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Ils peuvent pas voter comme tout le monde, ces bouseux d’Irlandais?

Réactions attendues mais peu surprenantes (quoi que toujours amusantes) de la part des médias et du monde politique français, alors que les Irlandais sont aujourd’hui appelés aux urnes pour se prononcer sur le traité européen de Lisbonne :  comme on en a désormais l’habitude, il s’agit essentiellement de dire que le choix n’existe pas. Oui, ou zut!

Hé oui, à part voter oui, il n’y a pas d’alternative possible! Que ce soit clair : ceux qui pensent voter non sont au mieux des irresponsables et des crétins, qui n’ont pas compris tout ce que leur pays devait à l’Europe. Au pire, ce sont des nationalistes timorés qui ont peur des pays d’Europe de l’est. Re-cro-que-vil-lés sur eux-mêmes.

D’ailleurs, on le voit venir de loin, puisque pour certains, il n’y a même pas eu de débat, ni de campagne digne de ce non nom. C’est ça! Si les bouseux irlandais avaient été correctement informés, pour sûr, ils voteraient oui sans hésiter! Au moins, dans les autres pays, on a adopté une attitude responsable : faire voter les parlementaires, qui eux, au moins, ne sont pas de stupides citoyens.

Certes, il est incontestable qu’un non irlandais mettrait l’Union dans une fâcheuse posture, et la France en particulier, puisqu’elle doit en prendre bientôt la présidence, et qu’elle a particulièrement milité pour relancer l’intégration politique du continent. Pierre Catalan résume assez bien cette opinion : « le vote NON, en Irlande comme en France, s’accompagne d’un refus obstiné d’imaginer les conséquences d’un NON, quitte à jeter le bébé mais à tout de même garder l’eau du bain. Comme en France, la rhétorique est facile: « si on craint des conséquences si dramatiques, pourquoi passe-t-on par référendum? ». Cette objection est évidemment une façon facile de passer à côté du sujet. Quand on vote, on doit toujours devoir se demander quelle est la portée de son acte. La démocratie implique un réflexion sur les conséquences de nos actes. »

Entièrement d’accord avec lui. Le débat est clairement biaisé. Mais l’inverse fonctionne également: le oui, ça ne peut pas avoir de conséquences négatives? Tope là, continuons comme avant, ne changeons rien, banco! J’entendais tout à l’heure Hervé Mariton, sur France Info, dire en filigrane que la campagne irlandaise avait au moins pour mérite de lancer une réflexion sur la distance trop grande entre les institutions européennes et les citoyens. Bien vu! Sauf qu’on pouvait dire ça dès Maastricht, et que depuis, pas grand-chose n’a changé…

On continue dans la même direction, on persiste par exemple à vouloir envisager de nouvelles adhésions avant même de penser à pousser plus avant l’intégration… Je trouve très joli ce qu’écrit Koz sur le rêve européen, et je ne suis pas loin d’adhérer à ses réflexions sur l‘égoïsme de certains, qui n’adhèrent à l’Europe que tant qu’ils sont bénéficiaires.. Mais amorce-t-il un soupçon d’autocritique sur la manière dont l’Union est gouvernée? Sur son évolution, sur le fond? Au moins, on retrouve un semblant de début de prise de conscience chez Versac, s’exprimant sur Publius : « A trop prendre l’électeur pour un imbécile, tout en lui proposant de s’expliquer, on s’expose à ce genre de vent de refus, et à l’exploitation par des rois de la mauvaise foi de tout mouvement d’humeur populaire. Logique implacable. »

Bien sûr. Tous les nonistes ne basent pas leur position sur un raisonnement construit. Loin de là. Mais est-ce pire que de clamer haut et fort des arguments aussi stupides que « l’Europe, c’est la paix » ?

Au final, je ne suis vraiment pas persuadé qu’un non puisse déboucher sur quoi que ce soit de positif. Mais est-ce que cela ne peut pas se transformer en un énième avertissement salutaire aux costards-cravate de Bruxelles, qui visiblement ne mettent jamais les pieds sur le terrain? Une façon de leur dire merde, après leur tentative de faire repasser en douce le même traité qu’en 2005? Cela peut se défendre, après tout… S’ils n’entendent pas, peut-être faut-il crier plus fort.

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L’Europe, une si belle histoire

Il était une fois une Europe créée pour rapprocher les peuples entre eux, éviter tout risque de nouveau conflit et se relever de deux guerres mondiales qui l’avaient laissée exhangue.

Il était une fois une Europe, qui faute de devenir politique, et parce qu’elle s’est obstinée à être incompréhensible pour les peuples, s’est peu à peu éloignée des citoyens. Ceux-ci comprenaient mal pourquoi elle venait réglementer le nombre de kilos de poissons qu’il faut pêcher dans le Bassin d’Arcachon, et pourquoi, elle persistait à refuser la création de quelque bannière barrière douanière que ce soit aux frontières du continent. Quand on est idéologue, mieux vaut l’être jusqu’au bout même si les Etats-Unis eux-mêmes pratiquent ce genre de protectionnisme. Ceux-ci comprenaient également difficilement pourquoi on vient leur dire ce qu’ils doivent penser, comment ils doivent vivre, les droits qu’ils doivent reconnaître ou non, et pourquoi quand ils franchissent une frontière de quelques kilomètres, les communications téléphoniques coûtent les yeux de la tête et les retraits bancaires sont surtaxés. Quand on construit un continent, autant commencer par les détails, pas vrai? Ceux-ci comprennaient mal, enfin, pourquoi on persiste à inclure dans cette Europe une Grande-Bretagne peu concernée, qui n’en tire que ce qui l’ arrange à l’exclusion de tout le reste. Ils se demandaient pourquoi les Français ne feraient pas de même, après tout. Et on les traitait de poujado-fascistes et de sadomasochistes.

Et puis tout à coup, on leur a proposé une Constitution, qui reprenait tous les textes prééxistants en les formalisant de manière solennelle, tout en les accompagnant d’une charte des droits fondamentaux et en simplifiant le fonctionnement des institution. Nouvel épisode formidable de l’histoire. On annonçait de terribles catastrophes et une guerre atomique en cas de victoire du « non ». Les ouistes, eux, assuraient qu’il était irresponsable de demander au peuple son avis. Parce que le peuple, il ne comprend jamais. Les députés, eux, savent ce qui est bien ou mal. Ces chers députés.

Pour faire passer la pilule et éviter la raclée qui s’annonçait, on avait préféré désamorcer la question turque d’abord. Ah oui, parce que dans cette belle histoire, il faut ajouter que par idéalisme, depuis les annés 80, on a entrepris d’avaler sans cesse de nouveaux pays avant même de savoir ce qu’on voulait faire de l’ensemble, et avant même d’avoir approfondi l’intégration européenne. Comme ça, quand on est vingt-sept, c’est vachement plus simple de tomber d’accord sur quelque chose de profond.

Et donc notre président Jacques Chirac avait dit : « toute nouvelle entrée dans l’Union, et par exemple celle de la Turquie, sera soumise à référendum en France ». Et ce fut inscrit dans la Constitution, à l’article 88-5.

Il y eut un soir, il y eut un matin, et le « non » l’emporta tout de même.

Parce qu’en Europe on adore la démocratie, on décida d’interrompre le processus de ratification. Pas fou, sur les peuples qui s’étaient prononcés, tous avaient dit non, à part les Espagnols. On s’était dit que poursuivre le tour de table serait trop dangereux pour ce beau projet constitutionnel. Le peuple, on l’aime mieux quand il approuve.

Près de trois ans plus tard, on décida qu’il fallait relancer l’Europe. Et donc on bricola à la va-vite un semblant de traité simplifié reprenant peu ou prou le Traité constitutionnel européen rejetté en 2005. Mais cette fois, on le fit approuver par les députés. Un député, c’est plus sûr et surtout, bien plus loyal qu’un électeur.

Comme toute histoire qui se respecte, celle-ci a une superbe chute. Car tenez-vous bien, une fois ce traité approuvé, et bien ion s’est rendu compte qu’il n’y avait plus besoin de ce fichu article 88-5! Pour quoi faire, maintenant qu’on n’avait plus besoin du peuple!

Et hop, ni une, ni deux, le conseil des ministres a donc adopté hier le projet de modification constitutionnelle supprimant cet article. Le même jour, ironie du sort, le président slovène Danilo Türk expliquait à la tribune du parlement européen que « L’Europe ne doit pas refuser à la Turquie une perspective d’adhésion qu’elle lui a déjà promise. »

Sans blague! Moi je n’ai rien promis.

Bien sûr, il y aura toujours des gens comme Pierre Catalan ou Jean Quatremer pour nous expliquer en quoi cet article était mauvais d’un strict point de vue de droit constitutionnel. Certes, techniquement, ils ont sans doute raison. La question n’est même pas là.

Le véritable sujet, c’est que Nicolas Sarkozy s’apprête à retourner sa veste sur le sujet. Et qu’il finira par soutenir cette adhésion qui tuera définitivement l’Europe politique. Ce n’est pas un hasard si Etats-Unis et Grande-Bretagne soutiennent ardemment cette candidature. Rappelons, à toutes fins utiles, ce que Nicolas Sarkozy affirmait en 2004 au-sujet de l’adhésion de la Turquie à l’UE : « Une décision aussi importante ne pourrait être prise qu’après qu’il y ait eu un référendum en France pour connaître l’opinion des Français ».

Tiens, voilà ce qu’en dit Nicolas Dupont-Aignan : « Le discours officiel ne tient pas la route une seconde. Nicolas Sarkozy étant hostile à l’entrée de la Turquie, nous n’aurions plus besoin de référendum. De qui se moque-t-on ? Quand on se souvient qu’une fois élu, le Président n’a pas voulu mettre le veto sur l’ouverture de trois chapitres supplémentaires de négociations d’adhésion, on en est en droit et même en devoir de douter de la sincérité de ses assurances ! Et ce n’est pas un nouveau talk-show qui, comme par un coup de baguette magique, arrangera les choses…  »

Merci à Nicolas J, dont la migraine a suscité la narration de cette si belle histoire.

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Au programme cette semaine, le coup d’Etat simplifié!

Nicolas Dupont-Aignan a-t-il raison de parler de « coup d’Etat simplifié » pour désigner le mode de ratification choisi pour le Traité de Lisbonne? Le terme est sans doute un peu excessif, le Parlement étant une institution démocratique et surtout, habilitée à représenter le peuple français. En théorie.

Mais alors qu’aujourd’hui, le Parlement est justement réuni en Congrès à Versailles pour approuver la révision constitutionnelle préalable à la ratification (et déjà votée par les deux assemblées séparées), il faut souligner, répéter, marteler, que cette procédure est un scandale. Un scandale pour la démocratie, un scandale pour l’Europe. Je rappelle qu’on présente à peu de choses près aux députés et sénateurs – il serait temps que les ouistes arrêtent de prétendre qu’il s’agit d’un autre traité, cela ne sert pas leur argumentation – un texte retoqué en mai 2005 par plus de 54,67% des Français.

Les partisans du traité, particulièrement hypocrites sur ce coup-là, se contentent souvent de deux arguments pour justifier le choix de Nicolas Sarkozy : celui-ci avait prévenu qu’il agirait ainsi ; le parlement représente le peuple, et à tout prendre, il est mieux qualifié que lui pour s’exprimer pour l’Europe. Il y a parfois un argument bonus, le pire de tous : Et Nice, et Amsterdam, ils n’ont  pas été soumis à référendum, alors hein!

Autant d’arguments dont ils riraient s’ils étaient employés pour défendre une idée à laquelle ils seraient opposés. En soi, ce sont des non-arguments. Pourquoi?

Nicolas Sarkozy avait effectivement parlé de « traité simplifié » pendant la campagne. Son programme contient ceci, à la virgule près : « J’ai proposé à nos partenaires un traité simplifié limité aux questions institutionnelles que nul n’a contesté pendant la campagne référendaire (ah bon? Il me semblait pourtant qu’un certain Etienne Chouard n’avait pas arrêté de parler de ça… toujours cet aveuglement!) afin que l’Europe se dote rapidement des moyens de foinctionner efficacement à 27 membres (ne fallait-il pas y penser avant d’élargir à tout va l’Union à de nouveaux pays, juste pour le symbole et sans nous demander notre avis?) ». C’est tout ce qu’il avait dit. Mais qu’y a-t-il de simplifié dans ce traité, à part les symboles européens en moins? Sarkozy voulait runir la France du oui et celle du non. Il ne fait que diviser d’avantage. Je connais des tas de nonistes qui se sentent trahis, dépossédés de leur vote.

Le parlement serait aussi apte que le peuple pour s’exprimer sur la question, voire d’avantage. Je suis d’accord avec cette assertion. Mais encore faudrait-il que la notion de représentation soit clairement définie! Trouve-t-on cela normal, que trois ans après un refus du peuple à près de 55%, 80% des députés soient en passe non seulement de dire oui, mais en plus, de refuser le droit au même peuple de donner son avis?  Cela montre bien qu’il existe un décalage criant entre les élites et les citoyens sur cette question, comme sur d’autres. Comment comprendre que l’adoption d’un nouveau traité européen ne fasse même pas l’objet d’un débat dans notre pays?
Au fond, les dirigeants, les élus, se montrent d’un idéalisme sans bornes, quasi-aveugle, pendant que les citoyens ont le sentiment de perdre leur souveraineté au bénéfice d’institutions lointaines et peu protectrices. Ah oui, l’Europe, c’est beau. Mais l’Europe, c’est aussi un truc incapable d’élaborer et de mettre en place des barrières douanières extra-communautaires. A quoi ça sert de s’investir là-dedans, se demande-t-on? Si c’est juste pour le symbole ou pour se satisfaire de la paix qui règne depuis 1945, est-ce vraiment indispensable?
Soulignons au passage, encore une fois, l’idiotie congénitale du PS qui se dit favorable à un référendum, mais refuse de voter non à la révision ouvrant la voie à l’adoption parlementaire! Où en est ce parti de sa réforme interne?
On nous répète que le référendum, c’est la porte ouverte à tous les populismes, aux faux débats. On craint qu’on ne réponde pas à la question. Mais l’adoption parlementaire, c’est quoi? C’est un débat tronqué. Un débat en catimini. Encore une fois, qui parle d’Europe à part les nonistes?
Nicolas Dupont-Aignan me semble particulièrement bien inspiré lorsqu’il dit ceci :

Une fois de plus, les émissions auxquelles je suis invité sont annulées les unes après les autres, presque toujours en dernière minute. Il y a comme une paroi de verre érigée entre nous et les Français. Tout est fait pour dissimuler au peuple le forfait institutionnel perpétré dans leur dos.

A croire que les prescriptions du puissant centre de recherche fédéraliste, l’European Policy Centre, un « think tank » qui a pignon sur rue et bénéficie de nombreuses largesses financières, sont suivies à la lettre : ce dernier, fin novembre, a ainsi publié une étude (communiquée à la diplomatie française) invitant à respecter un « impératif de discrétion qu’impose le processus de ratification du traité tout au long de l’année. » Un souci de « discrétion » qui paraît le mieux partagé du monde dans les arcanes de l’eurocratie et qui a inspiré en septembre dernier à Jean-Claude Juncker, Premier ministre luxembourgeois et président de l’Eurogroupe, à propos de la Constitution bis, cet aveu chuchoté : « Bien entendu, il y aura des transferts de souveraineté. Mais serais-je intelligent d’attirer l’attention du public sur ce fait ? »

Ou ceci :

Il est sûr que si les médias n’en parlent pas, personne ne s’y intéressera ! Je demande aux journalistes, aux éditorialistes que je crois honnêtes et sincères pour la plupart, d’oser enfin parler des choses importantes. L’adoption du traité de Lisbonne qui transfère des pouvoirs considérables à des organismes non élus et qui vide de sa substance notre démocratie mérite débat, à tout le moins devoir d’alerte !

La vérité, c’est que l’Europe est coincée par un postulat de départ mensonger et suicidaire : il faut tous avancer ensemble, au même rythme, sans quoi c’est la crise. Il faut intégrer, intégrer, intégrer. La France sans l’Europe ne pourrait rien faire (ah bon?). C’est bien de cela qu’il s’agit : Nicolas Sarkozy n’a pas d’autre choix que d’agir ainsi, car sinon il perd la face au niveau européen. La France ne serait plus « dans le coup ». Et alors? La situation pourrait-elle être pire qu’aujourd’hui, économiquement parlant?

C’est pourquoi il faut soutenir les appels à manifester à Versailles aujourd’hui et ces prochains jours. Je ne pourrai moi-même y être mais je compatis de tout coeur avec ceux qui iront affronter le froid mordant pour protester contre ce « déni ». Non mais!

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Pourquoi l’Europe se méfie-t-elle sans cesse des peuples?

Le collègue kiwisien Edgar, qui tient le blog eurosceptique La Lettre volée, est parfois excessif. Mais ses propos tiennent lieu de piqûre de rappel permanente : Edgar est donc un empêcheur de tourner en rond permanent, ce qui est très utile à la démocratie et au débat. Un bon exemple de critique sans concession de la construction européenne, qui quoi qu’on en pense ou qu’on en dise, n’est ni inéluctable, ni incontournable, ni indispensable. Ni définitive! Et force est de constater qu’en ce qui concerne le mini-traité européen adopté par les chefs d’Etat et de gouvernement au sommet de Lisbonne, la semaine dernière, il a entièrement raison de parler de « haute-trahison ».

Un article qui a fait l’objet d’une discussion très riche, et qui montre les ambiguïtés et les incompréhensions entre ouistes et nonistes. Ce qui est dingue, après tout, c’est qu’il ne s’agit même pas de discuter du contenu de ce traité, mais de la procédure de ratification choisie par l’Elysée, en contradiction flagrante avec les règles démocratiques les plus élémentaires.

Car de quoi s’agit-il? On l’avait déjà démontré ici : le traité de Lisbonne (passera-t-il ainsi à la postérité?) est, peu ou prou, identique au Traité Constitutionnel Européen proposé au vote des Français en 2005. VGE lui-même se satisfait que « l’essentiel » ait été préservé: « Les propositions institutionnelles du traité constitutionnel – les seules qui comptaient pour les conventionnels – se retrouvent intégralement dans le traité de Lisbonne, mais dans un ordre différent «  (et surtout, insérées dans des amendemants aux traités antérieurs). Même si ce texte présente l’avantage, en étant privé de la partie III du TCE, d’enlever bon nombre de réticences liées à la « concurrence libre et non faussée », qui inscrite ou non, continuera toutefois à présider aux politiques publiques européennes…

Dans ces conditions, pourquoi refuser de redonner la parole aux électeurs? Pourquoi avoir peur d’eux, pourquoi ce déni de démocratie? On a glosé, pendant la campagne référendaire, sur le « déficit démocratique » de l’UE. On le constate certes à chaque élection au parlement européen, lorsqu’on parle de tout sauf d’Europe. Mais on le remarque surtout quand on prive les citoyens de leur droit de s’exprimer sur un sujet qui les engage peut-être d’avantage qu’une élection présidentielle!

On peut d’ailleurs observer que ce schéma n’est pas spécifique à la France. Qui, à part l’Irlande, a décidé de recourir à un référendum pour valider ce traité? Personne. Comme si c’était un risque. Comme si nos élites représentantes étaient les seules de pouvoir juger d’un tel sujet… Alors oui, haute-trahison me paraît le terme adapté. Vous dites non, ça sort par la porte et ça revient par la fenêtre!

Et ce qui me fait rire, ce sont ceux qui prétendent qu’en cas de référendum, le vote est « pollué », « manipulé », et que les gens, en gros, n’y « comprennent rien ». Qu’il vaut donc mieux éviter de leur poser la question. Je pourrais être d’accord avec ce raisonnement dan sl’absolu, n’ayant jamais considéré que l’avis de chacun avait le même poids. Après tout, sommes-nous tous aptes à donner notre opinion sur tout et n’importe quoi? Mais là n’est pas le problème : nos ancêtres, bien leur en fasse, ont choisi de décapiter un roi pour instaurer un pseudo régime républicain et démocratique. Basé, comme chacun sait, sur le principe selon lequel c’est le « peuple qui gouverne ». Alors?

Dans ce cas, faut-il interdire aux citoyens d’élire leur président, leurs députés, leur maire? Le scrutin, là, ne peut pas être « pollué »? Faudrait savoir. Et j’aimerais bien qu’on me donne une raison valable de passer outre le non de 2005 en faisant ratifier ce traité par le Congrès. Vraiment!

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Mini-traité, oui, ratification parlementaire, non!

Alors que s’ouvre aujourd’hui un sommet européen décisif pour l’avenir de l’Union, il est légitime de s’interroger sur la façon dont Nicolas Sarkozy compte s’y prendre afin de la sortir dans l’ornière dans laquelle elle se trouve embourbée jusqu’au genou.

En préambule, rappelons que contrairement à ce que les esprits convenus racontent, la « crise européenne » ne trouve pas ses racines dans les « Non » français et néerlandais. D’abord, parce que lorsque quelqu’un vote contre un projet, il faut peut-être remettre en cause ce dernier plutôt que d’accuser les électeurs de fascisme, de sadomasochisme ou de conservatisme. Cf. Serge July. Remettre en cause la Constitution telle qu’on nous l’a présentée (personnellement, j’ai voté non car je considérais, à tort ou à raison, que le TCE entérinait un système n’assurant pas la séparation des pouvoirs entre le législatif et l’exécutif), ou remettre en cause la construction européenne telle qu’elle est menée depuis le Traité de Rome. Et surtout, depuis l’Acte unique européen. Ensuite, parce qu’il est un peu facile de faire porter à ces deux pays la responsabilité de cet échec, alors que les autres peuples ne se sont pas prononcés (sur les 18 Etats ayant appourvé le TCE, seuls le Danemark, l’Espagne et le Luxembourg avaient choisi la ratification par référendum). Qu’en aurait-il été en Allemagne, au Royaume-Uni, en Pologne?

Quoi qu’il en soit, la crise est là. Les institutions européennes sont régies par le Traité de Nice dont les règles, de l’avis de tous, ne conviennent pas à une Union élargie à 27 membres. Ou qui du moins, ne permettent pas un approfondissement de la construction de notre droit commun, étant donné le nombre de sujets importants pour lesquels l’unanimité des membres est nécessaire pour avancer (je pense à la fiscalité).

Certes, la France et les Pays-Bas ne peuvent pas imposer leur vote à l’ensemble de l’UE. Mais d’un autre côté, les autres Etats-membres ne peuvent passer outre les référendums organisés dans ces deux pays fondateurs. Pour assurer une adoption démocratique du traité, il eut sans doute fallu organiser un référendum dans l’ensemble de l’Union. Mais c’est peut-être trop demander? En tout cas, c’est trop tard.

Dès lors, il faut une solution alternative au TCE. Et dans cette optique, je suis nettement plus convaincu par la proposition de Nicolas Sarkozy, un mini-traité, que par celle de Ségolène Royal. Je n’ai d’ailleurs rien compris de son opinion sur le sujet, à part que selon elle il s’agit d’une mini-ambition qui ne prend pas en compte les droits sociaux, l’environnement et la lutte contre les délocalisations: il faudrait lui rappeler qu’il s’agit d’un traité international portant sur la façon dont les institutions de l’Union fonctionnent entre elles, pas d’une foire aux droits.

Le mini-traité, sous réserve que l’idée soit approuvée par les autres Etats (la Pologne et le Royaume-Uni semblent plus que sceptiques), a le grand avantage de pouvoir réunir les nonistes et les ouistes. Même s’il n’a pas la classe internationale qu’aurait eu une « Constitution ». Le noniste de base, globalement, a rejetté le TCE en raison de sa partie III (ce qui est un peu stupide puisqu’elle ne faisait que reprendre des acquis du passé, mais passons). Le ouiste de base, lui, a voté par optimisme, par réalisme ou amour de l’Europe (ce qui ne veut pas dire que les nonistes la détestent). Si l’on ne retient donc, dans un mini-traité, uniquement ce qui concerne le fonctionnement des institutions, je voterai toujours non, étant donné que la séparation des pouvoirs ne sera toujours pas assurée (même si dans le fond, tout le monde se rend bien compte que la situation actuelle est difficilement acceptable). Les nonistes partisans d’une confédération d’Etats-Nations (de Villiers, Le Pen et d’autres) continueront de dire non, en toute logique. Mais la plus grande partie des opposants au TCE pourraient ainsi se rallier à ce mini-traité, qui ménagerait ainsi la chèvre et le chou.

Reste la question de la ratification d’un tel mini-traité, dans le cas où par miracle, Sarkozy et ses alliés (Belgique, Pays-Bas, Italie?, Luxembourg, Allemagne) réussiraient à convaincre l’ensemble des Etats-membres (la Pologne ne veut pas perdre son improbable influence gagnée à Nice, les Anglais refusent l’idée d’une charte des droits sociaux et un ministre des Affaires étrangères). Certes, on comprend qu’après la claque du non, le 29 mai 2005, Sarkozy cherche à rassurer ses partenaires en promettant une ratification parlementaire. Mais dans quelle démocratie vivons-nous, si on se méfie du « peuple », si on considère un référendum comme un « risque »? A mon sens, il s’agit d’un terrible aveu d’échec. On suppose que les Français vont voter non? Pas de problème, coco, on va voter oui au parlement! Qui comme chacun sait, n’est absolument pas représentatif de la diversité du pays… A ce sujet, que penser de la menace de Jean-Luc Mélenchon, qui estime qu’avec les résultats des législatives, le PS pourrait bloquer l’adoption parlementaire de ce mini-traité? « Pour que le mini-traité soit adoptable par voie parlementaire, il faut une modification de la Constitution (…). Et pour cela, un vote ratifié par une majorité des 3/5ème du Parlement. Pour que la droite ait cette majorité, j’avais calculé qu’il fallait que l’opposition ait moins de 190 députés. Nous en avons plus de 200 ! Et comme toute la gauche est d’accord pour dire que l’adoption de ce traité doit passer pas un référendum, nous sommes en situation – au minimum d’imposer une discussion au gouvernement -, au maximum d’obliger la droite à opérer par scrutin référendaire. », a-t-il prétendu.

Alors, référendum ou pas référendum?

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