Mais au fait, c’est quoi une excommunication?

Bon, vous allez dire que je radote, mais on a tellement parlé d’excommunication ces derniers temps, dans les médias ou sur ce blog (enfin en tout cas, bien plus que de football), que je pensais qu’il était de bon aloi de préciser un peu ce que ce mot signifie, et quelle réalité il recouvre. J’ai donc demandé à une de mes bonnes connaissances, qui est prêtre, qui a quelques diplômes en théologie, et qui commente parfois ici, de rédiger pour nous un petit texte pour nous expliquer tout cela.

Je vous le transmets sans modification, tel quel. Bonne lecture! Et bon week-end.

Qu’est-ce qu’une excommunication ?

Selon le droit actuel de l’Eglise, il s’agit d’une peine, la plus grave de toutes, qui consiste (pour faire simple) à priver un catholique de la participation aux sacrements et même aux cérémonies du culte. Un excommunié ne peut donc pas, par exemple, communier ou se confesser, tant que sa peine n’est pas levée par l’autorité compétente (le Pape, l’évêque ou même un simple prêtre, suivant les cas).

On peut être excommunié de deux manières : « automatiquement », c’est-à-dire par le fait même de commettre certains délits précisés par le droit de l’Eglise (excommunication « latae sententiae ») ; ou par le fait d’une mesure juridique particulière (excommunication « ferendae sententiae »).

Il est capital de bien comprendre qu’une excommunication est une mesure juridique : elle suppose, pour être valide, de respecter un certain nombre de critères précisés par le droit de l’Eglise. C’est même une mesure purement juridique, c’est-à-dire qu’elle ne modifie en rien la situation réelle de l’homme devant Dieu : elle ne peut changer un innocent (devant Dieu) en coupable (devant Dieu). Simplement, elle prive un coupable présumé d’un certain nombre des droits dont jouit un fidèle ordinaire, présumé innocent.

 

L’excommunication est-elle une pratique moyen-âgeuse ?

Oui ! Pire encore : il s’agit d’une pratique dont le principe remonte plus loin encore, aux Apôtres du Christ et même à Jésus en personne ! Qu’on en juge :

« Si ton frère vient à pécher, va, reprends-le entre toi et lui seul. S’il t’écoute, tu auras gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes, pour que toute affaire soit établie sur le dire de deux témoins ou de trois. S’il ne les écoute pas, dis-le à l’Eglise, et s’il n’écoute pas non plus l’Eglise, qu’il soit pour toi comme le païen et le publicain. En vérité je vous le dis : Tout ce que vous lierez sur la terre se trouvera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre se trouvera délié dans le ciel » (Mt. 18, 15-18).

Cette consigne du Christ, l’Eglise l’a appliquée, on s’en doute.

Ainsi de saint Paul : « si quelqu’un n’obéit pas à ce que nous disons dans cette lettre, notez-le et, pour sa confusion, ne le fréquentez pas. Et ne le regardez pas comme un ennemi, mais avertissez-le comme un frère » (2 Thess. 3, 14-15).

Ainsi encore de saint Jean : « si quelqu’un vient à vous et n’apporte pas cet enseignement [celui du Christ, que rappelle cette lettre], ne le recevez pas à la maison, et ne le saluez pas. Car celui qui le salue participe à ses œuvres mauvaises » (2 Jn. 10-11).

Par la suite, le droit de l’Eglise a nommé « excommunication » cette exclusion d’un catholique pécheur de la communion des fidèles.

 

L’excommunication a-t-elle toujours été la même au cours des siècles ?

Non, bien sûr. Suivant les époques, les dispositions de cette mesure juridique ont varié. Suivant les temps et les lieux, elle a été plus ou moins lourde, plus ou moins fréquente – plus ou moins judicieusement pratiquée, aussi.

Sa pratique a cependant toujours été – théoriquement du moins, pratiquement, des abus sont toujours possibles – justifiée par deux objectifs : obtenir l’amendement du coupable ; protéger les droits des autres fidèles.

 

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Le Code actuel du droit de l’Eglise (qui date de 1983) frappe d’excommunication « automatique » dans plusieurs cas (une dizaine), par exemple lorsqu’un catholique rejette totalement la foi catholique (« apostasie »), viole le secret de la confession, ou pratique l’avortement ou du moins y collabore (à condition que l’effet s’ensuive).

Un certain nombre de conditions sont toujours nécessaires pour que l’excommunication soit effective :

– que le délinquant soit catholique ;

– qu’il ait l’usage de la raison ;

– qu’il ait plus de seize ans ;

– qu’il ait agi librement, et non sous influence ;

– qu’il ait eu connaissance de la peine attachée à son comportement.

Les demandes d’explication sont possibles, l’auteur devrait pouvoir répondre aux questions en commentaires.

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22 Commentaires

Classé dans Religion

22 réponses à “Mais au fait, c’est quoi une excommunication?

  1. Très pédagogique ce billet merci !
    Et le prochain chapitre pourrait-il être « peuvent-elles être levées » ? je sais je suis exigente 🙂
    « priver un catholique de la participation aux sacrements et même aux cérémonies du culte ». Je suis étonnée par le participer « aux cérémonies du culte ». Entre recevoir les sacrements (je cronprends très bien pourquoi on ne peut pas en cas d’excommunication) et simplement écouter un enseignement il y a une marge . Je ne vois pas en quoi simplement participer soit en contradiction avec le fait d’être excommunié. A moins que « participer » ne veuille dire « communier »?
    En tous cas merci !

  2. dupuis

    Contrairement à ce qui a pu être dit ,écrit par des évêques ,l’excommunication ipso facto a été déclarée comme telle par l’évêque du lieu
    L’évêque n’était pas obligé de la publier S’il l’a fait cela montre sa profonde logique de technicien du droit totalement imperméable au contexte ambiant
    et à la mort annoncée de l’enfant de 9 ans
    Dire maintenant que l’excommunication n’avait pas lieu d’être , c’est totalement faux puisque le C.I.C. n’offre aucune alternative,s’agissant d’un acte intrinsèquement mauvais par nature

  3. pelmer

    @ Thaïs

    Votre réaction est la bienvenue, car elle montre que ma clarté a été, sur le point que vous soulevez, fallacieuse !
    La participation au culte n’est défendue à l’excommunié qu’au cas où il agirait « en tant que ministre ». Par exemple (j’espère que l’exemple ne vous paraîtra pas trop « exotique »), un prêtre excommunié ne peut pas donner la bénédiction du Saint-Sacrement.
    Quant aux conditions nécessaires à la levée d’une excommunication… pourquoi pas, mais il faut me laisser un délai !

  4. pelmer

    @ dupuis
    Je ne suis pas sûr de toujours bien vous comprendre. Je réagirai donc comme je pourrai.

    1) Une excommunication « latae sententiae » est automatique. Mais l’autorité compétente peut très bien, en outre, la « déclarer », c’est-à-dire certifier qu’en tel cas particulier, toutes les conditions requises pour son application sont réunies. Maintenant, était-il judicieux de le faire dans l’affaire de Récife, c’est une autre question, que je ne trancherai pas, par défaut d’information fiable en la matière.

    2) « n’est punissable d’aucune peine la personne qui, lorsqu’elle a violé une loi ou un précepte, n’avait pas seize ans accomplis » (canon 1323, 1°) ; si vous doutez que cela concerne la peine de l’excommunication, spécialement en cas d’avortement, lisez le commentaire autorisé de J. HERRANZ, « Avortement et excommunication », L’Osservatore romano (éd. fr.), 2 mai 1995, p.7. A l’époque, le Cardinal Herranz était président de la Commission d’interprétation du Code de droit canon…

    3) le fait qu’un comportement soit intrinsèquement mauvais n’entraîne pas nécessairement l’excommunication. Ainsi de la contraception, ou du mensonge, par exemple (ce dernier n’étant même pas de soi une faute grave, en doctrine catholique).

  5. le nouveau

    Est-ce qu’une personne excommuniée reçoit effectivement le corps du Christ lorsqu’elle communie (vu le nombre important d’avortements par an en France et la désaccord de beaucoup de catholiques sur la position de l’Eglise sur ce point je pense que ce cas n’est pas anecdotique)?
    Quelle « démarche » peut entamer une personne excommuniée pour voir sa peine levée? (dans quel cas et par qui)
    merci d’avance

  6. pelmer

    @ le nouveau

    Quiconque communie reçoit (mange) vraiment le Corps du Christ, puisque l’hostie consacrée EST le Corps du Christ.
    Mais pour bénéficier de l’effet spirituel de cette communion (qui est d’être davantage uni au Christ), il faut être dans les dispositions nécessaires, c’est-à-dire ne pas avoir adopté un comportement gravement contraire à l’amour de Dieu ou de nos frères (ou du moins en avoir reçu le pardon, dans la confession).

    Quelle est la situation, sur ce point, d’un excommunié ?
    1) s’il est excommunié, c’est qu’il a justement fait quelque chose de grave, qui l’empêche de bénéficier des effets de la communion ; il ne lui sert donc à rien de recevoir le Corps du Christ, tant qu’il est dans cet état ;
    2) dans son cas de figure, il lui est interdit par l’autorité compétente de s’approcher de l’Eucharistie ; s’en approcher tout de même, c’est manquer gravement de respect à cette autorité établie par le Christ, et donc derechef se rendre incapable de bénéficier de l’effet propre de la communion.

    Un excommunié ne peut donc profiter spirituellement de sa communion que si :
    1) il a été excommunié à tort (c’est-à-dire qu’en réalité, il n’a pas péché gravement) ;
    ET
    2) il ignore qu’il lui est interdit de communier (à condition que ce soit sans faute de sa part).
    Dans le cas contraire, il s’approcherait du Corps du Christ en s’en sachant indigne ; ou du moins malgré l’interdiction des autorités de l’Eglise du Christ, interdiction qu’il se doit de respecter. Deux états d’esprit incompatibles avec la réception du Corps du Seigneur, et qui empêchent d’en recueillir le fruit spirituel.

    Que doit faire un excommunié (ou quelqu’un qui se croit excommunié) ? Consulter un prêtre ! Celui-ci l’éclairera ; ou l’orientera vers plus éclairé que lui. Il est bon de savoir que l’excommunication qui suit l’avortement peut être levée très facilement par n’importe quel prêtre, dans le cadre du sacrement de pénitence (confession). C’est très beau !

    Voilà, j’espère avoir été complet et clair en même temps… N’hésitez pas à me relancer si ce n’était pas le cas !

  7. le nouveau

    @pelmer : merci

    Une question idiote au sujet de l’eucharistie : un enfant non baptisé recevant le corps du Christ mais non conscient de sa non appartenance à l’Eglise (du fait de l’absence de baptême) bénéficie-t-il pleinement de la communion?

    Concernant la « remise de peine » : « Un excommunié ne peut donc pas, par exemple, communier ou se confesser » : je pensais à ce titre que la confession ne pouvait être le lieu (pour une femme ayant subi un avortement, par exemple) de la levée de son excommunication?
    Ca n’est pas vraiment ce que vous dites…

  8. Merci !
    En fait en lisant votre dernier commentaire, j’ai le sentiment sans rien y connaître que l’excommunication est la traduction juridique des « péchés mortels ». Je ne sais pas si la dénomination est toujours employée ; personnellement j’ai toujours trouvé celle-ci horrible car on a l’impression que c’est l’échafaud pour le pêcheur et que cela va à l’encontre de tout idée de pardon.
    Si j’ai bien compris votre com, le sacrement de réconciliation abroge cette excommunication mais j’imagine que celle-ci dépend du type de « délit »ainsi que de la personne.

  9. @Pelmer : merci pour ces précisions fort intéressantes. J’ai constaté que les divorcés remariés ne communiaient pas. Est-ce parce qu’ils sont excommuniés? Ou sont-ils l’objet d’une autre sentence?

  10. dupuis

    @pelmer
    Lire l’article 1323§4 du C.I.C : si l’acte est intrinsèquement mauvais ,la peine est automatique

  11. pelmer

    @ le nouveau

    Pour bénéficier de l’effet spirituel de l’Eucharistie, il ne faut pas seulement le baptême ; il faut aussi la foi, l’espérance et la charité… Si votre enfant non-baptisé a tout cela, je pense (je reste prudent !) qu’il peut bénéficier du fruit de l’Eucharistie (mais je ne dirais pas « pleinement » ; sûrement moins pleinement, en tout cas, que s’il était baptisé). Cependant, le cas ne doit pas être très fréquent…

    En ce qui concerne la confession, les deux affirmations sont cohérentes. Tant que l’excommunication n’est pas levée, un chrétien ne peut pas recevoir l’absolution, c’est-à-dire le pardon de ses fautes. Donc si un pénitent s’accuse en confession d’avortement, il faut, pour qu’il reçoive le pardon de Dieu de la part du prêtre, une fois ses fautes avouées, que l’excommunication soit levée. Ce que le prêtre peut faire lui-même, du moins pour l’avortement.

  12. pelmer

    @ Thaïs

    De rien !

    En fait non, l’excommunication ne répond pas à la notion de péché mortel. Seuls des péchés mortels peuvent être sanctionnés par elle, mais il y en a qui ne le sont pas (l’homicide volontaire, par exemple).
    La notion de péché mortel (et son corollaire, celle de péché véniel) fait partie du patrimoine de l’Eglise. Jean-Paul II l’a plusieurs fois rappelée, notamment dans le Catéchisme de l’Eglise catholique, mais aussi dans d’autres documents importants. L’idée de base, c’est que l’homme n’est pas condamné à aimer Dieu, il y est simplement appelé, librement. Il peut donc librement le refuser. Ce refus, c’est ce qu’on appelle le péché mortel. Il s’incarne, concrètement, dans un certain nombre de conduites que nous croyons incompatibles avec l’amour vrai de Dieu et du prochain (qui vont toujours de pair). Ainsi de l’homicide volontaire, par exemple.
    Le corollaire de cette notion, c’est celle de « péché véniel ». C’est un « petit non » à l’amour de Dieu et du prochain, un « non », en fait, qui ne met pas en jeu l’orientation profonde de la liberté (un mouvement d’impatience, par ex.).
    Mais quel qu’il soit, véniel ou mortel, le péché est toujours pardonnable en ce monde (merveille de l’amour de Dieu !), du moment qu’on le regrette sincèrement. Ainsi du « bon larron » crucifié (et à juste titre) à droite de Jésus, et lui demandant pardon au dernier moment : « aujourd’hui même tu seras avec moi au Paradis », lui répond le Christ (splendide parole).
    Quant au sacrement de réconciliation, je réponds (ou j’essaie de répondre) plus haut.
    Bonne nuit !

  13. pelmer

    @ Dang

    Non, les divorcés-remariés ne sont aucunement excommuniés. S’ils doivent s’abstenir de communier, c’est parce que leur état de vie, selon l’Eglise, est en grave contradiction avec les engagements du mariage : « ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ». Quand on s’est marié à l’Eglise de manière valide, on est tenu à la fidélité à son conjoint d’une manière particulièrement stricte, parce qu’un baptisé doit être, par son mariage, l’image de l’amour du Christ pour son Eglise, c’est-à-dire pour chacun de nous. Or, le Christ nous est fidèle jusqu’à la mort…

    Deux solutions donc, pour des fidèles divorcés-remariés, afin de pouvoir de nouveau communier :
    1) demander le pardon du Seigneur pour avoir rompu son alliance, et se séparer ;
    2) si cette séparation n’est pas possible (pour les enfants par exemple), vivre comme frère et soeur, et le faire savoir (et demander le pardon de Dieu, comme en 1) ; je connais des gens qui le vivent, c’est admirable ; mais c’est vrai que beaucoup s’en croient incapables.

    J’ai un peu développé la réponse, parce que c’est un cas fréquent et douloureux, mais ces quelques lignes restent très schématiques. Si vous n’êtes pas satisfait, faites-le moi savoir !

  14. pelmer

    @ dupuis

    Aïe, je suis tombé sur un spécialiste, moi qui ne suis pas canoniste ! Mais rassurez-vous, je suis sûr de mon coup…
    Le canon 1323 énumère les divers cas de figure où « n’est punissable d’aucune peine la personne qui a violé une loi ou un précepte ». Il en compte six.
    Un de ces cas, le premier, c’est celui où le délinquant « n’avait pas encore seize ans accomplis ».
    Un AUTRE cas, le quatrième, c’est celui où il a agi sous l’empire d’une crainte grave, « à moins qu’il s’agisse d’un acte intrinsèquement mauvais ».

    La fillette de 9 ans étant dans le premier cas, il suffit : elle n’est pas excommuniée. Si elle s’était trouvée dans le 4e cas de figure (ce qui n’est pas le cas, vous avez raison), elle aurait eu une deuxième raison de ne pas l’être. Mais une, c’est assez…

  15. Bashô

    Merci pour la note écalirante. J’aurais juste deux questions/remarques. Primo, l’excommunication « automatique » est de plus en plus remis en question, justement en prévision de situations extrêmement complexe. Ainsi, le nombre actuel d’acte donnant lieu (7 cas) est très bas par rapport au code de 1917 (21 cas), et fut supprimé dans le code des églises orientales. Et le fait qu’un prêtre peut le lever aussi facilement (alors que normalement c’est au moins du niveau de l’évêque, ou du prêtre ayant reçu cette charge) ne revient-il pas à vider de facto de sa substance l’excommunation « automatique » pour l’avortement? Et je ne crois pas que la distinction péché mortel/péché véniel remonte jusqu’aux apôtres. Cette classification est en soi abstraite et ne sert qu’ à faciliter le discernement des actes. Il peut y avoir des circonstances où l’homicide volontaire est moins grave que disons le mensonge. Le pire péché pour les Pères de l’Eglise était justement le mensonge car pourrissant toute relation (cf les épîtres de Saint Jean qui oppose à la vérité et à l’amour le mensonge). Il serait dangereux à mon avis de prendre cette classification comme absolue

  16. Décidément, à peine apparu sur ce blog, je risque de passer pour impie. Tant pis. Vous excipez de trois citations pour expliquer les fondations de l’excommunication, citations qui servent au dogme depuis l’invention de l’excommunication, d’ailleurs…
    Or, la première ( Matthieu 18, 15-18) seule citation du Christ en la matière, dit exactement l’inverse de ce que produit l’excommunication : Jésus exalte ses apôtres à lutter contre le mal éternel, et ne vise en aucun cas le pauvre pécheur que toute sa parole, et sa mission, tend à racheter.
    Dans sa seconde lettre aux Thessaloniciens, Paul dit à peu près la même chose au final, même si n’étant pas Fils de Dieu son message est plus « fraternel ».
    Reste Jean : c’est le seul qui en réalité justifie cette mesure drastique, ce pouvoir que devrait, selon son acception du dévoilement sacral, prendre les élus sur ceux qui ne le sont pas.
    Jean, le seul excommunicateur des Évangiles. Encore avait-il (peut-être) quelque raison de d’affirmer comme exilé et persécuté une conviction que tout son temps méprisait. Faut-il qu’après 18 siècle de règne sur l’histoire, et même en période de contestation de ce règne, un quelconque vicaire du Seigneur fourbisse comme une arme d’abjection le cri d’un apôtre de Dieu que le monde méprisait ?
    Il est des lois, même canoniques, qui ne méritent que le pilon – et qu’on regrette ne pas voir jeter aux ordures.

  17. pelmer

    @ Bashô

    1) Il est vrai que le Code de 1983 a volontairement diminué le nombre des excommunications « automatiques » (latae sententiae). Il est d’autant plus significatif qu’il en ait quand même gardé 7 (ou 9, suivant la manière de compter)…
    En ce qui concerne l’avortement, en particulier, le Pape a lui-même exposé les raisons de cette discipline (dans Evangelium vitae, en 1995, n°62) : « par la confirmation de cette sanction, l’Eglise désigne ce crime comme un des plus graves et des plus dangereux, poussant ainsi ceux qui le commettent à retrouver rapidement le chemin de la conversion. En effet, dans l’Eglise, la peine de l’excommunication a pour but de rendre pleinement conscient de la gravité d’un péché particulier et de favoriser donc une conversion et une pénitence adéquates ».
    Le but est donc de faciliter la prise de conscience, en vue d’une conversion. Or, la conversion passe par la confession. Il est donc logique de faciliter aussi la confession, ce qui suppose d’accorder largement, à tout prêtre, la faculté de lever l’excommunication. Je trouve tout cela fort cohérent.

    2) étant de rite latin, je ne connais pas le Code des canons des Eglises orientales. Je me renseignerai.

    3) « les Apôtres ignoraient la distinction péché mortel/péché véniel » : comment le savez-vous ? Vous les avez interviewés ? Ce n’est pas parce qu’ils n’en parlent pas qu’ils l’ignorent ! Surtout qu’en l’occurrence, ils l’évoquent (je ne dis pas : « ils l’exposent »), surtout en 1 Jn. 5, 16-17. Pour ne pas alourdir la discussion, je me permets de vous renvoyer ici à Jean-Paul II, Reconciliatio et paenitentia (1981), n°17, qui vous expliquera cela mieux que moi. J’ajouterai seulement un commentaire : pour l’Eglise catholique, le sens authentique des Ecritures ne se révèle pas abstraction faite de toute sa tradition, théologique et magistérielle, mais au contraire à travers elle. L’Eglise repère, dans le passage scripturaire que j’évoque, l’ébauche de sa pratique et de sa foi actuelles ; un peu comme le semeur repère, dans le gland, l’origine authentique des branches et des feuilles du chêne d’aujourd’hui (alors que le gland est dépourvu et de branches, et de feuilles).

    4) « un mensonge peut être plus grave qu’un homicide » : entièrement d’accord, mais c’est qu’alors, il y a des circonstances particulières qui s’adjoignent à sa nature propre de mensonge (par exemple, c’est un mensonge « qui-va-entraîner-la-mort-d’un-innocent ») ; quand on dit que « de soi le mensonge est véniel », on ne veut pas dire autre chose… La morale de l’Eglise, croyez-le (je le dis parce que je l’ai étudiée de près) est extrêmement nuancée, plus que je ne puis le dire en quelques lignes.

    5) je pourrais réagir sur d’autres points, mais je pense que ça suffit comme ça…

  18. pelmer

    @ Serge Rivron

    Vous êtes le bienvenu, pas de problème ! Mais soyez plus clair, pour que je puisse vous répondre… Tout ce que je puis dire, pour le moment, tient en ces deux points :
    1) je me refuse à saucissonner l’Ecriture ; pour moi, elle est Parole de Dieu aussi bien chez s. Jean que chez s. Paul ;
    2) par conséquent, un passage de saint Jean suffit pour engager ma foi ;
    3) comme catholique, je ne lis jamais l’Ecriture sans le secours de la Tradition et du Magistère (c’est du reste la Tradition et le Magistère, et eux seuls, qui me permettent de distinguer entre Ecriture véritable et Ecriture apocryphe) ; or cette Tradition et ce Magistère pratiquent sans complexe l’excommunication, et la fondent entre autres sur ces passages ; donc…

  19. Puis-je me permettre d’ajouter que l’évangile de Jean a été écrit, non par l’apôtre Jean seul, mais par la communauté johannique ? C’est à dire un ensemble de chrétiens de la première heure qui s’étaient rassemblés autour de l’apôtre Jean. Cela explique que parfois, on y trouve des éléments absents des autres évangiles, en particulier en ce qui concerne les règles de vie des premiers chrétiens. En ce sens, il me semble qu’on pourrait dire que l’évangile de Jean (de même que les actes des apôtres et les épîtres de Paul) constitue la première base de la Tradition… (Que Pelmer m’arrête si je raconte des bêtises !)

  20. pelmer

    @ Tigreek

    L’idée que l’Evangile de Jean est l’oeuvre d’une communauté a connu une certaine vogue, jadis. Aujourd’hui on en revient un peu. D’une part, tout cela est purement hypothétique, sans aucun fondement positif. D’autre part, on peine à voir comment une communauté peut être l’auteur d’une oeuvre littéraire de la qualité de celle de Jean… En a-t-on jamais vu un exemple ?
    Quoi qu’il en soit, à strictement parler, Ecriture et Tradition sont nettement distincts ; aussi distincts qu’un texte et son commentaire, si autorisé soit-il.

  21. Merci à Pelmer pour ses commentaires éclairants, désolé pour mon absence momentanée de ce blog : Je suis assez fier d’en avoir confié les clefs pendant tout un week-end à un théologien! 😉

  22. pelmer

    @ chafouin

    Euh… Un « théologien », pousse pas quand même. La crédibilité de ton blog risquerait d’en prendre un coup.

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