Archives de Tag: présidentielle

Sidération collective

Photo AFP

Le mot « sidération », qu’a employé Roselyne Bachelot cet après-midi, est vraiment adéquat pour définir l’ambiance qui règne autour de cette affaire DSK. Il y a deux semaines, on nous montrait des images d’un DSK triomphant, au faîte de sa puissance, sûr de lui-même et de sa destinée, et d’ailleurs sur le point d’annoncer, à la fin du mois, sa candidature à l’élection présidentielle française. Rien ne semblait devoir entraver la marche triomphale que lui prédisaient l’ensemble des sondeurs, nos oracles de Delphes. Enfin, rien, ou presque. Lire la suite

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Qui mise sérieusement sur François Fillon?

Voilà-t-y pas, chers amis, que le soleil de mars aidant, certains esprits embués par le sommeil envisagent ouvertement la possibilité d’une mise sur orbite de François Fillon pour 2012. Traduction : l’actuel premier ministre, poussé par sa cote de popularité, par ses réseaux formidables au sein de l’UMP, et par la classe de sa mèche, pourrait envisager le meilleur, à savoir la présidence de la République. Et l’élection de dimanche? Lire la suite

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Bilan en épilogue de six mois de lutte pour la pouvoir

M. Sarkozy a vaincu en remportant son pari d’unir les droites. – Nicolas Sarkozy est donc le nouveau Président de la République. Le peuple a parlé, il n’y a pas de commentaire particulier à faire si ce n’est que son avance confortable le dote d’une légitimité pour accomplir ce qu’il a promis. Méfiance cependant, car Chirac avait par deux fois mal interprété le mandat donné par le peuple, en 95 (élu sur la fracture sociale, il met tout le monde dans la rue six mois plus tard) puis 2002 (élu par un front républicain, il l’ignore dans sa composition gouvernementale). Cette fois, il semble que Sarkozy soit clairement élu par une majorité de droite pure. Le nouveau président est parvenu à faire ce qu’aucun avant lui n’avait réussi : unir toutes les droites, du FN à la frange droite de l’UDF, en passant par les gaullistes, les radicaux, les libéraux, les conservateurs, les Dupont-Aignan et de Villiers. Peut-être y’a-t-il dans ces 53% une part d’électeurs de gauche. Mais c’est la part congrue du gateau. Pour autant, Sarkozy aura intérêt à universaliser son discours s’il veut remporter les législatives. Il a déjà commencé à le faire dans son discours suivant l’annonce de sa victoire. Avec une certaine hypocrisie, d’ailleurs : en gros, il appelle à respecter les idées de Mme Royal (lui qui n’a pas cessé de ne leur accorder que du mépris), et veut unir les deux France. Or il ne bouge pas d’un iota sur ses convictions. Rassembler ne veut pas dire mettre tout le monde derrière soi, il faut composer pour cela. On verra s’il en est capable.

 – Ségolène Royal éliminée, le PS risque d’imploser. – Les collègues de Ségolène n’auront pas attendu ni le lendemain de la défaite, ni les législatives pour critiquer durement une campagne menée en solo et sans idées fortes selon eux. Jospinistes, Fabiusiens, Strauss-Kahniens rêvent de bouter Hollande hors du PS pour en reprendre le contrôle. Lui qui est premier secrétaire du PS depuis 1997, n’a-t-il pas une part de responsabilité dans ces échecs répétés? Même si les éléphants feignent de se mettre en ordre de bataille pour les législatives, la chasse est lancée. Chasse au pouvoir, ou chasse aux idées? Il va falloir agir si la gauche veut un jour revenir aux affaires. Et arrêter de miser sur les défaites des concurrents pour espérer gagner en solo.

Contrairement à ce qu’on lit ici et là, sur les blogs socialistes ou engagés à gauche, oui, le PS s’est pris une grosse claque hier. Peut-être la débâcle est-elle moins grave qu’en 2002 (et encore, Jospin aurait sans doute battu Chirac au deuxième tour si les voix ne s’étaient pas dispersées au premier). Mais ce qui est pathétique pour la gauche, c’est qu’on a l’impression que les 47% obtenus sont un plafond. On sent que Royal a fait le plein des voix de gauche, associées à une partie de celles de Bayrou. Alors quelle marge de progression? Royal veut « continuer » à diriger la campagne, veut « continuer » dans la voix d’une union avec les centristes. Sauf que d’une part Bayrou n’a jamais donné son accord, et d’autre part, il n’est pas sûr que DSK et Fabius la laissent faire. Il sera comique de voir comment le PS va se sortir de cette nouvelle ornière. En espérant ne pas être supplanté par un éventuel mouvement démocrate de Bayrou?

 – Bayrou marche sur des oeufs les yeux bandés.- Le « mouvement » qui s’est constitué derrière le leader de la future ex UDF est fragile. Qui dit que ses électeurs du 22 avril le suivront dans un mois? Il est évident que son parti a réuni un réel courant de sympathie et que ses idées ont progressé au cours de cette présidentielle. Mais attention aux mouvements éphémères, la claque risque d’être rude en cas d’échec. D’autant qu’une grosse partie des parlementaires UDF, soucieux de conserver leur siège, et conscients que l’alliance avec la droite fonctionne depuis trop d’années pour pouvoir rompre avec elle sans dommage, ont préféré choisir Sarkozy. Rejoindront-ils le mouvement démocrate? Se rallieront-ils à l’UDF new look défendue par Gilles de Robien, et qui ne sera sans doute qu’une succursale de l’UMP? De cette question dépend sans doute en grande partie l’avenir du Béarnais, une nouvelle fois seul contre tous. Comme si l’ouvrage qu’il avait patiemment construit s’était écroulé en quelques jours. On ne le redira jamais assez, pour Bayrou, c’était finalement soit la victoire le 22 avril puis le 6 mai, suivi d’un probable bon score aux législatives, soit la débacle. Tout ou rien. Reste pour lui à miser sur 2012? Rappelons toutefois qu’en 2002, Bayrou ne valait pas lourd face à l’hégémonique UMP. Et qu’au final, cinq ans plus tard, près d’un électeur sur cinq l’a choisi!

 – L’hypocrisie des chaînes de télévision quant aux résultats. – Il faudra revoir soit le système électoral, soit la manière dont les chaînes de télé ou de radio couvrent l’événement. Dès la toute fin d’après-midi, alors que tous les internautes connaissaient le résultat au gré de leurs emplettes sur le Temps, le Matin ou la RTBF, les télés ont dû faire un sacré numéro d’équilibrisme pour ne pas violer la loi tout en paraissant être dans le coup. Que nous montrait-on? Le QG de l’UMP tout sourire, celui du PS tout cramoisi. Les militants UMP brandissant des ballons, criant « on a gagné! », et des sympathisants PS visiblement effondrés. Fillon arborant la fierté du vainqueur, Strauss-Kahn arrivant la mine déconfite au QG de campagne de Ségolène Royal. C’est du grand n’importe quoi! La conséquence de la course à l’audience. On se demande à quoi sert de nous repasser en boucles ces images de Bayrou, Royal, Sarko, Chirac et Villepin en train de voter. De nous bassiner sur le taux de participation pendant des heures.

Que peut-on faire? Peut-être ceci : fermer tous les bureaux à 20h. Interdire sous peine d’amende aux instituts de sondage de délivrer leurs estimations aux chaînes étrangères avant cette heure fatidique. Et annoncer les premières tendances sur les radios et télés nationales à 21h. Non?

 – Les casseurs, tristes sires de l’anti-démocratie.- Quelle misère. Quel paradoxe. D’un côté, des soi-disant combattants de la démocratie, pourtant pris en flagrant délit de contestation de l’élection d’un président de la République au suffrage universel. On se croirait dans les pays sous-développés, où l’annonce des résultats électoraux produit souvent des troubles du même type, quoique bien plus violents. Je parle des anars, de ces militants d’extrême-gauche qui jugent malin de briser des cabines téléphoniques, de brûler voitures et poubelles, et d’affronter des policiers qui s’en donnent à coeur joie en retour. Ne peuvent-ils pas manifester leur colère sans violence? Gandhi, raconte-leur comment tu as fait, toi.

De l’autre, certains habitants des quartiers sensibles, qui ne comprennent pas qu’ils font le jeu de celui qu’ils veulent dénoncer en incendiant des véhicules par centaines. Que se retrouver en garde à vue ne leur apportera rien. Sinon des ennuis. Un casier judiciaire. Encore moins de chances de trouver un emploi sympa. A la limite, ceux là sont excusables. Car ils souffrent. Les anars, eux, sont des bourgeois qui s’ignorent. Des immatures qui ne jurent que par la révolte et l’utopie. Et ne se rendent même pas compte que leurs actions sont les cache-sexe d’une vie triste parce que sans cesse contestataire. Parce que chez ces gens là, monsieur, on ne sourit pas. Non, on ne sourit. On râle. Chez ces gens-là, m’sieur, on ne construit pas. Oh non, on ne construit pas. On ne veut que détruire.

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A deux jours du premier tour, Ségolène Royal pète les plombs

A deux jours du second tour, Ségolène Royal pète un cable. La madone socialiste, déçue de voir les sondages s’enchaîner en faveur de Sarkozy (à qui l’on prête jusqu’à neuf points d’avance), la joue mauvaise perdante. Elle n’hésite pas à imputer ce retard à ces « sondeurs relayés par les médias amis du pouvoir »! On se tâte sur le qualificatif : désopilant, ou atterrant?

Car rappelons-le : qui a intronisé Ségolène, si ce n’est les sondages? Qui lui a permis de coiffer au poteau Hollande, Lang, Fabius et DSK, si ce n’est l’opinion publique, relayée par les instituts? Ségolène Royal n’a rien fait d’autre que d’annoncer que peut-être elle serait candidate, que peut-être ce serait cool si une femme était élue présidente. Dès lors, les sondages ont annoncé qu’elle serait la mieux placée pour battre Sarkozy. On voit ce que ça donne aujourd’hui, hein! En tout cas, c’est grâce à ça que les militants (sans compter l’opération devenez socialiste pour 20€ et votez Ségolène) l’ont choisie. En raison du traumatisme de 2002.

Et cet après-midi, qu’a fait Ségolène? Elle a dénoncé le « matraquage » des sondages. Ses adjoints, Bianco et Rebsamen, ont même saisi la commission des sondages pour attaquer le sondage Opinionway publié ce matin par le Figaro, et qui explique que 53% des Français ont jugé Sarkozy plus convaincant au cours du débat, contre seulement 31% pour Royal. Où on est, là? Si elle n’avait pas dit autant de bêtises (Sarko en a dit aussi, soyons clairs), sur les femmes policières, sur la fonction publique, sur le nucléaire, sur les enfants handicapés, peut-être n’en serait-elle pas là.

Et puis, il faut vraiment être désespéré pour jouer à fond la carte centriste comme elle le fait. Jeudi, elle n’a pas hésité à affirmer qu’elle « travaillera avec Bayrou », celui qu’elle avait traité d’« homme de droite » au premier tour. Marrant, non? Elle essaie de récupérer l’électorat centriste en se la jouant anti-TF1. En dénonçant les « médias amis du pouvoir ». En parlant de Bouygues et Lagardère, qui « relaient des tracts électoraux » au service du candidat UMP. Sans compter le chantage à la peur, le chantage aux émeutes en banlieue. N’a-t-elle pas d’autre argument? Si elle a des bonnes idées, un bon projet, qui puisse convaincre une majorité de Français, pourquoi ne les met elle pas en avant plutôt que de perdre son temps à ces enfantillages? Rien n’est joué, elle doit le savoir, il y a beaucoup d’indécis. Qu’elle parle de son programme, plutôt! On est loin, on ne le répétera jamais assez, du débat idées contre idées, gauche-droite, qu’on nous avait promis au soir du premier tour… Et puis cette instrumentalisation de Bayrou, qui a dit qu’il ne voterait pas Sarkozy. « Tout le monde a compris que cela voulait dire qu’il va voter pour moi », a-t-elle glissé en substance. Reprise quelques heures plus tard, jeudi, par Mme de Sarnez, l’adjointe de Bayrou, qui a assuré que « Si Bayrou avait voulu être plus explicite, il l’aurait fait ».

Si Mme Royal perd, le PS ne pourra cette fois pas se priver de l’aggiornamento dont il a cru pouvoir se passer en 2002, après avoir été battu par Le Pen. Peut-être gagnera-t-elle, après tout. Mais ce serait vraiment dommage que la vainqueur l’emporte par rejet de l’autre, après avoir déjà été qualifié au second tour par le vote utile de militants de gauche pas vraiment satisfaits du personnage. Mais à défaut de grives, on mange des merles? En tout cas, si « Ségo » gagne, après avoir brandi le « risque Sarkozy », le « danger pour la démocratie », comme elle l’a fait cet après-midi, elle aurait alors vraiment intérêt à sortir notre pays du pétrin. Parce qu’alors, qui dit que le FN ne reviendra pas en 2012?

Dimanche, en définitive, il semble que nous ayons le choix entre deux guignols qui représentent chacun à sa façon une impasse pour le pays. D’un côté, la violence des mots, associé à un certain populisme (qui consiste à dire tout haut ce que le café du commerce pense tout bas), à une superficialité sans nom sous couvert de compétence, d’expérience et d’un soi-disant apaisement, à une pression constante sur les médias dans l’exercice du pouvoir (même si contrairement à ce qui se dit partout, Sarkozy n’est ni fasciste, ni réac, ni nazi). De l’autre, le chaos du néant, du « les partenaires sociaux discuteront », des idées balancées sans réfléchir avant de se repentir, du ridicule sur la scène internationale. Chaos de Neuilly contre chaos du Poitou. On n’est pas sorti de l’auberge, semble-t-il!

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Quand le « professeur » Bayrou fait la leçon à « l’étudiante » Royal

Si l’on peut continuer à douter de la légitimité du débat qui vient de se dérouler entre Ségolène Royal et François Bayrou, il faut bien avouer qu’il a permis de répondre à un certain nombre de questions. La candidate socialiste ne gagne pas grand-chose à ce « dialogue » qui n’a pas été le « théâtre » d’un ralliement de Bayrou. En réalité, le patron de l’UDF a profité de ce moment comme une tribune médiatique qui lui a permis de réaffirmer sa ligne d’indépendance et de rupture avec le système.

Qu’a gagné Ségolène Royal à ce « dialogue »? On peut se le demander. Nicolas Sarkozy, c’est sûr, y perd. Mais Royal? Elle a décrit cet événement « inédit » comme un moyen de « sortir du débat bloc contre bloc qui ne marche pas, qui est le symbole de la France qui perd ». Partie comme ça, elle se rapprochait d’emblée de la position des centristes sur le jeu politique français. Aussitôt, Bayrou répliquait qu’il était évident qu’il n’allait pas « se rallier » à Royal, ni Royal se rallier à lui. « Si je me ralliais, je briserais au même instant l’élan que j’ai créé. Je refuse de le faire. Je ne renoncerai pas à nos idées et à notre indépendance », philosophe-t-il.

Dès le départ, les deux participants au débat mettent en avant leurs convergences en ce qui concerne la modernisation politique qu’ils appellent tous deux de leurs voeux. Ségolène Royal parle de sa démocratie participative, et rappelle ses engagements en matière de jurys populaires, de référendum, de régionalisation et de syndicalisme. Bayrou, lui, évoque le pluralisme de la vie politique. Royal enchaîne sur son souhait de rendre dépendants de l’assemblée, plutôt que du pouvoir exécutif, des institutions comme le CSA, le CSM, le Conseil constitutionnel… Ils se mettent d’accord sur leur opposition au « verrouillage médiatique » auquel on assiste depuis quelques années.

Sur l’Europe, aussi, Bayrou et Royal sont d’accord pour réconcilier les Français avec son principe. Ils sont partisans d’une Europe politique, Bayrou insistant sur le modèle allemand et sur l’importance de l’€, et Royal développant les thèmes du salaire minimum européen (qui a l’air d’une belle utopie), de santé, de retraites, de droits sociaux continentaux. Et de lutte contre les délocalisations. Mais aucun des deux n’évoque les protections douanières nécessaires, à la frontière de l’Union, pour pouvoir défendre l’industrie et l’artisanat européens. Dommage…

« De toute façon, le pacte présidentiel sera appliqué »

Puis une fois le moment d’euphorie lié au caractère « historique » de ce débat retombé, le dialogue devient « une leçon du professeur Bayrou à l’étudiante Royal, qui quémande es explications et son soutien », commente violemment Valérie Pécresse, porte-parole de Nicolas Sarkozy. Le leader centriste vient en effet d’évoquer ses « divergences profondes avec l’orientation économique prise par le PS et par Ségolène Royal ». Il dénonce les « promesses énormes, du même niveau que Sarkozy, environ 60 milliards d’euros, qui amèneront un déséquilibre supplémentaire insoutenable qui va aggraver la dette du pays ». La dette, toujours la dette. Royal ne parvient pas à trouver la réplique.

Elle tente de changer de sujet : « Mon objectif n’est pas de convaincre François Bayrou, mais de toute façon, si je suis élue, le pacte présidentiel sera appliqué ». Bayrou critique l’étatisme du PS en matière économique, et ironise : « Si vous n’avez que des défenseurs comme moi, je vous conseille de vous inquiéter! ».

Passe d’armes sur les retraites également : Bayrou assure que « personne ne peut oser abroger les Lois Fillon, parce qu’il faudra nécessairement aller plus loin. On sait que le nombre d’inactifs va bientôt égaler le nombre d’actifs ». Royal, elle, maintient que si elle est élue, elle reviendra sur cette réforme, pour « réduire les inégalités qui en découlent », et notamment sur les petites pensions.

Bayrou et Royal se retrouvent en revanche d’accord sur les questions sociétales, comme les problèmes entre les jeunes des quartiers difficiles et la police. Ils s’entendent pour défendre l’idée d’une police de proximité qui connaisse la population, parce qu’« il faut que le service public soit partout », clame Ségolène Royal. « Agissons sur la priodélinquance par des sanctions pédagogiques dès la première bêtise », avance Bayrou.

Le débat s’enfonce ensuite dans le flou et l’ennui au sujet del’école, du nucléaire ou de l’immigration. Au final, Ségolène Royal « remercie » le leader centriste d’avoir accepté sa proposition et assure que « sur certains point, je pense qu’on fera un bout de chemin ensemble ». Bayrou, lui, se veut plus nuancé :  » Il ne faut plus que les partis soient divisés bloc contre bloc. Il faut qu’il devienne normal que les familles politiques se prononcent sur des textes et non plus en fonction de leur étiquette. Aucun problème de notre pays ne pourra être règlé si on ne sort pas de ce système ».

En réalité, Royal en retire rien de ce débat. A part d’avoir eu le mérite – reconnu par tous – d’avoir une idée moderner et osée. Mais en terme électoral, il n’est pas sûr que l’opération soit profitable. Bayrou s’est abstenu de toute critique directe de Nicolas Sarkozy, et cette tribune lui a surtout servi une nouvelle fois à défendre l’indépendance de l’UDF, sa nouvelle ligne et à rappeler son poids politique grandissant.

Ségolène Royal attendait de ce dialogue une « clarification du pacte présidentiel », sous-entendu aux yeux des électeurs de l’UDF. En réalité, pendant près de deux heures, c’est bien Bayrou qui a pu clarifier le mouvement dont il a pris la tête, et présenter l’originalité de ses idées. Le débat va-t-il influencer, le vote du second tour? On peut raisonnablement en douter.

« L’indigestion orange » continue, mais Bayrou a promis que désormais, il était à l’écoute des deux candidats du second tour. Et qu’il écouterait avec attention le débat du 2 mai. Pas trop tôt!

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L’indigestion orange insupporte

« On n’a jamais vu une Coupe du Monde où c’est le troisième ou le quatrième qi joue la finale! ». L’omniprésence de François Bayrou dans les médias insupporte Nicolas Sarkozy, qui ne trouve pas d’espace pour avancer ses propositions. Elle arrange Royal pour le moment. Mais elle est d’une illégitimité totale. Bayrou a donné ses consignes de vote, qu’il prépare la suite, maintenant.

Le titre de l’actualité, ce midi? Bayrou dénonce les pressions que Sarkozy aurait exercées pour tenter d’empêcher son débat avec Royal. Peut-être est-il intervenu, après tout. Mais tout cela procède sans doute du fantasme. Ce genre de choses arrive tellement souvent qu’on finit par toujours avoir un doute… Bayrou, lui, n’a « pas de preuve » que Sarkozy a exercé des pressions, mais il en a en revanche « la certitude »!

Et puis ce débat, on n’arrive pas à se convaincre qu’il soit utile. A partir du moment où Bayrou a donné ses consignes, et annoncé la création d’un nouveau parti, ça suffit. Il a organisé sa conférence de presse mercredi, pour faire monter la pression dès lundi. Pour qu’on s’interroge sur ce qu’il allait dire. Et comme Royal lui a proposé ouvertement un « débat », il a dû se dire que c’était l’occasion pour lui d’être visible jusqu’aux législatives. Pour peser.

Mais là, effectivement, cela pèse! Cela pollue le débat et le choix qu’on a à faire pour le second tour. Cela rend inaudible toutes les propositions concrètes des candidats, qui ont déjà enchaîné deux meetings puis deux soirées télévisées. Les interventions croisées de Sarkozy et Royal sur TF1 (Face à la Une) et France 2 (A vous de juger) ont été très bonnes mercredi puis hier soir. Les deux ont été très clairs sur leur projet. Il y a à boire et à manger là-dedans. Une candidate du pacte présidentiel, qui entendre refonder une « nouvelle république » où le bon peuple serait associé aux décisions de la Madone. Une politique douce, protectrice pour les individus. Ségolène Royal a du talent, et dégage une telle impressionde confiance en elle… En face, un candidat plus concret, qui parle de travail, de pouvoir d’achat, de sécurité, qui se pose en homme apaisé, qui se cherche une posture, pour faire oublier toutes les réticences. Toutes les questions qui se posent sur cet homme qui trouble autant qu’il inquiète.

C’est là-dessus que la campagne doit s’apesantir. C’est sur ce choc de deux projets qui signifient deux avenirs différents pour le pays. Il faut oublier le Béarnais, maintenant. Basta! Il a fait un très bon score. Cela lui assure l’indépendance pour les législatives. Qu’il laisse ses électeurs se décider seuls, ils en sont bien capables.

Et leur tâche serait facilitée si enfin on parlait concret. En attendant bien sûr le grand débat de mercredi prochain. Le « petit débat », lui, n’aura sans doute pas lieu! Sauf si, comme on l’annonce ce matin, BFM-TV l’organise!

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Ségolène Royal se tire une balle dans les deux pieds

Ségolène Royal se livre, depuis le début de la semaine, à un pas-de-deux étrange avec le leader de l’UDF, François Bayrou. Un jeu risqué qui pourrait se retourner contre elle si elle n’y prend pas garde. Pendant ce temps, Bayrou déroule sa stratégie au nez et à la barbe des deux qualifiés pour le second tour.

Affluence de presse record, cet après-midi à Paris. La cause de ce tumulte : la conférence de presse de François Bayrou, encore auréolé des quelque 19% d’électeurs qui lui ont fait confiance dimanche. En position de force bien qu’éliminé, le leader de l’UDF y a annoncé la création d’un parti démocrate du centre. Devenu maître du jeu, il a toutefois précisé qu’il ne donnerait pas de consigne de vote, ses électeurs étant libre de choisir entre Sarkozy et Royal.

Cette dernière, à ce sujet, risque bien de passer pour une politicienne adepte des discussions de couloir, après ses manoeuvres pour ramener Bayrou dans son camp. Pire : il n’est pas sûr que l’opération lui soit profitable.

Cela a commencé dès le soir du premier tour. Dans un discours soforique à souhait, Ségolène Royal avait parlé de « l’Etat impartial », tout en assurant qu’elle n’était liée à « aucune puissance financière ou médiatique », et « liée à aucun dogme ». Des propos s’adressant directement à Bayrou en forme d’appel du pied. Puis lundi, elle nous a ensuite expliqué qu’elle avait tenté sans succès de joindre le centriste sur son portable (Sarko s’empressera de faire de même). Admis qu’elle était prête à dialoguer avec lui sur la base de son Pacte présidentiel. Puis elle a mis en scène une rencontre publique avec Jacques Delors, l’idole de gauche de François Bayrou. Avant d’envisager des ministres UDF dans son gouvernement!

Cet après-midi, Royal a déclaré qu’elle n’était « pas d’accord » avec les sympathisants centristes appelant à voter blanc ou à s’abstenir. La candidate socialiste, qui dit avoir de « fortes convergences » avec Bayrou, et propose un débat public demain en marge d’un forum de la presse quotidienne régionale, pour « lever les ambiguïtés ou les mauvaises interprétations » du Pacte présidentiel. Ce à quoi le patron de l’UDF a répondu qu’il ne voulait que d’un débat télévisé. Mais qu’il acceptait le principe de la rencontre.

Et c’est pour quand, le débat projet contre projet?

Et là, on dépasse franchement les bornes. Car on se demande désormais quelle est la question posée aux Français? Les électeurs de l’UDF vont-ils voter à droite ou à gauche? Non, mille fois non. La question, c’est de savoir quel projet on veut pour la France. Soit on préfère celui que propose Ségolène Royal, soit on opte pour celui de Nicolas Sarkozy.

Mais pourquoi devrait-on perdre du temps, dans la maturation de notre choix, à écouter des débats entre une qualifiée et un éliminé du premier tour? Doit-on sacrifier le débat entre deux visions de la France sur l’autel de la décision de six millions d’électeurs? Commentant la décision de Bayrou de n’appeler à voter pour personne, Royal avance que le centriste  « a dit un certain nombre de choses assez claires sur le projet de l’un et celui de l’autre. Il a dit des choses extrêmement sévères sur la situation de la France et les propositions (…) avancées par Nicolas Sarkozy, en particulier sur l’aggravation des difficultés qu’elles entraîneraient ».

« Il m’a rejointe sur ce constat et moi je fais confiance ensuite à l’intelligence des électeurs », a-t-elle conclu. Ne peut-on pas crier à la manoeuvre? Quel que soit l’avantage que la candidate socialiste peut récolter de ce soudain amour du centre, on peut se permettre d’oser deux remarques :

– En premier lieu, Ségolène Royal peut-elle croire sincèrement faire illusion, alors que tout le monde se souvient le mépris qu’elle a voué à François Bayrou tout au long de la campagne? Homme de droite, qui croit le faire oublier en grimpant sur les plates-bandes du PS. Hors de question de s’allier au Béarnais. Un feu nourri de critiques s’étaient abattus sur le troisième homme. Et tout d’un coup, sans frémir d’un sourcil, la Jeanne d’Arc des temps modernes voit des « convergences » entre leurs programmes! Elle avait donc exagéré au premier tour? Cela pourrait presque faire sourire. Parce que pendant ce temps là, Sarkozy refuse de débattre avec Bayrou. Il compte sur les défections des parlementaires UDF, angoissés à l’idée de perdre leur siège. Et s’adresse directement à l’électorat : pour cela, il avance avec son programme. Si la gauche ne lui oppose rien, comment compte-t-elle obtenir plus de 50% des suffrages?

– Et pendant que le PS fait la cour au centre, l’extrême-gauche doit blémir. Royal croit qu’elle peut compter, sur sa gauche, sur le référendum anti-Sarko évoqué par Besancenot, Bové ou Laguillier. Mais si le PS se déporte sur sa droite, sa gauche va-t-elle le suivre? Ce soir, dans deux communiqués de presse, la LCR et feu le PCF ont dénoncé les « manoeuvres » de Bayrou et conjuré Ségolène Royal de ne pas céder à la tentation des « accords politiciens ».

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