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Pour une fois qu’il y avait une information heureuse!

Photo Edouard Bride/MAXPPP

En France, on aime bien les débats superficiels. On aime bien parler pour parler. Et quand on n’est pas au pouvoir, on peut se permettre d’adopter une position tout à fait démagogique sans craindre le ridicule. Prenons pour exemple la libération de Clotilde Reiss : cet événement heureux s’est mystérieusement transformé en polémique, alors qu’il n’y a même pas l’ombre d’un chat à fouetter…

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L’incroyable morgue de l’Occident

De quelle légitimité dispose l’Occident dans le bras-de-fer étonnant qu’il a engagé avec la Russie? Et surtout, de quelle crédibilité? A force de défendre ses intérêts en se parant d’une morale à géométrie variable, ses arguments juridiques comme politiques ne tiennent plus, preuve d’un affaiblissement considérable de l’influence des pays de l’Otan. 

La loi du plus fort s’applique assez bien en matière de relations diplomatiques, basées sur un soi-disant droit international qui n’existe que dans l’imagination de quelques idéalistes dont la plupart besognent à l’ONU. Et dans celle des profs de droit. Alors que les Etats-Unis haussent le ton vis-à-vis de la Russie, qui a reconnu officiellement comme Etats indépendants les territoires géorgiens sécessionnistes de l’Ossétie du sud et de l’Abkhazie, hier, Bernard Kouchner envisageait l’hypothèse de sanctions européennes contre l’ancien empire des Tsars. On aimerait savoir de quelles sanctions on parle, pour rire.

Sans vouloir donner raison aux Russes (peut-on avoir raison ou tort en la matière?), ceux-ci ne font que défendre leur sphère d’influence, après avoir été titillés pendant  des années en Europe de l’Est et dans le Caucase par des Américains un peu trop gourmands, qui ont cru trop vite que la fin de la guerre froide leur donnerait les mains libres sur toute la planète. Après avoir un tantinet chatouillés dans leur orgueil national par les ralliements systématiques à « l’ouest », l’installation de bases militaires dans leurs anciens satellites… On pouvait lire à ce sujet une très bonne analyse dans le dernier numéro de Marianne, l’hebdomadaire estimant que la guerre froide étant terminée et bien terminée, en dépit des fantasmes, le monde en était revenu « à ce qui a toujours fait l’histoire avant les idéologies : l’affrontement des grandes puissances, leurs rivalités économique et leurs aires d’influence, leur affrontement à leurs marches, et parfois, leur choc frontal, lorsque leurs opinions s’enflamment et que la raison s’épuise dans leurs capitales ».

Parler de la Russie comme d’une « hors-la-loi internationale », comme le fait Kouchner, évoquer des sanctions pour la punir, est donc d’un grotesque inimaginable. Quid des sanctions contre les Etats-Unis après l’invasion illégale de l’Irak? Quid des sanctions contre les pays de l’Otan ayant bombardé la Serbie et fait tomber Milosevic en 1999? Quel est ce deux poids, deux mesures, consistant à revendiquer l’intégrité territoriale de la Géorgie sur le droit des peuples ossètes et abkhazes à disposer d’eux mêmes, alors qu’on avait tenu le discours diamétralement opposé en direction du Kosovo l’année dernière? Il ne faut pas se plaindre de conséquences incontrôlables, une fois qu’on a ouvert la boîte de Pandore des nationalismes.

Surtout, il est très imprudent de se revendiquer d’une forme de morale universelle, quand de fait, on ne l’utilise qu’à son unique avantage, en en refusant systématiquement aux autres le bénéfice. Je n’irais pas jusqu’à affirmer, comme le fait brillamment Malakine, que l’Occident se cherche là un nouvel ennemi, afin de masquer à son peuple ses propres turpitudes, quoique la thèse soit séduisante.

 La véritable question est : l’Occident a-t-il les moyens de ses ambitions? Peut-il continuer à dire ce qui est bien ou pas, en se voilant la face sur sa propre puissance? Peut-il se permettre une opposition frontale avec le premier producteur mondial de pétrole et grand fournisseur de gaz?

Il y a tout à parier qu’en dehors des gesticulations de Bernard Kouchner et Condoleeza Rice, cette histoire de sanctions, probablement d’origine polonaise ou balte, ne soit qu’une grosse blague destinée à montrer les muscles. A répondre à Dmitri Medvedev, qui assurait lundi que le cas géorgien devait constituer « un avertissement pour tous ». Et à éviter ainsi une contagion à la Moldavie (Transnistrie), à l’Ukraine (Crimée).

L’Histoire jugera, bien sûr. Mais jusqu’ici, la morgue occidentale ne semble pas bien plus convaincante que celle qui avait été déployée au sujet de la Chine et du Tibet.

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Atlantisme ou réalisme?

Nulle volonté ici de commenter sur le fond l’envoi de troupes en Afghanistan, ce pays qui comme rappelle mon petit Nicolas, nous donne assez de fil à retordre côté orthographe pour qu’on se croie suffisamment qualifié pour décrypter sa situation réelle.

J’ignore donc si ce bataillon supplémentaire (entre 800 et 1 000 hommes) a un intérêt opérationnel, même si on peut l’imaginer. On ne risque pas la vie de soldats pour rien, surtout en France où on n’en a pas tant que ça et où le service militaire s’est transformé peu à peu en analyse de programme télé.

On peut en revanche s’interroger sur les accusations d’atlantisme formulées par l’opposition, qui a trouvé là un excellent moyen pour faire parler d’elle autrement que pour ses luttes intestines.

Déjà, on peut se gausser de ce que ce mot soit devenu un gros mot. L’atlantisme, c’est le crime de lèse-de Gaulle. C’est le pire mal qui soit dans notre pays fondamentalement anti américain. Pour beaucoup de gens, USA = Bush = méchant = pas bien. Cela peut aussi faire penser à « espèce d’impérialiste », qui était l’insulte favorite de nos bons amis les Soviétiques. Au fond, on se demande pourquoi les Etats-Unis devraient représenter le mal absolu à combattre par dessus tout. L’exception culturelle française, c’est bien, notre indépendance aussi, mais il y a un moment où il faut mûrir et choisir son camp. Le nôtre, n’est-ce pas l’Occident? Il y a peut-être un juste milieu entre la défiance et le suivisme béât.

Ensuite, on peut se demander si cette décision sarkozienne est ou non un geste atlantiste. Rappelons qu’en 2001, le PS était aux affaires (avant de se faire renvoyer manu militari quelques mois plus tard) lorsque nos troupes avaient été envoyées en Afghanistan. Souvenez-vous! C’était l’époque où nous étions « tous américains » après les attentats du World Trade Center. On a entendu personne, à l’époque, nous seriner qu’il était immoral de suivre les USA là-bas.

Non, car après le 11-septembre, l’émotion nous obligeait moralement. Aujourd’hui que l’émotion a disparu et que le dernier chic est même de nier en dépit de tout bon sens jusqu’à l’existence de ces attentats, on a beau jeu de vouloir refuser des renforts.

De deux choses l’une : soit on accepte l’idée de départ, et on se donne ensuite les moyens des enjeux afghans, à savoir neutraliser ces dingues de talibans, soit on se pique d’indépendance et dans ce cas on ne surfe pas sur la vague solidaire et on reste chez soi.

Tout en sachant bien sûr que derrière l’arbre afghan, se cache la forêt otan, puisqu’il n’a échappé à personne que Nicolas Sarkozy envisageait de faire revenir la France dans la structure militaire intégrée de l’organisation, quittée en 1966.

A ce titre, cette citation du président (source : rue 89) est éloquente : « J’ai d’abord voulu situer, franchement et nettement, et là est la première rupture, la France au sein de sa famille occidentale. (…) En se plaçant clairement dans sa famille occidentale, la France, et c’était mon objectif, accroît sa crédibilité, sa marge d’action, sa capacité d’influence à l’intérieur comme à l’extérieur de sa famille. D’ailleurs, comment espérer avoir de l’influence sur sa famille politique si, dans le même temps, on n’y a plus sa place ou si les membres de cette famille politique se méfient de vous? La capacité d’influence de la France sur sa famille occidentale tient à la clarté de son engagement et de ses choix. »

Cela signifie-t-il pour autant être le caniche des USA? Cela sous-entend-il un alignement  inconditionnel?

Eternel débat entre ceux qui veulent peser de l’intérieur, et ceux qui veulent rester « propres » et les mains libres, de l’extérieur, sans se compromettre. Les relations internationales ne sont-elles pas justement des échanges où l’idéalisme n’est pas de mise? Ou le pragmatisme doit présider? ou il faut éternellement composer, discuter, reculer pour mieux sauter?

Rappelons cependant à toutes fins utiles que les socialistes, qui estiment pouvoir faire cavalier seul, sont toujours ceux qui veulent diminuer le budget de la Défense, en bons pacifistes bêlants. Belle indépendance qu’ils nous promettent.
A cet égard, cette blague belge m’a toujours fait rire : « Pourquoi les Français ont-ils choisi le coq comme emblème? Parce que c’est le seul animal qui est capable de chanter les pieds dans la m… ».

Tâchons de toujours garder à l’esprit la débâcle de 1940. A vouloir être grand, fort mais seul, on se retrouve occupé par l’ennemi.

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La Françafrique a-t-elle vraiment disparu?

Tiens, tiens. Voilà qui est intéressant : quelques minutes après son entretien hier à N’Djaména avec le ministre de la Défense, Hervé Morin, et après que Nicolas Sarkozy ait annoncé que la France ferait « son devoir » au Tchad, au moment où la situation semble se calmer entre forces rebelles et militaires fidèles au régime, le président Idriss Déby a confié lors d’une conférence de presse qu’il n’était « pas impossible » qu’il gracie les six membres français de l’Arche de Zoé condamnés par la justice tchadienne.

Ah bon, en quel honneur? « Il n’est pas impossible si la France en fait la demande (…) Bien sûr, il n’est pas impossible que j’examine cette question », a-t-il dit. On se souvient de l’attitude jusqu’au-boutiste de Déby dans le dossier de l’Arche de Zoé. Il en faisait un peu beaucoup. Le changement d’attitude est ici total. Quel miracle… On imagine bien la conversation qu’il a dû partager avec Hervé Morin. « Bon, tu es bien gentil là Idriss. On t’a aidé à te maintenir dans ton palais pourri et nos militaires y ont même écrasé quelques cafards. Si c’était possible de grâcier les zozos de l’Arche de Zoé, ça nous ferait un bon coup diplomatique. En France, on est encore loin de l’émeute, tu sais, mais la côte de popularité de notre bien-aimé Sarko Ier est en chute libre! » L’échange de bons procédés n’est même pas dissimulé. Comme au bon vieux temps!

 On avait beaucoup glosé, pendant la campagne présidentielle, sur les velléités sarkozystes de révolution de notre politique africaine. En mai 2006, Nicolas Sarkozy avait ainsi promis « une relation nouvelle, équilibrée, débarrassée des scories du passé ». On avait évoqué des changements d’attitude, la fin de l’Afrique à papa des années Mitterrand et Chirac, de cette fameuse « Françafrique », des rapports ambigus avec les chefs d’Etat africains, des pressions, des chantages à la sécurité et à la défense.

Il n’y a pas besoin d’être un spécialiste de l’Afrique pour constater, d’ailleurs sans porter de jugement à cet égard, que Nicolas Sarkozy n’a guère fait évoluer la vision française classique de l’Afrique, hormis en paroles, à l’occasion d’un discours de Dakar inutilement polémique. Il reçoit et échange avec les comparses habituels de la France, en général dictateurs (Omar Bongo, Khadafi, Ben Ali et compagnie). Il aide les présidents « amis » en cas de difficultés intérieurs, comme cela a été le cas au Tchad. Et il reçoit tout naturellement des « facilités » en retour! La rupture, c’est bien plus facile en mots…

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