Archives de Tag: police

Luttons contre la délinquance, plutôt que de lutter contre les chiffres!

hortefeuxUne nouvelle fois, depuis le début de la polémique sur la soi-disant augmentation des chiffres de la délinquance (celle-ci est stable, mais les violences et les cambriolages explosent), ce gouvernement montre qu’il se soucie de la délinquance comme d’une guigne : ce qui lui importe, ce sont les statistiques. Ce sont elles qu’il veut réduire. Mais en poursuivant cet objectif tout en réduisant le nombre de policiers, il risque fort de se retrouver dans la même situation que Lionel Jospin en 2002. Gare au retour du boomerang! Lire la suite

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MAM remporte le prix de la blague de la semaine

mam1Vous savez quoi? Michèle Alliot-Marie, notre chère ministre de l’Intérieur, a réussi à comptabiliser les « bandes organisées  » en France.

Et c’est précis!

« Il y a aujourd’hui en France 222 bandes. Ces 222 bandes sont à 79% en région parisienne et elles comportent environ 2.500 individus qui sont des permanents de ces bandes, 2.500 autres qui sont des occasionnels », a-t-elle détaillé sur Europe-1. « Parmi eux, vous avez 47% de mineurs, donc 53% de majeurs et la grande majorité d’entre eux sont des gens désocialisés », a souligné Michèle Alliot-Marie. « Cette désocialisation se marque par des attaques contre tout ce qui représente l’autorité, l’Etat et notamment les policiers ». Lire la suite

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Faire taire les manifestants sur le passage de Sa Majesté Sarkozy

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Le préfet et le directeur départemental de la sécurité publique de la Manche

Nicolas Sarkozy assure donc avoir entendu les 1 à 2,5 millions de personnes qui ont défilé hier dans les rues de France pour manifester leur trop plein de mécontentement, à l’heure de la crise mondiale. Le président de la République, qui  s’oblige à « un devoir d’écoute, de dialogue » tout en répétant être habité par « une  grande détermination à agir », propose aux syndicats de les rencontrer en février pour examiner les réformes prévues pour 2009.

Dialogue social? Ne nous méprenons pas. Car au même instant, on apprend que le préfet (Jean Charbonniaud) et le directeur départemental de la Sécurité publique (Philippe Bourgade) de la Manche seront mutés pour avoir laissé, ô crime honteux, des manifestants se faire entendre lors de la visite présidentielle à St-Lô, le 12 janvier, pour une cérémonie des voeux aux enseignants décentralisée. Des pierres ont elles été lancées sur l’oint de Dieu? Le descendant des Bourbons a-t-il été entarté? Le président-monarque a-t-il fait l’objet de quolibets, des affrontements se sont-ils produits, sur son passage, entre manifestants et policiers? Lire la suite

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Pourquoi il faut se méfier des chiffres de la délinquance

Lille, manifs anti-CPE (2006)

Lille, manifs anti-CPE (2006)

Chaque année, une fois que la sempiternelle (et pénible) tradition des voeux s’achève, une autre commence : le bal des chiffres de la délinquance de l’année passée. D’abord au niveau national, pour contenter l’égo du ministre, ensuite dans chaque département, pour satisfaire l’égo du préfet, et enfin, dans chaque commissariat. Si personne ne prend véritablement ces chiffres au sérieux, ils indiquent néanmoins une tendance qui a une influence « globale » sur l’opinion publique. Une tendance, pas un résultat fiable, tant les chiffres sont lissés à tous les niveaux.

On ne peut pas véritablement parler de fraude, de maquillage ou de triche organisée, ce serait excessif. En revanche la façon dont est organisé le système doit inciter celui qui consulte les chiffres de la délinquance avec grande circonspection. Lire la suite

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Pistolets Taser : arrêtons de raconter n’importe quoi

Martine Aubry, comme avant elle Olivier Besancenot, est prise au piège d’une réflexion hâtive et irréfléchie au sujet du pistolet à impulsion électronique (Taser). Pour avoir affirmé, sans l’avoir bien sûr vérifié, que cette arme était létale et avait tué 290 personnes en Amérique du Nord, elle risque le procès en diffamation.

Et n’est-ce pas le minimum? Ne serait-ce pas la sanction légitime de l’exagération, du remplacement d’une réflexion sereine et intelligente par des « slogans » faciles à retenir pour le pékin moyen? Martine Aubry est coincée, car elle a voulu répondre de façon ferme et directe sur Canal +, à une question sur la dotation des Pistolets Taser aux polices municipales. Mais elle s’est plantée. Et maintenant que la polémique enfle, il est trop facile de se retrancher, comme elle l’a fait hier en conférence de presse, à Lille, derrière un « c’est Amnesty International qui l’a dit… ». et un « et puis de toutes façons d’autres l’ont dit avant moi, alors camembert! ».

Quoi, parce que d’autres racontent des sornettes, on peut les reprendre sans sourciller, un peu comme ces médias qui se copient les uns sur les autres sans recouper leurs informations?

Car la vérité, quelle est-elle? Si on se plonge un tantinet dans ces fameux rapports d’Amnesty International, on constate que la réalité est un peu plus complexe que ce qu’en dit Madame Aubry. Le premier rapport, livré en 2004, indique ceci (commentaires du chafouin) : « Au cours des trois dernières années, plus de 70 personnes seraient mortes aux États-Unis et au Canada après avoir été atteintes par des pistolets incapacitants M26 ou X26 (et beaucoup de personnes sont mortes en France, ces trois derniers années, après avoir bu un verre d’eau dans l’heure précédent le décès) ; le nombre de victimes augmente chaque année (ah bon? des précisions?). Les médecins légistes attribuent généralement le décès à d’autres causes, comme la prise de drogue (nous y voilà), mais des experts médicaux (qui sont-ils? Mystère!) estiment que l’utilisation de ces armes peut accroître le risque de crise cardiaque pour les personnes agitées, droguées ou présentant des problèmes de santé (sans doute! et une balle les tue encore plus sûrement). Dans au moins cinq cas récents, les coroners ont conclu que l’utilisation d’un pistolet incapacitant avait directement entraîné la mort de la victime, conjointement avec d’autres facteurs comme la toxicomanie ou les maladies cardiaques (ah, nous y voilà! cinq cas, avec d’autres facteurs…)« .

Bref, on est loin des affirmations péremptoires de MM. Besancenot et Aubry!

Le rapport cité par le maire de Lille, lui, affirme de façon tout aussi imprécise que depuis 2001,  « 290 personnes sont mortes après avoir été touchées par le Taser » et ajoute que « dans au moins 20 rapports d’autopsie, les coroners ont cité les pistolets électriques comme la cause directe ou aggravante des décès, parfois combinée à d’autres facteurs ». Est-ce suffisant pour dire que le Taser a tué 290 personnes? Certainement pas.

Et après tout, a-t-on besoin de tels arguments pour refuser de doter de pistolets à impulsion électroniques les policiers municipaux? Je ne suis pas un grand fan de cette arme, car je trouve qu’il est barbare et un peu dégradant d’électrocuter quelqu’un pour le maîtriser. Et que la répression, comme l’a dit intelligemment Martine Aubry, ne fait pas partie juqu’à présent (ça changera sans doute) des mission de la police municipale. D’un autre côté, des exemples ont montré à plusieurs reprises, notamment dans la région de Lille, que cette arme pouvait sauver des vies (notamment pour des forcenés qui menacent de se tuer) et quoi qu’on en dise, ce sera toujours mieux que d’être truffé de balles. Pragmatisme contre idéologie? On en revient toujours là.

Par ailleurs, il est bon de préciser que l’utilisation qui est faite du Taser X-26, depuis que les policiers nationaux et les gendarmes en sont dotés, n’est pas du tout la même qu’aux Etats-Unis. Mais nos idéologues le savent-ils?

Tout d’abord, cette arme ne peut être utilisée qu’en état de légitime défense du tireur ou de celui qui reçoit la décharge. Précision importante. Ensuite, une caméra fixée au pistolet enregistre les images à chaque fois qu’il entre en action. Enfin, très peu d’unités, et seules des unités spécialement formées, ont reçu des Taser. On ne parle que des unités d’intervention du type GIPN, BAC, ou les unités judiciaires qui participent à des interpellations. Les police-secours ou les policiers qui patrouillent à pied, par exemple, n’en seront jamais dotés!

Je discutais récemment de toute cette polémique avec un policier qui lui, a un Taser dans son armement. Il m’a répondu à peu près ceci : « Le Taser, c’est la plaie. Il y a tellement de contrôles et d’obligations qu’on ne s’en servira quasiment jamais. Il faut remplir plusieurs procès-verbaux à chaque utilisation pour justifier le tir… »

Bref, il est très facile de faire peur sur ce genre de sujets, et on sera toujours plus écouté en exagérant et en simplifiant le problème, qu’en adoptant la seule attitude raisonnable qui existe : se baser sur les faits, et pas extrapoler, les confronter à une réflexion intelligente, et ensuite, décider. Et d’ailleurs, éventuellement, décider de se passer de cette arme…

P.S : sait-on que des armes électriques bien plus puissantes (jusqu’à 1,5 millions de volts) que le Taser (50 000 volts) sont en vente libre dans n’importe quelle armurerie ou sur internet? Il suffit d’être majeur et de pouvoir payer une centaine d’euros… N’est-il pas là, le vrai scandale?

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Sécuriser les « quartiers » en les traitant comme les centres urbains

Je suis ici les traces de mon compère de Kiwis Toréador, qui avec sa fougue habituelle, propose une solution radicale pour pacifier les banlieues : le recours à l’armée en cas d’émeutes telles que celles auxquelles on a assisté ces jours derniers dans le Val d’Oise. Il n’hésite pas à préconiser notamment d’ouvrir le feu sur les rebelles après sommation. Pour le reste, et surtout le quotidien, il propose l’instauration d’une police de proximité.

Il va sans dire que je suis en désaccord total avec lui sur ce point, bien que nous soyions du même avis en ce qui concerne le jugement à porter sur ces pillards et ces incendiaires. Pour moi, qui suis selon Toréador atteint par le syndrôme néfaste de la bienpensance, une seule solution, qui va peut-être vous étonner : ne rien faire de spécial. Ah bon? Attendez, je vais préciser. En fait, l’idée, c’est de traiter les banlieues comme les centres urbains. Ni plus, ni moins! Mais rien que ça, ça changerait tout.

Petit exemple frappant pour débuter mon propos. Il y a environ un mois, peut-être plus, en métropole lilloise. Au bout d’une longue enquête, qui a duré trois mois, une dizaine de jeunes suspectés dans des affaires de braquages et de violentes agressions de personnes âgées à domicile sont interpellés dans une cité sensible proche de Lille. Coup de filet. Une centaine de policiers (80, si mes souvenirs sont bons) sont requis pour l’occasion. Huit par « cible », en quelque sorte. Le GIPN (groupe d’intervention de la police nationale) est mobilisé en renfort : des hommes cagoulés et armés de fusil d’assaut. Pourquoi? Pas parce que les personnes visées sont particulièrement dangereuses, mais parce qu’on a cru pouvoir faire l’économie de se rendre régulièrement dans ce coin-là. Et que ces braves gens, non content de braquer, étaient devenus des petits caïds qui se croyaient tout permis.

Premier problème. Contrairement à ce que Nicolas Sarkozy prétend, rien n’a été fait, clairement, pour règler la situation depuis les violences urbaines de novembre 2005. Je dirais même que la situation a empiré. Les Etats-majors craignent l’étincelle à tout moment. Les barbares (je persiste sur ce mot) l’attendent avec impatience.

1- De l’absurdité de résumer le dispositif policier aux seuls CRS et BAC

Et pourquoi donc? Parce que dans les quartiers sensibles que je connais, hormis les incursions ponctuelles des véhicules de police-secours qui répondent aux demandes des habitants sur le coup (violences conjugales…), ou encore plus rarement, des services d’investigations (meurtre, trafic de stupéfiants…), la présence policière est réduite aux patrouilles effectuées par les BAC (brigades anti-criminalité), qui sont là pour traquer le flagrant délit mais sont repérées très vite par les vrais voyous (ce sont toujours les mêmes véhicules), et par les CRS, qui ont été intrônisées au rang convoité d’unités de sécurisation des banlieues. Terrible erreur.

Les BAC font leur travail, et le font plutôt bien, quoique à la façon cowboy. Ne pinaillons pas, c’est leur job. Mais c’est insuffisant. Les CRS, quant à eux, le font mal, car leur métier est de maintenir l’ordre dans des manifestations. Pas de contenir des émeutes urbaines, et encore moins de sécuriser un quartier au quotidien.

Mettez-vous à la place des habitants de ces quartiers : les seuls policiers qu’ils voient sont donc soit des types rasés en bombers planqués dans des voitures banalisées, soit des unités conçues pour réprimer des manifs étudiantes. La psychologie, ce n’est pas le truc ni des premiers, ni des seconds. Il en faut pourtant, ici, du sens de l’humain…

Mais surtout, ce calcul est terriblement inefficace. A part augmenter le ressentiment des habitants, il ne fait que maintenir la cocotte-minute sous pression. Avec des policiers pareils, les truands sont tranquilles et les honnêtes gens peuvent s’en faire! Le seul intérêt, pour le ministère de l’Intérieur, c’est de ramasser à la pelle des faits pour la plupart déjà élucidés (flagrant délit…), qui vont servir à alimenter la machine à truquer les chiffres de la délinquance.

2- De l’urgence de stopper les coupes sombres dans les effectifs

Nicolas Sarkozy est un sacré hypocrite. Ou tout simplement, un libéral quand ça l’arrange? Là-dessus, je ne vais pas me répéter : j’ai déjà expliqué ici combien il était scandaleux de vouloir nous faire croire qu’on allait pouvoir faire plus avec moins, c’est-à-dire, sécuriser plus, en coupant dans les effectifs de police et de gendarmerie. Pourtant, aujourd’hui, c’est ce qui se fait. Si on assurait la stabilité en nombre, ce ne serait déjà pas si mal!

3 – Si ça marche en centre-ville, pourquoi pas en banlieue?

Dans les centres urbains, on croule sous le nombre de policiers. Vous en voyez partout, qui patrouillent à pied, en vélo, en voiture, parfois à cheval. Ils ont le temps de vous allumer quand vous téléphonez au volant, un peu moins pour recueillir vos plaintes (ça fait des faits non élucidés en plus…), mais passons. Ils sont archi-nombreux.
On pourrait en dire de même en ce qui concerne les campagnes, tenues par des brigades de gendarmerie. Mais les cultures et façons de travailer sont tellement différentes de celles policiers qu’il serait vain de vouloir comparer.
Une présence qui n’empêche toutefois pas la criminalité : celle-ci est sans doute plus importante qu’en banlieue (forcément, c’est là qu’il y a l’argent). Mais ce lien, même indirect, permet non seulement de décourager ceux qui seraient tentés, mais aussi d’assurer du renseignement pour les affaires judiciaires (les infos, c’est en étant sur le terrain qu’on les a!), et surtout, de maintenir la paix sociale.

Alors, pourquoi pas étendre ce type de dispositif aux « quartiers »? Il suffit d’assurer une simple continuité du service public dans les banlieues. Des patrouilles, à pied, en voiture. Pas une police de proximité qui joue au volley-ball avec les jeunes, mais une police tout court. Elle pourrait être appuyée par des policiers municipaux, non armés, qui pourraient alors jouer un rôle de médiation dans les cas difficiles.  Tout cela coûterait cher, mais c’est un investissement à long terme! Ces mesures ne dispenseraient bien sûr pas le gouvernement d’investir dans l’urbanisme, la politique de l’emploi. Mais il faut commencer par le point où l’action humaine à le plus de chance de servir à quelque chose.

Nul besoin de perturber les soldats, qui ont d’autres chats à fouetter. La dissolution des CRS, peu mobiles et peu efficaces, et leur remplacement par des polices anti-émeutes, devraient suffire en cas de graves problèmes. Pour le quotidien, il suffit de quadriller le terrain. Ce n’est d’ailleurs qu’ainsi qu’on rétablira l’ordre, mais également qu’on démantèlera les réseaux de trafics en tous genre qui rendent ces quartiers pourris, infréquentables, et qui exaspèrent et apeurent chaque jour leurs habitants.

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Plus de sécurité avec moins de policiers?

Désormais président, Nicolas Sarkozy n’a pas pour autant coupé les ponts avec la place Beauvau, qui lui a servi de véritable laboratoire politique et de tremplin vers l’Elysée. Avec Frédéric Péchenard à la tête de la DGPN (direction fénérale de la police nationale) et Michel Gaudin à la Préfecture de police de Paris, l’ancien ministre de l’Intérieur a deux « proches » dans la place, qui lui permettent de court-circuiter Michèle Alliot-Marie et d’avoir toujours la haute-main sur la police.

Avec lui, les grandes réformes de la Maison Poulaga sont en marche. Pour le meilleur comme pour le pire… On a d’abord eu la fusion DST-RG. Un serpent de mer enfin concrétisé. A vrai dire, cela faisait des années que cette révolution était dans les cartons, depuis que les RG ont « officiellement » arrêté leur travail « politique », et ne planchent désormais quasiment plus que sur la prévention du terrorisme islamisme. Les risques de doublons avec la DST étaient trop forts : le gouvernement a eu le courage d’aller à l’encontre de ce que désiraient ces services. Car ici comme ailleurs, les rivalités sont importantes. Qui dit fusion, dit un seul chef, au lieu de deux. Et ainsi de suite dans toutes les subdivision territoriales… Ceci explique cela!

Première réforme courageuse, donc. Et la refonte du système devrait se poursuivre : il faut s’attendre, à moyen terme, à une fusion police-gendarmerie, les forces armées n’ayant plus vocation en Europe à pratiquer le maintien de l’ordre. Les Belges ont déjà enterré leur gendarmerie, après tout. Et puis, le rapprochement entre la police et les douanes pourrait suivre, tout comme la réorganisation de CRS complètement anachroniques.

Tout cela, c’est le meilleur. Des idées qui tendent à faire coïncider l’organisation de la police avec la réalité du terrain. Le pire, en revanche, et qui est l’objet de cette note, c’est la volonté de tailler dans les effectifs de police, en profitant des départs à la retraite. Selon le Figaro, un document de travail du ministère du budget évoque la suppression de « 8.375 et 10.375 emplois équivalents temps plein (ETP) de policiers et de gendarmes, entre 2009 et 2011 », Aujourd’hui, on compte environ 120 000 policiers et 100 000 gendarmes.

Sans rentrer dans les détails de la méthode (fermeture de brigades de gendarmerie, allongement du temps de travail des policiers…), l’idée générale de ce projet est de centraliser de plus en plus les forces de l’ordre, afin de rationnaliser et de gagner des postes. Pourquoi, dans une agglomération, avoir deux brigades criminelles dans deux communes différentes, si on peut en avoir une seule? Pourquoi avoir un centre gérant les appels au 17 pour chaque commissariat, si l’on peut en avoir un seul pour tout le département?

J’ai une certaine légitimité à parler de la question. Sans entrer dans les détails, j’ai l’occasion, dans mon travail quotidien, de côtoyer des policiers et j’en connais un bout sur leur façon de s’organiser et de communiquer.

En gros, l’argument des ceux qui défendent cette réforme est celui-ci : on va centraliser, gagner des postes, ce sera plus efficace. D’ailleurs, vous voyez bien qu’on va sur le bon chemin vu l’amélioration constante de nos résultats.

Deux remarques, au sujet de ces chiffres. La première, c’est qu’on peut les interpréter dans tous les sens qu’on veut, et les manipuler aisément :

Interprétation : « les infractions à la législation sur les stupéfiants ont baissé de 30% en octobre » (exemple sans fondement). Qu’est-ce que ça veut dire? Que les gens ont moins consommé de drogue, qu’on a moins attrapé de dealers, ou qu’on a décidé d’orienter, ce mois-ci, le travail des enquêteurs sur un autre thème? Les chiffres, ont cet intérêt, surtout : voir où est la délinquance, dans quel secteur, et s’organiser et frapper en fonction.

Manipulation ; rien n’est plus facile que de manipuler les chiffres. On a déjà parlé ici de cet ouvrage publié par deux chercheurs, démontrant comment la police jongle avec les chiffres. A lire absolument.

Deuxième remarque au sujet des chiffres, le taux d’élucidation est la plus grosse arnaque qui existe dans la police. C’est en gros l’indicateur mesurant l’efficacité des forces de l’ordre. Il représente le pourcentage d’affaires considérées comme « résolues », par rapport au nombre d’infractions constatées. En France, ce taux flirte avec les 35%.

– Une affaire peut être considérée comme résolue à partir du moment où un suspect a été présenté à la justice. On ne s’intéresse pas au résultat de la procédure judiciaire : si le prévenu ou l’accusé est relaxé, le fait est quand même élucidé!

– Avec la course à l’échalotte, les policiers et gendarmes de terrain sont contraints de ramener chaque semaine un certain nombre de « TA » (timbres amendes). Et les unités d’enquête ont des objectifs de résultat. Celles-ci ont donc tout intérêt à priviliégier les enquêtes a priori « faciles » et pas trop longues à résoudre. Ce qui ne veut pas dire qu’elles laissent tomber les autres. Quant aux patrouilles de terrain, le plus simple pour elles est de s’installer à un carrefour et à choper tous ceux qui conduisent sans ceinture ou en téléphonant. Une amende délivrée = un fait constaté et résolu en même temps! Le policier atteint son quota, et son chef est content : il fait grimper le taux d’élucidation artificiellement et sans trop se donner de mal!

La diminution des effectifs n’est donc pas problématique en soi. Mais accompagnée de cette politique du résultat typiquement sarkozyste (rechercher l’objectif n’est pas blâmable en soi, mais il l’est dans ces conditions), elle nous conduit à la catastrophe. Les résultats ne baisseront pas, à coup sûr : il suffit de les orienter où on veut. L’insécurité, elle, augmentera irrémédiablement.

Globalement, la police agit constament pour faire baisser le sentiment d’insécurité plutôt que l’insécurité elle-même. Elle met le paquet sur les affaires médiatiques. Musèle la presse en ne l’informant que de ce qui l’arrange, en la censurant et en la menaçant : j’en ai été témoin.

Elle met un maximum d’uniformes sur la voie publique pour rassurer les gens (surtout dans les centres-villes, les banlieues, faut pas exagérer non plus, eux on leur envoie les CRS), mais en piquant sur les effectifs d’investigation ou de police-secours. Vous savez, ces unités qui secourent les gens, les victimes de violences conugales et tous ceux qui composent le « 17 » (quand on leur répond, au bout de parfois 5 à 10 minutes d’attente).  On diminue l’accueil dans les commissariats, ce qui fait que si vous voulez déposer plainte le week-end, vous devrez vous lever de bonne heure et disposer de la vertu de patience. Avoir aussi une bonne voiture, pour rallier la ville la plus proche.

Le policier de terrain, lui, n’est pas en cause: il dénonce lui-même cette politique. Les chefs, eux, agissent sous la férule du supérieur direct. Se plaignent en off. Chacun craint pour sa place… Et la sécurité du citoyen, là-dedans?

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Le noyautage de la police, avant une grande réforme de la Maison Poulaga

Nicolas Sarkozy, qui est partout, sur tous les fronts, plusieurs  fois de suites dans les JT, qui s’exprime sur tous les sujets, qui a cinq idées novatrices par jour et qui, il faut le dire, risque la surchauffe cérébrale à court terme, n’a pas oublié, à l’aube de son quinquennat de noyauter une police pourtant confiée à Michèle Alliot-Marie. De quoi faciliter la grande réforme de la Maison Poulaga dont Sarkozy rêve.

Il n’a jamais vraiment quitté la Place Beauvau depuis 2002. C’est son bébé chéri, son assurance tous risques. Il avait tardé à la quitter pour revêtir ses habits de candidats : il n’a pas tardé non plus à la retrouver dès les prémices de son quinquennat. Hier en conseil des ministres, deux postes-clefs de la Police nationale ont en effet été confiés à deux de ses plus fidèles lieutenants de l’Intérieur. Sur « proposition du ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie », officiellement.

Michel Gaudin, d’abord. L’ex patron de la direction générale de la police nationale (DGPN) est remercié de ses bons et loyaux services en accédant à la tête de la préfecture de police de Paris, un poste prestigieux jusque là occupé par le chiraquien Pierre Mutz, qui devient de son côté préfet de la région Ile-de-France. Gaudin avait montré sa fidélité à Sarkozy en demeurant dans la place sous l’ère Villepin. Puis comme ministre de l’Intérieur sous l’intérim de Baroin. Jeu de chaises musicales. Frédéric Péchenard, l’ami d’enfance de Sarko qui avait été nommé directeur de la PJ en 2006, accède au poste de n° 2 de Beauvau : il devient DGPN à la place de Michel Gaudin.

En nommant ainsi deux proches aux deux postes les plus élevés (l’un maîtrise Paris, l’autre la France), Sarkozy n’agit pas au hasard. Il marque son territoire. Preuve que la marge de manoeuvre de MAM, dont la nomination à ce poste reste très étrange, voire incompréhensible. Et à ceux qui s’étonneraient de voir la police ainsi politisée et manipulée, il faut conseiller la lecture de l’excellent livre Place Beauvau, qui au-delà des polémiques qui avaient entouré sa sortie l’année dernière, est un ouvrage expliquant avec précision les liens étroits entre police et pouvoir. Et allant jusqu’à postuler que pour devenir président, il fallait être passé par l’Intérieur (Non, Baroin, pas toi!)…

Pour Nicolas Sarkozy, l’important est à la fois de maîtriser la police, qui est un instrument incomparable de pouvoir, mais aussi de faciliter la grande réforme de la Maison Poulaga qui est sur toutes les lèvres et qui devra être menée par Alliot-Marie. Certes, Sarkozy a déjà changé beaucoup de choses dans la police : gilets pare-balles pour tous, instauration d’une politique du résultat (et de pressions sur le flic de terrain), redécoupage des zones de police et de gendarmerie, décomplexification et défense des policiers.

Le nouvel enjeu est grand. D’énormes chantiers restent à accomplir, et en premier lieu, celui qui consisterait à calmer les hommes de terrain, énervés par les dangers de plus en plus grand de leur métier, mis en parallèle avec la faiblesse des effectifs, des salaires et des retraites. Sarkozy devra aussi forcément renouer avec une forme de police de proximité, étant donnée l’échec flagrant de la politique consistant à la remplacer par des CRS qui ne connaissent rien à la réalité : ils sont formés pour le maintien de l’ordre, et absolument pas pour la psychologie.

Ces CRS ne pourront d’ailleurs pas échapper à la réforme. Ce corps est aujourd’hui convoité : les majors de promotion y accourrent, alléchés par les primes de déplacement inhérents à la nature de ces compagnies qui bougent sans cesse d’une région à l’autre. Il faudra supprimer cette mobilité, qui n’aide pas à la connaissance du terrain, bien entendu.

Et puis, Sarkozy ne pourra pas éviter de s’occuper des aux autres serpents de mer de la Maison Poulaga : les rapprochements police-gendarmerie et police-douanes qui font grincer les dents mais permettraient plus d’efficacité et moins de rivalités entre des corps qui se détestent et se méprisent cordialement. Il faudra achever la fusion entre DST et RG, qui travaillent sur les mêmes thèmes : en gros, terrorisme, islamisme, terrorisme, islamisme.

Il n’est pas sûr que MAM, fort appréciée des militaires, parvienne à mettre au pas une institution noyautée de toutes parts par les syndicats, qui sont de véritables acteurs du pouvoir exercé par la Place Beauvau. Dans cette optique, la nomination de proches de Sarko à la tête de la Maison prend tout son sens…

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