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Quand la meute se lâche sur Christine Boutin

Christine Boutin a donc annoncé hier soir sur France 2 qu’elle renonçait à être rémunérée pour la mission que lui avait confié l’Elysée sur les conséquences sociales de la mondialisation. Le cumul de cette rémunération (9500€) avec sa retraite de parlementaire (6000€) et son indemnité de conseillère générale (2600€) avait largement de quoi choquer, en plein débat sur les efforts que tous vont devoir réaliser sur les retraites. L’hallali médiatique déclenché contre elle est cependant étonnant : il y a fort à parier que cela reste un écran de fumée qui masque  la grande masse de tous ceux qui multiplient les mandats et missions et squattent les postes publics. Et qui empêche une réflexion de fond sur les retraites par trop généreuses des parlementaires.

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La mondialisation du relativisme

Je ne sais pas si la mondialisation est en soi une bonne chose, mais en matière de moeurs, cela donne tout et n’importe quoi. Tout fonctionne comme si, finalement, la libre circulation des personnes entraînait une permissivité sans nom et un relativisme moral absolu, chaque législation représentant en théorie la volonté générale de la majorité.

Tu veux quelque chose, ton pays te le refuse? Qu’à cela ne tienne, tu peux te précipiter chez le voisin, qui lui, l’autorise. Ainsi, il est possible d’aller se faire assister au suicide en Suisse. De se marier en Belgique, pour les personnes homosexuelles. Ou même d’y concevoir un enfant. On peut avorter jusqu’au huitième mois de grossesse en Espagne. Toutes ces choses étant légales dans ces pays, comment empêcher des étrangers d’en bénéficier?

On peut aussi, si on a 59 ans et qu’on veut à tout prix un bébé, aller au Vietnam pour y bénéficier d’un don d’ovocytes. En France, la loi de bioéthique de 2004 prévoit pourtant des conditions strictes : « La receveuse doit souffrir d’une infertilité pathologique, ou il doit exister un risque de transmission d’une maladie grave à l’enfant. Le couple doit être en âge de procréer, et la majorité des centres français autorisés fixent la limite d’âge de la receveuse à 42 ans, voire 40 ans, du fait du trop faible nombre de donneuses. La donneuse doit avoir déjà eu au moins un enfant et être âgée en principe de moins de 37 ans. »

Pourquoi empêcher une femme d’avoir un enfant à 59 ans? Voire trois? Quand ces triplés auront 20 ans, elle en aura près de 80. Peut-être la nature, finalement, fait-elle bien les choses?

Malheureusement, on laisse les individus adopter ce type de comportement absolument contre-nature. On laisse passer leur volonté, et donc leur  éventuel égoïsme, avant l’intérêt de la société et de l’Homme, avec un grand h.

Tout cela, pourquoi? Parce que les normes morales n’existent pas, tout simplement. Le bien et le mal, de nos jours, sont des valeurs relatives, puisque les lois, au lieu de dépendre du bien commun, sont dictées par les intérêts particuliers. S’il on conjugue cela à l’échelle mondiale, on se retrouve tout naturellement avec des visions très différentes de ce qui doit être ou non permis.

Ce qui, intellectuellement, n’est pas du tout séduisant. Ni rassurant. Car cela nous rappelle que la norme n’est pas infaillible. Et cela relativise beaucoup la prétendue supériorité morale et civilisationnelle du modèle occidental démocrate.

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Besancenot, ou comment combattre une injustice par une autre

Autant Le Pen n’a jamais réussi à se faire passer pour un type sympathique, autant Besancenot parvient à masquer le danger qu’il porte avec sa gueule d’ange et son image de gendre idéal quoique imberbe. Voilà désormais notre facteur considéré comme le meilleur opposant à Sarkozy, d’après un sondage publié par le Figaro. Danger pour le PS, mais surtout, pour la France. Et signe que le néo-libéralisme ne mène à rien à part au désastre.

Il y a beaucoup à dire sur cette nouvelle configuration politique. Précisons que Besancenot arrive non seulement en tête des sondés au niveau global (17%, devant Delanoë à 13% et Hollande et Royal à 9%), mais surtout au sein de l’électorat socialiste (avec 26%, il arrive largement devant Delanoë avec 17%, Hollande avec 11% et Royal avec 10%). Partant de là, on peut bien sûr s’interroger, avec Luc Mandret, sur les conséquences de ce succès, et en premier lieu sur le PS qui a tout à perdre d’une montée de la LCR à sa gauche. Et qui par la force des choses, va à coup sûr tenter de le contrer par un recentrage. Ce qui fera de nouveau monter Besancenot… qui ne sera jamais majoritaire, et donc restera stérile. La LCR et le futur « nouveau parti anticapitaliste » joueront-ils, comme Le Pen, le simple rôle d’idiots utiles? Nicolas Sarkozy, cité par Marianne, le résume bien en s’adressant ainsi à François Hollande, « vous nous avez emmerdés pendant des années avec Le Pen, maintenant, on va vous niquer avec Besancenot ». L’analyse est belle, mais incomplète, car elle ne s’intéresse qu’au petit jeu politique sans aller au fond des choses.

En apparence, Besancenot se présente juste comme un vrai socialiste. Son discours global, celui qu’on entend le plus souvent, celui qu’il clame sur les plateaux de télé, n’est pas beaucoup plus à gauche que celui du PS d’il y a une trentaine d’années, celui d’avant la conversion à l’économie de marché. Et c’est bien sûr ça qui fait son succès. Quoi qu’on en pense, lui, il est sur le terrain. Il est aux portes des usines en grève. Il est du côté de ceux qui souffrent. Il les défend, amène des caméras avec lui. Pendant ce temps, où sont les socialistes? A préparer leur congrès, à s’interroger sur la définition du mot « libéralisme », bref, à cent lieues des préoccupations des Français. Si j’étais socialiste, je voterais Besancenot sans hésiter. Bon ok, je ne le suis pas…

Mais il faut également, avec Koz, s’interroger sur la réalité intime du personnage. Sur le message qui se cache derrière les belles phrases, derrière l’invitation chez Drucker, derrière le gentil facteur qui se dresse contre les méchants patrons. Je suis entièrement d’accord avec lui lorsqu’il s’emporte en ces termes : « Il faut en finir avec la bienveillance coupable avec laquelle on regarde Olivier Besancenot. Il faut en finir avec cet étonnant complexe bourgeois (pour le coup) qui fait que l’on attaque si peu Olivier Besancenot, protégé par sa gueule ronde et sa jeunesse comme par un talisman. Il faut prendre Besancenot pour ce qu’il est. Pas un bon ptit gars. Pas un romantique. Il faut avoir conscience en l’écoutant et, pour ceux qui le font, en lui parlant, que l’on a affaire à quelqu’un pour lequel le respect de la vie est relatif, subordonné aux objectifs politiques. »

J’abonde également dans son sens lorsqu’il dénonce l’accueil fait par Besancenot à Jean-Marc Rouillan, ex d’Action Directe. Lorsqu’il réclame une clarification, « que Besancenot ne puisse pas tenir deux discours. Qu’il ne puisse pas offrir sa gueule de bon facteur rond et jeune tout en assumant ces discours au sein de son parti, discours qui sont très certainement les siens lorsque les micros s’éloignent. »

La preuve : ses disciples ébahis, tels CSP, prennent prétexte de la violence quotidienne subie par les travailleurs pour ne pas condamner, voire se réjouir, du terrorisme passé d’Action directe. Comment, dans ces conditions, ne pas avoir peur de tels militants? On voit certains de ses commentateurs affirmer benoîtement que Rouillan a payé sa dette, d’autres confier leur admiration pour cet assassin non repenti. Et le même CSP le dit lui-même : « Le NPA a venir ne sera pas l’épouvantail commode qui permet aux autres partis de se donner bonne conscience : on a plus faim que ça. Et c’est pour ça que le stratagème de la droite, dont on peut être certain qu’elle se félicite actuellement avec force ricanements, va lui retomber sur la gueule plus vite qu’elle ne le croit. Ces gens nous sous-estiment : on est vraiment très énervés… »

Il est vraiment abbérant aberrant (merci Raveline!) qu’en France, en 2008, de tels partisans de la dictature du prolétariat puissent se trouver aussi haut dans les sondages. Mais surtout, que personne ne s’en émeuve! Je l’ai déjà écrit ici mais je le répète : pour moi, les trotskystes et les fascistes sont de la même trempe, ils sont de ceux qui jouent sur les peurs pour tenter de séduire les plus faibles.

Ils dénoncent de vraies injustices, pour prôner une injustice plus grande encore. Mais le problème n’est-il pas qu’aujourd’hui, en France, personne d’autre de raisonnable ne dénonce les méfaits, la barbarie d’un système néolibéral effectivement inhumain, meurtrier, matérialiste au possible?

Le problème n’est-il pas qu’un nombre incalculable de gens ne voient pas de solution à l’horizon? Que nombre d’Etats soient sommés de se conformer à une ligne économique et politique orthodoxe mais destructrice de l’humain, de la diversité culturelle, de la terre elle-même? Qu’on accepte des trucs immoraux au possible, sous prétexte « qu’on ne peut rien faire »? Qu’on accepte d’ériger en règle inattaquable la loi de l’offre et de la demande, qui est d’une stupidité sans nom? Qu’on accepte de mettre en compétition des Etats qui n’ont pas les mêmes règles sociales? Qu’on se laisse gouverner par des tarés qui jouent dans les salles de marché comme les prolétaires jouent au loto? Qu’on accepte ainsi d’être à la merci d’une rumeur, d’une baisse de moral des investisseurs, d’une peur psychologique qui fait baisser les cours? Que le gateau soit sans cesse partagé entre les mêmes, au mépris de toute justice? Que les incompétents aient des primes de risque, quand ceux qui triment et créent la richesse n’ont jamais aucune reconnaissance de leur travail?

En tant que journaliste, j’ai couvert des conflits sociaux où on croit marcher sur la tête. Il ne faut pas s’étonner d’entendre certains réclamer qu’on mette la tête de certains dirigeants au bout d’une pique.

Pour moi, Besancenot est clairement un adversaire. Mais les néolibéraux – j’entends par là les libéraux qui ont mal tourné, et qui prônent la dictature du marché et de la finance – le sont tout autant. Et plus que jamais. La justice sociale doit être un objectif politique prioritaire. La popularité de Besancenot doit nous le rappeler.

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Is it really a « free world »?

Si vous avez 8 € à dépenser, que vous avez l’esprit critique, que vous aimez réfléchir et que les questions de société vous intéressent, donnez vous la peine d’aller voir It’s a free world. Ken Loach, qui avait remporté la palme d’or du festival de Cannes 2006 avec le brillantissime Le vent se lève, écrit une fois encore un film engagé. L’histoire est simple et se déroule à Londres : une jeune femme de 33 ans est virée de son job de recrutement d’est-européens. Avec son amie Rose, Angie décide de se mettre à son compte et de créer une agence d’intérim offrant aux usines de la main d’oeuvre issue de l’immigration (d’abord légale puis clandestine) et donc à prix ultra compétitifs. On la voit glisser, petit à petit. Être tentée par l’exploitation de ces étrangers impuissants et prêts à tout pour gagner quelques livres. Et succomber à l’égoïsme, à l’argent facile.

Ken Loach, qui réalise un film magistral, a bien sûr pour ambition d’ouvrir un débat, de poser des questions, de faire réfléchir. Sur ce plan là, c’est réussi. Il ne prétend pas apporter de réponse et son film a ceci de postitif qu’il est un regard qui ne juge pas mais qui se contente de constater une réalité dont on parle peu : l’immigration clandestine et son exploitation, sur laquelle un maximum de gens ferment les yeux.

A mon sens, cette oeuvre permet d’ouvrir deux types de débat : un débat sur l’immigration en elle-même : où doit se placer la justice dans l’accueil? Et puis un débat plus global sur notre système économique, sur les valeurs, les ressorts qui le fondent, sur son avenir… On se contentera d’aborder celui-là.

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. – La citation devrait également s’appliquer en ce qui concerne le système économique dans lequel nous vivons.  Ou plutôt, que nous subissons. Je ne parle pas du libéralisme, terme qu’on emploie à tort et à travers, mais de la globalisation, de la mondialisation. De ce régime économico-politique qui veut imposer à tous la démocratie, sous prétexte d’exporter partout le marché unique. Qui prétend à l’universalité des droits de l’homme, mais les impose avec le fusil tout en approuvant un système qui broie l’humain.

J’ai tendance à aimer la notion de libéralisme. Parce que ce mot contient le mot liberté, parce qu’il n’est pas qu’une théorie politique, mais également philosophique et politique. Parce qu’il concerne bien plus Chateaubriand qu’Alain Madelin. Parce que les libéraux veulent faire confiance à l’homme, alors que les socialistes veulent les infantiliser, leur dire ce qui est bon au mauvais, et à la limite, décider à leur place. Je trouve qu’il est raisonnable de laisser l’Etat à ses fonctions les plus régaliennes, de confier le reste au privé. Je trouve louable la loi de l’offre et de la demande. Je trouve louable la loi de la concurrence, qui est saine et tend à rendre service au consommateur…

Tous ces principes sont positifs, et s’appliquent correctement dès qu’il existe une forme de consensus moral entre tous et que ce consensus est respecté sous la contrainte. Un savoir-vivre commun et consenti. Ou au moins, un contrôle de l’Etat sur l’économie. Un contrôle intransigeant. D’ailleurs, c’est le cas depuis des siècles! Mais à partir du moment où on croit en la liberté totale, et qu’on la laisse faire, comment s’étonner qu’on en vienne à rendre esclaves des clandestins? Qu’au lieu de concurrence, on assiste dans certains domaines au mieux à des ententes (téléphonie, internet…), au pire à des monopoles (systèmes d’exploitation informatique)? Qu’on veuille récompenser les actionnaires au mépris de l’intérêt économique même des entreprises? Un ami me confiait récemment que la société dans laquelle il travaille, qui est au CAC 40, allait délocaliser une partie de sa production en Europe de l’est. Il est chargé d’une partie du projet, et il m’a assuré que le gain serait minime… Un autre est maître d’oeuvre dans le batiment et me répète que le travail clandestin est monnaie-courante. Que l’Etat s’en moque, que les contrôles sont trop rares. Forcément, on veut réduire le train de vie de ce même Etat! Le serpent se mord la queue.

Il y a bien un moment où il faut se réveiller. J’entends déjà les bien-pensants répondre que la mondialisation est une chance pour la France (d’ailleurs, les mêmes que les partisans du TCE…). Que les délocalisations sont nécessaires, qu’on en peut pas faire autrement, que la main d’oeuvre est trop chère. « Trop chère ». Mais tout ce contexte est le fruit de décisions politiques, non? On ne s’est pas retrouvé, du jour au lendemain, avec des produits chers, une main d’oeuvre chère, et des Chinois qui produisent mille fois plus que nous! Rien qu’en Europe, on vient d’élargir l’espace Schengen. Et on n’arrête pas d’élargir par idéologie, juste pour élargir. Vous trouvez ça sain, vous, qu’il existe tant de gens qui aient envie de quitter leur pays, leurs amis, leur famille, leurs repères, pour aller travailler comme maçons dans les pays soi-disant riches? Et qu’on ne fasse rien, ou si peu, pour les aider et nous protéger du dumping social?

Je crois que tout serait possible si une morale existait, si on ne laissait pas passer des injustices évidentes, si on croyait en l’action de l’Etat, si celui-ci servait à nous protéger et pas seulement du point de vue de la santé. Croit-on que le New deal de Roosevelt serait encore possible aujourd’hui? En voulant tuer l’Etat au sens socialiste du terme, on a tué aussi les possibilités de résistance à ce cadre global, à l’internationalisation. Dans It’s a free world, Ken Loach a d’ailleurs choisi de présenter ce sujet du point de vue des exploiteurs, et on voit bien que rien autour d’eux ne les arrête. Ils sont effectivement libres… Angie a de bonnes raisons d’agir ainsi. Elle a des crédits, un fils difficile, elle même est une victime en quelque sorte…

J’aimerais vraiment connaître l’avis de ceux qui se prétendent libéraux. Ou qui le sont sans se l’avouer. Ceux qui pensent vivre dans un système positif, j’aimerais vraiment savoir ce qu’ils pensent du travail des immigrés clandestin. Parce que ce sujet est l’écume du reste, un des symptômes des maux de notre monde. Et je ne vois pas comment on peut les justifier.

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