Archives de Tag: référendum

Quand vont-ils se mettre à bien voter, ces idiots d’Irlandais?

Et voilà, ça y est. Je pensais que nos dirigeants auraient la décence de s’abstenir d’une telle ineptie, d’une telle hérésie démocratique. Je pensais que c’était une blague, une incantation. Mais non : on pense bien à faire revoter les Irlandais sur le Traité de Lisbonne, qu’ils ont rejeté en juin à 53,4%. Et ce, jusqu’à temps qu’ils donnent la bonne réponse!

Je ne m’étendrais pas sur les raisons objectives qui peuvent justifier qu’on sorte du marasme dans lequel l’Union européenne se trouve. Et qu’on abandonne les règles étouffantes du traité de Nice, valables pour une Europe à 15 et non à 27. Car cela, c’est le problème de ceux qui depuis Maastricht, construisent une Europe envers et contre tout bon sens. Elargissent à gogo avant d’approfondir, et après, se plaignent que les traités ne soient plus applicables. L’Union est devenue un monstre, il faudra bien s’en apercevoir, tôt ou tard.

Après le double refus français et néerlandais, en 2005, elle était au fond du gouffre, condamnée à une existence a minima. Et il a fallu concocter un nouveau traité. On a repris le même, un brin retouché, « retoiletté » comme on dit, et en moins formel. On a fait avaler cette couleuvre aux Français, aux Néerlandais, qui n’ont pas bronché ou si peu. Chez nous, on aurait déjà pu trouver scandaleux qu’on nous fasse voter de nouveau : même pas! On a ratifié le traité par voie parlementaire. Mais puisqu’on te dit que la constitution l’autorise, coco! C’est dé-mo-cra-tique.

Face au refus Irlandais, et alors que 25 des 27 Etats (moins, donc, l’Irlande et la République Tchèque) ont ratifié ce traité, les Européens ont beau jeu de pointer du doigt les incohérences irlandaises : soit vous quittez l’Union, soit vous votez de nouveau. On a évidemment incité Brian Cowen, le premier ministre irlandais, à choisir la première seconde solution, en entourant ce nouveau dispositif référendaire de précautions en béton pour être sûr que cettes fois, ces paysans arriérés votent enfin dans le bon sens. On va abandonner le principe selon lequel il y aurait moins de commissaires européens que d’Etats (l’idée de cette réforme étant de considérer qu’un commissaire représente l’Union, et pas son Etat d’origine), alors que celui-ci est inscrit noir sur blanc dans le traité. On va également rédiger des dispositions annexes au traité où on rassurera les Irlandais sur certains thèmes qui leur sont chers, tels que le droit à la vie ou la fiscalité. Dispositions qui ne serviront à rien d’autre, bien entendu, qu’à illusionner nos amis irlandais.

Et hop! le paquet sera emballé. Brian Cowen fait encore mine de réserver sa décision, mais de fait, on s’oriente vers un vote en octobre 2009. Et pour amuser la galerie, le premier ministre irlandais feint encore de réclamer des garanties d’ici le mois de juin.

Elle est pas belle, la vie?

Pour conclure, et au-delà du scandale démocratique que représente un nouveau vote, Jean Quatremer fait bien de pointer du doigt le risque d’une telle manoeuvre et la « jurisprudence » que cela peut créer : « Les citoyens auront désormais la tentation de toujours voter non pour obtenir ce que leurs représentants n’ont pu négocier. L’Union risque donc de devenir ingouvernable: par exemple, entre le refus irlandais de toute harmonisation fiscale et sociale et la volonté française de parvenir à une telle harmonisation, on se demande sur quelle base pourra se faire un compromis, compromis qui sera toujours jugé insuffisant. Bref, le prix à payer pour un hypothétique oui irlandais risque d’être très lourd. »

Poster un commentaire

Classé dans Europe

Pour une Europe plus proche et plus démocratique

C’est absolument incroyable que l’on soit contraint, plus d’un demi-siècle après l’avènement d’une forme d’Union européenne, de s’interroger sur ce que nous souhaitons pour le continent. Un peu comme si après l’Europe de la diplomatie, de l’intergouvernemental, devait s’ouvrir, enfin, l’ère de l’Europe des citoyens.

Quoi qu’on pense des raisons qui ont amené à ces votes, il aura fallu le double non français et néerlandais de 2005, puis le non irlandais de la semaine dernière pour un arriver à cette réflexion : non, la construction européenne n’est pas figée, et elle ne doit pas forcément s’envisager comme le font nos dirigeants depuis une vingtaine d’années. Oui, une autre Europe est possible, et même souhaitable. Oui, il faut réfléchir et se creuser la tête, plutôt que de continuer à insulter les peuples comme le fait par exemple sans cesse l’élitiste Maître Eolas, qui ne doute jamais de rien et surtout pas de lui-même.

Force est de constater que depuis la chute du mur de Berlin, qui a coïncidé, peu ou prou, avec le début de la globalisation des échanges économiques, l’Europe a un doute évident sur son identité, sur ce qu’elle doit être. Alors que dans le même temps, avec notamment Erasmus, il n’y a sans doute jamais eu une conscience européenne aussi forte au sein de la jeunesse!

D’aucuns estiment qu’il il y a là le signe d’une crise des valeurs. Et ils n’ont sans doute pas tort. Mais si l’on s’en tient au politique, on voit bien que depuis une bonne dizaine d’années, notre vieille Europe fait tout et surtout n’importe quoi : les élargissements successifs, sans intérêt majeur autre que le symbolique, ont freiné l’émergence de l’Europe que l’on pouvait attendre, à savoir une Europe politique. C’était une faute majeure, quasi impardonnable. Mais une erreur qu’on est sur le point de reproduire puisque d’autres adhésions sont envisagées.

A ce titre, je suis très proche de la vision d’Authueil. Il faut savoir ce qu’on veut : si on désire une Europe qui prenne des décisions supra-gouvernementales, si on veut être plus efficace et être forts à plusieurs, il faut absolument que le citoyen n’y perde pas au change. Il faut donc d’abord que les procédures de décision soient plus simples, mieux expliquées, plus démocratiques. Toréador s’essaie par exemple à proposer un nouvel équilibre entre les institutions. Je suis désolé, mais ni le TCE, ni le Traité de Lisbonne, ni même les traités antérieurs ne sont satisfaisants sur ce point : l’essentiel des pouvoirs est dans les mains de la commission, composée de types cooptés d’après des critères qui m’échappent. Où est leur légitimité? Il faut retravailler là dessus, c’est incontournable.

Ensuite, il faut que les institutions et l’Europe en général soit plus visible, et pas seulement sur les plaques de chantier, à la case financement : pourquoi l’Union ne communique-t-elle pas d’avantage? Quand on voit ce que les collectivités françaises mettent comme paquet en terme de com’, pour tout et n’importe quoi, on se dit qu’un continent pourrait peut-être s’y mettre. Comme dit Emmanuel Raveline, « si un pouvoir trop présent peut être impopulaire, rien ne radicalise plus qu’un pouvoir trop abstrait et trop incompris ».

On accuse souvent les Etats-membres, et particulièrement la France, de constamment se défausser sur l’Europe. Mais n’est-ce pas également vrai dans l’autre sens? Pourquoi sur la question des énergies, les gouvernements doivent-ils faire le sale boulot? Pourquoi, lorque les pêcheurs se rendent à Bruxelles, le commissaire européen leur envoie-t-il son directeur de cabinet?

Enfin, il faut qu’on arrive à d’avantage de référendums européens, pour sortir du réflexe national. Il faut aussi ne pas se bloquer à l’unanimité : si certains Etats veulent aller plus loin que d’autres, qu’ils y aillent! Si l’Irlande veut patienter, eh bien qu’elle patiente. Tant qu’on ne sortira pas de la logique « les 27 ou rien », on n’y arrivera pas.

Poster un commentaire

Classé dans Europe

Ils peuvent pas voter comme tout le monde, ces bouseux d’Irlandais?

Réactions attendues mais peu surprenantes (quoi que toujours amusantes) de la part des médias et du monde politique français, alors que les Irlandais sont aujourd’hui appelés aux urnes pour se prononcer sur le traité européen de Lisbonne :  comme on en a désormais l’habitude, il s’agit essentiellement de dire que le choix n’existe pas. Oui, ou zut!

Hé oui, à part voter oui, il n’y a pas d’alternative possible! Que ce soit clair : ceux qui pensent voter non sont au mieux des irresponsables et des crétins, qui n’ont pas compris tout ce que leur pays devait à l’Europe. Au pire, ce sont des nationalistes timorés qui ont peur des pays d’Europe de l’est. Re-cro-que-vil-lés sur eux-mêmes.

D’ailleurs, on le voit venir de loin, puisque pour certains, il n’y a même pas eu de débat, ni de campagne digne de ce non nom. C’est ça! Si les bouseux irlandais avaient été correctement informés, pour sûr, ils voteraient oui sans hésiter! Au moins, dans les autres pays, on a adopté une attitude responsable : faire voter les parlementaires, qui eux, au moins, ne sont pas de stupides citoyens.

Certes, il est incontestable qu’un non irlandais mettrait l’Union dans une fâcheuse posture, et la France en particulier, puisqu’elle doit en prendre bientôt la présidence, et qu’elle a particulièrement milité pour relancer l’intégration politique du continent. Pierre Catalan résume assez bien cette opinion : « le vote NON, en Irlande comme en France, s’accompagne d’un refus obstiné d’imaginer les conséquences d’un NON, quitte à jeter le bébé mais à tout de même garder l’eau du bain. Comme en France, la rhétorique est facile: « si on craint des conséquences si dramatiques, pourquoi passe-t-on par référendum? ». Cette objection est évidemment une façon facile de passer à côté du sujet. Quand on vote, on doit toujours devoir se demander quelle est la portée de son acte. La démocratie implique un réflexion sur les conséquences de nos actes. »

Entièrement d’accord avec lui. Le débat est clairement biaisé. Mais l’inverse fonctionne également: le oui, ça ne peut pas avoir de conséquences négatives? Tope là, continuons comme avant, ne changeons rien, banco! J’entendais tout à l’heure Hervé Mariton, sur France Info, dire en filigrane que la campagne irlandaise avait au moins pour mérite de lancer une réflexion sur la distance trop grande entre les institutions européennes et les citoyens. Bien vu! Sauf qu’on pouvait dire ça dès Maastricht, et que depuis, pas grand-chose n’a changé…

On continue dans la même direction, on persiste par exemple à vouloir envisager de nouvelles adhésions avant même de penser à pousser plus avant l’intégration… Je trouve très joli ce qu’écrit Koz sur le rêve européen, et je ne suis pas loin d’adhérer à ses réflexions sur l‘égoïsme de certains, qui n’adhèrent à l’Europe que tant qu’ils sont bénéficiaires.. Mais amorce-t-il un soupçon d’autocritique sur la manière dont l’Union est gouvernée? Sur son évolution, sur le fond? Au moins, on retrouve un semblant de début de prise de conscience chez Versac, s’exprimant sur Publius : « A trop prendre l’électeur pour un imbécile, tout en lui proposant de s’expliquer, on s’expose à ce genre de vent de refus, et à l’exploitation par des rois de la mauvaise foi de tout mouvement d’humeur populaire. Logique implacable. »

Bien sûr. Tous les nonistes ne basent pas leur position sur un raisonnement construit. Loin de là. Mais est-ce pire que de clamer haut et fort des arguments aussi stupides que « l’Europe, c’est la paix » ?

Au final, je ne suis vraiment pas persuadé qu’un non puisse déboucher sur quoi que ce soit de positif. Mais est-ce que cela ne peut pas se transformer en un énième avertissement salutaire aux costards-cravate de Bruxelles, qui visiblement ne mettent jamais les pieds sur le terrain? Une façon de leur dire merde, après leur tentative de faire repasser en douce le même traité qu’en 2005? Cela peut se défendre, après tout… S’ils n’entendent pas, peut-être faut-il crier plus fort.

Poster un commentaire

Classé dans Europe

L’Europe, une si belle histoire

Il était une fois une Europe créée pour rapprocher les peuples entre eux, éviter tout risque de nouveau conflit et se relever de deux guerres mondiales qui l’avaient laissée exhangue.

Il était une fois une Europe, qui faute de devenir politique, et parce qu’elle s’est obstinée à être incompréhensible pour les peuples, s’est peu à peu éloignée des citoyens. Ceux-ci comprenaient mal pourquoi elle venait réglementer le nombre de kilos de poissons qu’il faut pêcher dans le Bassin d’Arcachon, et pourquoi, elle persistait à refuser la création de quelque bannière barrière douanière que ce soit aux frontières du continent. Quand on est idéologue, mieux vaut l’être jusqu’au bout même si les Etats-Unis eux-mêmes pratiquent ce genre de protectionnisme. Ceux-ci comprenaient également difficilement pourquoi on vient leur dire ce qu’ils doivent penser, comment ils doivent vivre, les droits qu’ils doivent reconnaître ou non, et pourquoi quand ils franchissent une frontière de quelques kilomètres, les communications téléphoniques coûtent les yeux de la tête et les retraits bancaires sont surtaxés. Quand on construit un continent, autant commencer par les détails, pas vrai? Ceux-ci comprennaient mal, enfin, pourquoi on persiste à inclure dans cette Europe une Grande-Bretagne peu concernée, qui n’en tire que ce qui l’ arrange à l’exclusion de tout le reste. Ils se demandaient pourquoi les Français ne feraient pas de même, après tout. Et on les traitait de poujado-fascistes et de sadomasochistes.

Et puis tout à coup, on leur a proposé une Constitution, qui reprenait tous les textes prééxistants en les formalisant de manière solennelle, tout en les accompagnant d’une charte des droits fondamentaux et en simplifiant le fonctionnement des institution. Nouvel épisode formidable de l’histoire. On annonçait de terribles catastrophes et une guerre atomique en cas de victoire du « non ». Les ouistes, eux, assuraient qu’il était irresponsable de demander au peuple son avis. Parce que le peuple, il ne comprend jamais. Les députés, eux, savent ce qui est bien ou mal. Ces chers députés.

Pour faire passer la pilule et éviter la raclée qui s’annonçait, on avait préféré désamorcer la question turque d’abord. Ah oui, parce que dans cette belle histoire, il faut ajouter que par idéalisme, depuis les annés 80, on a entrepris d’avaler sans cesse de nouveaux pays avant même de savoir ce qu’on voulait faire de l’ensemble, et avant même d’avoir approfondi l’intégration européenne. Comme ça, quand on est vingt-sept, c’est vachement plus simple de tomber d’accord sur quelque chose de profond.

Et donc notre président Jacques Chirac avait dit : « toute nouvelle entrée dans l’Union, et par exemple celle de la Turquie, sera soumise à référendum en France ». Et ce fut inscrit dans la Constitution, à l’article 88-5.

Il y eut un soir, il y eut un matin, et le « non » l’emporta tout de même.

Parce qu’en Europe on adore la démocratie, on décida d’interrompre le processus de ratification. Pas fou, sur les peuples qui s’étaient prononcés, tous avaient dit non, à part les Espagnols. On s’était dit que poursuivre le tour de table serait trop dangereux pour ce beau projet constitutionnel. Le peuple, on l’aime mieux quand il approuve.

Près de trois ans plus tard, on décida qu’il fallait relancer l’Europe. Et donc on bricola à la va-vite un semblant de traité simplifié reprenant peu ou prou le Traité constitutionnel européen rejetté en 2005. Mais cette fois, on le fit approuver par les députés. Un député, c’est plus sûr et surtout, bien plus loyal qu’un électeur.

Comme toute histoire qui se respecte, celle-ci a une superbe chute. Car tenez-vous bien, une fois ce traité approuvé, et bien ion s’est rendu compte qu’il n’y avait plus besoin de ce fichu article 88-5! Pour quoi faire, maintenant qu’on n’avait plus besoin du peuple!

Et hop, ni une, ni deux, le conseil des ministres a donc adopté hier le projet de modification constitutionnelle supprimant cet article. Le même jour, ironie du sort, le président slovène Danilo Türk expliquait à la tribune du parlement européen que « L’Europe ne doit pas refuser à la Turquie une perspective d’adhésion qu’elle lui a déjà promise. »

Sans blague! Moi je n’ai rien promis.

Bien sûr, il y aura toujours des gens comme Pierre Catalan ou Jean Quatremer pour nous expliquer en quoi cet article était mauvais d’un strict point de vue de droit constitutionnel. Certes, techniquement, ils ont sans doute raison. La question n’est même pas là.

Le véritable sujet, c’est que Nicolas Sarkozy s’apprête à retourner sa veste sur le sujet. Et qu’il finira par soutenir cette adhésion qui tuera définitivement l’Europe politique. Ce n’est pas un hasard si Etats-Unis et Grande-Bretagne soutiennent ardemment cette candidature. Rappelons, à toutes fins utiles, ce que Nicolas Sarkozy affirmait en 2004 au-sujet de l’adhésion de la Turquie à l’UE : « Une décision aussi importante ne pourrait être prise qu’après qu’il y ait eu un référendum en France pour connaître l’opinion des Français ».

Tiens, voilà ce qu’en dit Nicolas Dupont-Aignan : « Le discours officiel ne tient pas la route une seconde. Nicolas Sarkozy étant hostile à l’entrée de la Turquie, nous n’aurions plus besoin de référendum. De qui se moque-t-on ? Quand on se souvient qu’une fois élu, le Président n’a pas voulu mettre le veto sur l’ouverture de trois chapitres supplémentaires de négociations d’adhésion, on en est en droit et même en devoir de douter de la sincérité de ses assurances ! Et ce n’est pas un nouveau talk-show qui, comme par un coup de baguette magique, arrangera les choses…  »

Merci à Nicolas J, dont la migraine a suscité la narration de cette si belle histoire.

Poster un commentaire

Classé dans Europe

Au programme cette semaine, le coup d’Etat simplifié!

Nicolas Dupont-Aignan a-t-il raison de parler de « coup d’Etat simplifié » pour désigner le mode de ratification choisi pour le Traité de Lisbonne? Le terme est sans doute un peu excessif, le Parlement étant une institution démocratique et surtout, habilitée à représenter le peuple français. En théorie.

Mais alors qu’aujourd’hui, le Parlement est justement réuni en Congrès à Versailles pour approuver la révision constitutionnelle préalable à la ratification (et déjà votée par les deux assemblées séparées), il faut souligner, répéter, marteler, que cette procédure est un scandale. Un scandale pour la démocratie, un scandale pour l’Europe. Je rappelle qu’on présente à peu de choses près aux députés et sénateurs – il serait temps que les ouistes arrêtent de prétendre qu’il s’agit d’un autre traité, cela ne sert pas leur argumentation – un texte retoqué en mai 2005 par plus de 54,67% des Français.

Les partisans du traité, particulièrement hypocrites sur ce coup-là, se contentent souvent de deux arguments pour justifier le choix de Nicolas Sarkozy : celui-ci avait prévenu qu’il agirait ainsi ; le parlement représente le peuple, et à tout prendre, il est mieux qualifié que lui pour s’exprimer pour l’Europe. Il y a parfois un argument bonus, le pire de tous : Et Nice, et Amsterdam, ils n’ont  pas été soumis à référendum, alors hein!

Autant d’arguments dont ils riraient s’ils étaient employés pour défendre une idée à laquelle ils seraient opposés. En soi, ce sont des non-arguments. Pourquoi?

Nicolas Sarkozy avait effectivement parlé de « traité simplifié » pendant la campagne. Son programme contient ceci, à la virgule près : « J’ai proposé à nos partenaires un traité simplifié limité aux questions institutionnelles que nul n’a contesté pendant la campagne référendaire (ah bon? Il me semblait pourtant qu’un certain Etienne Chouard n’avait pas arrêté de parler de ça… toujours cet aveuglement!) afin que l’Europe se dote rapidement des moyens de foinctionner efficacement à 27 membres (ne fallait-il pas y penser avant d’élargir à tout va l’Union à de nouveaux pays, juste pour le symbole et sans nous demander notre avis?) ». C’est tout ce qu’il avait dit. Mais qu’y a-t-il de simplifié dans ce traité, à part les symboles européens en moins? Sarkozy voulait runir la France du oui et celle du non. Il ne fait que diviser d’avantage. Je connais des tas de nonistes qui se sentent trahis, dépossédés de leur vote.

Le parlement serait aussi apte que le peuple pour s’exprimer sur la question, voire d’avantage. Je suis d’accord avec cette assertion. Mais encore faudrait-il que la notion de représentation soit clairement définie! Trouve-t-on cela normal, que trois ans après un refus du peuple à près de 55%, 80% des députés soient en passe non seulement de dire oui, mais en plus, de refuser le droit au même peuple de donner son avis?  Cela montre bien qu’il existe un décalage criant entre les élites et les citoyens sur cette question, comme sur d’autres. Comment comprendre que l’adoption d’un nouveau traité européen ne fasse même pas l’objet d’un débat dans notre pays?
Au fond, les dirigeants, les élus, se montrent d’un idéalisme sans bornes, quasi-aveugle, pendant que les citoyens ont le sentiment de perdre leur souveraineté au bénéfice d’institutions lointaines et peu protectrices. Ah oui, l’Europe, c’est beau. Mais l’Europe, c’est aussi un truc incapable d’élaborer et de mettre en place des barrières douanières extra-communautaires. A quoi ça sert de s’investir là-dedans, se demande-t-on? Si c’est juste pour le symbole ou pour se satisfaire de la paix qui règne depuis 1945, est-ce vraiment indispensable?
Soulignons au passage, encore une fois, l’idiotie congénitale du PS qui se dit favorable à un référendum, mais refuse de voter non à la révision ouvrant la voie à l’adoption parlementaire! Où en est ce parti de sa réforme interne?
On nous répète que le référendum, c’est la porte ouverte à tous les populismes, aux faux débats. On craint qu’on ne réponde pas à la question. Mais l’adoption parlementaire, c’est quoi? C’est un débat tronqué. Un débat en catimini. Encore une fois, qui parle d’Europe à part les nonistes?
Nicolas Dupont-Aignan me semble particulièrement bien inspiré lorsqu’il dit ceci :

Une fois de plus, les émissions auxquelles je suis invité sont annulées les unes après les autres, presque toujours en dernière minute. Il y a comme une paroi de verre érigée entre nous et les Français. Tout est fait pour dissimuler au peuple le forfait institutionnel perpétré dans leur dos.

A croire que les prescriptions du puissant centre de recherche fédéraliste, l’European Policy Centre, un « think tank » qui a pignon sur rue et bénéficie de nombreuses largesses financières, sont suivies à la lettre : ce dernier, fin novembre, a ainsi publié une étude (communiquée à la diplomatie française) invitant à respecter un « impératif de discrétion qu’impose le processus de ratification du traité tout au long de l’année. » Un souci de « discrétion » qui paraît le mieux partagé du monde dans les arcanes de l’eurocratie et qui a inspiré en septembre dernier à Jean-Claude Juncker, Premier ministre luxembourgeois et président de l’Eurogroupe, à propos de la Constitution bis, cet aveu chuchoté : « Bien entendu, il y aura des transferts de souveraineté. Mais serais-je intelligent d’attirer l’attention du public sur ce fait ? »

Ou ceci :

Il est sûr que si les médias n’en parlent pas, personne ne s’y intéressera ! Je demande aux journalistes, aux éditorialistes que je crois honnêtes et sincères pour la plupart, d’oser enfin parler des choses importantes. L’adoption du traité de Lisbonne qui transfère des pouvoirs considérables à des organismes non élus et qui vide de sa substance notre démocratie mérite débat, à tout le moins devoir d’alerte !

La vérité, c’est que l’Europe est coincée par un postulat de départ mensonger et suicidaire : il faut tous avancer ensemble, au même rythme, sans quoi c’est la crise. Il faut intégrer, intégrer, intégrer. La France sans l’Europe ne pourrait rien faire (ah bon?). C’est bien de cela qu’il s’agit : Nicolas Sarkozy n’a pas d’autre choix que d’agir ainsi, car sinon il perd la face au niveau européen. La France ne serait plus « dans le coup ». Et alors? La situation pourrait-elle être pire qu’aujourd’hui, économiquement parlant?

C’est pourquoi il faut soutenir les appels à manifester à Versailles aujourd’hui et ces prochains jours. Je ne pourrai moi-même y être mais je compatis de tout coeur avec ceux qui iront affronter le froid mordant pour protester contre ce « déni ». Non mais!

Poster un commentaire

Classé dans Europe

Pourquoi l’Europe se méfie-t-elle sans cesse des peuples?

Le collègue kiwisien Edgar, qui tient le blog eurosceptique La Lettre volée, est parfois excessif. Mais ses propos tiennent lieu de piqûre de rappel permanente : Edgar est donc un empêcheur de tourner en rond permanent, ce qui est très utile à la démocratie et au débat. Un bon exemple de critique sans concession de la construction européenne, qui quoi qu’on en pense ou qu’on en dise, n’est ni inéluctable, ni incontournable, ni indispensable. Ni définitive! Et force est de constater qu’en ce qui concerne le mini-traité européen adopté par les chefs d’Etat et de gouvernement au sommet de Lisbonne, la semaine dernière, il a entièrement raison de parler de « haute-trahison ».

Un article qui a fait l’objet d’une discussion très riche, et qui montre les ambiguïtés et les incompréhensions entre ouistes et nonistes. Ce qui est dingue, après tout, c’est qu’il ne s’agit même pas de discuter du contenu de ce traité, mais de la procédure de ratification choisie par l’Elysée, en contradiction flagrante avec les règles démocratiques les plus élémentaires.

Car de quoi s’agit-il? On l’avait déjà démontré ici : le traité de Lisbonne (passera-t-il ainsi à la postérité?) est, peu ou prou, identique au Traité Constitutionnel Européen proposé au vote des Français en 2005. VGE lui-même se satisfait que « l’essentiel » ait été préservé: « Les propositions institutionnelles du traité constitutionnel – les seules qui comptaient pour les conventionnels – se retrouvent intégralement dans le traité de Lisbonne, mais dans un ordre différent «  (et surtout, insérées dans des amendemants aux traités antérieurs). Même si ce texte présente l’avantage, en étant privé de la partie III du TCE, d’enlever bon nombre de réticences liées à la « concurrence libre et non faussée », qui inscrite ou non, continuera toutefois à présider aux politiques publiques européennes…

Dans ces conditions, pourquoi refuser de redonner la parole aux électeurs? Pourquoi avoir peur d’eux, pourquoi ce déni de démocratie? On a glosé, pendant la campagne référendaire, sur le « déficit démocratique » de l’UE. On le constate certes à chaque élection au parlement européen, lorsqu’on parle de tout sauf d’Europe. Mais on le remarque surtout quand on prive les citoyens de leur droit de s’exprimer sur un sujet qui les engage peut-être d’avantage qu’une élection présidentielle!

On peut d’ailleurs observer que ce schéma n’est pas spécifique à la France. Qui, à part l’Irlande, a décidé de recourir à un référendum pour valider ce traité? Personne. Comme si c’était un risque. Comme si nos élites représentantes étaient les seules de pouvoir juger d’un tel sujet… Alors oui, haute-trahison me paraît le terme adapté. Vous dites non, ça sort par la porte et ça revient par la fenêtre!

Et ce qui me fait rire, ce sont ceux qui prétendent qu’en cas de référendum, le vote est « pollué », « manipulé », et que les gens, en gros, n’y « comprennent rien ». Qu’il vaut donc mieux éviter de leur poser la question. Je pourrais être d’accord avec ce raisonnement dan sl’absolu, n’ayant jamais considéré que l’avis de chacun avait le même poids. Après tout, sommes-nous tous aptes à donner notre opinion sur tout et n’importe quoi? Mais là n’est pas le problème : nos ancêtres, bien leur en fasse, ont choisi de décapiter un roi pour instaurer un pseudo régime républicain et démocratique. Basé, comme chacun sait, sur le principe selon lequel c’est le « peuple qui gouverne ». Alors?

Dans ce cas, faut-il interdire aux citoyens d’élire leur président, leurs députés, leur maire? Le scrutin, là, ne peut pas être « pollué »? Faudrait savoir. Et j’aimerais bien qu’on me donne une raison valable de passer outre le non de 2005 en faisant ratifier ce traité par le Congrès. Vraiment!

Poster un commentaire

Classé dans Europe

Sarkozy va-t-il nous cocufier au sujet de l’adhésion de la Turquie?

On s’en souvient : après s’être déclaré, par pur opportunisme politique, opposé à la fusion entre GDF et Suez, Nicolas Sarkozy a changé d’avis une fois arrivé au pouvoir. Après tout, pourquoi pas : ce refus ne semblait pas issu d’une conviction profonde du ministre des Finances de l’époque, mais plus d’une querelle politique avec la Chiraquie.

On ne peut malheureusement pas en dire autant au sujet de l’épineuse question de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Sarkozy l’a dit et redit. « Si la Turquie était européenne, ça se saurait », fanfaronnait-il en 2004, à quelques mois du référendum sur le Traité Constitutionnel Européen. On croyait entendre un cri du coeur. Mais peut-être aussi, une danse du ventre à destination des électeurs villiéristes et frontistes. Partisan, avant et pendant la campagne présidentielle, d’un partenariat privilégié avec l’Etat turc, Sarkozy l’a répété l’autre soir sur TF1 : « Je ne crois pas que la Turquie ait sa place en Europe, et pour une raison simple, c’est qu’elle est en Asie mineure ».

Argumentation certes un peu courte. Mais qui a le mérite apparent de trancher définitivement la question. Sauf que le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner n’a de cesse de répéter de son côté qu’il milite farouchement pour l’entrée de la Turquie en Europe. « Je suis un partisan de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, après de longues discussions et beaucoup de conditions posées », a-t-il déclaré mercredi sur France-Inter, rappelant que Nicolas Sarkozy de son côté, y était opposé, préférant un « partenariat privilégié ». Rappelant également qu’il ne pensait pas être « étranger » aux récentes « inflexions » du président sur le sujet. Inflexions? On croyait avoir entendu le fringuant Martinon (également porte-parole de l’Elysée) affirmer, confirmer, assurer que Sarkozy n’avait « pas changé » là-dessus. Surtout pas avant les municipales, hein?

Il faudrait avoir une foi aveugle pour le croire. Il faudrait être autruche. Sarkozy, qui n’a pas hésité à renvoyer Fillon à ses études lorsque celui-ci en avait trop dit au sujet des régimes spéciaux, Sarkozy, qui sèche tout ministre s’exprimant en marge de la ligne officielle, laisse dire, laisse faire Kouchner. Attend de voir. N’a-t-il pas proposé à ses partenaires européens de charger un « comité des sages » de se pencher sur la question des frontières de l’Union? Voilà qui est peu rassurant, un comité.

Et puis dans le même temps, Sarkozy a commis un autre oubli regrettable : il n’a pas désavoué son ministre des Affaires européennes, lorsque celui-ci a proposé, devant la commission Balladur (chargée de réformer les institutions), la suppression de l’article 88-5 de notre constitution, qui oblige la France à organiser un référendum pour valider toute nouvelle adhésion à l’Union. Oubli, vraiment? Quel but poursuit exactement Jean-Pierre Jouyet? Là aussi, Sarkozy laisse faire, alors que c’est lui qui le premier, a observé en septembre 2004 qu’ « une décision aussi importante ne pourrait être prise qu’après qu’il y ait eu un référendum en France pour connaître l’opinion des Français ». A l’époque, c’est vrai, il s’agissait surtout de tacler Chirac.

Et puis il y a eu l’épisode du 27 août dernier, où lors de sa déclaration de politique étrangère, Nicolas Sarkozy avait lâché qu’il ne s’opposait pas à l’ouverture de nouveaux chapitres de négociation entre l’UE et Ankara. Accepte-t-on de négocier le prix d’un scooter si on ne veut pas le vendre?

On comprend que dans l’esprit des néocons, dont Kouchner fait assurément partie, l’intégration de la Turquie dans l’Union européenne représente un pas de plus vers l’unification du monde, vers l’extension du pseudo « monde libre ». Ces gens se moquent de l’Europe politique, dont ils ne veulent surtout pas : ce qu’ils désirent, avec ardeur, c’est l’abolition des frontières, un marché commun le plus large possible. L’ancrage à l’Union d’un pays d’Islam, c’est un prétexte, une fausse raison. Et une argumentation bidon : pourquoi pas le Maroc et l’Indonésie, dans ces conditions?

On pensait naïvement que Nicolas Sarkozy exprimait une conviction forte en estimant qu’on devait aller plus loin dans l’Europe politique avant de penser à intégrer d’autres Etats. Qu’il était sincère. Il y a désormais fort à parier que notre candeur se soit fourvoyée, et qu’on se trouve finalement cocufié. Sarkozy, comme on l’a toujours dit ici, est dans la pure lignée de Chirac. Les promesses électorales n’egagent que ceux qui y croient, non?

2 Commentaires

Classé dans Europe