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Henri Guaino, je vous demande de vous arrêter!

Quelle plaie. Quelle épine dans le pied des gens raisonnables. Henri Guaino, cet imposteur, ce héraut du cynisme et de la petite phrase, qui croit en la « France éternelle » mais n’a pour seul objectif que de plomber la gauche, m’agace. Mes poils se hérissent dès que sa voix atteint mes organes auditifs. Que son nom apparaît dans les journaux. Ou que son visage – qui ressemble trop à celui d’Alain Chabat – apparaît à la télévision.

Car cet équilibriste-illusionniste n’a pas de doctrine. Il n’a pas de vision pour la France. Juste une bonne plume, du vocabulaire, des mots qui font mouche. C’était lui, la « Fracture sociale » en 1995. On sait ce qu’elle est devenue. Et en 2007, les fameux discours prononcés à Périgueux, Agen et Nîmes, c’était lui aussi. Ces phrases où Sarkozy sentait la France en profondeur, l’incarnait. La France qui souffre, le droit au logement opposable, et puis, ces évocations de Jaurès, Blum et Guy Môquet. Que du vernis.

Non content d’avoir traité BHL de « petit con » (ce qui n’est pas forcément faux mais pas très élégant), Guaino fait aujourd’hui l’erreur de s’attaquer violemment à certains enseignants : ceux qui refusent de lire la lettre de Guy Môcquet à leurs élèves, comme l’avait souhaité le Président de la République le jour même de sa prise de pouvoir.

« Je ne sais pas quelle est l’éthique de ces professeurs-là, pour qu’ils prennent en otage un moment d’émotion collective pour des raisons dont on a bien compris qu’elles n’avaient rien à voir ni avec le contenu de la lettre ni avec leur devoir de professeur ou leurs scrupules d’historiens. C’est une inquiétude purement politicienne, corporatiste, idéologique d’un certain nombre de gens qui saisissent toutes les occasions pour faire en réalité eux-mêmes leur propagande (…) Tout cela est très triste et amène à s’interroger sur ce que doivent être au fond à la fois l’éthique et les devoirs d’un professeur dont la Nation a payé les études, dont la Nation paye les salaires et auxquels la Nation confie ses enfants », a-t-il lancé au micro de RTL.

Et la volonté de Sarkozy de faire lire cette lettre, n’est-ce pas une attitude purement « politicienne et idéologique »? « Toute personne lisant cette lettre ne peut pas ne pas être émue », ajoute Guaino. Argumentation choc. Quel est le but de cette lecture? Emouvoir les lycéens pour les faire réfléchir? Les faire réfléchir à qui, à quoi? A l’engagement des résistants? A l’amour de la Patrie ou à celui du parti?

Et puis, dans la façon dont le fringant conseiller spécial de l’Elysée présente les choses, on sent un certain soviétisme. La Nation forme les profs, les paie, donc ils font ce qu’on leur dit et puis c’est tout. Et le libre arbitre? La conscience de chacun? Je n’ai pas de sympathie particulière pour les enseignants à l’origine de cette démarche. L’idéologie n’est sûrement pas étrangère à leur attitude. Et on peut s’indigner de la façon dont les profs utilisent parfois leurs convictions en cours, que ce soit en philo, en histoire ou en géographie. En résumé, les professeurs ont un devoir de neutralité qu’ils doivent scrupuleusement respecter. Il n’empêche qu’on peut très bien considérer, comme c’est mon cas, que ce jeune homme sans doute admirable est mort pour son parti et non pour la France. Et ainsi, refuser de donner un écho disproportionné à cette lettre. De se livrer à une manipulation de l’histoire. On a pu lire dans Libération le témoignage de ce prof de Maubeuge qui compte lire la lettre et faire suivre cette lecture d’un cours sur la manipulation politique. Si j’étais prof, j’aurais aimé avoir la même idée. Au fond, Guaino a raison dans l’absolu, mais son raisonnement ne peut pas s’appliquer correctement au cas d’espèce.

D’autant plus qu’il ne faut pas pousser : nous, génération qui n’avons jamais vécu la guerre, avons été abreuvés depuis notre plus jeune âge avec les films de guerre, les exploits des résistants, leurs témoignages, les musées sur le génocide juif, les rappels sur la Shoah, le débarquement de Normandie et autres mausolées pour militaires disparus au combat. La Bataille du Rail, le Pont sur la Rivière Kwaï et la Grande Vadrouille., sans oublier la Grande Evasion. La deuxième guerre mondiale est connue, archiconnue, mieux que toute autre chapître de l’histoire de France. Je défie quiconque d’en savoir autant sur les guerres napoléoniennes, les réformes de Louis XIV et même peut-être la Révolution française. Alors, est-il essentiel d’enfoncer le clou une nouvelle fois, avec ce monument d’émotion? Le programme scolaire habituel ne suffit-il pas?

Et puis, on ne voit pas bien pourquoi Guaino vient nous rabattre les oreilles avec ses sautes d’humeur : le porte-parole de l’Elysée, David Martinon, a bien précisé hier que la lecture de cette lettre n’avait pas de caractère coercitif. Il n’y aura donc pas de sanction pour les rebelles.
Comme dans l’affaire BHL, il y a ici une morale à méditer pour Henri Guaino : lorsqu’on s’exprime de façon orale, il faut réfléchir, comme lorsque l’on écrit un beau discours. En somme, il faut parfois apprendre à tourner sept fois la langue dans sa bouche avant de s’énerver. Et toc.

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Villepin : l’Empire contre-attaque

Villepin fait fort. Depuis quelques jours, on le sentait fiévreux, pressé d’en découdre, rassemblant ses atouts avant de jeter toutes ses forces dans la bataille. A la façon Napoléonienne. Désormais, il se pose en opposant direct à Sarkozy : alors, bluff ou début de contestation à droite?

L’homme profite de la promotion de son dernier ouvrage sur Napoléon, Le soleil noir de la puissance. La semaine dernière sur TF1, il a d’abord dit craindre une « erreur judiciaire » au sujet de l’affaire Cleastream, dans laquelle il est mis en examen. Difficile de se prononcer là-dessus, tant l’affaire paraît obscure. Bien sûr, tout le monde a lu (un comble!) les PV d’audition du général Rondot ou de Jean-Louis Gergorin. Dans les médias, c’est à qui violera le plus le secret de l’instruction pour doubler le voisin. Mais la prudence est de mise dans ce dossier. Car à la question « à qui profite le crime? », Sarkozy sort bien sûr gagnant. Même si au départ, il semble l’évidente victime d’un complot machiavélique destiné à le discréditer. Mais connaîtra-t-on un jour la vérité?

Sortant d’un long silence, Dominique de Villepin a sorti ses gants de boxe, critiquant dès lundi la politique étrangère du gouvernement, notamment au sujet de l’Afrique et de la relation de la France à l’égard des Etats-Unis.

Sur i-télé, hier, l’ancien premier ministre a enfoncé le clou avec une vigueur étonnante dans sa position de quasi-paria. Feu à boulets rouges sur Nicolas Sarkozy. En vrac, quelques citations amusantes :

« Ce n’est pas quand vous êtes entouré de béni-oui-oui, de cire-pompes et de courtisans que vous faites avancer un pays »

« On confond parfois le pouvoir et la gloire. Le Bourgeois gentilhomme, c’est toujours celui qui se met en scène. C’est forcément celui vers lequel les regards se tournent ».

« Je suis celui qui remplit le rôle de conscience et d’aiguillon d’une majorité qui ne doit pas s’endormir sur ses lauriers »
 
Puis Villepin rappelle aux « courtisans » que la conjoncture économique est « difficile », l’investissement « peu glorieux » et que le commerce extérieur « atteint les chiffres les plus mauvais ». Claude Guéant, lui, est brocardé pour son absence de « légitimité politique » à s’exprimer.

Bien sûr, venant d’un premier ministre qui n’a pas fait grand-chose pour la prospérité du pays, la critique peut prêter à sourire. Mais l’homme a du panache, et manie l’ironie avec talent. Il n’hésite pas à se comparer avec le Sarkozy de son gouvernement passé : « J’ai été dans un gouvernement où Nicolas Sarkozy n’a pas arrêté d’expliquer qu’il fallait animer le débat, qu’il y ait des grandes voix, des consciences capables de porter le débat et de nous permettre d’aller plus d’animer le débat. Nicolas Sarkozy avait raison ».

Très beau! Ce qui est admirable, chez Villepin, c’est son incroyable talent à décrypter ce qui fait la gloire ou la perte d’un homme d’Etat comme Napoléon. Comme il l’analyse dans son ouvrage, « Napoléon possède le génie de la conquête mais pas celui de la conservation. Le premier nécessite l’alliance de l’instinct, du courage et de la volonté. Le second, une réelle capacité d’écoute et de questionnement sans laquelle la politique s’abîme dans l’habitude et l’artifice entretenus par l’adulation intéressée des courtisans ». Ce qui est génial chez ce Galouzeau, c’est sa faculté à théoriser le pouvoir, l’Etat, l’action politique. La France. Mais cela suffit-il pour devenir soi-même l’incarnation de son rêve?

Car en attendant, l’homme est paralysé par la procédure judiciaire lancée contre lui. Comment imaginer, dès lors, un destin, un avenir politique pour ce grognard? Pourtant, ses récentes sorties ne sont probablement pas gratuites. Pense-t-il pouvoir rentrer dans le jeu? Imagine-t-il pouvoir recréer une sorte de courant chiraquien à l’UMP? Vue sa popularité au sein des parlementaires, l’idée semble peu crédible, même si elle doit furieusement trotter dans son esprit.

Mais paradoxalement, cette perspective pourrait être intéressante pour le pays, étant donnée l’inanité de l’opposition de gauche actuelle, l’absence totale et condamnable de François Bayrou et du MoDem, et le silence craintif et coupable de cette partie de la droite qui n’approuve pas totalement la politique de Sarkozy. Et pourtant, elle existe…

Non pas qu’il faille systématiquement condamner les actions du président. Mais vu le monolithisme actuel de la pensée de droite, une voix discordante ne ferait peut-être pas grand-mal. Serait-ce celle de Villepin, ou s’agit-il d’un énième coup de bluff chiraquien?

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