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Pour en savoir plus sur le « génocide » vendéen

Nous avons déjà parlé sur ce blog des guerres de Vendée et de la question de la qualification des massacres ignobles perpétrés par l’armée républicaine à partir de 1793 à l’encontre des populations civiles, et ce sur ordre direct des dirigeants de la Convention.

A défaut de nourrir mon blog de nouveaux billets, je voulais vous signaler cette émission consacrée le 31 octobre dernier sur Europe 1, chez l’excellent Franck Ferrand, à la question du génocide vendéen (vidéo ci-dessus). Avec en invité vedette, bien sûr, l’historien Reynald Secher, infatigable conteur des atrocités subies par la Vendée, et qui vient de publier un nouveau livre sur la question, Vendée, du génocide ou au mémoricide.

A l’écoute des documents cités par M. Secher, qui montrent que la décision d’éradiquer la Vendée et ses habitants, exécutée par Carrier et Turreau, a été prise par les députés et le Comité de Salut Public, on n’a plus guère de doutes : plutôt que de reconnaître le génocide arménien et donner des leçons aux Turc, la République française ferait bien de balayer devant sa porte et reconnaître les crimes qui ont accompagné sa naissance.

Quant à moi, je lirai ce livre dès que possible. Reynald Secher y cite – pour la première fois, dit-il – des documents montrant que Robespierre a pris lui-même la décision de rayer la Vendée de la carte, et qu’il s’agissait d’une décision mûrement réfléchie et conceptualisée noir sur blanc.

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Faut-il reconnaître le génocide vendéen?

Un de mes indics préférés me rapporte l’existence d’un excellent article d’Yvan Rioufol (une fois n’est pas coutume…) sur la mémoire du génocide vendéen. Si ce génocide fait peu de doutes, il n’est pas certain qu’une reconnaissance par la loi soit nécessaire. Mais quand la République française reconnaîtra-t-elle ses crimes, elle qui se targue de donner des leçons au moinde entier?

Balayer devant sa porte : une attitude qui honorerait la France, coupable de nombreuses exactions pendant la Révolution française, et qui se permet de donner des leçons aux Turcs tout en étant totalement amnésique de son propre passé. Parmi elles, les souffrances imposées à la Vendée font partie des plus symboliques. Non pas qu’il faille sous-estimer les autres répressions (A Lyon par exemple, où Fouché commit des horreurs sans nom). Mais en Vendée, un plan systématique d’élimination, de destruction a été envisagé, théorisé, et mis en pratique. Comment peut-on l’occulter, deux cent ans après?

Des preuves historiques existent de cette volonté d’extermination, dans des textes de loi votés par la Convention (1er août et 1er octobre 1793) mais également dans les correspondances entre les généraux de l’armée républicaine et les chefs politiques de cette époque (1793-1794). Comment peut-on l’occulter, deux cent ans après? Rappelons que l’article L211-1 du code pénal définit le génocide comme étant « le fait, en exécution d’un plan concerté tendant à la destruction totale ou partielle d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux, ou d’un groupe déterminé à partir de tout autre critère arbitraire, de commettre ou de faire commettre, à l’encontre de membres de ce groupe, l’un des actes suivants : atteinte volontaire à la vie ; atteinte grave à l’intégrité physique ou psychique ; soumission à des conditions d’existence de nature à entraîner la destruction totale ou partielle du groupe ; mesures visant à entraver les naissances ; transfert forcé d’enfants. »

Voici ce qu’en dit Jean Tulard, co-auteur du Livre noir de la Révolution française :

Le génocide vendéen a bien été planifié comme le montre lumineusement Reynald Secher. Première étape : une guerre civile qui débute en mars 1793 et qui s’achève sur la défaite des Vendéens à Savenay en décembre. Guerre atroce mais équilibrée. La victoire des bleus est suivie par la mise en place d’un système d’anéantissement de la Vendée. Pas question de pardon après la défaite. L’alerte a été trop chaude. De là, selon un rapport présenté à la Convention, l’idée qu’il n’y aura « moyen de ramener le calme dans ce pays qu’en en faisant sortir tout ce qui n’est pas coupable, en exterminant le reste, et en le remplaçant le plus tôt possible par des républicains qui défendront leurs foyers ».

Conception reprise par Barère, “l’ondoyant Barère”, qui perd son sang-froid : « Détruisez la Vendée ! » Général en chef de l’armée de l’Ouest, Turreau confirme : « La Vendée doit être un cimetière national. » De là les innombrables scènes d’horreur décrites par Secher : il faut empêcher les Vendéens de se reproduire, donc, tuer également les femmes et y ajouter les enfants en passe de devenir de « futurs brigands ». Carrier, l’homme des noyades de Nantes, s’exclame : « Qu’on ne vienne pas nous parler d’humanité envers ces féroces Vendéens ; ils doivent tous être exterminés. » Il n’est pas jusqu’au nom de Vendée qui ne soit rayé de la carte : il y aura désormais un département Vengé. C’est l’extermination totale, un « populicide », écrit Gracchus Babeuf lui-même : un génocide.

Au moment où ces mesures sont mises en place, la Vendée est déjà exhangue, prête à se soumettre. Son armée a été détruite, anéantie. Les soldats qui demeurent en Vendée, comme ceux de Charette ou Stofflet, sont constituées de vagues bandes qui ne représentent plus de danger, et passent plus de temps à chercher à échapper aux « Bleus » qu’à mener de véritables actions militaires. Et malgré cela, les sinistres Colonnes infernales seront montées, avec comme ambition affichée de ratisser la Vendée, pour tuer hommes, femmes, enfants, bétail, et ainsi détruire ce terrritoire rebelle. Républicains y compris. On exterminera des villages entiers, comme aux Lucs-sur-Boulogne, qui n’a rien à envier à Oradour mais est inconnu de tous. A Nantes, on coulera des bateaux remplis de Vendéens attachés. On brûlera même des paysans dans des fours. On tannera leur peau. On a ici le détail de toutes les horreurs qui ont été commises au nom de la République.

Pourquoi ces colonnes n’atteindront-elles pas leur objectif? Pourquoi seront-elles suspendues? Pas par humanité, mais parce qu’elles étaient contre-productives : le général Lazare Hoche, nommé chef des armées républicaines, comprendra que ces meurtres en font que raviver les blessures vendéennes, et que chaque massacre fournit des troupes nouvelles aux armées dites royalistes. « Dites », parce qu’en réalité, ces paysans étaient plus soucieux de défendre leur indépendance, leur religion, leurs coutumes, qu’un roi dont ils ignoraient tout. Ils préféraient Louis XVI, parce que la royauté les respectait et ne tuait pas leurs curés.

Une proposition de loi avait été déposée en 2007  puis début 2008 pour reconnaître ce génocide, initiée par Lionel Lucca et Hervé de Charette. Lisez-là, elle contient un tas d’informations précieuses sur ce sujet, et le résume admirablement. Elle se conclue ainsi : « La République sera d’autant plus forte qu’elle saura reconnaître ses faiblesses, ses erreurs et ses fautes. Elle ne peut continuer de taire ce qui est une tâche dans son histoire. Elle doit pour cela reconnaître le génocide vendéen de 1793-1794, et témoigner à cette région – qui dépasse l’actuel département de la Vendée – dont la population a été victime de cette extermination, sa compassion et sa reconnaissance pour avoir surmonté sa douleur et sa vengeance en lui donnant des hommes aussi prestigieux que Georges Clemenceau ou Jean de Lattre de Tassigny qui servirent la Patrie et défendirent la République. »

Une loi est-elle absolument nécessaire? Pas sûr, surtout au moment où le parlement se prononce contre les lois mémorielles. Mais une simple résolution? Une prise de parole officielle? Ce serait justice, pour réparer ce que Pierre Péan appelle la « Blessure française », dans un livre que je compte me procurer aussi vite que possible.

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Comment peut-on célébrer Robespierre?

Juste un rappel : Maximilien Robespierre, né le 6 mai 1758, et guillotiné le 28 juillet 1794, a été celui qui avec la Terreur, a voulu appliquer à la lettre les théories de la souveraineté populaire chères à Rousseau. En fait de quoi, il a envoyé un maximum de monde à l’échafaud et a été un des premiers à tenter de montrer ce que pouvait donner le totalitarisme.

Et voilà qu’à Arras, sa ville natale, l’association des Amis de Robespierre (rien que le nom de l’association fait frémir) organise une exposition pour honorer le 250e anniversaire de sa naissance. « Nous avons préféré nous arrêter à 1789 . Nous rendons hommage à Robespierre l’Arrageois, celui qui ne fait pas encore débat, dans un esprit de commémoration au sens historique du terme », explique ce matin dans Nord Eclair le directeur de l’Office de tourisme.

D’une part, il n’y a pas plusieurs Robespierre : il n’y en a qu’un seul. D’autre part, Robespierre ne fait pas débat, c’est un tyran, point. Par ailleurs, s’arrêter à 1789 est une manière particulièrement malhonnête d’essayer de rendre sympathique un odieux personnage. Imagine-t-on une exposition consacrée à l’enfance d’Hitler, où l’on essaierait d’expliquer la complexité du bonhomme?

Il y a deux explications, à mon sens, à ce genre de phénomène. D’une part, la France est un pays qui a du mal avec son histoire et tout particulièrement avec la Révolution française. Tout se passe comme si, en application du propos de Clémenceau, selon lequel la Révolution était un « bloc », on avait peur de toucher au mythe, à la légende, à l’humanisme qui avait soi-disant guidé les pas des sans-culottes. Comme si on craignait, en critiquant un passage de la Révolution, de devoir tout remettre en cause.

Il y a ensuite une bien coupable tolérance à l’égard de cette association des amis de Robespierre, dont l’objectif affiché est, rappelons le, de « …faire mieux connaître ROBESPIERRE, le rôle déterminant qu’il a joué dans le grand mouvement émancipateur qu’a été la Révolution française et la part prépondérante qu’il a prise pour sauver la patrie en danger. Elle considère que le combat qu’il a mené pour une véritable démocratie, pour une réelle égalité entre les hommes, ainsi que les exemples qu’il a donnés de tolérance et d’intégrité dans l’action politique sont toujours d’actualité ».

Il y a des gens qui pensent cela, en dépit de tout bon-sens historique, qui se battent pour le faire reconnaître, et qui sont financés par des collectivités territoriales. Un conseil général, plusieurs municipalités selon l’association.

Remarquez, Georges Frêche avait bien déclaré vouloir acheter une statue de Lénine pour Montpellier, et cela n’avait fait réagir personne…

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