PS : quand la démocratie mène à l’anarchie

Franchement, après avoir écouté hier soir le leader du NPA, Olivier Besancenot sur « A vous de juger », on se dit que décidément, le PS a du mouron à se faire pour se présenter de nouveau comme un parti d’alternance crédible. Et pendant qu’il stagne et se déchire à l’aube du Congrès de Reims, le facteur avance, court, accélère, et le talonne.

Alors que son Congrès s’ouvre cet après-midi, en pleine tourmente idéologique et en plein questionnement stratégique, le PS est désormais placé au pied du mur et devant un choix ubuesque : trouver une majorité combattive, à partir de quatre motions arrivées quasiment toutes à égalité. Défi, ou situation inextricable?

On va dire que la question ne regarde que les militants du parti socialiste. Mais quand on voit dans quel pétrin ils sont, on ne peut pas ne pas faire le lien avec le mode de scrutin qui préside à cette élection interne. Celui-ci est absolument désastreux! Les Français l’ont d’ailleurs bien compris.

Rappelons que depuis plus de six mois, les dirigeants socialistes s’invectivent, se cherchent des poux sur la tête, jouent au poker menteur et se cherchent des différences qui n’existent bien souvent que dans leur imagination. Ils ont d’abord eu l’occasion de déposer des contributions : des milliers de textes ont été déposés, par des chefs de file mais aussi par des simples militants. Elles doivent pourrir au fond d’un placard, maintenant. Zou.

Puis est venu le temps des motions. Chaque chef écrit la sienne, et ensuite, les élus et personnalités choisissent derrière lequel ils vont se ranger, c’est-à-dire pour qui ils « misent » politiquement. On est ainsi arrivé à des choix très étranges, à savoir le ralliement des Fabiusiens ou du gros des Strauss-khaniens derrière Aubry, de Valls derrière Royal, ou de Moscovici derrière Delanoë. C’est à qui pêchera le poisson le plus gros, le plus impressionnant. Avec derrière, les habituels sondages qui matraquent l’opinion et celle des militants socialistes, et qui ne sont souvent que le reflet des opinions des élites médiatiques.

Voyant qu’elle risquait d’être défaite, Royal a rangé sa candidature au frigidaire au mois de septembre : sous-entendu « bon, on verra, pour l’instant ça fait parler de moi de dire cela, et puis cela tranche avec le discours habituel des politiques, c’est toujours bon à prendre ».

Depuis, la campagne a encore monté d’un ton, chacun taclant l’autre, jusqu’à Benoît Hamon, le jeune loup qui monte, qui a poignardé dans le dos Martine Aubry, son ancienne mentor, sous-prétexte de jouer au « plus gauchiste que moi, tu meurs ».

Résultat : Royal est arrivée de manière surprenante en tête des votes des adhérents le 4 novembre, avec 29% des voix. Ce qui n’est pas si étonnant que cela, au final, puisqu’Aubry et Delanoë, qui représentent des courants assez proches, ont obtenu 25% chacun, c’est-à-dire 50% à deux. Enfin, à l’aile gauche du parti, Benoît Hamon ferme la marche avec 19% : il ne pourra que jouer le rôle du supplétif, ce qui est déjà bien.

Avec un tel résultat, conséquence directe d’un mode de scrutin inefficace, comment s’unir? Comment fédérer? Comment synthétiser? Comment faire en sorte de ne pas paralyser le parti avec une synthèse « mou du genou » comme celle qui était sortie du Congrès du Mans? Alors que derrière, se profile un autre enjeu : l’élection présidentielle de 2012?

Je ne vois pas. Les royalistes se présentent comme des vainqueurs, alors que même en tête, ils sont ultra minoritaires. Valls et Peillon, les deux lieutenants fidèles, affirmaient ce matin que Ségolène Royal serait finalement candidate. « La détermination de Ségolène Royal est entière (…) Nous attendions parce que nous voulions que les autres appellent à la raison et se rallient à la présidente de Poitou-Charentes », a osé clamer Vincent Peillon. Se rallient? Mais au nom de quoi?

En face,  Aubry comme Delanoë ( la moitié des voix à deux, avec des projets très proches) ont chacun renvoyé Royal dans ses buts ces derniers jours : ses propositions d’accord, de fait, n’avaient pour objectif que d’obtenir leur soumission. Et alors qu’hier, un accord politique semblait se profiler entre Hamon et Aubry, les trois têtes de motion se sont rencontrées ce matin, vraisemblablement pour finaliser leur front anti-Royal.

Front que d’aucuns, à l’instar de Manuel Valls, qualifieront immédiatement de « tout sauf Ségolène ». Et pourquoi pas? Pourquoi les dirigeants du PS, écoeurés par la déroute présidentielle de la dame du Poitou , par sa manière très particulière de concevoir la politique, ne pourraient-ils pas vouloir à tout prix faire barrage à celle qu’ils jugent inapte à les représenter?

Quel que soit le résultat de ce congrès, il sera donc insatisfaisant : les rancoeurs resteront et ressortiront la prochaine fois. Ce serait risible si le bien commun et l’intérêt général n’étaient pas en jeu.

Rien de tout cela, bien sûr, ne serait arrivé si on avait cessé avec l’hypocrisie de ce mode de scrutin. Si chaque leader se présentait directement, devant les militants, clairement, au poste de premier secrétaire, avec un projet et un vote à deux tours, le problème serait règlé. Les militants auraient vraiment le pouvoir.

On éviterait cette cuisine interne, cette farce électorale, où quoi qu’on en dise, on prend doucement les électeurs pour des idiots. En attendant, trois personnes se réjouissent sous cape : Nicolas Sarkozy, qui ne peut que se féliciter de voir ses adversaires se déchirer au lieu de s’unir. Olivier Besancenot, qui fait son beurre pendant que les socialistes abandonnent le terrain social. Et puis bien sûr, François Bayrou, élevé par les querelles socialistes au rang de quasi-invité du Congrès de Reims, et qui doit réfléchir de plus en plus sérieusement à fondre sur les restes de ce parti moribond.

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Classé dans Politique

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