Mais qui croit à l’ouverture?

allegresarkozyL’ouverture, un concept censé démontrer la tolérance, l’écoute, et la réflexion de celui qui la pratique. En filigrane, une arme de guerre destinée à pilonner son adversaire. Concernant Nicolas Sarkozy, l’objectif semble en partie atteint puisque le PS semble totalement K.O. debout après les coups de boutoir répétés du président. Mais en réalité, et alors que le socialiste Claude Allègre  est pressenti pour entrer au gouvernement, l’ouverture n’est qu’un leurre et personne n’y croit vraiment : elle n’apporte strictement rien à l’exécutif.

Un homme au-dessus des camps, des partis, des factions. Un homme na-tio-nal. Voilà l’image qu’est censée donner l’ouverture de celui qui s’y prête. Une sorte d’homme providentiel, qui bon gré mal gré, essaie d’unir toutes les bonnes volontés, quel que soit leur camp d’origine, afin de tendre vers un noble but : l’intérêt général, que d’aucuns appellent également le bien commun.

En France, et dans la tradition parlementaire, le gouvernement doit être l’émanation de la majorité élue à l’assemblée nationale. L’ouverture n’est cependant pas nouvelle : déjà, Mitterrand tentait de se donner une image rénovée en intégrant des centristes dans plusieurs de ses gouvernements. Puis Chirac, pour mieux justifier la fermeture politique de son gouvernement, a décidé de l’ouvrir à la fameuse « société civile » (le meilleur exemple est Thierry Breton), c’est-à-dire aux non-politiques. Des experts censés être les meilleurs dans leur domaine, et qui présentent l’avantage d’être immaculés idéologiquement.

Sarkozy, lui, a voulu à toute force prouver qu’il n’était pas sectaire, et que contrairement à son prédécesseur, il ne réserverait pas le gouvernement à un carré de fidèles. Dans ses gouvernements, il y a donc eu deux sortes d’ouvertures. Une bonne, une naturelle, et une mauvaise, dont le but est vicié dès le départ. On en parlera pas, en revanche, de l’ouverture pipeau aux « minorités visibles », qui n’est absolument pas dans le sujet.

La bonne, c’est celle qui s’est adressée à l’ensemble des tendances de son camp politique. On peut citer Michèle Alliot-Marie, qui appartient à la famille gaulliste, à Christine Boutin pour les chrétiens sociaux, ou encore à Bruno Lemaire, ancien fidèle et directeur de cabinet de Villepin. Quoi qu’on pense d’eux, ces trois là peuvent apporter leur sensibilité au sein du gouvernement, leur différence, et enrichir le travail d’une équipe.

En revanche, la seconde ouverture ne sert à rien : elle est purement artificielle et elle est donc mauvaise. D’aucuns diraient que c’est un écran de fumée. D’autres encore parleraient de poudre aux yeux. Trois expressions pour le prix d’une! Bref, c’est purement et simplement un affichage : là, on pense aux personnalités de gauche appelées dans le gouvernement : Jean-Pierre Jouyet aux Affaires européennes (il est aujourd’hui à l’AMF), Bernard Kouchner aux Affaires étrangères, Eric Besson à la prospective puis à l’Immigration et l’Identité nationale, et Jean-Marie Bockel à la Coopération puis aux Anciens combattants. On peut également ajouter Fadela Amara pour le plan banlieues, et Martin Hirsch pour les « solidarités actives » et aujourd’hui la jeunesse. Si j’en oublie, dites-le moi.

Une réelle ouverture consisterait à proposer à ces politiques de peser sur les choix, de prendre des initiatives, d’avoir un mot à dire sur le programme politique. Mais à quoi sert l’appartenance de ces six personnages à la gauche, si ce n’est pour affaiblir le PS?

Entendons-nous bien : Jean-Pierre Jouyet n’a pas eu à faire entendre de « son de cloche de gauche » dans une matière où le consensus droite-gauche est criant. Idem pour Kouchner, même si sa vision des relations internationales semble plus proche de celle de Sarkozy (pro-américain) que de la gauche française. Bockel, lui, s’est justement fait éjecter de la Coopération après avoir fait mine de vouloir enterrer la Françafrique, ce qui était justement une promesse de Sarkozy. Et Besson, après avoir regardé les mouches voler à la Prospective, a enfilé le costume d’Hortefeux en poursuivant sa politique, ses objectifs, sa manière de faire. Amara n’a aucune marge de manoeuvre, et lorsque Hirsch réalise le RSA, il applique le programme de Sarkozy.

Tous les six ne font donc que suivre la politique décidée par le chef de l’Etat. Il n’y a donc pas d’ouverture à proprement parler! « L’ouverture sarkozyste est tout sauf un partenariat. C’est une entreprise d’acculturation. », écrit Nick Carraway. D’ailleurs, le parti de Bockel (Gauche moderne) est un allié de l’UMP, Eric Besson  en est devenu un des secrétaires-généraux, et Bernard Kouchner, piégé, a été contraint de dire qu’il allait voter pour le partri de droite aux élections européennes! Il est vrai qu’un ministre des Affaires étrangères n’approuvant pas les idées du gouvernement en matière de construction européenne, ça aurait fait tâche…

On n’est donc pas dans ce que voulait faire Bayrou, à savoir une politique élaborée de concert par différentes sensibilités politiques, dans l’intérêt général : je ne sais pas si c’est concrètement réalisable, mais ça aurait plus de « gueule ». Et ce serait peut-être plus efficace.

Au final, l’ouverture n’est que de la tactique politique, rien de plus. Cela pourrait faire partie des multiples techniques recommandées par Machiavel pour être un bon « Prince », de nos jours. Reste que la tactique, pour être bonne, doit suivre un objectif noble et intéressant non seulement pour celui qui s’y livre, mais également pour le pays. Or là, à part contrarier le PS, je ne vois pas. Le risque, ce n’est pas d’offrir un boulevard à Bayrou (ce n’en est pas vraiment un, à part pour Sarkozy), c’est plutôt, en voulant intégrer l’opposition dans le gouvernement, c’est-à-dire en voulant la tuer, de la confier aux extrêmes. A l’extrême-droite, certains électeurs ne doivent pas apprécier cette main-tendue aux « gauchistes », et à l’extrême-gauche, on attend de capitaliser sur l’atonie du PS, déchiré, incapable d’être une force de proposition et de représenter une alternative pour 2012. Et des deux côtés, on risque de se dire que si gauche et droite, c’est pareil, alors autant voter Le Pen ou Besancenot. Au moins, ça change.

Si les rumeurs se confirment, Allègre pourrait donc à son tour entrer au gouvernement. Si c’est le cas, on pourra en conclure Sarkozy dépense beaucoup d’énergie à s’amuser en pure perte. Et que pendant qu’il s’emploie à tuer le PS, on attend de lui qu’il redresse le pays. Ce n’est pas en soudoyant des seconds couteaux de gauche ou en adoptant des formules creuses  qu’il y parviendra!

8 Commentaires

Classé dans Politique

8 réponses à “Mais qui croit à l’ouverture?

  1. Je suis d’accord avec Nick Carraway !

  2. RoseNoire

    Ha. Tu crois encore que la politique est quelque chose qui poursuit des objectifs nobles, élevés, intéressants, dont le seul but est l’intérêt supérieur de la nation?
    Ton idéalisme t’honore, mais il n’a hélas d’égal que ta naïveté. La politique, ce n’est la plupart du temps que jeux de pouvoir, rapports de force et querelles de palais.
    L’ouverture? Mouarf, un bien beau mot pour faire joli et s’acheter une robe de pureté, alors que le but – que tu as fort bien perçu d’ailleurs – n’est que de mettre l’adversaire au tapis.
    Oui, en politique c’est bien le Prince de Machiavel qui est d’actualité, certainement pas des élans altruistes.

  3. Le contempteur

    @ rose noire: je suis d’accord et pas d’accord avec toi. Ta vision pragmatique t’honores. Nous en sommes effectivement là. Pour autant je rejoins le chafouin pour penser que « le bien commun », s’il est un objectif illusoire, reste un but à atteindre. Ce n’est pas parce que Sarkozy pipeaute le jeu avec l’ouverture « poudre aux yeux » qu’il ne faut pas tendre vers l’interet général. On devrait en tout cas avoir le choix d’y tendre. (C’est un peu comme quand on pisse dans le lavabo à 4 h du matin : c’est la facilité, c’est en somme une posture pragmatique. Mais dans l’interet de tout le monde, il serait préférable d’aller aux chiottes, ce qui peut sembler idéaliste à une telle heure avancée de la nuit…)

    @ Chafouin : bravo, rien à redire. Continuez.

  4. @rose noire et le contempteur

    Je ne puis qu’être d’accord avec le contempteur : je ne suis pas naïf, et je sais que l’intérêt général ne préside pas toujours aux actions des politiques, mais c’est tout de même l’objectif vers lequel il faudrait se tourner.

    Ce serait la moindre des choses à désirer, et je m’étonne que si peu d’hommes et de femmes politiques en soient convaincus.

    @nick carraway
    😉

  5. RoseNoire

    Je me suis peut être mal exprimée: bien sûr que le bien commun devrait être l’objectif à atteindre. Hélas, pour beaucoup de politiciens, le problème est que cette phrase reste au conditionnel…

  6. koz

    Sur Hirsch, je m’excuse mais ce n’est pas exact ! Le rSa était dans la boîte à Hirsch bien avant qu’il ne rejoigne Sarkozy. Cf. à tout le moins La pauvreté en héritage et les travaux de la Commission Machin (famille et solidarité, je crois).

  7. Pingback: Koztoujours, tu m’intéresses ! » Reviens, Nico, on a les mêmes à la maison !

  8. @Koz

    Ce que je veux dire, c’est qu’on l’a embauché pour ça, pas en lui disant « tu as carte blanche, fais ce que tu veux »!

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