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Une assemblée équilibrée pour appliquer les promesses de Sarkozy

Jean-Louis Borloo, la fine mouche, a salué hier soir la victoire historique de l’UMP : une majorité se succède en effet à elle-même suite au deuxième tour de ces législatives, qui bouclent un cycle électoral long et éprouvant au terme duquel le monde politique est contraint à une large recomposition.

L’assemblée « équilibrée » élue hier, qui certes ne représentera pas – une nouvelle fois – la diversité de la société, est cependant loin du monolithisme que les résultats du 10 juin laissaient entrevoir. Avec à nouveau une participation décevante qui nuance le soi-disant sursaut démocratique observé lors de l’élection présidentielle des 22 avril et 6 mai derniers.

Le parti socialiste, qui atténue la claque qui lui pendait au nez, aura une présence renforcée d’une quarantaine de députés dans la nouvelle assemblée nationale. Après la vague bleue du premier tour, la vaguelette rose a déferlé dans le pays : de nombreuses circonscriptions ont été gagnées sur le fil par le PS après un premier tour qui augurait mal du résultat final. Arnaud Montebourg et Jean-Louis BIanco sauvent leur peau de justesse, tandis que Vincent Peillon et ce pauvre Jean-Pierre Chevènement mordent la poussière pour la seconde fois d’affilée. Le Nord, qui avait basculé à droite à l’occasion de la présidentielle et au soir du 10 juin, revient finalement au PS, qui réalise des scores proches de 60% dans la métropole lilloise et gagne même deux sièges par rapport à 2002. En définitive, la gauche peut dire merci à la conjonction improbable de deux facteurs ayant amorti sa chute : le splendide cafouillage du gouvernement Fillon au sujet de la TVA sociale, et le ralliement quasi systématique à ses candidats des électeurs du MoDem.

En dépit de ce retournement de tendance opportun (Jean-Luc Mélenchon a lâché que c’était « quand même une branlée »), le PS ne pourra se payer encore une fois le luxe d’une reconstruction. François Hollande a répété qu’il ne quitterait pas son poste avant l’échéance de son mandat, à l’été 2008. Ségolène Royal de son côté, a pris de court ses « rivaux » en se déclarant officiellement candidate au poste de premier secrétaire. Montebourg a même ajouté que « le temps des éléphants » était achevé, au profit du « règne des jeunes lions ». Plus anecdotiquement, la candidate malheureuse à la présidentielle livre un secret de polichinelle qui agite des médias qui connaissaient la vérité depuis des mois : elle se sépare de son désormais ex-compagnon François Hollande. Isolé, critiqué, ce dernier voit ainsi la mère de ses enfants devenir définitivement une rivale politique.

Le MoDem, qui n’a pas réussi à transformer l’essai de la présidentielle, peut être satisfait d’avoir limité la casse avec quatre députés élus sur les six encore en lice au deuxième tour. François Bayrou , qui salue un « résultat très prometteur » pour son parti, a une nouvelle fois affirmé qu’il continuait son combat de plus belle : sa « longue marche » peut commencer… Ses opposants du Nouveau Centre, eux, ont bien fait de trahir leur ancien champion : avec 22 sièges, ils pourront constituer un groupe parlementaire!

Le PCF et les Verts confirment leur déclin. Si Marie-George Buffet a été confortablement élue, ses troupes ont perdu leur groupe au Palais-Bourbon. Côté FN, Jean-Marie Le Pen l’avoue : « Quand même, c’est une branlée de plus ». Sa fille, Marine Le Pen, sauve les meubles dans le Pas-de-Calais, mais échoue au second tour.

Dans la majorité, qui paie un lourd tribut au flou entretenu autour du projet de création d’une TVA sociale, notons la défaite d’Alain Juppé, et en conséquence, sa démission inéluctable du gouvernement. Le maire de Bordeaux voit ainsi son horizon politique s’obscurcir pour la seconde fois, en attendant d’éventuelles nouvelles poursuites judiciaires. D’autres personnalités de la droite ont été battues hier soir : l’horripilant Arno Klarsfeld à Paris, le sulfureux Alain Carignon à Grenoble, la scandaleuse Sylvie Noachovitch dans le Val d’Oise.

Après des mois et des mois de discussion, de débats, de propositions, de promesses en tous genres, on sort enfin de la période électorale pour enfin entrer dans le champ de l’action. L’UMP dispose malgré tout d’une majorité claire afin d’appliquer les promesses de Nicolas Sarkozy. On verra ce qu’elle en fera, et si la rupture annoncée n’était pas – comme on a naïvement tendance à le croire – un simple slogan électoral. En attendant, bien sûr, la prochaine échéance : les élections municipales du printemps 2008, qui ne manqueront pas de se réveler comme une approbation ou une sanction des premiers mois de l’ère sarkozyste.

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Le pari perdu de François Bayrou

François Bayrou garde son objectif en ligne de mire : 2012. Le patron du MoDem savait bien que ses lieutenants n’avaient guère de chances de succès aux législatives. Et voilà qu’il sera peut-être le seul élu de son parti dans la prochaine assemblée!

Certes, le MoDem fait mieux que l’UDF de 2002, mais le compte n’y sera pas en députés… En quelque sorte, le Béarnais a très largement perdu son pari de briser la bipolarisation de notre système politique. On a même atteint une forme de monopole. On ne le répétera jamais assez : la seule façon pour lui de le remporter aurait été une qualification pour le second tour de la présidentielle, synonyme vraisemblable de victoire. Las, les idées bayrouistes ont certes gagné dans le pays, mais le scrutin majoritaire lui ferme durablement les portes du Palais-Bourbon.

Au demeurant, il aurait pu espérer conserver son groupe si les « félons » du Nouveau centre ne l’avaient pas abandonné en rase campagne. Et s’il s’était, pour cela, abstenu de sa déclaration de vote implicite pour Ségolène Royal. Nous assisterons donc d’ici à dimanche au même scénario qu’à l’entre-deux tours de la présidentielle : dans de nombreuses circonscriptions, celles où il dépasse 8 à 10% des voix, les électeurs du MoDem seront arbitres. Et les candidats malheureux refuseront de choisir, comme l’ont déjà fait trois proches du « chef », Marielle de Sarnez et Christian Saint-Etienne à Paris, et Anne-Marie Comparini à Lyon. Qui appellent cependant leurs électeurs à s’interroger sur le pluralisme politique… Et François Bayrou l’a dit lui-même ce matin sur RTL : « Le Mouvement démocrate a choisi une voie difficile qui est la voie de son indépendance : il n’y a pas besoin de négociation avec le PS, avec l’UMP (…) Je ne donnerai pas de consigne de vote. Je ne veux pas entrer dans ce genre de mécanisme et de phénomène (…) Chacun doit prendre ses responsabilités. C’est très simple de prendre ses responsabilités: il suffit pour les électeurs et les responsables politiques et les candidats de regarder l’enjeu de ce deuxième tour de l’élection législative et des décisions qu’on doit y prendre ». Son fidèle Jean Lassale est sur la même ligne : « Il ne faut pas aller à la soupe (mais) se battre. (…) Si (les électeurs) nous voyaient faire des accords électoraux, ce serait contre-productif ».

A gauche, bien sûr, on ne crachera pas sur ces renforts inespérés, même si l’on hésite sur la marche à suivre. Ségolène Royal a « appelé » Bayrou pour lui dire qu’elle appréciait sa vision du pluralisme et lui proposer un accord de désistement mutuel en faveur du mieux placé dans chaque circonscription. François Hollande, lui, exclut toute alliance officielle mais admet vouloir « parler aux électeurs » au nom du pluralisme. DSK évoque des « débats avec les centristes » pour arriver à des « plateformes communes » au prochaines élections… Officiellement, il s’agit donc pour le PS de respecter une sorte de courtoisie républicaine et ainsi favoriser le pluralisme, alors qu’en réalité, les socialistes souhaitent surtout sauver leur peau. Mais il faut aussi préserver les apparences. Tout le monde sait que le MoDem n’est qu’à de rares exceptions arrivé devant le PS. Et puis à gauche du PS, ce nouveau pas de deux avec l’ex-UDF a le don d’agacer, et notamment Marie-George Buffet, prête à mourir plutôt que de parler avec un monsieur en costume.

Au final, tous ces atermoiements se révéleront avoir été du vent : on aura sans aucun doute le même partage des voix que celui que l’on avait observé au soir du 6 mai. C’est-à-dire, 50-50 avec un léger avantage pour l’UMP. Ce dernier n’est d’aileurs pas en reste dans la quête des voix du MoDem : Jean-Claude Gaudin a expliqué ce matin que l’UMP retirait son candidat qualifié pour le second tour face à Bayrou dans les Pyrénées-Atlantiques ; « C’est un geste. Il n’y a pas de discussion, pas de compromission, il n’y a pas de négociation. C’est un geste que l’UMP souhaite faire à l’égard de François Bayrou » … Après avoir juré l’élimination du Béarnais, c’est fort. Et Raffarin lui aussi a invité à « tendre la main » au MoDem afin de remporter des duels difficiles avec la gauche! Appel du pied entendu : « Nous avons montré depuis plus d’un mois notre volonté de tendre la main à tous ceux qui sont prêts à réformer en profondeur ce pays, quels qu’ils soient et quels que soient leurs horizons. Nous resterons sur cette ligne-là », a souligné hier Luc Chatel, porte-parole de l’UMP.

Pendant que ses rivaux se partagent sans complexe ses voix, pour la deuxième fois en un mois, Bayrou fulmine. Il peut bien jouer à l’optimiste, et au succès militant du MoDem. Mais au fond, il doit être vert de rage de ce résultat, comme son intervention de dimanche soir, pleine de rancoeur, l’a suggéré. Un parti a aussi besoin d’élus, et donc de financement public… Comme les choses vont vite du Capitole à la Roche Tarpéienne

Le Béarnais doit désormais songer aux municipales de 2008, aux moyens de conserver Rouen et les autres villes UDF. Il doit se demander quelle tribune et quelle audience il pourra bien avoir à l’avenir. Doit vilipender intérieurement et par avance le poids des médias « amis du pouvoir ». 2012, ça fait loin pour un homme seul…

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Législatives : le piège du quinquennat fonctionne à plein

On l’a vu en 2002, on le constate de nouveau en 2007 : la réforme constitutionnelle du quinquennat, adoptée dans l’indifférence générale en 2000 pour limiter les risques de cohabitation, brouille le message des perdants de la présidentielle. De quoi faire perdre tout intérêt à la campagne des législatives…

Le seul argument de campagne, au PS comme au MoDem : ne pas donner les pleins pouvoirs à l’UMP les 10 et 17 juin prochains. Du côté des socialistes, on reconnaît depuis plusieurs jours que la défaite est hautement probable, ce qui montre l’absurdité de la campagne législatives. François Hollande plaide pour un « équilibre des pouvoirs ». Ségolène Royal brandit la menace des « pleins pouvoirs » pour la droite,  tout en avouant qu’en étant « réaliste », la victoire sera « difficile ». Laurent Fabius, qui lui aussi se satisferait d’une « opposition forte », appelle les Français à prendre conscience du risque d’une « présidence absolue ». Bref, les socialistes font grise mine, comme le constate ce cher François Mitterrand depuis sa tombe. Ils se contenteraient d’une petite claque.

A l’UMP, où l’on a bien retenu la victoire écrasante de 2002, malgré un score moyen de Jacques Chirac au premier tour de la présidentielle, on adopte la posture inverse. Pourquoi s’en priverait-on? En meeting au Havre, hier soir, Nicolas Sarkozy a été très clair : « Il vous reste deux semaines pour parachever l’impensable révolution que vous avez accomplie le 22 avril et le 6 mai derniers, deux semaines pour décider ou non de me renouveler votre confiance. Françaises, Français, je vous demande de me donner la majorité dont j’ai besoin pour gouverner ».

Voilà, tout est dit. Du fond, ne parlons surtout pas, ou alors à la marge. Le reste ne semble donc que détail. La guéguerre des centres, d’abord, entre le Nouveau Centre de Morin, Leroy, Perruchot, Vercamer ou Robien, partisans, pour peser, d’une alliance avec la majorité présidentielle et le MoDem de Bayrou, Sarnez, Cavada, Bouras ou Delmas, qui restent sur une ligne d’un centre indépendant. L’inexistence des Verts, du PCF, du FN, de Villiers, de l’extrême-gauche, ensuite, rendus inaudibles par une bipolarisation extrême du jeu politique.

Les élections législatives sont pourtant a priori la scrutin d’où est censé sortir la légitimité populaire pour appliquer un projet, la présidentielle devant faire émerger un arbitre, une direction globale, une représentativité à l’étranger. Il suffit pour s’en convaincre de lire la Constitution.

Mais le quinquennat est passé par là. Cette réforme, voulue par Giscard, d’abord refusée puis portée par Chirac, devait nous faire entrer dans la modernité, nous éviter les risques de la cohabitation, jugée dangereuse pour l’unité du pays. Au terme d’une campagne référendaire qui avait passionné les foules (30% de votants, 73% de oui), la quiquennat a été adopté et nous a conduit tout droit, comme le pronostiquaient déjà à l’époque certains analystes, vers une présidentialisation du régime. On l’avait évitée avec Jacques Chirac, qui représentait l’ordre ancien, qui n’avait peut-être pas décelé les subtilités ou les potentialités de cette nouvelle donne, ou tout simplement, qui n’avait pas souhaité s’en servir. Nicolas Sarkozy, lui, n’aura aucun scrupule à en tirer profit. Il l’a dit, et il le montre depuis son accession au pouvoir.

Dès lors, à quoi bon promettre des réformes pour donner plus de pouvoir à une opposition qui sera de toutes façons ultra-minoritaire tous les cinq ans? Car l’origine de la légitimité des députés, de ceux qui adoptent nos lois, est désormais flouée. La majorité dans son ensemble – il y a toujours des particularités locales liées à chaque circonscription – tirera son profit non pas du peuple, mais du président. « Donnez-moi la majorité dont j’ai besoin pour gouverner ».

Quinquennat qui a d’ailleurs d’autres vices cachés, constatés lors du mandat Chirac : les ambitions des présidentiables s’aiguisent dès le départ. On l’a vu avec Sarkozy, qui avait lancé sa campagne dès sa nominaiton à l’Intérieur. On le voit aujourd’hui, avec Ségolène Royal qui voudrait qu’un candidat PS pour 2012 soit nommé dès cet été. Et puis, au fond, comment peut-on lancer des réformes d’envergure en cinq ans, alors qu’on est obsédé par sa réélection, ce véritable maillon faible de la démocratie moderne? L’idée n’est pas stupide, mais elle postule le dévouement des politiques, leur volonté de privilégier le bien commun à leurs intérêts, ce qui est décidément difficile à croire.

Deux réformes devraient donc être adoptées d’urgence si l’on veut évoluer vers une démocratie assainie. D’abord, instaurer une part importante de proportionnelle aux législatives, afin de contrer le dualisme de la présidentielle. Sans tomber pour autant dans une disparité des voix néfastes à la construction d’une majorité, comme on le déplore en Italie. Ensuite, étendre la durée du mandat du président. Sept ans, dix ans? Quoi qu’il en soit, le mandat devrait être non renouvelable. Qu’en pensez-vous?

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MoDem : la roche tarpéienne et si proche du Capitole…

Pauvre François Bayrou. Porté à 18,5% des électeurs grâce à l’appui de médias satisfaits d’avoir un troisième homme plus « fréquentable » que le sieur Le Pen (qui s’accroche à son parti comme une moule à son rocher), l’homme faible du MoDem est aujourd’hui éreinté par la critique, lâché par les siens, oublié des télés. Bref, le Béarnais n’est plus à la mode. La roche Tarpéienne est décidément bien proche du Capitole! Et en dépit d’une adhésion populaire importante, le MoDem risque fort de se retrouver avec moins de députés que Blanche-Neige n’avait de nains. La faute à la bipolarisation et au syndrome « vote utile ». Il en faudrait pourtant peu pour que Bayrou représente la seul force véritable d’opposition dans ce pays…

Rien à faire… Le PS a beau être encore plus bas que le fond du gouffre, la mayonnaise modémienne ne prend pas. Bayrou, qui était la coqueluche des médias il y a encore quinze jours, n’intéresse plus. Zou, fini, rien à voir, circulez m’sieur Bayrou. Et pourtant, ce n’est pas faute de tenter, de chercher à taper encore sur ces connivences entre pouvoir et argent, pouvoir et puissances médiatiques, une recette qui avait si bien marché pour la présidentielle. « Nous voulons une presse, des radios et des télévisions libres, non inféodées ! Nous en avons besoin pour nous et nos familles ! Nous ne voulons pas que nos organes d’information soient soumis à ces influences ! », a-t-il lancé hier soir au Zénith de Paris, où il lançait la campagne de son parti pour les législatives. Déjà, il avait dénoncé la nomination d’un collaborateur de Sarkozy, Laurent Solly, dans l’équipe dirigeante de TF1.

Ultime coup de boutoir du sanglier blessé? Les grandes postures ne semblent plus fonctionner. Alors le Béarnais a bien tenté de revendiquer la qualité d’opposant n°1 à la vague bleue qui risque de déferler sur l’Assemblée nationale au soir du 17 juin. Mais la défection de ses ex-lieutenants de l’UDF, qui forts de 22 sortants (contre six pour le MoDem) présenteront une centaine de candidats pour le compte du PSLE (parti libéral social européen), brouille son message et l’empêche de peser médiatiquement sur l’élection… Les Morin, Leroy et compagnie ont choisi d’agir de l’intérieur plutôt que de critiquer stérilement de l’extérieur. Mais ont eu l’intelligence de revendiquer le terme « libéral » pour priver Bayrou de son aile droite. Et voilà la MoDem piégé par son « ni-ni » qui risque bien de la conduire… nulle part. D’autant que si les abandons sont nombreux, bien peu sont ceux qui rejoignent la maison orange. Corinne Lepage, Azouz Begag, Djamel Bouras, ça n’est pas du plus sexy…

Tout pourrait être possible, en réalité, si François Bayrou n’était pas coincé une nouvelle fois entre sa droite et sa gauche. Esprit du quinquennat oblige, le débat présidentiel écrase celui des législatives. Epuisés par six mois de lutte, d’images médiatiques à gogo et d’idées balancées à tout-va, les Français ne sont pas prêts à remettre le couvert. Dès lors, l’appel au vote « utile » des deux côtés leur convient très bien. L’UMP se contente d’appeler à confirmer le vote du 6 mai. Et le gouvernement se donne l’image de l’action pour convaincre les indécis.

Quant au PS, malgré ses divisions, son incurie à proposer autre chose qu’un « Tout sauf Sarkozy », il pourrait bien avoir plus de députés qu’en 2002, en profitant du recul des Verts et de feu le PCF. Les sympathisants bayrouistes, qui ont compris qu’il fallait être devant le PS pour pouvoir remporter la mise, ne risquent-ils pas de faire faux bond au MoDem?

Seule la proportionnelle pourrait sauver Bayrou et ses amis d’une longue traversée du désert. Mais le scrutin uninominal majoritaire à deux tours le défavorise assurément. Le comble, c’est qu’on a toutes les chances de voir arriver plus de parlementaires communistes, radicaux ou même écologistes que de Modémiens!

N’est-elle pas belle, notre démocratie? Avec 1,5% des voix, sous réserve d’être maintenu sous perfusion par un puissant allié, vous raflez des sièges gratuitement. Avec 18,5% des voix, vous n’êtes pas sûr d’avoir un groupe parlementaire…

Ultime chance : un accord de désistement avec le PS, en faveur du mieux placé dans chaque circonscription après le premier tour . Mais une telle entente est très incertaine…

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Avec François Hollande, le sadomasocialisme a de beaux jours devant lui

Au PS, on se croit de plus en plus dans « mais où est donc passé la septième compagnie? ». Il ne se contente pas de trois défaites d’affilée à la présidentielle, ce parti de plus en plus moribond idéologiquement. Vous avez aimé la claque du 6 mai, qui a montré que les Français préféraient à l’ordre juste un candidat « sortant » au bilan plus que moyen? Vous devriez dès lors apprécier celle des 10 et 17 juin prochain. Avec derrière lui un PS affaibli, divisé et absolument pas prêt à prendre le pouvoir, le premier secrétaire François Hollande a avoué hier que ce qu’il souhaitait, c’est une défaite la moins large possible.
François Hollande semble se satisfaire de rester dans l’opposition. Tout ce qu’il désire (d’avenir)? Avoir, s’il vous plaît messieurs-dames les Français, un score qui corresponde aux 47% récoltés par Ségolène Royal au soir du 6 mai.
Avec un tel patron, pas besoin d’avoir d’ennemis : il suffit de le laisser parler pour qu’il décourage lui-même les militants. Qu’a-t-il dit hier? Qu’il souhaitait qu’il n’y ait pas « une majorité écrasante », mais une majorité à tout le moins qui « corresponde au vote intervenu lors de la présidentielle ». Tout est dit. Qu’est-ce qui est important à ses yeux? Qu’il y ait « de l’équilibre, de la mesure, du contrepoids ». « Que les Français se sentent représentés, c’est tout l’enjeu de l’élection qui vient », a-t-il ajouté.
On croit rêver. On pensait naïvement que ce qui était important, c’était l’avenir du pays. Et qu’aux yeux de Hollande, c’était de convaincre les Français que le projet de son parti était le meilleur. Projet? Idées? Tout cela semble trop compliqué pour un PS décidément bien plus déstabilisé qu’il ne veut le faire croire par l’ouverture sarkozyzte.
Le morne parti avait vaincu aux régionales puis aux européennes, avec pour seul programme le rejet de la droite. Un projet qui n’a pas convaincu le 6 mai. Et qui a bien peu de chances de fonctionner les 10 et 17 juin…

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Où nous mènera cette incroyable danse du centre?

Alors que vient de s’achever une ennuyeuse passation de pouvoir, suivie en direct et en intégralité par des journalistes qui ont bien peiné à combler les trous (ils se sont bien amusés à décrire comment Sarkozy allait vivre à l’Elysée et de quelle façon Cécilia était habillée), il semble qu’il y ait des choses plus intéressantes à aborder aujourd’hui. Et notamment cette extraordinaire danse du centre à laquelle se livrent tous les bords politiques, extrêmes mises à part. Où va-t-elle nous mener?

François Bayrou a gagné sur un point : même s’il échoue aux législatives, le mouvement qui s’est créé autour de lui suscite l’appétit de tous. A gauche, à droite, au centre, tous tentent de récupérer l’idée d’une vraie politique du centre, à même de réconcilier les Français avec la politique et surtout… de les faire exister politiquement.

Tout cela a commencé avec Rocard, Cohn-Bendit et Kouchner, qui ont pressé Ségolène Royal de rallier Bayrou à son camp pour vaincre dès le premier tour. Peine perdue, Royal a dédaigné le centre, avant de changer d’attitude devant sa faible réserve de voix et de draguer honteusement entre les deux tours. Mais c’était trop tard.

Puis on a eu Sarkozy. Pas bête, le bougre a préféré phagocyter le mouvement démocrate naissant en piquant un à un la quasi totalité de ses parlementaires, pour créer une aile centriste dans sa future majorité. La manoeuvre a pour l’instant parfaitement rempli son rôle, et le nouveau président (ça y est, on peut le dire, maintenant) tâche depuis de pratiquer (feinte ou réelle conviction, on le saura dès les législatives passées) l’ouverture, dans le but évident de gagner à lui le coeur de tous ceux qui ont été convaincus par Bayrou de la nécessité d’unir des camps différents pour pouvoir réformer la France.

Au PS, où la perpétuelle guerre des tranchées a repris ses droits, à coup de gaz, de pelles et de couteaux dans le dos dans le but de prendre le parti avant même de savoir s’il va perdre ou non les prochaines élections, certains tentent encore de prôner une alliance avec le MD. Selon un sondage du 12 mai,  59% des Français estiment en effet que le PS devrait s’allier avec le MoDem contre 35% qui souhaitent qu’il reste accouplé avec les Verts et le PCF (les 6% restant veulent sans doute qu’il meure purement et simplement). Ségolène Royal, qui tente tant bien que mal de rester au centre du jeu en faisant oublier qu’elle a perdu il y a moins de quinze jours, est de ceux là. Mais il ne faut sans doute rien espérer avant le soir du premier tour, pour des désistements éventuels au second…

Une partie des Verts eux-mêmes, qui jouent un jeu suicidaire en refusant la main généreusement tendue (en dépitd’un score pathétique au premier tour de la présidentielle) par le PS, appellent à un rassemblement socio-démocrate, écologiste et centriste, dans un manifeste diffusé mardi…

Et puis il y a le PRG! Ce glorieux parti radical, qui a eu ses heures de gloire, aimerait refaire parler de lui. Son patron, Jean-Michel Baylet, n’a pas hésité à dialoguer avec Nicolas Sarkozy, puis à proposer une alliance avec le Parti radical valoisien de Jean-Louis Borloo, un mouvement pourtant associé à l’UMP. Les rêves de splendeur de Baylet, qui sont indissociables de cette danse du centre, sont pourtant contestés avec vigueur par six députés du PRG (dont Emile Zucarelli et Roger-Gérard Schwartzenberg) qui rappellent l’ancrage à gauche de leur parti, qui a signé un accord avec le PS pour les législatives. Et qui refusent la création d’un grand parti radical du centre… Borloo, lui, s’est empressé de se déclarer intéressé par communiqué. Pour peser face à Sarkozy, ou pour torpiller le MoDem?

Tout cet imbroglio, ce séisme politique a été lancé par Bayrou avec sa folle idée (mais tellement séduisante) de vouloir créer un centre indépendant. Devant son succès, tout le monde l’imite! Mais la sauce Béarnaise n’est pas assurée de prendre. Car d’une part, le patron du MoDem n’est pas certain de récolter les fruits de ce qu’il a semé : pour l’instant, c’est Sarkozy qui rafle la mise. Et d’un autre, si tous les partis se mettent à surenchérir là-dessus, si toutes les mouches du coche se mettent en branle pour grapiller des voix ici ou là, qui risque de monter? L’extrême-gauche, qui se renforcera sur le dos d’un PS déjà mal en point. L’extrême-droite doit également se frotter les mains : le FN n’a-t-il pas fait son beurre, depuis vingt ans, de la « mollesse » de la droite? Sarkozy leur a promis une « vraie de vraie », et a gagné une partie de ses électeurs en durcissant son discours. Mais son « ouverture », qui ne pourra pas rester à l’état de mots, ne risque-t-elle pas de les renvoyer dans les bras des Le Pen? Nous verrons bien…

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Mouvement démocrate : le panache blanc de François Bayrou

Suivant une stratégie semblant suicidaire, François Bayrou fait à nouveau cavalier seul en créant son Mouvement démocrate en vue des législatives. S’appuyant sur un fort soutien populaire mais abandonné par ses ex-amis de l’UDF, le Béarnais compte une nouvelle fois créer la surprise en misant sur son indépendance pour créer la surprise. Mais sa marge de manoeuvre est étroite…

Lâché par les siens (y compris les fidèles Hervé Morin, Maurice Leroy ou encore Nicolas Perruchot, qui ont senti le vent tourner) mais fort d’un clair soutien populaire(33 000 demandes d’adhésion auraient été reçues), François Bayrou peut-il rééditer sa performance du premier tour de la présidentielle et ainsi parvenir à obtenir un groupe indépendant à l’Assemblée nationale?

Alors que les communistes et les Verts sont assurés d’avoir des députés, grâce au soutien du PS, il est impensable que le nouveau MoDem (quelle abréviation ridicule), bien plus représentatif que ces deux partis morts, ne dispose pas d’un fort contingent à l’Assemblée. Mais c’est le jeu : il faut gagner dans au moins vingt circonscriptions pour avoir un groupe.

Et la gageure sera hardue : les 18,5% à la présidentielle ne se tranformeront pas forcément en victoires locales. D’autant qu’une partie de ces électeurs ont peut-être mal vécu l’appel implicite de Bayrou à ne pas voter Sarkozy. Le patron du nouveau MD compte présenter des candidats partout, mais dans les 577 circonscriptions françaises, ils auront face à eux, à moins d’un accord avec le PS, la gauche, la droite, voire l’ex-UDF… Tout en sachant que dans le contexte de la présidentielle qui vient de se jouer, le réflexe utile jouera : les deux principaux partis appeleront d’un côté à donner une majorité puissante à l’UMP pour permettre à Sarkozy d’appliquer son programme de réformes et de ruptures, d’un autre, de voter contre lui pour éviter cinq ans de droite.

Dès lors, malgré tout le panache qu’il faut reconnaître au Béarnais, qui persiste sur sa ligne d’indépendance, à quoi peut-on s’attendre?

– Soit le MD parvient à dépasser les 12,5% au premier tour, et on se retrouve avec des triangulaires, voire des quadrangulaires là où le FN se maintiendra lui-aussi : là, ce sera la lutte à mort. Mais difficile d’imaginer le MD dépassant l’UMP ou le PS. Tout au plus pourra-t-il faire battre la droite?

– Soit le MD n’y parvient pas, et on se retrouvera alors dans la même configuration qu’au second tour de la présidentielle, avec un report de voix classique 50-50…

Dans cette perspective, obtenir dix sièges serait déjà un bon score. Là encore, si l’on postule l’absence d’accord avec le PS…

Cette situation montre d’ailleurs toute l’incurie du système électoral utilisé à représenter fidèlement l’opinion française à l’Assemblée nationale, avec tout pour le gagnant et zéro pour le perdant : dans ces conditions, l’instauration de la proportionnelle semble plus que jamais urgente. Ne serait-ce pas scandaleux que ce PCF exhangue, porté à bout de bras par le PS, obtienne plus de sièges que le MD?

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