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Besancenot, ou comment combattre une injustice par une autre

Autant Le Pen n’a jamais réussi à se faire passer pour un type sympathique, autant Besancenot parvient à masquer le danger qu’il porte avec sa gueule d’ange et son image de gendre idéal quoique imberbe. Voilà désormais notre facteur considéré comme le meilleur opposant à Sarkozy, d’après un sondage publié par le Figaro. Danger pour le PS, mais surtout, pour la France. Et signe que le néo-libéralisme ne mène à rien à part au désastre.

Il y a beaucoup à dire sur cette nouvelle configuration politique. Précisons que Besancenot arrive non seulement en tête des sondés au niveau global (17%, devant Delanoë à 13% et Hollande et Royal à 9%), mais surtout au sein de l’électorat socialiste (avec 26%, il arrive largement devant Delanoë avec 17%, Hollande avec 11% et Royal avec 10%). Partant de là, on peut bien sûr s’interroger, avec Luc Mandret, sur les conséquences de ce succès, et en premier lieu sur le PS qui a tout à perdre d’une montée de la LCR à sa gauche. Et qui par la force des choses, va à coup sûr tenter de le contrer par un recentrage. Ce qui fera de nouveau monter Besancenot… qui ne sera jamais majoritaire, et donc restera stérile. La LCR et le futur « nouveau parti anticapitaliste » joueront-ils, comme Le Pen, le simple rôle d’idiots utiles? Nicolas Sarkozy, cité par Marianne, le résume bien en s’adressant ainsi à François Hollande, « vous nous avez emmerdés pendant des années avec Le Pen, maintenant, on va vous niquer avec Besancenot ». L’analyse est belle, mais incomplète, car elle ne s’intéresse qu’au petit jeu politique sans aller au fond des choses.

En apparence, Besancenot se présente juste comme un vrai socialiste. Son discours global, celui qu’on entend le plus souvent, celui qu’il clame sur les plateaux de télé, n’est pas beaucoup plus à gauche que celui du PS d’il y a une trentaine d’années, celui d’avant la conversion à l’économie de marché. Et c’est bien sûr ça qui fait son succès. Quoi qu’on en pense, lui, il est sur le terrain. Il est aux portes des usines en grève. Il est du côté de ceux qui souffrent. Il les défend, amène des caméras avec lui. Pendant ce temps, où sont les socialistes? A préparer leur congrès, à s’interroger sur la définition du mot « libéralisme », bref, à cent lieues des préoccupations des Français. Si j’étais socialiste, je voterais Besancenot sans hésiter. Bon ok, je ne le suis pas…

Mais il faut également, avec Koz, s’interroger sur la réalité intime du personnage. Sur le message qui se cache derrière les belles phrases, derrière l’invitation chez Drucker, derrière le gentil facteur qui se dresse contre les méchants patrons. Je suis entièrement d’accord avec lui lorsqu’il s’emporte en ces termes : « Il faut en finir avec la bienveillance coupable avec laquelle on regarde Olivier Besancenot. Il faut en finir avec cet étonnant complexe bourgeois (pour le coup) qui fait que l’on attaque si peu Olivier Besancenot, protégé par sa gueule ronde et sa jeunesse comme par un talisman. Il faut prendre Besancenot pour ce qu’il est. Pas un bon ptit gars. Pas un romantique. Il faut avoir conscience en l’écoutant et, pour ceux qui le font, en lui parlant, que l’on a affaire à quelqu’un pour lequel le respect de la vie est relatif, subordonné aux objectifs politiques. »

J’abonde également dans son sens lorsqu’il dénonce l’accueil fait par Besancenot à Jean-Marc Rouillan, ex d’Action Directe. Lorsqu’il réclame une clarification, « que Besancenot ne puisse pas tenir deux discours. Qu’il ne puisse pas offrir sa gueule de bon facteur rond et jeune tout en assumant ces discours au sein de son parti, discours qui sont très certainement les siens lorsque les micros s’éloignent. »

La preuve : ses disciples ébahis, tels CSP, prennent prétexte de la violence quotidienne subie par les travailleurs pour ne pas condamner, voire se réjouir, du terrorisme passé d’Action directe. Comment, dans ces conditions, ne pas avoir peur de tels militants? On voit certains de ses commentateurs affirmer benoîtement que Rouillan a payé sa dette, d’autres confier leur admiration pour cet assassin non repenti. Et le même CSP le dit lui-même : « Le NPA a venir ne sera pas l’épouvantail commode qui permet aux autres partis de se donner bonne conscience : on a plus faim que ça. Et c’est pour ça que le stratagème de la droite, dont on peut être certain qu’elle se félicite actuellement avec force ricanements, va lui retomber sur la gueule plus vite qu’elle ne le croit. Ces gens nous sous-estiment : on est vraiment très énervés… »

Il est vraiment abbérant aberrant (merci Raveline!) qu’en France, en 2008, de tels partisans de la dictature du prolétariat puissent se trouver aussi haut dans les sondages. Mais surtout, que personne ne s’en émeuve! Je l’ai déjà écrit ici mais je le répète : pour moi, les trotskystes et les fascistes sont de la même trempe, ils sont de ceux qui jouent sur les peurs pour tenter de séduire les plus faibles.

Ils dénoncent de vraies injustices, pour prôner une injustice plus grande encore. Mais le problème n’est-il pas qu’aujourd’hui, en France, personne d’autre de raisonnable ne dénonce les méfaits, la barbarie d’un système néolibéral effectivement inhumain, meurtrier, matérialiste au possible?

Le problème n’est-il pas qu’un nombre incalculable de gens ne voient pas de solution à l’horizon? Que nombre d’Etats soient sommés de se conformer à une ligne économique et politique orthodoxe mais destructrice de l’humain, de la diversité culturelle, de la terre elle-même? Qu’on accepte des trucs immoraux au possible, sous prétexte « qu’on ne peut rien faire »? Qu’on accepte d’ériger en règle inattaquable la loi de l’offre et de la demande, qui est d’une stupidité sans nom? Qu’on accepte de mettre en compétition des Etats qui n’ont pas les mêmes règles sociales? Qu’on se laisse gouverner par des tarés qui jouent dans les salles de marché comme les prolétaires jouent au loto? Qu’on accepte ainsi d’être à la merci d’une rumeur, d’une baisse de moral des investisseurs, d’une peur psychologique qui fait baisser les cours? Que le gateau soit sans cesse partagé entre les mêmes, au mépris de toute justice? Que les incompétents aient des primes de risque, quand ceux qui triment et créent la richesse n’ont jamais aucune reconnaissance de leur travail?

En tant que journaliste, j’ai couvert des conflits sociaux où on croit marcher sur la tête. Il ne faut pas s’étonner d’entendre certains réclamer qu’on mette la tête de certains dirigeants au bout d’une pique.

Pour moi, Besancenot est clairement un adversaire. Mais les néolibéraux – j’entends par là les libéraux qui ont mal tourné, et qui prônent la dictature du marché et de la finance – le sont tout autant. Et plus que jamais. La justice sociale doit être un objectif politique prioritaire. La popularité de Besancenot doit nous le rappeler.

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Troskystes et fascistes, même haine, même combat

Une discussion animée menée au Bistrot de Nico me donne l’occasion d’évoquer ici la différence de traitement qui existe, dans notre pays, entre les « extrêmes », ou du moins les partis désignés comme tels dans notre « spectre politique ». Une différence qui montre bien l’imprégnation du marxisme en France.

D’un côté, le Front national, parti honni de tous, à qui Nicolas Sarkozy a pompé une partie de l’électorat (celui-ci retournera bien vite à ses premiers amours, une fois qu’il aura compris qu’il s’est fait rouler). Parti avec qui on ne peut pas envisager de pactiser, sous peine d’être excommunié sur la place publique, l’agora médiatique. Que dire, d’être lynché sur place! Souvenons-nous des régionales de 1998, et de cette alliance entre Charles Millon et les lepénistes locaux. Que n’avait-il fait là! Facho! Quatre ans plus tard, Le Pen était au second tour de la présidentielle. Manifestations à gogo, de ceux-là même qui avec leurs oeillères, refusent de comprendre ces électeurs inquiets plus que « fachos »! La diabolisation de ce parti, qui montre que la démocratie n’existe que pour ceux qui sont « convenables », a d’ailleurs toujours augmenté son audience dans notre pays…

De l’autre côté, on a les extrêmes de gauche, qu’on juge « sympathiques » sous prétexte qu’elle se réclament de la défense du petit peuple : c’est ce préjugé qu’il faut détruire. Lutte ouvrière est un parti sectaire et trotskyste, qui comme le rappelle Nico, flirte avec le PS aux municipales dans le seul but de ne pas laisser la mainmise du marxisme pur et dur à la Ligue communiste Révolutionnaire, qui tente d’unir la gauche de la gauche de la gauche dans un seul et même parti. Notons en effet qu’il est curieux de dire ceci : « LO voit d’un bon œil la constitution d’un nouveau parti radical de gauche, mais elle se refuse à rejeter, même par omission, le marxisme, le léninisme, le trotskisme, en voulant attirer à ce parti des militants venus d’horizons divers et qui pourraient n’être ni marxistes, ni léninistes, ni trotskystes. » et dans le même temps, de faire alliance avec un parti qui a tourné le dos depuis bien longtemps au léninisme et au trotskysme, à défaut d’avoir renoncé au marxisme. Quoi qu’on en pense, le choix de la LCR semble plus cohérent.

Et qui s’indigne de cette alliance entre un parti républicain, le PS, et un mouvement « ouvrier » qui vénère des criminels? Personne… Nul communiqué de presse tapageur, nulle réaction. Quand on pense que dans certains secteurs, les utopistes du MoDem vont se retrouver non seulement sur les mêmes bancs que des communistes, mais en plus, à côté de léninistes…

Le poids du politiquement correct, de la paresse et du conformisme intellectuels est passé par là. On aime bien réagir avec des réflexes formatés : il y a les gens fréquentables, et ceux qui ne le sont pas. C’est comme ça, et ça ne se discute pas. Deux poids, deux mesures?

Derrière cette différence flagrante de traitement entre l’extrême-gauche et l’extrême-droite, il y a cette idée, lancée par un des commentateurs de Nico : « comparer le FN et LO, c’est indécent.
on ne compare pas des racistes avec des humanistes, quand bien même ils soient utopistes! »

Ah bon? D’une part, le FN n’est pas plus ouvertement raciste que LO n’appelle ouvertement à égorger les chefs d’entreprise. Mais dans les deux cas, le discours peut mener à ces excès. D’autre part, il faut se poser une question fondamentale : pourquoi le racisme serait le mal absolu de nos sociétés? Pourquoi constituerait-il la pire offense à l’humain? Pourquoi?

Le mal absolu, c’est la haine, quelle qu’elle soit. Il faut que les antiracistes se mettent ça dans la tête. La haine de la différence ou la haine tout court, c’est du pareil au même. Et si quand vous écoutez parlez Arlette Laguillier ou Olivier Besancenot, vous voyez autre chose que de la violence, autre chose que du radicalisme. Et si vous pensez que l’abolition de la propriété peut engendrer autre chose que l’anarchie et le meurtre. Si vous voyez en Léon Trotsky – fondateur de l’Armée rouge, assassin des Koulaks et autres marins de Kronstadt – un humaniste. Et si, en fin de comptes, vous le jugez plus fréquentable qu’un raciste, n’hésitez pas à le signaler en commentaire.

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