des droits de l’homme, de l’arrêt rendu par la chambre criminelle de la Cour de cassation.

Que ce soit clair, d’emblée : je suis en désaccord avec ce propos. J’ai beau estimer, en raison notamment de mes convictions religieuses, que l’homosexualité est contre-nature, je ne suis pas pour autant « opposé à l’homosexualité », chacun étant responsable de sa propre vie. Je n’ai rien contre les personnes homosexuelles, en qui je vois avant tout des personnes, sans juger leur comportement. Je ne considère donc pas les homosexuels comme « inférieurs » à qui que ce soit. De la même façon, je trouve particulièrement stupide le lien irréfléchi et maladroit établi par Gérard Longuet entre pédophilie et homosexualité.

Et pourtant. Pourtant, on doit toujours être libre de s’exprimer, y compris, éventuellement, pour dire des bêtises. Comme le dit Eolas, « dire des âneries n’est pas forcément un délit en France ». Jean-Marie Bigard y a droit, alors pourquoi pas Vanneste ou Longuet? Comme Criticus l’a énoncé de manière volontairement provocatrice, je considère que la liberté d’expression, sans pour autant être totale, doit être considérée de façon bien plus large qu’on ne l’admet aujourd’hui. L’injure, l’appel à la haine ou au crime ne sont-ils pas des limites largement suffisantes?

Au fond, ceux qui ont voulu museler le député du Nord ont contribué à donner une publicité encore plus grande à ses propos, comme ceux qui ont attaqué les caricatures de Mahomet publiées par Charlie Hebdo.

Et que serait notre société, si la justice était continuellement appelée à décider quels propos doivent être « autorisés » ou pas? Le débat démocratique, les échanges, les contradictions publiques, doivent suffire. Quand Jean-Marie Le Pen, par exemple, ose dire que l’occupation allemande n’a pas été si « inhumaine » que cela, chacun ne constate-t-il pas qu’il se trompe? Chacun n’est-il pas en mesure de constater qu’il s’agit d’une énormité? Les opinions adverses, et c’est heureux, ne peuvent-elles pas s’exprimer, et renvoyer le provocateur dans ses buts? A-t-on absolument besoin que la Justice vienne conforter l’opinion dominante?

La discussion est ouverte. Une chose est sûre : on ne pourra jamais empêcher quelqu’un de penser. Ou de s’exprimer dans la sphère privée. Dès lors, autant accepter que les opinions contraires s’expriment, ce qui laisse la possibilité de les contredire.

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