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Le "Tombeau de Jésus" : l’exploitation du filon commercial de "Da Vinci Code" continue

Mardi soir sur TF1, vous aurez droite à la dernière lubie de James Cameron, le sémillant auteur du navet intersidéral "Titanic", qui avait passionné des téléspectateurs avides de candeur et de sirupeux. Sa trouvaille pour faire parler de lui? Une imposture archéologique nommée "Le tombeau de Jésus".

Vous en avez peut-être déjà entendu parler : un documentaire tourné en Palestine devait révolutionner les croyances sur le Christ. Baptisée "Le Tombeau de Jésus", cette "oeuvre" a été réalisée par cinéaste israélo-canadien Simcha Jacobovici et financée et produite par l’américain James Cameron. La thèse qui est développée est iconoclaste, mais surtout, ridicule car non étayée. En revanche, elle fera parler d’elle et rendra riche ses auteurs : TF1 a racheté les droits et le documentaire sera diffusé mardi soir sur la "une" en seconde partie de soirée.

La thèse? Jésus-Christ, qu’on se défend évidemment d’attaquer dans ce film, n’a pas été enterré dans le caveau légué, selon les Evangiles, par le riche Joseph d’Arimatie, par ailleurs membre du Sanédrin qui a condamné le Christ à la crucifixion. Le Saint-Sépulcre où se rendent chaque année des dizaines de milliers de pélerins serait, en réalité une imposture. Selon nos apprentis archéologues, le vrai tombeau se trouverait à Talpiot un quartier de Jérusalem-sud. Plus étonnant, ils affirment que Jésus y a été enterré avec sa mère Marie, sa femme Marie-Madeleine et leur fils Judas.

Bien sûr, nos révolutionnaires ont des preuves. Le caveau avait été découvert en 1980, avec dix ossuaires à l’intérieur : sur l’un d’eux, est écrit en langue araméenne "Jésus, fils de Joseph". Les archéologues ne trouvant pas de preuve crédible attestant d’un lien entre ces tombes et Jésus, les ossuaires sont envoyés au  Musée Rockefeller de Jérusalem, où ils étaient tombés dans l’oubli jusqu’à ce que Simcha Jacobovici décide de se saisir de la question. En sortant coup sur coup un livre et un documentaire sur la question.

"Ils sont donc maris et femme"

Avec une escouade d’historiens, d’experts en ADN, de linguistes et d’archéologues, l’homme retourne à Talpiot, retrouve l’entrée du caveau, où des fouilles sont lancées. Il y découvre trois nouvelles inscriptions : "Maria", qu’il associe à Marie, mère du Christ, "Mariam", qui évoquerait Marie-Madeleine, et "Judas, fils de Jésus".

Simcha s’appuie alors sur des statisticiens pour affirmer qu’il y a une très faible probabilité de trouver tous ces noms dans un même caveau familial (600 contre 1, selon Andrey Feuerverger, professeur de mathématiques à l’Université de Toronto). L’analyse ADN aurait par ailleurs démontré que le "Jésus" et la "Marie-Madeleine" ne sont pas du même sang. "Ils sont donc maris et femmes", conclut Simcha. Si on a le malheur de me trouver mort aux côtés de ma voisine, vu que nous n’avons pas la même ADN, on va en déduire que j’entretenais avec elle des rapports allant bien plus loin que le simple échange de tire-bouchon. Flûte.

Cameron explique "qu’en tant que documentariste", il ne doit "pas avoir peur de rechercher la vérité". Et Simcha Jacobovici assure que ce qu’il dit "ne va pas à l’encontre de la foi catholique". Mais la connaît-il seulement? La foi catholique ne postule-t-elle pas que Jésus n’est pas le fils de Joseph mais de Marie, considérée comme vierge? Parle-t-elle de liens particuliers avec Marie-Madeleine? N’affirme-t-elle pas que contrairement à ce que peuvent en dire certains, Jésus n’a pas eu de frères et soeurs? Et a fortiori, pas d’enfant? Par ailleurs, sa thèse, même si elle était la bonne, anéantit la croyance des chrétiens dans la Résurrection et de l’Ascension de Jésus.

Mais pourquoi pas, après tout? Le documentaire sur TF1 sera suivi d’un débat entre Simcha Jacobovici et le très médiatique Mgr Di Falco. Il faut le souligner : au moins, le contradictoire est respecté et l’Eglise pourra apporter ses arguments, là où bien souvent, on l’attaque sans lui laisser au moins le droit de se défendre (ce qui semble le minimum).

En revanche, citera-t-on les archéologues israéliens et la communauté chrétienne de Jérusalem, qui ont affirmé leurs réticences, leurs doutes, leur scepticisme face à cette thèse icoloclaste? Que nenni. Aux yeux des téléspectateurs, Jacobovici représentera la science et Mgr Di Falco la religion…

"Ils ne sont pas archéologues"

Cité à l’époque de la sortie du film par le Figaro, le père Pierre Madros dit n’avoir « aucun problème pour se soumettre aux résultats de la science et de l’archéologie » en tant que catholique. « Mais les réalisateurs du documentaire n’avancent aucune preuve scientifique, ils ne sont pas archéologues », dénonce-t-il.

Son argumentaire est assez simple. Selon lui, Jésus, Marie et Joseph étaient les noms les plus courants dans la région au Ier siècle. Par ailleurs, la famille de Jésus, modeste, n’aurait jamais pu acquérir un tel caveau. Enfin, l’ADN prouve seulement que tous les corps appartiennent à la même famille, sauf un. Rien de plus. Tout le reste n’est que supposition, sensationnalisme. Un peu à la manière de Da Vinci Code, en définitive, mais le talent en moins semble-t-il.

L’éminent archéologue israélien Amos Kloner, qui a été le premier à examiner les ossements de Talpiot, parle de son côté d’un thèse "ridicule" à visée commerciale, toujours cité par le Figaro : « Je suis un universitaire, je travaille de façon scientifique, ce qui n’a rien à voir avec le travail d’un cinéaste », dit-il en insistant sur les différences de méthode entre son métier et celles des réalisateurs du documentaire : il explique par exemple que sur les 900 tombeaux d’époque mis à jour autour de Jérusalem, 71 comprennent une mention du nom Jésus. « Il est impossible de prendre un épisode religieux et de le transformer en quelque chose de scientifique. Ou alors il faut faire des tests ADN et vérifier que l’ADN des ossements appartenant prétendument au fils de Dieu est le même que celui de Dieu ! », plaisante-t-il.

Selon le père Madros, au final, la menace de ce genre de film est "l’insinuation du doute dans les esprits". Les gens n’y croiront pas forcément, mais la thèse restera ancrée dans leurs esprits même si elle ne s’appuie sur rien de tangible. Un de ses confrères, archéologue à l’école biblique de Jérusalem, ne dit pas autre chose : « Derrière tout cela ressurgit la vieille idée que le christianisme est une entreprise filou issue du judaïsme, lance-t-il. La Bible n’est pas un livre d’histoire, vérifiable par l’archéologie. On essaie de réduire le christianisme à un événement historique banal, qui aurait pris une ampleur surprenante. »

Enfin, il n’est peut-être pas inutile de préciser qu’en consultant brièvement la biographie de Jacobovici, on y découvre qu’il a déjà commis deux oeuvres controversées et critiquées par de nombreux archéologues et scientifiques, l’une sur l’Exode des Juifs après leur fuite d’Egypte, l’autre sur le fait que Jésus avait un frère. A chaque fois, les critiques ont dénoncé l’absence de toute preuve à l’appui des thèses de Jacobovici, l’accusant même d’être un disciple du sulfureux Immanuel Velikovsky, un psychiatre russe prétendant que tous les événements extrardinaires, et notamment ceux contenus dans la Bible, ont une explication cosmique…

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