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Afghanistan : 70 soldats tués pour notre confort et notre sécurité

Soldats français du 27ème bataillon de chasseurs alpins

Cinq soldats français âgés de 27 à 38 ans sont morts hier en Afghanistan – ainsi qu’un interprète et trois civils afghans – et quatre autres ont été grièvement blessés dans un attentat-suicide au nord-est de Kaboul. Lundi, un autre militaire français était décédé accidentellement au cours d’un entraînement dans le même secteur. Aujourd’hui, jour de la fête nationale, un nouveau soldat est décédé, toujours dans la province de Kapisa. Loin des polémiques politiciennes lancées dès hier à Paris, et même si la question de l’utilité de cette guerre – perdue? – se pose, ayons avant tout une pensée pour toutes les familles endeuillées, et toutes celles qui sont angoissées jour et nuit, alors qu’au total, 70 soldats français ont été tués depuis le début de la participation de la France à cette guerre, en décembre 2001. Ne les oublions pas : c’est pour nous qu’ils sont morts. Lire la suite

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Paris-Match devait-il interviewer les Talibans?

J’aimerais revenir, une fois le débat apaisé, sur la publication par Paris-Match d’une interview des guerriers talibans ayant pris en embuscade une patrouille française en Afghanistan, et tué dix de nos soldats. Et de photos controversées montrant le groupe exhiber les trophées de son succès militaire : les uniformes, les armes, en un mot le matériel de certains défunts.

Cette publication a considérablement ému, jusqu’au sommet de l’Etat. L’argument est double : en ouvrant une fenêtre aux Talibans, Paris-Match joue le jeu de sa propagande. Et surtout, l’hebdomadaire ne respecterait pas la douleur des familles, comme le Premier ministre en personne l’a suggéré. Oui, car depuis la mort de nos soldats, on les évoque comme des « victimes », comme s’il s’agissait de civils touchés dans un attentat. Rappelons que le boulot d’un militaire est de faire la guerre, concept englobant la notion de mort. On voit bien que le premier argument ne tient pas : la sécurité nationale peut imposer une limitation de la liberté d’informer. De mettre en perspective. De donner la parole à ceux qui ne l’ont jamais. Mais la douleur, elle, n’est qu’un intérêt particulier, si l’on peut s’exprimer ainsi, et malgré le respect qu’on doit naturellement à la souffrance des familles de nos soldats.

Sur le second point, il y aurait d’avantage à dire. Car comme Véronique de Viguerie – la photographe indépendante ayant rencontré les Talibans pour le compte de Paris-Match – le reconnaît elle-même, les guerriers islamistes ont une stratégie de communication bien huilée et ne s’en cachent pas : un des leurs est porte-parole, et organise les reportages avec les journalistes qui entrent en contact avec lui. On se doute que les Talibans ne suivent pas un but altruiste (la liberté de l’information, ils s’en moquent), qu’ils filtrent à coup sûr les reportages en fonction de l’intérêt qu’ils peuvent en tirer. Et au cours du reportage, ils imposent même le lieu, le moment et les conditions de prise des photos. Le but est clairement de faire passer un message : « on a battu les Français, on a leurs uniformes, et on recommence quand on veut parce que nous sommes les maîtres de l’Afghanistan ».

On sait très bien et depuis longtemps, qu’une des conditions d’efficacité du terrorisme, comme de tout combat actuel, est la médiatisation de son action, qui en l’occurrence a pour but de répandre la peur pour faire douter l’opinion publique.

Le sachant, le journaliste devrait-il refuser toute interview, pour ne pas être le jouet d’une stratégie de com’? Mais l’essentiel, n’est-ce pas que le journaliste ne soit pas dupe? Car inutile de penser que les institutions françaises fonctionnent différemment : elles aussi font en sorte de faciliter les investigations des journalistes dans les domaines où elle a un bénéfice à tirer. Pour le reste, tu peux courir : les portes se ferment très facilement.

Et puis, cette interview nous permet aussi de constater que le gouvernement a menti sur plusieurs points au sujet des circonstances de l’attaque. D’où l’intérêt de respecter le principe du contradictoire, qui permet d’accéder à une information plus complète, plus neutre. Et donc plus vraie.

Eric de Lavarène, qui accompagnait Véronique de Viguerie pour Radio France, remet d’ailleurs les pendules à l’heure : « Quand on part en reportage avec les forces de l’OTAN, on nous fait signer des documents nous demandant de ne pas divulguer certains détails. On nous montre ce qu’on veut bien nous montrer. Les journalistes sont instrumentalisés, et les militaires sont très forts pour ça. En allant chez les talibans, nous savions que nous allions être instrumentalisés aussi, bien sûr. Sinon, ils ne nous auraient pas reçus. Mais nous avons jugé que les photos, et le reportage, avaient une valeur informative très forte. C’est la première fois qu’on voit un groupe de talibans avec des pièces d’équipement français. Cela montre qu’ils sont bien mieux organisés que ce qu’on veut nous dire, et que nous sommes bien en guerre, contrairement à ce que prétend Hervé Morin [ndlr: ministre français de la Défense]. »

Une valeur informative très forte. N’est-ce pas justement ce qui justifie la reprise éventuelle de la propagande « ennemie », si l’on peut s’exprimer ainsi?

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Atlantisme ou réalisme?

Nulle volonté ici de commenter sur le fond l’envoi de troupes en Afghanistan, ce pays qui comme rappelle mon petit Nicolas, nous donne assez de fil à retordre côté orthographe pour qu’on se croie suffisamment qualifié pour décrypter sa situation réelle.

J’ignore donc si ce bataillon supplémentaire (entre 800 et 1 000 hommes) a un intérêt opérationnel, même si on peut l’imaginer. On ne risque pas la vie de soldats pour rien, surtout en France où on n’en a pas tant que ça et où le service militaire s’est transformé peu à peu en analyse de programme télé.

On peut en revanche s’interroger sur les accusations d’atlantisme formulées par l’opposition, qui a trouvé là un excellent moyen pour faire parler d’elle autrement que pour ses luttes intestines.

Déjà, on peut se gausser de ce que ce mot soit devenu un gros mot. L’atlantisme, c’est le crime de lèse-de Gaulle. C’est le pire mal qui soit dans notre pays fondamentalement anti américain. Pour beaucoup de gens, USA = Bush = méchant = pas bien. Cela peut aussi faire penser à « espèce d’impérialiste », qui était l’insulte favorite de nos bons amis les Soviétiques. Au fond, on se demande pourquoi les Etats-Unis devraient représenter le mal absolu à combattre par dessus tout. L’exception culturelle française, c’est bien, notre indépendance aussi, mais il y a un moment où il faut mûrir et choisir son camp. Le nôtre, n’est-ce pas l’Occident? Il y a peut-être un juste milieu entre la défiance et le suivisme béât.

Ensuite, on peut se demander si cette décision sarkozienne est ou non un geste atlantiste. Rappelons qu’en 2001, le PS était aux affaires (avant de se faire renvoyer manu militari quelques mois plus tard) lorsque nos troupes avaient été envoyées en Afghanistan. Souvenez-vous! C’était l’époque où nous étions « tous américains » après les attentats du World Trade Center. On a entendu personne, à l’époque, nous seriner qu’il était immoral de suivre les USA là-bas.

Non, car après le 11-septembre, l’émotion nous obligeait moralement. Aujourd’hui que l’émotion a disparu et que le dernier chic est même de nier en dépit de tout bon sens jusqu’à l’existence de ces attentats, on a beau jeu de vouloir refuser des renforts.

De deux choses l’une : soit on accepte l’idée de départ, et on se donne ensuite les moyens des enjeux afghans, à savoir neutraliser ces dingues de talibans, soit on se pique d’indépendance et dans ce cas on ne surfe pas sur la vague solidaire et on reste chez soi.

Tout en sachant bien sûr que derrière l’arbre afghan, se cache la forêt otan, puisqu’il n’a échappé à personne que Nicolas Sarkozy envisageait de faire revenir la France dans la structure militaire intégrée de l’organisation, quittée en 1966.

A ce titre, cette citation du président (source : rue 89) est éloquente : « J’ai d’abord voulu situer, franchement et nettement, et là est la première rupture, la France au sein de sa famille occidentale. (…) En se plaçant clairement dans sa famille occidentale, la France, et c’était mon objectif, accroît sa crédibilité, sa marge d’action, sa capacité d’influence à l’intérieur comme à l’extérieur de sa famille. D’ailleurs, comment espérer avoir de l’influence sur sa famille politique si, dans le même temps, on n’y a plus sa place ou si les membres de cette famille politique se méfient de vous? La capacité d’influence de la France sur sa famille occidentale tient à la clarté de son engagement et de ses choix. »

Cela signifie-t-il pour autant être le caniche des USA? Cela sous-entend-il un alignement  inconditionnel?

Eternel débat entre ceux qui veulent peser de l’intérieur, et ceux qui veulent rester « propres » et les mains libres, de l’extérieur, sans se compromettre. Les relations internationales ne sont-elles pas justement des échanges où l’idéalisme n’est pas de mise? Ou le pragmatisme doit présider? ou il faut éternellement composer, discuter, reculer pour mieux sauter?

Rappelons cependant à toutes fins utiles que les socialistes, qui estiment pouvoir faire cavalier seul, sont toujours ceux qui veulent diminuer le budget de la Défense, en bons pacifistes bêlants. Belle indépendance qu’ils nous promettent.
A cet égard, cette blague belge m’a toujours fait rire : « Pourquoi les Français ont-ils choisi le coq comme emblème? Parce que c’est le seul animal qui est capable de chanter les pieds dans la m… ».

Tâchons de toujours garder à l’esprit la débâcle de 1940. A vouloir être grand, fort mais seul, on se retrouve occupé par l’ennemi.

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