Archives de Tag: démocratie

Chahut à l’assemblée : lisez plutôt les blogs

Une nouvelle fois, les blogs montrent, je trouve, leur supériorité à analyser et décrypter un phénomène politique. Si vous voulez en savoir plus sur le chahut (on aurait pu dire aussi tohu-bohu, qui est un très joli mot) observé hier à l’assemblée nationale – qui examine en ce moment un projet de loi organique visant à réformer le droit d’amendement (et limiter l’obstruction) des textes de loi par les parlementaires – ne vous contentez pas de lire les médias papier ou en ligne, qui traitent très superficiellement de ce sujet, se contentant d’un récit factuel des choses, agrémenté de quelques citations de députés. On en sait beaucoup sur le comment, mais peu sur le pourquoi. Lire la suite

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Suppression du juge d’instruction : une grave atteinte à la séparation des pouvoirs

Jusqu’à hier après-midi, j’étais persuadé que Nicolas Sarkozy n’oserait pas, et j’ai attendu avant d’affûter mes armes. Impossible. L’information du Monde.fr, datant de mardi, et assurant que le président s’apprêtait à supprimer la fonction de juge d’instruction pour confier ses missions au parquet, ne pouvait pas être vraie! C’était trop caricatural!

Eh bien si. C’est d’ailleurs officiel. Le président bien-aimé de tous les Français a confirmé cette intention, hier, au cours de l’audience solennelle de rentrée de la cour de Cassation, la plus haute juridiction civile française. Son discours est ici, si vous parvenez à retenir votre agacement jusqu’au bout, tant l’hypocrisie du chef de l’Etat est patente. En est-ce fini de la séparation des pouvoirs, gage des libertés publiques selon Montesquieu? Lire la suite

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Quand vont-ils se mettre à bien voter, ces idiots d’Irlandais?

Et voilà, ça y est. Je pensais que nos dirigeants auraient la décence de s’abstenir d’une telle ineptie, d’une telle hérésie démocratique. Je pensais que c’était une blague, une incantation. Mais non : on pense bien à faire revoter les Irlandais sur le Traité de Lisbonne, qu’ils ont rejeté en juin à 53,4%. Et ce, jusqu’à temps qu’ils donnent la bonne réponse!

Je ne m’étendrais pas sur les raisons objectives qui peuvent justifier qu’on sorte du marasme dans lequel l’Union européenne se trouve. Et qu’on abandonne les règles étouffantes du traité de Nice, valables pour une Europe à 15 et non à 27. Car cela, c’est le problème de ceux qui depuis Maastricht, construisent une Europe envers et contre tout bon sens. Elargissent à gogo avant d’approfondir, et après, se plaignent que les traités ne soient plus applicables. L’Union est devenue un monstre, il faudra bien s’en apercevoir, tôt ou tard.

Après le double refus français et néerlandais, en 2005, elle était au fond du gouffre, condamnée à une existence a minima. Et il a fallu concocter un nouveau traité. On a repris le même, un brin retouché, « retoiletté » comme on dit, et en moins formel. On a fait avaler cette couleuvre aux Français, aux Néerlandais, qui n’ont pas bronché ou si peu. Chez nous, on aurait déjà pu trouver scandaleux qu’on nous fasse voter de nouveau : même pas! On a ratifié le traité par voie parlementaire. Mais puisqu’on te dit que la constitution l’autorise, coco! C’est dé-mo-cra-tique.

Face au refus Irlandais, et alors que 25 des 27 Etats (moins, donc, l’Irlande et la République Tchèque) ont ratifié ce traité, les Européens ont beau jeu de pointer du doigt les incohérences irlandaises : soit vous quittez l’Union, soit vous votez de nouveau. On a évidemment incité Brian Cowen, le premier ministre irlandais, à choisir la première seconde solution, en entourant ce nouveau dispositif référendaire de précautions en béton pour être sûr que cettes fois, ces paysans arriérés votent enfin dans le bon sens. On va abandonner le principe selon lequel il y aurait moins de commissaires européens que d’Etats (l’idée de cette réforme étant de considérer qu’un commissaire représente l’Union, et pas son Etat d’origine), alors que celui-ci est inscrit noir sur blanc dans le traité. On va également rédiger des dispositions annexes au traité où on rassurera les Irlandais sur certains thèmes qui leur sont chers, tels que le droit à la vie ou la fiscalité. Dispositions qui ne serviront à rien d’autre, bien entendu, qu’à illusionner nos amis irlandais.

Et hop! le paquet sera emballé. Brian Cowen fait encore mine de réserver sa décision, mais de fait, on s’oriente vers un vote en octobre 2009. Et pour amuser la galerie, le premier ministre irlandais feint encore de réclamer des garanties d’ici le mois de juin.

Elle est pas belle, la vie?

Pour conclure, et au-delà du scandale démocratique que représente un nouveau vote, Jean Quatremer fait bien de pointer du doigt le risque d’une telle manoeuvre et la « jurisprudence » que cela peut créer : « Les citoyens auront désormais la tentation de toujours voter non pour obtenir ce que leurs représentants n’ont pu négocier. L’Union risque donc de devenir ingouvernable: par exemple, entre le refus irlandais de toute harmonisation fiscale et sociale et la volonté française de parvenir à une telle harmonisation, on se demande sur quelle base pourra se faire un compromis, compromis qui sera toujours jugé insuffisant. Bref, le prix à payer pour un hypothétique oui irlandais risque d’être très lourd. »

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PS : quand la démocratie mène à l’anarchie

Franchement, après avoir écouté hier soir le leader du NPA, Olivier Besancenot sur « A vous de juger », on se dit que décidément, le PS a du mouron à se faire pour se présenter de nouveau comme un parti d’alternance crédible. Et pendant qu’il stagne et se déchire à l’aube du Congrès de Reims, le facteur avance, court, accélère, et le talonne.

Alors que son Congrès s’ouvre cet après-midi, en pleine tourmente idéologique et en plein questionnement stratégique, le PS est désormais placé au pied du mur et devant un choix ubuesque : trouver une majorité combattive, à partir de quatre motions arrivées quasiment toutes à égalité. Défi, ou situation inextricable?

On va dire que la question ne regarde que les militants du parti socialiste. Mais quand on voit dans quel pétrin ils sont, on ne peut pas ne pas faire le lien avec le mode de scrutin qui préside à cette élection interne. Celui-ci est absolument désastreux! Les Français l’ont d’ailleurs bien compris.

Rappelons que depuis plus de six mois, les dirigeants socialistes s’invectivent, se cherchent des poux sur la tête, jouent au poker menteur et se cherchent des différences qui n’existent bien souvent que dans leur imagination. Ils ont d’abord eu l’occasion de déposer des contributions : des milliers de textes ont été déposés, par des chefs de file mais aussi par des simples militants. Elles doivent pourrir au fond d’un placard, maintenant. Zou.

Puis est venu le temps des motions. Chaque chef écrit la sienne, et ensuite, les élus et personnalités choisissent derrière lequel ils vont se ranger, c’est-à-dire pour qui ils « misent » politiquement. On est ainsi arrivé à des choix très étranges, à savoir le ralliement des Fabiusiens ou du gros des Strauss-khaniens derrière Aubry, de Valls derrière Royal, ou de Moscovici derrière Delanoë. C’est à qui pêchera le poisson le plus gros, le plus impressionnant. Avec derrière, les habituels sondages qui matraquent l’opinion et celle des militants socialistes, et qui ne sont souvent que le reflet des opinions des élites médiatiques.

Voyant qu’elle risquait d’être défaite, Royal a rangé sa candidature au frigidaire au mois de septembre : sous-entendu « bon, on verra, pour l’instant ça fait parler de moi de dire cela, et puis cela tranche avec le discours habituel des politiques, c’est toujours bon à prendre ».

Depuis, la campagne a encore monté d’un ton, chacun taclant l’autre, jusqu’à Benoît Hamon, le jeune loup qui monte, qui a poignardé dans le dos Martine Aubry, son ancienne mentor, sous-prétexte de jouer au « plus gauchiste que moi, tu meurs ».

Résultat : Royal est arrivée de manière surprenante en tête des votes des adhérents le 4 novembre, avec 29% des voix. Ce qui n’est pas si étonnant que cela, au final, puisqu’Aubry et Delanoë, qui représentent des courants assez proches, ont obtenu 25% chacun, c’est-à-dire 50% à deux. Enfin, à l’aile gauche du parti, Benoît Hamon ferme la marche avec 19% : il ne pourra que jouer le rôle du supplétif, ce qui est déjà bien.

Avec un tel résultat, conséquence directe d’un mode de scrutin inefficace, comment s’unir? Comment fédérer? Comment synthétiser? Comment faire en sorte de ne pas paralyser le parti avec une synthèse « mou du genou » comme celle qui était sortie du Congrès du Mans? Alors que derrière, se profile un autre enjeu : l’élection présidentielle de 2012?

Je ne vois pas. Les royalistes se présentent comme des vainqueurs, alors que même en tête, ils sont ultra minoritaires. Valls et Peillon, les deux lieutenants fidèles, affirmaient ce matin que Ségolène Royal serait finalement candidate. « La détermination de Ségolène Royal est entière (…) Nous attendions parce que nous voulions que les autres appellent à la raison et se rallient à la présidente de Poitou-Charentes », a osé clamer Vincent Peillon. Se rallient? Mais au nom de quoi?

En face,  Aubry comme Delanoë ( la moitié des voix à deux, avec des projets très proches) ont chacun renvoyé Royal dans ses buts ces derniers jours : ses propositions d’accord, de fait, n’avaient pour objectif que d’obtenir leur soumission. Et alors qu’hier, un accord politique semblait se profiler entre Hamon et Aubry, les trois têtes de motion se sont rencontrées ce matin, vraisemblablement pour finaliser leur front anti-Royal.

Front que d’aucuns, à l’instar de Manuel Valls, qualifieront immédiatement de « tout sauf Ségolène ». Et pourquoi pas? Pourquoi les dirigeants du PS, écoeurés par la déroute présidentielle de la dame du Poitou , par sa manière très particulière de concevoir la politique, ne pourraient-ils pas vouloir à tout prix faire barrage à celle qu’ils jugent inapte à les représenter?

Quel que soit le résultat de ce congrès, il sera donc insatisfaisant : les rancoeurs resteront et ressortiront la prochaine fois. Ce serait risible si le bien commun et l’intérêt général n’étaient pas en jeu.

Rien de tout cela, bien sûr, ne serait arrivé si on avait cessé avec l’hypocrisie de ce mode de scrutin. Si chaque leader se présentait directement, devant les militants, clairement, au poste de premier secrétaire, avec un projet et un vote à deux tours, le problème serait règlé. Les militants auraient vraiment le pouvoir.

On éviterait cette cuisine interne, cette farce électorale, où quoi qu’on en dise, on prend doucement les électeurs pour des idiots. En attendant, trois personnes se réjouissent sous cape : Nicolas Sarkozy, qui ne peut que se féliciter de voir ses adversaires se déchirer au lieu de s’unir. Olivier Besancenot, qui fait son beurre pendant que les socialistes abandonnent le terrain social. Et puis bien sûr, François Bayrou, élevé par les querelles socialistes au rang de quasi-invité du Congrès de Reims, et qui doit réfléchir de plus en plus sérieusement à fondre sur les restes de ce parti moribond.

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La mondialisation du relativisme

Je ne sais pas si la mondialisation est en soi une bonne chose, mais en matière de moeurs, cela donne tout et n’importe quoi. Tout fonctionne comme si, finalement, la libre circulation des personnes entraînait une permissivité sans nom et un relativisme moral absolu, chaque législation représentant en théorie la volonté générale de la majorité.

Tu veux quelque chose, ton pays te le refuse? Qu’à cela ne tienne, tu peux te précipiter chez le voisin, qui lui, l’autorise. Ainsi, il est possible d’aller se faire assister au suicide en Suisse. De se marier en Belgique, pour les personnes homosexuelles. Ou même d’y concevoir un enfant. On peut avorter jusqu’au huitième mois de grossesse en Espagne. Toutes ces choses étant légales dans ces pays, comment empêcher des étrangers d’en bénéficier?

On peut aussi, si on a 59 ans et qu’on veut à tout prix un bébé, aller au Vietnam pour y bénéficier d’un don d’ovocytes. En France, la loi de bioéthique de 2004 prévoit pourtant des conditions strictes : « La receveuse doit souffrir d’une infertilité pathologique, ou il doit exister un risque de transmission d’une maladie grave à l’enfant. Le couple doit être en âge de procréer, et la majorité des centres français autorisés fixent la limite d’âge de la receveuse à 42 ans, voire 40 ans, du fait du trop faible nombre de donneuses. La donneuse doit avoir déjà eu au moins un enfant et être âgée en principe de moins de 37 ans. »

Pourquoi empêcher une femme d’avoir un enfant à 59 ans? Voire trois? Quand ces triplés auront 20 ans, elle en aura près de 80. Peut-être la nature, finalement, fait-elle bien les choses?

Malheureusement, on laisse les individus adopter ce type de comportement absolument contre-nature. On laisse passer leur volonté, et donc leur  éventuel égoïsme, avant l’intérêt de la société et de l’Homme, avec un grand h.

Tout cela, pourquoi? Parce que les normes morales n’existent pas, tout simplement. Le bien et le mal, de nos jours, sont des valeurs relatives, puisque les lois, au lieu de dépendre du bien commun, sont dictées par les intérêts particuliers. S’il on conjugue cela à l’échelle mondiale, on se retrouve tout naturellement avec des visions très différentes de ce qui doit être ou non permis.

Ce qui, intellectuellement, n’est pas du tout séduisant. Ni rassurant. Car cela nous rappelle que la norme n’est pas infaillible. Et cela relativise beaucoup la prétendue supériorité morale et civilisationnelle du modèle occidental démocrate.

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Pour une Europe plus proche et plus démocratique

C’est absolument incroyable que l’on soit contraint, plus d’un demi-siècle après l’avènement d’une forme d’Union européenne, de s’interroger sur ce que nous souhaitons pour le continent. Un peu comme si après l’Europe de la diplomatie, de l’intergouvernemental, devait s’ouvrir, enfin, l’ère de l’Europe des citoyens.

Quoi qu’on pense des raisons qui ont amené à ces votes, il aura fallu le double non français et néerlandais de 2005, puis le non irlandais de la semaine dernière pour un arriver à cette réflexion : non, la construction européenne n’est pas figée, et elle ne doit pas forcément s’envisager comme le font nos dirigeants depuis une vingtaine d’années. Oui, une autre Europe est possible, et même souhaitable. Oui, il faut réfléchir et se creuser la tête, plutôt que de continuer à insulter les peuples comme le fait par exemple sans cesse l’élitiste Maître Eolas, qui ne doute jamais de rien et surtout pas de lui-même.

Force est de constater que depuis la chute du mur de Berlin, qui a coïncidé, peu ou prou, avec le début de la globalisation des échanges économiques, l’Europe a un doute évident sur son identité, sur ce qu’elle doit être. Alors que dans le même temps, avec notamment Erasmus, il n’y a sans doute jamais eu une conscience européenne aussi forte au sein de la jeunesse!

D’aucuns estiment qu’il il y a là le signe d’une crise des valeurs. Et ils n’ont sans doute pas tort. Mais si l’on s’en tient au politique, on voit bien que depuis une bonne dizaine d’années, notre vieille Europe fait tout et surtout n’importe quoi : les élargissements successifs, sans intérêt majeur autre que le symbolique, ont freiné l’émergence de l’Europe que l’on pouvait attendre, à savoir une Europe politique. C’était une faute majeure, quasi impardonnable. Mais une erreur qu’on est sur le point de reproduire puisque d’autres adhésions sont envisagées.

A ce titre, je suis très proche de la vision d’Authueil. Il faut savoir ce qu’on veut : si on désire une Europe qui prenne des décisions supra-gouvernementales, si on veut être plus efficace et être forts à plusieurs, il faut absolument que le citoyen n’y perde pas au change. Il faut donc d’abord que les procédures de décision soient plus simples, mieux expliquées, plus démocratiques. Toréador s’essaie par exemple à proposer un nouvel équilibre entre les institutions. Je suis désolé, mais ni le TCE, ni le Traité de Lisbonne, ni même les traités antérieurs ne sont satisfaisants sur ce point : l’essentiel des pouvoirs est dans les mains de la commission, composée de types cooptés d’après des critères qui m’échappent. Où est leur légitimité? Il faut retravailler là dessus, c’est incontournable.

Ensuite, il faut que les institutions et l’Europe en général soit plus visible, et pas seulement sur les plaques de chantier, à la case financement : pourquoi l’Union ne communique-t-elle pas d’avantage? Quand on voit ce que les collectivités françaises mettent comme paquet en terme de com’, pour tout et n’importe quoi, on se dit qu’un continent pourrait peut-être s’y mettre. Comme dit Emmanuel Raveline, « si un pouvoir trop présent peut être impopulaire, rien ne radicalise plus qu’un pouvoir trop abstrait et trop incompris ».

On accuse souvent les Etats-membres, et particulièrement la France, de constamment se défausser sur l’Europe. Mais n’est-ce pas également vrai dans l’autre sens? Pourquoi sur la question des énergies, les gouvernements doivent-ils faire le sale boulot? Pourquoi, lorque les pêcheurs se rendent à Bruxelles, le commissaire européen leur envoie-t-il son directeur de cabinet?

Enfin, il faut qu’on arrive à d’avantage de référendums européens, pour sortir du réflexe national. Il faut aussi ne pas se bloquer à l’unanimité : si certains Etats veulent aller plus loin que d’autres, qu’ils y aillent! Si l’Irlande veut patienter, eh bien qu’elle patiente. Tant qu’on ne sortira pas de la logique « les 27 ou rien », on n’y arrivera pas.

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Les religions doivent-elles être compatibles avec la démocratie?

Au cours du meeting de soutien à Ayaan Hirsi Ali, hollandaise de 39 ans, d’origine somalienne et menacée de mort aux Pays-Bas pour ses critiques de l’islam, Ségolène Royal a dit ceci (j’ai entendu ses mots sur France Info, je cite de mémoire) : « Les religions doivent s’adapter pour être compatibles avec la démocratie ».

Un tel propos pose question. A partir de quand peut-on critiquer une religion? Celle-ci doit-elle être intangible, en-dehors de son époque, ou celle-ci doit-elle avoir prise sur elle? Le temps peut-il modifier le message des religions? Celles-ci, elles-mêmes, peuvent-elles critiquer la démocratie, critiquer leur époque?

Cette réflexion est cruciale pour l’avenir, mais n’en déplaise à Ségolène Royal, les religions ont préexisté à la démocratie et lui survivront sans doute. La question ne se pose donc pas tant vis-à-vis de la démocratie que du « monde » dans lequel nous vivons.

Je n’ai pas d’avis sur cette Somalienne, amie de Theo Van Gogh, le cinéaste déjà assassiné par les intégristes. Pierre Catalan a le sien, j’ai tendance à penser comme lui. Tout en ignorant, à vrai dire, tout de son histoire, de son parcours, hormis ce qu’on peut attendre dans quelques articles lus à la volée. Ceux qui menacent Ayaan Hirsi Ali sont des intégristes, des fous. Ils ne représentent pas une religion mais une idéologie. Mais peut-on attaquer une religion de manière aussi frontale? Est-on autorisé à dire que « la doctrine stricte de l’islam est incompatible avec une démocratie libérale »? Puisque personne n’a le droit de dire ce qu’est véritablement l’islam, en l’absence de magistère… Est-ce malin, d’aller provoquer des idiots?

Oui, l’excision est un crime. Oui la lapidation en est un. Oui, les injures qui sont faites aux femmes dans certains pays musulmans sont critiquables. J’ai du mal à saisir la justification du voile islamique. Mais ces maux proviennent-ils de l’islam, ou sont-ils culturels? Et qu’est-ce qui permet à Ségolène Royal d’étendre un propos destiné aux intégristes islamistes à toutes les religions?

Je ne suis pas musulman, je connais mal l’islam, ce qui rend les réponses difficiles. Ce qui me gêne, c’est cette référence à la « démocratie libérale », qui n’est pas un régime politique, comme nous l’avons vu la semaine dernière, mais plutôt un mode de vie, une façon de penser, un corpus de bienpensance. Une quasi-religion, de fait! Une religion qui nous dit ce qu’il est bon de penser ou pas.

Cette référence laisse à penser que les religions devraient se revêtir de « politiquement correct ». Qu’elles devraient subir un nivellement par le bas. Elles ne devraient plus déranger personne. Parle-t-on de dogme, ou parle-t-on d’us et coutumes? La religion catholique, par exemple, doit-elle renoncer à certaines de ses croyances pour s’adapter à la « démocratie libérale »? Doit-elle accepter de se « moderniser »? De céder à l’air du temps, elle qui a une expérience millénaire? 

Allez, mettons les pieds dans le plat puisqu’on y est : l’Eglise doit-elle, par exemple, se taire sur la contraception? Se taire sur l’homosexualité? Se taire sur la « liberté sexuelle »? Se taire sur sa doctrine sociale? Elle a sur ces sujets une position tranchée que beaucoup contestent. Qui agace. Mais la « démocratie libérale » signifie-t-elle que tout doit être lisse? Qu’il ne doit pas y avoir de divergences?

Une religion qui s’adapte ne peut être qu’une mascarade. En muant, elle reconnaît qu’au fond, elle a eu tort! Vous imaginez Benoît XVI, nous dire ceci : « Ah, désolé les gars, notre message a changé, il a fallu l’adapter, on nous a mis la pression là… » Mais le message, s’il est divin, est immuable! Les rites, eux, peuvent changer. Mais le fond ne peut pas évoluer. Qu’on criminalise l’excision, pourquoi pas. C’est un crime contre la femme, donc contre l’humain, et donc contre Dieu, fatalement. Extrapoler sur les religions me paraît toutefois hasardeux.

Et puis, que les sociétés fassent pression sur les religions est amusant lorsque les premières prétendent interdire aux secondes de s’exprimer dans le champ public. La laïcité, ça marche pas dans les deux sens? Il faut se rendre compte de ce que Ségolène Royal demande aux religions. Non seulement, vous devez vous la fermer, mais en plus, vous allez devoir changer, s’il vous plaît! Et sans vous plaindre! J’aimerais, plus que tout, savoir ce que Ségolène Royal entendait par « s’adapter ». Vraiment. Un désir d’avenir, peut-être?

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Pourquoi on peut être sceptique au sujet de la démocratie

Peut-on dire, à la manière de Churchill, que la « démocratie est le pire des systèmes à l’exception de tous les autres? » Plus le temps passe, plus la démocratie moderne cherche à s’étendre au monde entier, plus elle utilise la force pour y parvenir, et plus on peut se dire que cette volonté d’universalité cache un malaise profond. Au fond, pourquoi la démocratie se prétend-elle au dessus du lot? Qu’a-t-elle prouvé en terme de bonheur de ses citoyens? Est-on persuadé qu’on vive mieux en démocratie qu’ailleurs?

Entendons-nous bien, nous parlons ici de la démocratie comme mode de gouvernement, et non pas comme terre de libertés et comme Etat de droit. Bien entendu, il vaut mieux vivre en France démocrate qu’en Chine despotique. C’est au mécanisme de la démocratie que nous nous intéressons, en nous appuyant sur la lecture de Pourquoi je suis moyennement démocrate, de Vladimir Volkoff (et sur lequel le confrère kiwisien Bastogi avait déjà pondu un texte).

L’auteur ne fait pas mystère de ses affections aristocrates et monarchistes. Il n’est pas question de ça de mon côté. Juste de réfléchir aux erreurs fondamentales contenues dans l’acception même de démocratie moderne. La question de savoir quel régime serait meilleur est bonne, mais cela ne s’empêche pas de se poser quelques minutes au chevet de notre chère démocratie. Je vous en prie, évitez d’utiliser cet argument pour couper tout débat.

Le défaut numéro 1 de la démocratie, c’est le 50+1. Tous les autres découlent de ce postulat de base, qui n’est ni naturel, ni pertinent. Cette notion selon laquelle non seulement la majorité doit l’emporter à tout prix sur la minorité, mais en plus, avoir raison sur elle. Le critère majoritaire comme échelle de valeur. Avec tout ce que ça comporte comme risques en termes non seulement de manipulation de foules, mais en plus de versatilité du « peuple ». En termes de clientélisme. « Si les gouvernants recherchaient le bien public contre les intérêts de leur propre faction, on n’aurait pas tort de les taxer d’ingratitude », écrit Volkoff.
Cette notion veut dire, au fond, que ce que la majorité du peuple veut, c’est le bien. Soit il découvre un bien préexistant, soit il le fonde. Comment peut-on se satisfaire d’une telle naïveté?

Pour lui, on entretient volontairement le flou sur la notion de « peuple », qui est pourtant consubstantiel à celle de démocratie. Pouvoir du peuple, pour le peuple, par le peuple. « Comment peut-on prêter à ce groupe un visage collectif? (…) Dès que je suis d’un avis contraire à celui de la majorité, je sens qu’il y a un abus de langage à dire que le peuple est de cet avis là et non du mien. Des expressions telles que « le peuple veut » ne signifient proprement rien. Il faudrait dire : « lamajorité des citoyens qui ont exprimé leur opinion veulent que ».  »

On pourrait ajouter, de façon totalement provocatrice, que l’avis des uns ne vaut pas celui des autres. Un avis collectif me paraît assez sain. Mais pourquoi chacun de nous devrait être juge? Comment peut-on donner le même poids à mon vote, moi qui me renseigne scrupuleusement à chaque élection, qu’à celui de quelqu’un qui se prononce au regard de la télé, qui attend « j’ai une question à vous poser » avant de se décider? Pourquoi? C’est absolument irrationnel. « L’erreur ne devient pas vérité en semultipliant », disait fort justement Gandhi. Parce que dans le suffrage universel, on ne reconnaît que le mérite du nombre au détriment de celui de la compétence.

Volkoff critique aussi la démocratie en ce qu’on voudrait en faire une religion : « un minimum de cette tolérance tant vantée par les partisans de la démocratie suffirait pour que l’on admît divers procédés de désignation des gouvernants sont également estimables, compte-tenu de la géographie et de l’histoire. mais c’ets là que la démocratie modernedévoile ses prétentions au statut de religion : elle n’et plus un mode de désignation des gouvernants, elle a un corps de doctrine infaillible et obligatoire, elle a un catéchisme : les droits de l’homme, et hors des droits de l’homme, point de salut. » Et l’auteur de s’amuser à énumérer le paradis (terres démocrates), le purgatoire (dictatures de gauche), l’enfer (dictatures de droite), un clergé régulier (les think tank chargés d’appliquer les théories marxistes au monde libéral), un clergé séculier (les journalistes chargés de répandre cette doctrine) et un index (le silence médiatique dès que vous sortez de normes du politiquement correct). Il n’y a pas de liberté pour les ennemis de la liberté…

On pourrait gloser sur cette notion de droits de l’homme, qui est la caricature du monde démocrate, de ses prétentions et de son hypocrisie – « Que l’homme ait des droits dans l’absolu, qu’il se garantit lui-même à lui-même par le moyen de déclarations périodiques, nationales ou internationales, et d’ordinaire peu suivies d’effet, m’apparraît comm eun gigantesque canular »  – mais on sortirait du sujet. Au fond, ce qui peut distinguer une démocratie d’une dictature, c’est aussi le critère déclaratif : moi je prétends sauver les hommes, pas toi, donc tu es une dictature, pas moi. L’URSS n’était-elle pas composée de « démocraties populaires »? Les soviétiques n’ont-ils pas ratifié la convention universelle des droits de l’homme en 1948?
L’idiotie et la futilité représentéepar l’idéologie des droits de l’homme mériterait tout un ouvrage.

EJe ne retiens en revanche pas les arguments de Volkoff selon lesquels la démocratie porterait en germe le totalitarisme. C’est en partie vrai, puisque rien n’interdit au peuple de vouloir sa propre perte, et de confier le pouvoir à un fou. On l’a vu par le passé, et notamment en Allemagne. C’est en partie vrai également dans le fait quela démocratie ne se reconnaisse aucune limite : elle est absolue. Mais une telle dérive pourrait arriver encore plus rapidement dans d’autres régimes, et en particulier dans la monarchie ou l’aristocratie, qui peuvent vite se transformer en despotisme et en oligarchie.

Enfin, dans les démocraties modernes, il y a cette propension à vouloir faire de tous des égaux, à privilégier à toute force l’égalité sur la liberté. Nivellement par le bas, comme on le voit par exemple chez nous au niveau de l’éducation. Aucune émulation, les meilleurs sont suspects. Surtout, pas de cérémonie des prix, certains pourraient être vexés de ne pas en avoir. Poussé à l’extrême, cet égalitarisme conduit au multiculturalisme et au communautarisme. Ben oui, tous les modes de vie se valent alors il serait injuste d’imposer le nôtre à ceux qui émigrent ici!

Pour finir, il faut bien dire que non seulement la démocratie est contre-nature dans sa théorie, mais qu’en plus, elle n’existe pas dans les faits. Regardez autour de vous, dans vos mairies, dans vos départements, au niveau national. Vous repérerez très rapidement des exemples concrets. Tiens, la ratification du traité de Lisbonne par exemple? La démocratie est le système qui favorise le moins l’intérêt général, qui devrait pourtant être au centre de toute politique. Pourquoi? Parce que le pouvoir est capté par les partis, qui s’intéressent – et c’est bien compréhensible – à leur clientèle, et qui dirigent leur action en fonction d’enquêtes d’opinion ciblées sur des fragments de population. Parce que les électeurs sont manipulables et manipulés, sans cesse, par des puissances médiatiques qui ne représentent qu’elles-mêmes.

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Pourquoi l’Europe se méfie-t-elle sans cesse des peuples?

Le collègue kiwisien Edgar, qui tient le blog eurosceptique La Lettre volée, est parfois excessif. Mais ses propos tiennent lieu de piqûre de rappel permanente : Edgar est donc un empêcheur de tourner en rond permanent, ce qui est très utile à la démocratie et au débat. Un bon exemple de critique sans concession de la construction européenne, qui quoi qu’on en pense ou qu’on en dise, n’est ni inéluctable, ni incontournable, ni indispensable. Ni définitive! Et force est de constater qu’en ce qui concerne le mini-traité européen adopté par les chefs d’Etat et de gouvernement au sommet de Lisbonne, la semaine dernière, il a entièrement raison de parler de « haute-trahison ».

Un article qui a fait l’objet d’une discussion très riche, et qui montre les ambiguïtés et les incompréhensions entre ouistes et nonistes. Ce qui est dingue, après tout, c’est qu’il ne s’agit même pas de discuter du contenu de ce traité, mais de la procédure de ratification choisie par l’Elysée, en contradiction flagrante avec les règles démocratiques les plus élémentaires.

Car de quoi s’agit-il? On l’avait déjà démontré ici : le traité de Lisbonne (passera-t-il ainsi à la postérité?) est, peu ou prou, identique au Traité Constitutionnel Européen proposé au vote des Français en 2005. VGE lui-même se satisfait que « l’essentiel » ait été préservé: « Les propositions institutionnelles du traité constitutionnel – les seules qui comptaient pour les conventionnels – se retrouvent intégralement dans le traité de Lisbonne, mais dans un ordre différent «  (et surtout, insérées dans des amendemants aux traités antérieurs). Même si ce texte présente l’avantage, en étant privé de la partie III du TCE, d’enlever bon nombre de réticences liées à la « concurrence libre et non faussée », qui inscrite ou non, continuera toutefois à présider aux politiques publiques européennes…

Dans ces conditions, pourquoi refuser de redonner la parole aux électeurs? Pourquoi avoir peur d’eux, pourquoi ce déni de démocratie? On a glosé, pendant la campagne référendaire, sur le « déficit démocratique » de l’UE. On le constate certes à chaque élection au parlement européen, lorsqu’on parle de tout sauf d’Europe. Mais on le remarque surtout quand on prive les citoyens de leur droit de s’exprimer sur un sujet qui les engage peut-être d’avantage qu’une élection présidentielle!

On peut d’ailleurs observer que ce schéma n’est pas spécifique à la France. Qui, à part l’Irlande, a décidé de recourir à un référendum pour valider ce traité? Personne. Comme si c’était un risque. Comme si nos élites représentantes étaient les seules de pouvoir juger d’un tel sujet… Alors oui, haute-trahison me paraît le terme adapté. Vous dites non, ça sort par la porte et ça revient par la fenêtre!

Et ce qui me fait rire, ce sont ceux qui prétendent qu’en cas de référendum, le vote est « pollué », « manipulé », et que les gens, en gros, n’y « comprennent rien ». Qu’il vaut donc mieux éviter de leur poser la question. Je pourrais être d’accord avec ce raisonnement dan sl’absolu, n’ayant jamais considéré que l’avis de chacun avait le même poids. Après tout, sommes-nous tous aptes à donner notre opinion sur tout et n’importe quoi? Mais là n’est pas le problème : nos ancêtres, bien leur en fasse, ont choisi de décapiter un roi pour instaurer un pseudo régime républicain et démocratique. Basé, comme chacun sait, sur le principe selon lequel c’est le « peuple qui gouverne ». Alors?

Dans ce cas, faut-il interdire aux citoyens d’élire leur président, leurs députés, leur maire? Le scrutin, là, ne peut pas être « pollué »? Faudrait savoir. Et j’aimerais bien qu’on me donne une raison valable de passer outre le non de 2005 en faisant ratifier ce traité par le Congrès. Vraiment!

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