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Election européenne : toujours l’échec

parisienL’élection européenne qui vient de se dérouler en France n’a pas seulement permis une forme de recomposition du paysage politique français, avec un score très élevé de l’UMP et d’Europe écologie et une déroute pour le PS et le MoDem, mais aussi de montrer que 25 ans après, ce scrutin n’est toujours pas européen. Quel échec! Lire la suite

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Pistolets Taser : arrêtons de raconter n’importe quoi

Martine Aubry, comme avant elle Olivier Besancenot, est prise au piège d’une réflexion hâtive et irréfléchie au sujet du pistolet à impulsion électronique (Taser). Pour avoir affirmé, sans l’avoir bien sûr vérifié, que cette arme était létale et avait tué 290 personnes en Amérique du Nord, elle risque le procès en diffamation.

Et n’est-ce pas le minimum? Ne serait-ce pas la sanction légitime de l’exagération, du remplacement d’une réflexion sereine et intelligente par des « slogans » faciles à retenir pour le pékin moyen? Martine Aubry est coincée, car elle a voulu répondre de façon ferme et directe sur Canal +, à une question sur la dotation des Pistolets Taser aux polices municipales. Mais elle s’est plantée. Et maintenant que la polémique enfle, il est trop facile de se retrancher, comme elle l’a fait hier en conférence de presse, à Lille, derrière un « c’est Amnesty International qui l’a dit… ». et un « et puis de toutes façons d’autres l’ont dit avant moi, alors camembert! ».

Quoi, parce que d’autres racontent des sornettes, on peut les reprendre sans sourciller, un peu comme ces médias qui se copient les uns sur les autres sans recouper leurs informations?

Car la vérité, quelle est-elle? Si on se plonge un tantinet dans ces fameux rapports d’Amnesty International, on constate que la réalité est un peu plus complexe que ce qu’en dit Madame Aubry. Le premier rapport, livré en 2004, indique ceci (commentaires du chafouin) : « Au cours des trois dernières années, plus de 70 personnes seraient mortes aux États-Unis et au Canada après avoir été atteintes par des pistolets incapacitants M26 ou X26 (et beaucoup de personnes sont mortes en France, ces trois derniers années, après avoir bu un verre d’eau dans l’heure précédent le décès) ; le nombre de victimes augmente chaque année (ah bon? des précisions?). Les médecins légistes attribuent généralement le décès à d’autres causes, comme la prise de drogue (nous y voilà), mais des experts médicaux (qui sont-ils? Mystère!) estiment que l’utilisation de ces armes peut accroître le risque de crise cardiaque pour les personnes agitées, droguées ou présentant des problèmes de santé (sans doute! et une balle les tue encore plus sûrement). Dans au moins cinq cas récents, les coroners ont conclu que l’utilisation d’un pistolet incapacitant avait directement entraîné la mort de la victime, conjointement avec d’autres facteurs comme la toxicomanie ou les maladies cardiaques (ah, nous y voilà! cinq cas, avec d’autres facteurs…)« .

Bref, on est loin des affirmations péremptoires de MM. Besancenot et Aubry!

Le rapport cité par le maire de Lille, lui, affirme de façon tout aussi imprécise que depuis 2001,  « 290 personnes sont mortes après avoir été touchées par le Taser » et ajoute que « dans au moins 20 rapports d’autopsie, les coroners ont cité les pistolets électriques comme la cause directe ou aggravante des décès, parfois combinée à d’autres facteurs ». Est-ce suffisant pour dire que le Taser a tué 290 personnes? Certainement pas.

Et après tout, a-t-on besoin de tels arguments pour refuser de doter de pistolets à impulsion électroniques les policiers municipaux? Je ne suis pas un grand fan de cette arme, car je trouve qu’il est barbare et un peu dégradant d’électrocuter quelqu’un pour le maîtriser. Et que la répression, comme l’a dit intelligemment Martine Aubry, ne fait pas partie juqu’à présent (ça changera sans doute) des mission de la police municipale. D’un autre côté, des exemples ont montré à plusieurs reprises, notamment dans la région de Lille, que cette arme pouvait sauver des vies (notamment pour des forcenés qui menacent de se tuer) et quoi qu’on en dise, ce sera toujours mieux que d’être truffé de balles. Pragmatisme contre idéologie? On en revient toujours là.

Par ailleurs, il est bon de préciser que l’utilisation qui est faite du Taser X-26, depuis que les policiers nationaux et les gendarmes en sont dotés, n’est pas du tout la même qu’aux Etats-Unis. Mais nos idéologues le savent-ils?

Tout d’abord, cette arme ne peut être utilisée qu’en état de légitime défense du tireur ou de celui qui reçoit la décharge. Précision importante. Ensuite, une caméra fixée au pistolet enregistre les images à chaque fois qu’il entre en action. Enfin, très peu d’unités, et seules des unités spécialement formées, ont reçu des Taser. On ne parle que des unités d’intervention du type GIPN, BAC, ou les unités judiciaires qui participent à des interpellations. Les police-secours ou les policiers qui patrouillent à pied, par exemple, n’en seront jamais dotés!

Je discutais récemment de toute cette polémique avec un policier qui lui, a un Taser dans son armement. Il m’a répondu à peu près ceci : « Le Taser, c’est la plaie. Il y a tellement de contrôles et d’obligations qu’on ne s’en servira quasiment jamais. Il faut remplir plusieurs procès-verbaux à chaque utilisation pour justifier le tir… »

Bref, il est très facile de faire peur sur ce genre de sujets, et on sera toujours plus écouté en exagérant et en simplifiant le problème, qu’en adoptant la seule attitude raisonnable qui existe : se baser sur les faits, et pas extrapoler, les confronter à une réflexion intelligente, et ensuite, décider. Et d’ailleurs, éventuellement, décider de se passer de cette arme…

P.S : sait-on que des armes électriques bien plus puissantes (jusqu’à 1,5 millions de volts) que le Taser (50 000 volts) sont en vente libre dans n’importe quelle armurerie ou sur internet? Il suffit d’être majeur et de pouvoir payer une centaine d’euros… N’est-il pas là, le vrai scandale?

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Jean-Marc Rouillan, symbole de la haine?

Je vous parlais récemment du problème de la haine comme moteur de l’action politique du côté de l’ultra-gauche du Nouveau parti anticapitaliste. Quasiment personne à gauche pour commenter ce billet, dommage… Cela montre une forme de tactique de l’autruche consistant à ne pas voir les problèmes pour ne pas avoir à les affronter.

D’autant qu’une des recrues les plus éminentes du NPA, l’ex d’Action directe Jean-Marc Rouillan, vient de se trahir et en conséquence de voir son régime de semi-liberté remis en cause par le juge d’application des peines. M. Rouillan a commis l’erreur d’évoquer, brièvement il est vrai, la violence politique et les raisons pour lesquelles il a été condamné (l’assassinat du patron de Renault, Georges Besse), qu’il devait s’abstenir de commenter jusqu’à la fin de sa peine (comme Bertrand Cantat, par exemple) :

« Je n’ai pas le droit de m’exprimer là-dessus. Mais le fait que je ne m’exprime pas est une réponse. Car il est évident que, si je crachais sur tout ce qu’on avait fait, je pourrais m’exprimer. Par cette obligation de silence, on empêche aussi notre expérience de tirer son vrai bilan critique. Le processus de lutte armée tel qu’il est né dans l’après-68, dans ce formidable élan d’émancipation, n’existe plus. Mais en tant que communiste, je reste convaincu que la lutte armée à un moment du processus révolutionnaire est nécessaire. »

Il s’est donc exprimé, il n’a pas pu résister. La LCR, gênée, condamne. Mais la question est : dans quelle mesure les propos de Rouillan sont-ils partagés au NPA? Exprime-t-il une vision des choses marginale, ou a-t-il seulement dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas? A force de vilipender la violence de l’Etat, des patrons, de l’économie, n’en vient-on pas à légitimer une violence inverse, de facto?

On comprend le désarroi et la colère de la veuve de Georges Besse : « Je trouve que, en recrutant Jean-Marc Rouillan, Olivier Besancenot se conduit de façon honteuse. Il trompe les électeurs. Avec son bon sourire, M. Besancenot présente son nouveau parti, le NPA, comme anticapitaliste et démocratique. Or, il utilise la triste célébrité de Rouillan d’une manière qui ne va pas vraiment dans le sens de la démocratie. (…) Besancenot cautionne du même coup ce qu’a été l’action terroriste du groupe, ainsi que les déclarations présentes de Rouillan. (…) Cette attitude me paraît à la fois désinvolte, fortement cynique et de nature à abuser les citoyens. Voilà pourquoi je suis en colère ».

Comme dit Koz, Rouillan est une « bénédiction »  en tant que « révélateur » car sa franchise nous permet de constater qu’en tant que communiste », il « considère que la lutte armée est nécessaire ». Je ne pensais pas que mon billet sur la haine trouverait aussi rapide illustration. Cinq ans de grands sourires d’Olivier Besancenot viennent d’être réduits à néant en une seule interview, et ça, c’est vraiment une bonne nouvelle.

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La haine comme moteur de l’action politique

Il faut que je vous parle d’un type, que vous connaissez peut-être déjà. Il a une belle plume, une grande culture politique, un cynisme sans borne et un charisme certain. Avec en prime, un sens de l’humour désopilant, et un amour inconditionnel pour les briques. Et à vrai dire, un penchant pour toute les formes de sévices physiques à infliger aux méchants capitalistes, aux infâmes curés et aux salauds de publicitaires.

Cet énergumène, c’est l’auteur du blog « CSP », alias le Comité de Salut Public, du nom de cet effroyable tribunal révolutionnaire qui, à l’époque radieuse de la Terreur, envoyait les ennemis de la liberté à l’échafaud sans autre forme de procès. Tout un programme, avant même d’avoir jeté un œil sur sa prose. Un autre blog s’appelle bien « Vive le goulag », alors pourquoi pas? (On imagine la durée de vie d’un blog intitulé « Vive Auschwitz », mais c’est sûrement un signe de mauvaise foi de notre part)

En le découvrant, CSP m’a d’abord révulsé. Et puis dans un second temps, j’ai lu plus attentivement, les sujets m’ont amusé puis intéressé. Comme l’auteur le dit lui-même, « c’est un exercice de l’esprit qui est intéressant : s’aventurer en territoire hostile est toujours très instructif ». Les rengaines crypto-trotskystes m’ont à vrai dire un peu déridé, puis bousculé. Je croyais à une forme de second degré dans ces écrits. Et puis, leur montée en puissance correspondait vaguement à celle du mentor de l’ultra-gauche, le sémillant facteur neuilléen Olivier Besancenot. Vous savez, cette gueule d’ange rouge maquée avec une éditrice parisenne pleine aux as. Une opération de découverte, à visée sociologique, s’imposait donc. Et j’ai passé des mois en immersion…


Ceux-ci ont passé, et malgré ma bonne volonté petit à petit, le malaise a grandi. Au fil des lectures, la plume m’a parue plus amère. Plus je lisais, et moins je regardais les bons mots, l’enrobage, pour me focaliser uniquement sur le démontage en règle des blogueurs libéraux par trop caricaturaux ou encore adolescents, les sempiternelles fusillades d’Ivan Rioufol, les coups de bambou infligés aux sociaux-traîtres du PS. Ils ont fini par me lasser. Le disque m’a vite semblé rayé, mon intérêt a décliné. CSP avait beau me classer parmi ses blogs de droite favoris (appartenance politique que je refuse toujours), je cherchais vainement une espérance derrière ce tombereau d’injures et cet amas de violence.


P
ouvait-il y en avoir une? Quel est le but de tout cela, je veux dire, à part vomir sur les méchants riches et de célébrer la montée du Nouveau Parti Anticapitaliste? Pouvait-il seulement exister un minuscule projet ou une envie dans ce torrent de râleries et de mécontentement? Un semblant de positif dans ce fatras de critiques acerbes et de « fureur enthousiaste »?

Je crains que non. Ici, tout n’est définitivement que haine, haine, et encore haine. Une fois tombé le masque du cynisme et du style fort joli, ne reste qu’elle. La haine. Un crachat, une morsure.

Si seulement, après tout, un humanisme se cachait derrière tout cela, mais même pas. A l’écouter, on n’a même pas le droit d’être catholique et de l’exprimer publiquement. Défiler vêtu de string en cuir sur des chars ridicules, oui, mais marcher au nom de valeurs jugées « réactionnaires », non. Bloquer toutes les semaines les rues de nos villes avec des manifestations conservatrices réunissant toujours les mêmes cégétistes, oui, mais une fois par an, rappeler qu’il existe des prolife, non. Cette opinion n’a pas le droit d’être exprimée.


On en revient au final au titre même du blog. Comité de Salut Public. Pas de liberté pour les ennemis de la liberté
. Pas de quartier pour ceux qui pensent différemment. Pas de rémission. Pas de trêve. Pas de négociation, seulement le combat, et si possible, le combat à mort. On ne se bat pas avec les mêmes armes, un peu comme le Mordor dans le Seigneur des Anneaux : il veut juste tuer, détruire. Il n’est pas question de fraternité ou d’amour de l’humanité.

Or la haine peut-elle être un moteur de l’action politique? J’en doute.

Il est d’ailleur assez préoccupant, pour élargir un peu le sujet, de voir qu’à chaque crise, on en revient aux mêmes recettes. Les mêmes qui excitaient le peuple en 1789, 1830, 1848, 1871, 1917 (avec les résultats que l’on sait), avec leurs promesses de lendemains qui chantent, reviennent aujourd’hui en promettant la lune à tous les exploités du système. Olivier Besancenot a ainsi été désigné par un sondage Opinion Way, pour la deuxième fois, comme le meilleur opposant à Sarkozy. On croit rêver!


Car lui, sa haine, il la cache mieux que CSP. Il fait le malin chez Drucker ou Denisot, joue le gendre idéal, mais surtout évite de s’étendre sur son programme rétrograde qui nous plongerait à coup sûr dans la guerre civile s’il était appliqué. La volonté de légalisation de drogues dures en est un bon exemple.

Comme disait Nicolas Sarkozy dans son discours de Toulon, « l’anticapitalisme n’offre aucune solution à la crise actuelle. Renouer avec le collectivisme qui a provoqué dans le passé tant de désastres serait une erreur historique ».

Erreur historique, oui. Dans laquelle peuvent pourtant tomber facilement les populations les plus fragiles, qui ne voient que les caciques de la LCR se déplacer vers eux. Sans compter qu’une forme de radicalisation d’une certaine jeunesse coexiste avec l’action politique des « antis ». Que celle-ci est prise très au sérieux et inquiète au plus haut point dans les sphères policières, et que cette menace est étudiée au même titre que celle qui résulte de l’intégrisme islamiste.

Disons-le tout net : c’est très triste. Ces gens sont tristes. Ils me font sincèrement de la peine, car ils gâchent leur santé et leur belle jeunesse à voir le monde en noir, à chercher des méchants et des complots partout, dans une parano qui va croissant…

Et vous, pensez-vous que la haine, la fureur, puissent être le ferment de quoi que ce soit de productif, de constructif pour la France et le monde?

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Besancenot, ou comment combattre une injustice par une autre

Autant Le Pen n’a jamais réussi à se faire passer pour un type sympathique, autant Besancenot parvient à masquer le danger qu’il porte avec sa gueule d’ange et son image de gendre idéal quoique imberbe. Voilà désormais notre facteur considéré comme le meilleur opposant à Sarkozy, d’après un sondage publié par le Figaro. Danger pour le PS, mais surtout, pour la France. Et signe que le néo-libéralisme ne mène à rien à part au désastre.

Il y a beaucoup à dire sur cette nouvelle configuration politique. Précisons que Besancenot arrive non seulement en tête des sondés au niveau global (17%, devant Delanoë à 13% et Hollande et Royal à 9%), mais surtout au sein de l’électorat socialiste (avec 26%, il arrive largement devant Delanoë avec 17%, Hollande avec 11% et Royal avec 10%). Partant de là, on peut bien sûr s’interroger, avec Luc Mandret, sur les conséquences de ce succès, et en premier lieu sur le PS qui a tout à perdre d’une montée de la LCR à sa gauche. Et qui par la force des choses, va à coup sûr tenter de le contrer par un recentrage. Ce qui fera de nouveau monter Besancenot… qui ne sera jamais majoritaire, et donc restera stérile. La LCR et le futur « nouveau parti anticapitaliste » joueront-ils, comme Le Pen, le simple rôle d’idiots utiles? Nicolas Sarkozy, cité par Marianne, le résume bien en s’adressant ainsi à François Hollande, « vous nous avez emmerdés pendant des années avec Le Pen, maintenant, on va vous niquer avec Besancenot ». L’analyse est belle, mais incomplète, car elle ne s’intéresse qu’au petit jeu politique sans aller au fond des choses.

En apparence, Besancenot se présente juste comme un vrai socialiste. Son discours global, celui qu’on entend le plus souvent, celui qu’il clame sur les plateaux de télé, n’est pas beaucoup plus à gauche que celui du PS d’il y a une trentaine d’années, celui d’avant la conversion à l’économie de marché. Et c’est bien sûr ça qui fait son succès. Quoi qu’on en pense, lui, il est sur le terrain. Il est aux portes des usines en grève. Il est du côté de ceux qui souffrent. Il les défend, amène des caméras avec lui. Pendant ce temps, où sont les socialistes? A préparer leur congrès, à s’interroger sur la définition du mot « libéralisme », bref, à cent lieues des préoccupations des Français. Si j’étais socialiste, je voterais Besancenot sans hésiter. Bon ok, je ne le suis pas…

Mais il faut également, avec Koz, s’interroger sur la réalité intime du personnage. Sur le message qui se cache derrière les belles phrases, derrière l’invitation chez Drucker, derrière le gentil facteur qui se dresse contre les méchants patrons. Je suis entièrement d’accord avec lui lorsqu’il s’emporte en ces termes : « Il faut en finir avec la bienveillance coupable avec laquelle on regarde Olivier Besancenot. Il faut en finir avec cet étonnant complexe bourgeois (pour le coup) qui fait que l’on attaque si peu Olivier Besancenot, protégé par sa gueule ronde et sa jeunesse comme par un talisman. Il faut prendre Besancenot pour ce qu’il est. Pas un bon ptit gars. Pas un romantique. Il faut avoir conscience en l’écoutant et, pour ceux qui le font, en lui parlant, que l’on a affaire à quelqu’un pour lequel le respect de la vie est relatif, subordonné aux objectifs politiques. »

J’abonde également dans son sens lorsqu’il dénonce l’accueil fait par Besancenot à Jean-Marc Rouillan, ex d’Action Directe. Lorsqu’il réclame une clarification, « que Besancenot ne puisse pas tenir deux discours. Qu’il ne puisse pas offrir sa gueule de bon facteur rond et jeune tout en assumant ces discours au sein de son parti, discours qui sont très certainement les siens lorsque les micros s’éloignent. »

La preuve : ses disciples ébahis, tels CSP, prennent prétexte de la violence quotidienne subie par les travailleurs pour ne pas condamner, voire se réjouir, du terrorisme passé d’Action directe. Comment, dans ces conditions, ne pas avoir peur de tels militants? On voit certains de ses commentateurs affirmer benoîtement que Rouillan a payé sa dette, d’autres confier leur admiration pour cet assassin non repenti. Et le même CSP le dit lui-même : « Le NPA a venir ne sera pas l’épouvantail commode qui permet aux autres partis de se donner bonne conscience : on a plus faim que ça. Et c’est pour ça que le stratagème de la droite, dont on peut être certain qu’elle se félicite actuellement avec force ricanements, va lui retomber sur la gueule plus vite qu’elle ne le croit. Ces gens nous sous-estiment : on est vraiment très énervés… »

Il est vraiment abbérant aberrant (merci Raveline!) qu’en France, en 2008, de tels partisans de la dictature du prolétariat puissent se trouver aussi haut dans les sondages. Mais surtout, que personne ne s’en émeuve! Je l’ai déjà écrit ici mais je le répète : pour moi, les trotskystes et les fascistes sont de la même trempe, ils sont de ceux qui jouent sur les peurs pour tenter de séduire les plus faibles.

Ils dénoncent de vraies injustices, pour prôner une injustice plus grande encore. Mais le problème n’est-il pas qu’aujourd’hui, en France, personne d’autre de raisonnable ne dénonce les méfaits, la barbarie d’un système néolibéral effectivement inhumain, meurtrier, matérialiste au possible?

Le problème n’est-il pas qu’un nombre incalculable de gens ne voient pas de solution à l’horizon? Que nombre d’Etats soient sommés de se conformer à une ligne économique et politique orthodoxe mais destructrice de l’humain, de la diversité culturelle, de la terre elle-même? Qu’on accepte des trucs immoraux au possible, sous prétexte « qu’on ne peut rien faire »? Qu’on accepte d’ériger en règle inattaquable la loi de l’offre et de la demande, qui est d’une stupidité sans nom? Qu’on accepte de mettre en compétition des Etats qui n’ont pas les mêmes règles sociales? Qu’on se laisse gouverner par des tarés qui jouent dans les salles de marché comme les prolétaires jouent au loto? Qu’on accepte ainsi d’être à la merci d’une rumeur, d’une baisse de moral des investisseurs, d’une peur psychologique qui fait baisser les cours? Que le gateau soit sans cesse partagé entre les mêmes, au mépris de toute justice? Que les incompétents aient des primes de risque, quand ceux qui triment et créent la richesse n’ont jamais aucune reconnaissance de leur travail?

En tant que journaliste, j’ai couvert des conflits sociaux où on croit marcher sur la tête. Il ne faut pas s’étonner d’entendre certains réclamer qu’on mette la tête de certains dirigeants au bout d’une pique.

Pour moi, Besancenot est clairement un adversaire. Mais les néolibéraux – j’entends par là les libéraux qui ont mal tourné, et qui prônent la dictature du marché et de la finance – le sont tout autant. Et plus que jamais. La justice sociale doit être un objectif politique prioritaire. La popularité de Besancenot doit nous le rappeler.

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