Archives de Tag: laïcité

Quick halal de Roubaix : qu’en penser?

Depuis quelques jours, le restaurant Quick de Roubaix est au centre d’une polémique aux accents électoraux : impossible en effet, dans ce fast-food, de manger autre chose que de la viande dite halal. Comme sept autres Quick en France, celui de Roubaix teste pour six mois ce concept dans une ville où les musulmans représentent une clientèle importante. Est-on dans le registre du marketing, ou s’agit-il d’un problème dont le politique doit se saisir? Lire la suite

Publicités

32 Commentaires

Classé dans Société

La laïcité doit-elle conduire à bouter les religions hors de l’espace public?

Ce billet me démange depuis des semaines, des mois, voire des années. Alors que la définition traditionnelle de la laïcité est la neutralité de l’État vis à vis des cultes, la liberté de conscience et l’égalité des citoyens devant la loi, quelle que soit leur religion ou absence de religion, la conception moderne de ce qui est devenu au fil du temps la quatrième devise de la République consiste de plus en plus à vouloir créer un espace public sans religion. Les croyants vont-ils devoir à nouveau creuser des catacombes? Lire la suite

64 Commentaires

Classé dans Religion, Société

Le beurre, et l’argent du beurre

inventaires

La querelle des Inventaires entraîna des émeutes.

L’histoire de cette chapelle du XVIIe siècle, mise en vente sur e-bay par le maire de Massat, dans l’Ariège, est emblématique de cette lecture agressive et restrictive de la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Après avoir exproprié l’Eglise catholique de ses biens, on voudrait désormais la chasser de ceux dont on lui a accordé – quelle générosité! – la jouissance? Lire la suite

47 Commentaires

Classé dans Religion

Laïcité positive?

Nicolas Sarkozy vient de réitérer, de concert avec le pape Benoît XVI actuellement en voyage pastoral en France, son souhait de voir émerger une laïcité positive.

« Dans son discours au pape, Nicolas Sarkozy a réaffirmé lui aussi le concept de « laïcité positive », qu’il avait abordé lors de son discours du Latran. Pour le président français, il est « légitime pour la démocratie et respectueux de la laïcité de dialoguer avec les religions (…). Ce serait une folie de nous en priver, tout simplement une faute contre la culture et contre la pensée ».

Nicolas Sarkozy a défini la « laïcité positive » comme offrant « à nos consciences la possibilité d’échanger, par delà les croyances et les rites, sur le sens que nous voulons donner à nos existences ». En particulier en matière de moralisation du capitalisme financier, de bioéthique et face aux progrès de la science. « La quête de spiritualité n’est pas un danger pour la démocratie, pas un danger pour la laïcité », a-t-il martelé. »

On a le sentiment, en observant ces deux conceptions que le concept de laïcité positive suppose, plus qu’un changement de législation, une révolution des esprits. Pour qu’on cesse de considérer les religions avec méfiance, alors que comme Benoît XVI l’a rappelé dans l’avion qui l’emmenait en France, « la foi n’est pas politique et la politique n’est pas une religion » : Ce sont « deux sphères qui doivent être ouvertes l’une pour l’autre (…). Il est évident que la laïcité n’est pas en contradiction avec la foi. »

C’est une attitude, un état d’esprit, une façon ouverte et détendue de voir la vie. Respecter les croyances et accepter le rôle social des religions, c’est aussi valider le principe de la liberté de penser de chaque homme/femme. Une application de cette tolérance chère à notre beau pays. Les religions n’apportent-elles rien? Et le catholicisme n’a-t-il pas apporté beaucoup dans l’histoire de la France et du monde?

La laïcité positive, au fond, c’est tout le contraire de cet anticléricalisme protestant ou typiquement de gauche. Sans parler de Jean-Luc Mélenchon et de son traditionnel coup de gueule à contre-courant. Ni de la mauvais foi délirante de Henri Tincq, dans Le Monde. Hashtable fait un bon résumé de l’attitude des médias dans cette affaire.

Dans le texte de cette pétition, par exemple, on prône un refus de la laïcité positive, une vigilance de tous les instants, et on définit ainsi la laïcité espérée : « une laïcité qui distingue bien la sphère de la puissance publique de la société civile et de la sphère privée. Cette séparation tient sagement à distance le politique du religieux, dans l’intérêt des deux. »

Une définition proche de celle qui a été proposée par le pape… Sauf que le texte précise tout de même sa pensée profonde vis à vis du Vatican : « Un Etat théocrate et patriarcal », qui « use essentiellement de son siège d’observateur permanent à l’ONU pour faire reculer tout programme en faveur de la planification familiale, des droits des femmes, de la lutte contre le sida, ou des minorités sexuelles. Souvent aux côtés des pires dictatures de l’Organisation de la Conférence islamique. »

Et puis : « Benoît XVI est un pape ultraconservateur et liberticide. Sa vision du catholicisme, promue à travers des mouvements comme l’Opus Dei ou la Légion du Christ, est dogmatique, étroite, antiféministe, inégalitaire, hostile à un véritable œcuménisme et à l’esprit moderniste de Vatican II »

On veut séparer les sphères, mais tout en désignant l’une d’entre elles comme étant intégriste. Curieuse manière d’envisager le dialogue. Au fond, avec tous ces contre-exemples, on comprend mieux ce que ne doit pas être la laïcité dans notre pays, non?

Lire aussi le point de vue de Sebastien de CaRéagit!

2 Commentaires

Classé dans Institutions

Laïcité ou anticléricalisme?

A lire le dossier consacré aujourd’hui par Libération à la défense de la laïcité, on se demande où sont les vieux, les conservateurs, les inquiets. Je n’ai pas dit les intégristes, même si j’ai failli. Ou plutôt si, on le sait puisqu’ils y sont énumérés. Pardi! Ils sont à la CGT, au Grand Orient de France, à la Libre Pensée, à la FSU, à la Ligue des droits de l’homme, tous signataires « institutionnels » de ce fameux « appel laïque » qui a recueilli pas moins de 100 000 signatures depuis les discours de Sarkozy au Latran puis à Riyad. Franchement, qui aurait pensé que la Libre Pensée, adepte de la pendaison systématique de tous les croyants, allait réagir autrement aux propositions de Nicolas Sarkozy? Libé soutient l’appel, Laurent Joffrin, pas tellement si l’on en croit son édito mou et peu convaincu. Au fond, Sarkozy a réveillé les vieux réactionnaires endormis!

Plus ça va, plus je pense qu’il y a du fantasme anticlérical dans tout cela. Car laïque, d’après la définition – à mon avis bonne – donné par Wikipédia, désigne « un partisan ou un militant de la laïcité, c’est-à-dire de l’indépendance de la société civile à l’égard des institutions religieuses, et du domaine religieux de façon générale ». Mais dites-moi, Sarkozy a-t-il appelé à confondre sphère politique et sphère religieuse? A-t-il décidé de mettre en avant ses convictions (imaginer que notre président a des convictions religieuses est d’ailleurs ubuesque) lorsqu’il décide en tant que chef d’Etat?

La réponse est non. Les pétitionnaires n’entendent que ce qu’ils veulent entendre. Ils oublient par exemple ceci, que le président a déclaré avec force à Riyad : « en tant que chef d’un Etat qui repose sur le principe de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, je n’ai pas à exprimer ma préférence pour une croyance plutôt que pour une autre. Je dois les respecter toutes, je dois garantir que chacun puisse librement croire ou ne pas croire, que chacun puisse pratiquer son culte dans la dignité. Je respecte ceux qui croient au Ciel autant que ceux qui n’y croient pas. J’ai le devoir de faire en sorte que chacun, qu’il soit juif, catholique, protestant, musulman, athée, franc-maçon ou rationaliste, se sente heureux de vivre en France, se sente libre, se sente respecté dans ses convictions, dans ses valeurs, dans ses origines. «  Alors, en danger, la laïcité?

Pas vraiment. Au demeurant, nos amis « laïques » tiquent essentiellement sur cette prétendue supériorité que Sarkozy aurait donnée au curé sur l’instituteur. Ce qui relève du révisionnisme coupable. Le président a constaté la réalité, à savoir que jamais, au grand jamais l’instituteur ne pourra remplacer le curé dans la définition du bien et du mal. Pourquoi? Tout simplement parce que ce n’est pas son rôle! L’Etat est la pour instruire, pas pour éduquer. Le bien et le mal, ce n’est pas son job. Il existe sans doute une morale laïque, une morale athée, mais ce n’est pas à l’instituteur de la définir : sinon, ce serait justement là une atteinte à la laïcité.

Deuxième chose qui chagrine nos bien-pensants : le fait que Sarkozy ait déclaré que le pays avait besoin de croyants. Alors qu’il n’a pas dit ça! Seulement que la France avait besoin de croyants pleinement croyants! Que les idéologies, contrairement aux religions ne permettent pas de « trouver un sens à l’existence » et ne « répondent pas aux questions fondamentales de l’être humain sur le sens de la vie et sur le mystère de la mort ». Où est le faux là dedans? Que sont ces phrases, à part des évidences, formulées à un président à des chrétiens? La pensée de Sarkozy, c’est qu’il n’y a pas de contradiction entre vouloir un Etat neutre et impartial et considérer le fait spirituel avec bienveillance, en se disant qu’à la limite, on a tout à gagner à avoir beaucoup de citoyens qui professent l’amour des autres. J’ai bien dit qui professent. Ce qui ne veut pas dire que les athées, par exemple, sont contre l’amour. Les athées ne sont pas exclus. Au fond, c’est ça qui chagrine l’appel laïque, c’est cette bienveillance? L’indifférence est-elle une meilleure solution?

Il y a un truc de bien, dans le dossier de Libé, c’est l’analyse selon laquelle le retour du religieux suscite un retour de l’antichristianisme. «Je sens monter dans la société des bouffées d’antichristianisme beaucoup plus fortes qu’il y a quelques années et je vois naître vis-à-vis de la religion un phénomène de curiosité bienveillante tout à fait nouveau. Les deux phénomènes coexistent. De ce point de vue, la situation française est très originale», y analyse Jean-Pierre Denis, directeur de rédaction de l’hebdomadaire chrétien La Vie. Cela paraît sensé.

Ce qui me gêne, c’est que bon nombre de gens avec qui on discute de ces questions ne sont pas crédibles car dans le fond, on voit bien qu’ils considèrent la religion avec méfiance. Comme un vague truc qui sclérose la pensée. Comme un instrument de manipulation des masses. Pour ceux-là, au fond, la laïcité est une bonne excuse pour lutter contre la religion. Dès qu’il est plus ou moins question de Dieu, cela bute sur le mur qu’ils ont installé dans leur cerveau. Alors si Dieu arrive dans le débat public, ça chauffe!

Quant à cette histoire de félicitations envoyées par la présidence à quatre diacres du Bon Pasteur nouvellement ordonnés, cela frise le ridicule. Dans le papier de Libé, Jacky Durand (que je croyais coureur cycliste) ne sait même pas faire la différence entre traditionnalistes et intégristes. Franchement, quand on ne comprend rien à rien, pourquoi on ne se tait pas?

EDIT : Authueil relève que tout le débat provient d’un hiatus sur la définition du mot laïcité. J’adhère à celle qu’il propose : la laïcité, c’est « la neutralité de l’espace public qui ne doit prendre parti pour personne, qui ne doit donner à aucune religion, ni à aucune idéologie la possibilité d’imposer à la collectivité ses propres schémas de pensée. Chacun doit pouvoir croire ce qu’il veut, ou ne pas croire, sans que cela ait la moindre conséquence, ni positive, ni négative. »

Poster un commentaire

Classé dans Société

Le fondamentalisme n’est pas toujours là où on croit

Je rigole, je rigole. Pendant que certains trouvent absolument scandaleux que Nicolas Sarkozy parle de Dieu, que ce soit au Latran ou à Riyad, d’autres veulent ériger des statues de Lénine dans l’indifférence générale

Pendant que certains nous bassinent avec le caractère prétendument conservateur de Benoît XVI, qu’on ne cesse de tenter d’opposer à Jean-Paul II, d’autres ferment au nez du pape les portes de la Sorbonne romaine. Il y a de quoi, vraiment, s’interroger sur le fondamentalisme anticlérical.

Le pape a ainsi pris la décision, hier, d’annuler une visite qui n’aurait probablement pas pu se dérouler dans la sérénité. 67 professeurs (seulement) avaient ainsi écrit au recteur (qui avait invité le pape) pour lui demander de décommander la cérémonie. Et des étudiants avaient promis de venir troubler le discours.

Et le discours, justement, de quoi parlait-il? Les opposants s’en moquent. Ils parlent d’ingérences du pape dans la vie politique italienne. Ils évoquent Galilée, expliquent que Benoît XVI a estimé que son procès avait été « raisonnable et juste » lors d’une précédente visite à la Sapienza en tant que cardinal, en 1990. Zénit rapporte que cette polémique est justement fondée sur une interprétation erronée du discours de 1990, dans lequel Ratzinger avait défendu l’astronome et physicien… Il est tellement facile de déformer.

Où est la tolérance, où est l’intolérance, désormais? Comment peut-on prôner la liberté et la refuser aux autres? On peut très clairement faire le rapprochement entre cet épisode et la provocation honteuse de Frêche. Parce que Lénine comme Robespierre, influencés là-dessus par ce brave Jean-Jacques Rousseaux clamaient le tristement célèbre : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ».

Au fond, les anticléricaux, comme leurs amis laïcistes (je souligne le « iste »), que veulent-ils? Clouer le bec aux religions parce qu’elles les gênent. Renvoyer les questions religieuses à la sphère privée. Cloîtrer le pape au Vatican, pour qu’il ne s’adresse pas au monde.

Face à cette intolérance, face à cet autisme, les positions de Nicolas Sarkozy tranchent. Son interprétation d’une laïcité positive fait des remous, justement parce qu’on parle toujours des religions comme des menaces pour la Raison. Il serait grand temps de grandir et de sortir de cet anticléricalisme ridicule et archaïque qui tente de nous faire croire que les religions sont obscurantistes.

EDIT : la condamnation de cet incident par la presse italienne est unanime. Y compris celle de gauche. Il est intéressant d’en relever ceci, chipé sur le site de La Croix :

Avec l’annulation de la visite du pape, « c’est une caricature de la laïcité qui a gagné, une laïcité radicalisante, toujours prête à être anticléricale, qui veut uniquement écouter ses propres raisons », écrit le Corriere, quotidien au plus grand tirage en Italie, parlant de « défaite pour le pays ».


Il est bon d’en tirer des leçons quant à notre propre vision de la laïcité. Cet épisode a d’ailleurs fait plus de publicité au Vatican qu’autre chose : à lire, le discours que Benoît XVI devait prononcer (il a été lu et applaudi à la Sapienza, en son absence), et qui contient des extraits savoureux sur ce plan là. Ils montrent que définitivement, un tel esprit ne peut être exclu du champ public.

« Ici, cependant, émerge immédiatement l’objection selon laquelle le pape, en fait, ne parlerait pas vraiment sur la base de la raison éthique mais tirerait ses jugements de la foi et ne pourrait donc leur donner une valeur pour ceux qui ne partagent pas cette foi. Nous devrons encore revenir sur ce débat, parce qu’il pose la question absolument fondamentale : qu’est-ce que la raison ? Comment une affirmation – surtout s’il s’agit d’une norme morale – peut-elle se démontrer rationnelle ? Pour l’instant, je voudrais seulement relever brièvement que John Rawls (…) voit un critère de cette rationalité entre autres dans le fait que de telles doctrines sont issues d’une tradition responsable et motivée, au sein de laquelle ont été développées de très longue date des argumentations suffisamment bonnes pour soutenir la doctrine en question. Dans cette affirmation, ce qui me semble important est la reconnaissance que l’expérience et la démonstration à travers les générations, le fonds historique de la sagesse humaine, sont aussi un signe de rationalité et de signification pérenne. Face à une raison anhistorique qui cherche à s’auto-construire seulement dans une rationalité anhistorique, la sagesse de l’humanité comme telle – la sagesse des grandes traditions religieuses – doit être reconnue comme une réalité que l’on ne peut pas impunément jeter dans la poubelle de l’histoire des idées.(…)

C’est toute la question de la recherche d’une justice normative qui puisse conduire à un ordre de liberté, de dignité humaine et des droits de l’homme. C’est la question dont s’occupent aujourd’hui les processus démocratiques de formation de l’opinion, et qui préoccupe en même temps comme questionnement pour l’avenir de l’humanité. Jürgen Habermas exprime un vaste consensus de la pensée actuelle lorsqu’il dit que la légitimité d’une charte constitutionnelle, qui est le présupposé de la légalité, provient de deux sources : de la participation égale de tous les citoyens, et aussi d’une “forme raisonnable” dans laquelle sont résolues les contradictions politiques.

Jurgen Habermas note que celle-ci ne peut pas seulement être le résultat d’une majorité arithmétique, mais doit se caractériser comme « un processus d’argumentation sensible à la vérité ». C’est bien dit, mais c’est très difficile à transformer en pratique politique. Les représentants de ce « processus d’argumentation » public sont, nous le savons bien, avant tout les partis, comme responsables de la formation de la volonté politique. Donc, ils auront immanquablement comme objectif de parvenir à la majorité, et s’occuperont inévitablement des intérêts qu’ils ont promis de satisfaire. Cependant, ces intérêts sont souvent des intérêts particuliers et ne sont pas vraiment pas au service de tous. (…)

 

La sensibilité pour la vérité sera toujours écrasée par la sensibilité aux intérêts particuliers. Je trouve significatif que Habermas parle de la sensibilité pour la vérité comme d’un élément nécessaire dans le processus d’argumentation politique, réinsérant ainsi le concept de vérité dans le débat philosophique et dans le débat politique.

 

Mais vient alors, inévitable, la question de Pilate : Qu’est ce que la vérité ? Et comment la reconnaître ?(…) Qu’est-ce qui est raisonnable ? Dans chaque cas, on s’aperçoit de manière évidente que, dans la recherche du droit de la liberté, de la vérité de la juste vie en commun, il faut écouter des instances autres que les partis et les groupes d’intérêts, sans du tout vouloir minimiser leur importance. (…)

Le péril dans le monde occidental – pour ne parler que de celui-ci – est aujourd’hui que l’homme, considérant la grandeur de son savoir et de son pouvoir, laisse tomber la question de la vérité. Et cela signifie, dans le même temps, que la raison se plie, pour finir, aux pressions des intérêts et à l’attraction de l’utilité, contrainte de la reconnaître comme le critère ultime. (…) La raison perd le courage pour la vérité et ne grandit plus, devenant ainsi plus petite. Appliqué à notre culture européenne, cela signifie ceci : si elle ne veut s’autoconstruire que sur la base du cercle de ses propres argumentations, et sur ce qui la convainc sur le moment, si préoccupée de sa laïcité, elle se coupe des racines qui la font vivre. Non seulement elle ne gagne pas en rationalité et en pureté, mais elle se décompose et se brise. (…)

Le pape « ne doit sûrement pas chercher à imposer aux autres la foi sur un mode autoritaire, elle qui ne peut être seulement donnée en liberté », mais « il est de sa mission de maintenir éveillée la sensibilité pour la vérité, d’inviter toujours à la raison à semettre à la recherche du vrai, du bien, de Dieu. »

Poster un commentaire

Classé dans Religion

Lettre ouverte aux négationnistes des racines chrétiennes de la France

A la veille de Noël, il faut revenir au discours du Latran. Reparler des propos tenus au Vatican par Nicolas Sarkozy. Évoquer à nouveau de façon complète mais non exhaustive ces « racines chrétiennes » de la France qu’il a reconnues et exaltées. Quel est le but recherché? La déclaration était-elle sincère? Ces questions sont importantes, mais subsidiaires du fond. Peut-être le président, une nouvelle fois, s’est-il voulu provocateur, à contre-courant, briseur de tabous. Une nouvelle fois, il a plus à perdre qu’à y gagner.

 

On en a vu s’indigner, comme un seul homme. Surtout à gauche. Les vieux réflexes. Réactions très prévisibles des laïcistes, qui sont à la laïcité ce que les djihadistes sont à l’islam ou les intégristes à la chrétienté. Des héritiers des anticléricaux du temps du petit père Combes. Des excessifs. Des gens bornés, pour qui la religion est un ennemi à abattre coûte que coûte, un interlocuteur à exclure à tout prix du champ public. Un mal qu’il faut extirper de la société! Les malheureux. Alors même qu’une conviction personnelle ne peut se contenter d’animer la sphère privée. Que la foi n’est pas qu’une question de cœur, mais également une envie à partager dans le respect de l’autre. Il n’y a qu’en France où on est ainsi méfiant des religions, qu’on considère implicitement comme des empêcheurs de jouir en rond, comme des entraves à la liberté de l’homme (un comble!). Une nouvelle preuve, s’il en fallait, de l’imprégnation des préceptes marxistes dans notre société.

 

Pour en parler, il faut revenir au fond du discours, que je vous invite à lire en entier ici pour en juger. Lorsqu’on en lit certains, on s’étonne de cette furie, de cet emportement tapageur et ridicule. Qu’a dit Sarkozy? Il n’a fait que constater, certes avec courage, des évidences. Morceaux choisis.

 

Ça commence par un constat. Oui, la France a des racines chrétiennes. C’est un fait, et le reconnaître est une simple déclaration. Le nier est vain.

 

« J’assume pleinement le passé de la France et ce lien si particulier qui a si longtemps uni notre Nation à l’Église. (…) C’est par le baptême de Clovis que la France est devenue la fille aînée de l’Église. Les faits sont là. (…) La foi chrétienne a pénétré en profondeur la société française, sa culture, ses paysages, sa façon de vivre, son architecture, sa littérature. (…) Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes. Et La France a apporté au rayonnement du christianisme une contribution exceptionnelle, contribution morale (…), contribution littéraire, artistique (…), contribution intellectuelle… »

 

Comment peut-on le contester? Tout ou presque, dans notre culture, provient du christianisme. Notre pays a été forgé par l’influence des valeurs chrétiennes. Mêlées à d’autres, bien sûr. Sinon l’Europe entière serait construite sur le même système. Mais des valeurs essentiellement chrétiennes. Notre droit s’en ressent. Même le juge d’instruction est le descendant en ligne directe du « juge inquisiteur ». Tout cela, il faut être d’une mauvaise foi totale pour le nier. On se croirait parfois dans 1984, dans cette société où l’on gomme de l’histoire ce qui ne nous plaît pas. Que certains veulent d’une société sans Christ, c’est une chose. Qu’ils contestent le fait que notre pays ait souhaité pendant des siècles le contraire, c’est une hérésie, sans jeu de mots. La France a été à la pointe de la Chrétienté jusqu’à la Révolution française. Point barre.

 

Et de définir la laïcité à la française :

 

« Tout autant que le baptême de Clovis, la laïcité est également un fait incontournable dans notre pays. Je sais les souffrances que sa mise en œuvre a provoquées en France chez les catholiques, chez les prêtres, dans leurs congrégations, avant comme après 1905. je sais que l’interprétation de la loi de 1905 comme un texte de liberté, de tolérance, de neutralité est en partie une reconstruction rétroactive du passé. (…) Le régime français de la laïcité est aujourd’hui la liberté de croire ou de ne pas croire, la liberté de pratiquer une religion et la liberté d’en changer, la liberté de ne pas être heurté dans sa conscience par des pratiques ostentatoires, la liberté pour les parents de faire donner à leurs enfants une éducation conforme à leurs convictions, la liberté de ne pas être discriminé par l’administration en fonction de sa croyance. »

 

Là-dessus, on peut même ajouter que la véritable laïcité a été fondée par Jésus-Christ lui-même, quand celui a déclaré qu’il fallait « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Avant l’avènement du christianisme, j’aimerais bien qu’on me cite une société dans laquelle il existait une séparation du spirituel et du temporel. or en France, cette distinction a très tôt été appliquée par les Rois de France, qui ont tout fait pour respecter les papes tout en leur expliquant qu’ils étaient les patrons pour les questions temporelles. Qui ont tout fait pour défendre le catholicisme sans haine des autres religions. Il suffit de se rappeler l’épisode des conflits violents entre catholiques et protestants, au XVIe siècle, qu’on appelle « guerres de religion » : les rois, de Henri II à Henri IV, ont la plupart du temps essayé de se placer entre les deux camps, dans celui des « politiques ». Bref, la laïcité « à la française » ne date pas de 1905. En 1905, c’est un texte anticlérical qu’on a voté, nuance.

 

Et Nicolas Sarkozy de critiquer le penchant bien français à vouloir ignorer et se construire en opposition au passé :

 

« Pour autant la laïcité ne saurait être la négation du passé. La laïcité n’a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire, elle n’aurait pas dû. Comme Benoît XVI, je considère qu’une nation qui ignore l’héritage éthique, spirituel, religieux de son histoire, commet un crime contre sa culture, contre ce mélange d’histoire, de patrimoine, d’art et de traditions populaires, qui imprègne si profondément notre manière de vivre et de penser. Arracher la racine, c’est perdre la signification, c’est affaiblir le ciment de l’identité nationale, c’est dessécher davantage encore les rapports sociaux qui ont tant besoin de symboles de mémoire. »

 

Et d’appeler la France à s’apaiser sur ce terrain là, et aux chrétiens d’assumer leur identité. De constater que l’espérance peut beaucoup, contrairement aux idéologies, qui ne permettent pas de « trouver un sens à l’existence » et ne « répondent pas aux questions fondamentales de l’être humain sur le sens de la vie et sur le mystère de la mort ». Et, de manière quasiment schizophrénique, pour un président qui semble sans cesse fasciné par la réussite matérielle, de rappeler cette évidence : « les facilités matérielles de plus en plus grandes qui sont celles des pays développés, la frénésie de consommation, l’accumulation de biens, soulignent chaque jour davantage l’aspiration profonde des homes et des femmes à une dimension qui les dépasse, car moins que jamais elles ne la comblent ». Bref, de louer le fait spirituel…

 

Ce qui énerve au plus haut point la gauche (si elle essaie de s’adapter au monde économique, elle reste largement archaïque sur ces questions) c’est la suite. Que Sarkozy ait osé dire que « un homme qui croit, c’est un homme qui espère, et l’intérêt de la République est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent ».

 

Pour une fois, et parce qu’il convient d’être honnête, il faut dire bravo à Nicolas Sarkozy, et à l’excellente plume qui a écrit ce discours très profond, dont la substance rappelle son ouvrage sur la République, les religions et l’espérance. Dans l’esprit du président, « la désaffection progressive des églises rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie des prêtres, n’ont pas rendu les Français plus heureux, c’est une évidence ». D’où cette idée : il n’y a pas de contradiction entre vouloir un Etat neutre et impartial, et considérer le fait spirituel et le fait religieux, avec bienveillance. Se dire qu’on a tout à gagner à avoir un maximum de citoyens qui professent l’amour des autres. Se dire que « la morale laïque risque toujours de s’épuiser quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini ». Bref, pas de blasphème à appeler de ses vœux l’avènement d’une « laïcité positive », qui considère « que les religions ne sont pas un danger, mais plutôt un atout »

 

Au lieu de cela, nos négationnistes des racines chrétiennes de la France s’épouvantent, crient au sacrilège, au scandale. Ils tempêtent, ils grommellent. Ils ne se rendent pas compte que cette idée de laïcité positive n’est pas ce qu’ils croient, c’est-à-dire pas un recul, ni une concession faite aux religions, mais plutôt une façon de se servir des religions pour le bien de l’homme. Ils ne se rendent pas compte que pendant que les religions reculaient, d’autres idoles les remplaçaient. Le culte de l’argent, les sectes, les voyants et autres escrocs de tous poils, les jeux de hasard, la vénération des dieux du sport. Pas sûr que la société y ait gagné. Ce serait même sans doute plutôt l’inverse. Mais peu importe, pour les laïcistes, qui sont généralement les mêmes que les anticléricaux : maintenant, l’homme est « libre », et c’est tout ce qui compte!

1 commentaire

Classé dans Institutions