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Obama le gentil, McCain le méchant

« Pour ma part, je serais américain, je voterais McCain ! Rien que pour faire chier ! »

Le propos est d’Autheuil. Je trouve la phrase excellente, provocatrice à souhait, et je pense que j’agirais de même si j’avais ma carte d’électeur américain. Il y en a un peu assez de cet unanimisme béat et de cette béatification permanente de Barack Obama, qui a entendre certains, est quasiment déjà thaumaturge.

Il y a un certain manichéisme à voir en Mc Cain le mal absolu, alors qu’il n’est pas la copie conforme de Bush, qui laisse un bilan catastrophique. Et surtout, il est très désagréable de voir de quelle façon les médias couvrent cette campagne, comme je l’avais déjà dit en janvier : on confond désir et réalité. Et on érige un des candidats en « gentil », et l’autre en « méchant ». C’est très Français! Et excessivement pratique : le méchant, c’est Bush. Bush est républicain, donc le gentil, c’est le démocrate. Comme ça, on évite de réfléchir.

Hier soir, dans l’émission Mots Croisés, Roger Cohen, éditorialiste au New York Times, appelait, pour plaisanter, les journalistes européens et en particulier les Français, à venir s’installer deux mois à Kansas City plutôt que de couvrir les élections de New York ou Washington. Histoire de tâter le pouls de la société américaine et de nous faire comprendre les véritables enjeux de cette élection. Ceux-ci sont plus importants que la nullité supposée de Palin, le « les fondamentaux de l’économie américaine sont bons » de Mc Cain, ou le fait qu’Obama soit métis. Au passage, l’émission de Calvi a tranché sur cet unanimisme : on a entendu Hubert Védrine dire que selon lui, « les deux candidats sont bons »

Le plus important dans tout cela, c’est qu’on sent un certain bonheur, en France, au vu de l’évolution des sondages et de l’approche du résultat. Enfin, on tient le bon bout, on a soutenu le « camp des gentils » et celui-ci est en passe de l’emporter! On n’arrive plus à se retenir. Comme pour John Kerry en 2004, qui devait balayer Bush. Comme pour Jospin en 2002, qui devait l’emporter haut la main. Comme pour Balladur en 1995, qui devait enterrer Chirac. Comme pour Raymond Barre… bon, arrêtons-nous là, ça devient indécent!

Les nouvelles pythies ont un gros handicap, c’est qu’elles doivent « vendre » leur sujet (un noir à la Maison-blanche, c’est plus fun qu’un vétéran du Viet-nam) tout en respectant un principe de base dans leur prédiction : a priori, tout ce qui est à droite est suspect.

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11-septembre : on doit toujours être libre, y compris de dire des sornettes

Ceux qui affirment haut et fort que l’idiot du village, Jean-Marie Bigard, a été malmené pour les propos de comptoir qu’il a tenus sur les attentats du 11-Septembre doivent un peu réfléchir : non, messieurs-dames. Ce cher M. Bigard a parlé librement, il s’est planté, et il a reçu un juste châtiment, c’est-à-dire une volée de bois vert médiatique.

Il n’a pas fait l’objet d’une plainte, n’a pas été convoqué en justice (j’en connais d’autres qui sont déférés à la moindre incartade), n’a pas été arrêté, il n’y a pas eu d’émeutes devant sa maison. Il n’a pas été inscrit dans le fichier Edvige, n’a pas été placé sur écoute, n’est pas filé par la CIA.

Soyons donc clairs : on doit toujours être libre de tenir ce genre de propos, ce qui est valable pour ce cuistre de Bigard, mais ensuite, il faut assumer. Une Marion Cotillard doit pouvoir s’épancher sur ses thèses conspirationnistes et ridicules, sans que cela porte atteinte à sa carrière et sans être démolie outre-Atlantique. Mais il ne faut pas qu’elle s’étonne si ensuite, on la prend pour une cruche.

D’ailleurs, l’est-elle seulement? Est-on si coupable de se délecter devant ces films, sur Dailymotion ou You Tube, visionnés plusieurs centaines de milliers de fois, et qui nous font un bien fou, car ils contentent notre instinct parano qui nous incite à nous méfier du pouvoir et à systématiquement penser qu’il nous ment?

C’est un des dommages collatéraux du relativisme : il y a tellement de sources d’informations qu’on ne sait plus qui ou quoi croire. On voit tellement d’images que tout se brouille dans notre tête, qu’on peut croire les thèses les plus folles parce qu’elles se présentent sous les atours du documentaire scientifique et contradictoire. Surtotu quand on est au pays de l’anti-américanisme primaire

Or quand on regarde ces films, que voit-on? Des interviews de soi-disant victimes (on en saura jamais s’ils ont déjà mis les pieds à New York) ayant entendu des explosions dans les tours. Des interrogations sur la chute de la tour 7 (la troisième), sur le mode « un building de cette taille ne s’est jamais écroulée suite à un incendie, na » (et avant d’être opéré de l’appendicite, je ne l’avais jamais eue), alors même qu’une enquête vient de montrer que le feu était bien la cause de son effondrement. Des inepties sur le Pentagone : « ils ne montrent pas les images vidéos, c’est louche », ou pire, « on voit bien que c’est une trace de missile, pas d’avion », ce qui laisse songeur car la plupart de ceux qui s’expriment ainsi n’ont aucun diplôme en ballistique… Le pompon, si j’ose dire, est remporté par ceux qui assurent que certains terroristes censés être morts dans les attaques sont en fait bien vivants! Mais oui, je les ai croisés dimanche à la boulangerie, pas vous? 

Ce qui est étonnant, au fond, ce n’est même pas que ces thèses fleurissent, car c’est quasi-incontournable. Non, ce qui est surprenant, c’est la force de conviction de ceux qui la professent. Ils sont per-su-a-dés. C’est bien ça, le problème…

Quant à moi, en ce jour anniversaire de ces sinistres attentats, je continue de croire, faute d’avoir été convaincu du contraire, à la thèse officielle : ce sont bel et bien des satanés extrémistes musulmans qui ont balancé des Boeing dans ces Tours. Et toc.

Et tous les petits malins à la science infuse, qui s’étonnent ou qui tirent argument de la non-réaction des Etats-Unis, ou de leur inertie ce jour-là, se rappeleront peut-être qu’avant cette date, personne n’aurait jamais imaginé qu’une chose pareille puisse arriver…

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On paiera pour votre suicide, mais pas pour votre chimio

Petit à petit, on se rend compte que ceux qui criaient au loup, aux prémices du débat sur l’euthanasie et le suicide assisté, en alertant l’opinion sur le fait que des considérations autres que la compassion pouvaient entrer en ligne de compte (et notamment économiques), avaient bien raison de s’inquiéter. Les faits le démontrent fréquemment.

Exemple récent (après la maison de retraite néerlandaise) dans l’Etat américain de l’Oregon, où le suicide assisté est permis par la loi. Là-bas, la caisse d’assurance-maladie refuse le remboursement de la chimiothérapie aux patients atteints de cancer, dont les chances de survie pour les cinq prochaines années n’excèdent pas 5%. A la place, elle leur propose le recours au suicide assisté, et bonne âme, finance l’opération. Deux patients au moins ont reçu un courrier leur indiquant que la chimo ne serait plus remboursée, mais que le suicide, si. 

“I think it’s messed up,” 64-year-old Barbara Wagner told the Register-Guard newspaper. “To say to someone, we’ll pay for you to die, but not pay for you to live, it’s cruel.” And 53-year-old Randy Stroup received the same response when he was denied medication for his prostate cancer. « It dropped my chin to the floor, » Mr Stroup said. « [How could they] not pay for medication that would help my life, and yet offer to pay to end my life? »

On aimerait savoir ce qu’auraient pensé les partisans français du suicide assisté si le gouvernement avait persisté dans sa volonté de ne pas rembourser les affections de longue durée, et avait proposé à la place la mort pure et simple pour les malheureux patients. Jean-Luc Romero et consorts, merci d’y réfléchir.

Comme dit Le Conservateur, « les conséquences de la création d’un droit de se faire tuer par autrui, sous le prétexte d’une expertise médicale, d’une décision de justice, d’une décision gouvernementale, ou d’une « preuve de consentement » sont trop nombreuses, imprévisibles et dangereuses pour réduire ce débat difficile à un déballage d’émotions consécutives à la découverte d’un cas personnel forcément touchant pour qui est un peu humain. »

Derrière la compassion et le désir de respecter la volonté des malades, le débat sur le suicide assisté cache aussi une pression qui va aller en s’acroissant sur les malades et les personnes âgées, face à l’augmentation de l’espérance de vie, de la qualité des soins et de la pression démographique. Que répond la caisse à Barbara Wagner? « We do need to point out the options available to her under the Oregon Health Plan » (nous devons lui fournir les difftentes options possibles conformément au plan santé de l’Oregon).

Le plan santé de l’Oregon, plus important que la vie d’une personne. Il y a un certain collectivisme derrière le libéralisme, en fait. Le Serment d’Hippocrate est pourtant clair, malgré ses variantes : « Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément. »

Le problème, c’est que derrière les médecins, il y a des bureaucrates.

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Atlantisme ou réalisme?

Nulle volonté ici de commenter sur le fond l’envoi de troupes en Afghanistan, ce pays qui comme rappelle mon petit Nicolas, nous donne assez de fil à retordre côté orthographe pour qu’on se croie suffisamment qualifié pour décrypter sa situation réelle.

J’ignore donc si ce bataillon supplémentaire (entre 800 et 1 000 hommes) a un intérêt opérationnel, même si on peut l’imaginer. On ne risque pas la vie de soldats pour rien, surtout en France où on n’en a pas tant que ça et où le service militaire s’est transformé peu à peu en analyse de programme télé.

On peut en revanche s’interroger sur les accusations d’atlantisme formulées par l’opposition, qui a trouvé là un excellent moyen pour faire parler d’elle autrement que pour ses luttes intestines.

Déjà, on peut se gausser de ce que ce mot soit devenu un gros mot. L’atlantisme, c’est le crime de lèse-de Gaulle. C’est le pire mal qui soit dans notre pays fondamentalement anti américain. Pour beaucoup de gens, USA = Bush = méchant = pas bien. Cela peut aussi faire penser à « espèce d’impérialiste », qui était l’insulte favorite de nos bons amis les Soviétiques. Au fond, on se demande pourquoi les Etats-Unis devraient représenter le mal absolu à combattre par dessus tout. L’exception culturelle française, c’est bien, notre indépendance aussi, mais il y a un moment où il faut mûrir et choisir son camp. Le nôtre, n’est-ce pas l’Occident? Il y a peut-être un juste milieu entre la défiance et le suivisme béât.

Ensuite, on peut se demander si cette décision sarkozienne est ou non un geste atlantiste. Rappelons qu’en 2001, le PS était aux affaires (avant de se faire renvoyer manu militari quelques mois plus tard) lorsque nos troupes avaient été envoyées en Afghanistan. Souvenez-vous! C’était l’époque où nous étions « tous américains » après les attentats du World Trade Center. On a entendu personne, à l’époque, nous seriner qu’il était immoral de suivre les USA là-bas.

Non, car après le 11-septembre, l’émotion nous obligeait moralement. Aujourd’hui que l’émotion a disparu et que le dernier chic est même de nier en dépit de tout bon sens jusqu’à l’existence de ces attentats, on a beau jeu de vouloir refuser des renforts.

De deux choses l’une : soit on accepte l’idée de départ, et on se donne ensuite les moyens des enjeux afghans, à savoir neutraliser ces dingues de talibans, soit on se pique d’indépendance et dans ce cas on ne surfe pas sur la vague solidaire et on reste chez soi.

Tout en sachant bien sûr que derrière l’arbre afghan, se cache la forêt otan, puisqu’il n’a échappé à personne que Nicolas Sarkozy envisageait de faire revenir la France dans la structure militaire intégrée de l’organisation, quittée en 1966.

A ce titre, cette citation du président (source : rue 89) est éloquente : « J’ai d’abord voulu situer, franchement et nettement, et là est la première rupture, la France au sein de sa famille occidentale. (…) En se plaçant clairement dans sa famille occidentale, la France, et c’était mon objectif, accroît sa crédibilité, sa marge d’action, sa capacité d’influence à l’intérieur comme à l’extérieur de sa famille. D’ailleurs, comment espérer avoir de l’influence sur sa famille politique si, dans le même temps, on n’y a plus sa place ou si les membres de cette famille politique se méfient de vous? La capacité d’influence de la France sur sa famille occidentale tient à la clarté de son engagement et de ses choix. »

Cela signifie-t-il pour autant être le caniche des USA? Cela sous-entend-il un alignement  inconditionnel?

Eternel débat entre ceux qui veulent peser de l’intérieur, et ceux qui veulent rester « propres » et les mains libres, de l’extérieur, sans se compromettre. Les relations internationales ne sont-elles pas justement des échanges où l’idéalisme n’est pas de mise? Ou le pragmatisme doit présider? ou il faut éternellement composer, discuter, reculer pour mieux sauter?

Rappelons cependant à toutes fins utiles que les socialistes, qui estiment pouvoir faire cavalier seul, sont toujours ceux qui veulent diminuer le budget de la Défense, en bons pacifistes bêlants. Belle indépendance qu’ils nous promettent.
A cet égard, cette blague belge m’a toujours fait rire : « Pourquoi les Français ont-ils choisi le coq comme emblème? Parce que c’est le seul animal qui est capable de chanter les pieds dans la m… ».

Tâchons de toujours garder à l’esprit la débâcle de 1940. A vouloir être grand, fort mais seul, on se retrouve occupé par l’ennemi.

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