Siffler en travaillant

siffler1Eh non, je ne participerai pas à la Journée Nationale des Mécontents (JNM), rebaptisée parfois Journée Nationale de Tous Ceux qui ont une Bonne raison de Râler (JNTCBR). Après avoir été à deux doigts de faire gève aujourd’hui, la raison l’a finalement emporté : il est hors de question que je mêle ma voix à tout ce cortège anarchique de revendications.

Sous couvert de dénoncer un malaise social, il s’agit en effet essentiellement, ne soyons pas dupes, de s’opposer politiquement au gouvernement. Pour les syndicats, c’est la bonne occasion de se refaire une santé. Le PS, lui, fera tout ce qu’il pourra pour tenter de récupérer politiquement ce mouvement, même s’il est plus probable que ce soit le NPA qui rafle la mise.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de raison d’être mécontent en France aujourd’hui. La présidence Sarkozy est pour l’instant un échec patent. De mon côté, je suis horrifié par la gestion de la sécurité et l’instrumentalisation de la Justice : dans ces domaines, on navigue à vue alors que c’est l’avenir du pays qui est en jeu.

Il y a aussi la question du travail dominical, et plus globalement, de la philosophie de ce gouvernement. Je lisais récemment que Xavier Bertrand considérait qu’il y avait urgence sur le sujet, et que si on ne légiférait pas rapidement, la situation deviendrait « catastrophique pour les salariés ». Voilà donc un gouvernement qui n’a rien fait pour diminuer le travail précaire, et qui vient nous raconter que la solution, c’est d’avoir le dimanche disponible dans la palette des possibles?

Et ce ne sont pas les gesticulations d’un président-clown sur la scène internationale qui nous feront oublier tout cela. Nicolas Sarkozy est un Chirac bis, avec l’arrogance en plus, mais la classe en moins.

Bref, j’aurais pu moi aussi défiler, signifier ma colère. Mais quel sens donner aux cris d’une foule, dont les membres défilent chacun pour une raison différente? Rendez-vous compte : ce mouvement a pour but de « défendre l’emploi, le pouvoir d’achat, les garanties collectives et les services publics, et dénoncer la politique anticrise du gouvernement ». A la bonne heure! Rien que ça? En gros, on a tous une bonne raison de râler, donc allons-y, défoulons-nous. D’ailleurs, 69% des Français soutiennent la grève! Croit-on qu’il y a 69% d’antisarkozystes en France? En revanche, à mon avis, il y a bien 69% d’inquiets face à la crise.

La réalité, c’est que tous les opposants globaux à Sarkozy seront dans la rue, il y aura le juge à côté du prof, du cheminot, du chercheur et du policier mécontent. La caissière précaire, qu’on a pu voir hier soir dans les Infiltrés sur France 2, elle, sera au travail, en silence. Qu’aurait-elle à gagner à participer à une mobilisation inaudible, dont on ne pourra tirer aucune leçon?

Et moi qui ne suis pas non plus un privilégié, qui appartiens à une entreprise qui ne peut pas se permettre de perdre une journée, je travaillerai. Avec le coeur gros en pensant à ceux qui souffrent. Mais en sifflotant à l’idée que l’essentiel du cortège sera composé de rigolos des impôts, du CNRS et de la SNCF.

3 Commentaires

Classé dans Chafouinage

3 réponses à “Siffler en travaillant

  1. Les raisons politiques citées dans ce billet sont, à l’inverse de vous, exactement ce qui m’aura motivé à participer à cette journée du 29.

    Parce que, même si tous les syndicats et partis tenteront une récupération politique du mouvement, et que les revendications sont tellement larges qu’aucune mesure directe ne pourra découler de cette journée ; il me semble que le moment est venu de signifier que la fête était finie.

    Le gouvernement Sarkozy doit absolument apprendre à écouter, notamment concernant les sujets des droits du citoyen et de la séparation des pouvoirs, au lieu de brâmer sa volonté de transparence.

    Enfin, dire que la manif’ sera composé des Impôts, du CNRS et de la SNCF, c’est un « cheap shot » …mais je pense que vous le saviez🙂

  2. Sur la chute, évidemment que c’est de la provocation, mais vous l’avez bien compris comme ça😉

  3. Adrien

    « je suis horrifié par la gestion de la sécurité et l’instrumentalisation de la Justice : dans ces domaines, on navigue à vue »

    Si seulement on navigait à vue !
    Naviguer à vue, me semble-t-il, c’est ne pas avoir de trajectoire précise, regarder la situation, réagir, voir ce qu’il se passe, réagir à nouveau …

    Dans le cas de la justice, par exemple, on rêverait d’être dans cette situation. Mais c’est pire encore. On donne une direction, et avant même de voir où on va, où on atterrit, paf, changement de cap !
    Exemple (toujours tiré de chez Maitre Eolas) : la loi sur la collégialité de l’instruction, votée après l’affaire Outreau pour éviter les erreurs du même type n’entrera en vigueur qu’en 2010. On n’y est pas encore que déjà, on parle de supprimer le juge d’instruction. Bref, on n’a dit qu’on allait changer de direction, on ne l’a pas encore fait, mais déjà, on considère que la nouvelle direction est mauvaise. C’est bien pire que naviguer à vue. Et dans ces conditions, dur de ne pas avoir peur du naufrage …

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