« Débattre », pour quoi faire?

Sur le « débat » que promet François Hollande sur l’euthanasie les « cas exceptionnels où l’abstention thérapeutique ne suffit pas » pour traiter une « douleur irréversible » et qui pourrait nécessiter un « acte médical, assumé, au terme d’une décision partagée et réfléchie », que dire de plus après Natalia?

A mon avis, rien du tout. Citons simplement un extrait savoureux :

Le  »débat citoyen » est une arnaque. Vous ne me croyez pas ? Ouvrez donc votre poste de radio, quelle que soit la fréquence : toutes les radios généralistes ont une tranche où les auditeurs réagissent à l’actualité. Allez donc voir sur internet comment se déroule un  »débat » . Nous vivons dans une société où les gens n’ont aucune idée de ce que c’est, sinon pérorer avec le ressort intellectuel d’un coucou mort au fond d’un tonneau de bière sur des sujets plus graves les uns que les autres. Vous ne me croyez pas ? Récemment, sur un forum de mamans, à propos de l’avortement : « Défendre la vie ? Mais un fœtus c’est qu’un tas de cellules !!! Pourquoi pas défendre le droit à la vie d’une tumeur tant que t’y es !!! Et tous les spermatozoïdes qui meurent à chaque éjaculation, tu les recueilles, aussi ? » ( »argument » liké 165 fois). Ou sur la page FB de la Banque alimentaire du Vaucluse, qui a accepté le don d’un abattoir de taureaux morts dans une corrida : « Serait-il raisonnable de bouffer les cadavres des milliers de personnes qui meurent tous les jours? Puisque vous allez dans ce sens, c’est aussi de la viande, et après tout selon vous on a le droit de manger du cadavre…bouffons de l’humain, stop au gaspillage! »

Qu’implique un débat ? Que ses participants sachent penser. Or, désolée de vous l’apprendre, mais collectivement nous ne savons plus penser. Sous le triple effondrement des différences fondatrices que sont la différence des sexes, la différence des espèces et la différence des générations, le débat aujourd’hui se résume à une empoignade tripes contre tripes, où chacun veut que sa souffrance, sonparcours singulier, sa perception des choses ait force de loi.

La seule chose que ce débat changera, c’est que la future loi sur l’euthanasie aura la légitimité d’avoir été débattue.

Une fois qu’on a lu ça, on a tout compris.

Mais comme on est bavard, et qu’on peut pas s’empêcher de poker parler après Natalia. Juste un dernier mot. Juste quelques mots.

François Hollande s’est sans doute attiré la sympathie de nombreux opposants à l’euthanasie en annonçant le renforcement des structures de soins palliatifs, ce qui est une excellente chose au demeurant. Il s’est sans doute attiré leur sympathie, en semblant temporiser et laisser la porte ouverte au débat. Mais méfiance : il semble agir comme un charmeur de serpent, essayant d’hypnotiser le public en lui racontant des sornettes sur la fin de vie. Comme pour l’austérité, le Président refuse d’employer le mot euthanasie. Refuse la clarté.

Pourtant, comme dit l’ancien ministre socialiste de la Santé, Claude Evin, « nommons les choses par leur nom. Se prononcer en faveur de l’euthanasie consiste désormais à vouloir légaliser l’injection létale de barbituriques et de curares. Il s’agit en pratique d’exiger du personnel soignant qu’il donne activement la mort, c’est-à-dire qu’il arrête le cœur du malade pour traiter sa souffrance. »

Mais ce n’est pas ce que dit Hollande. Ni ce que dit l’ADMD. Hollande et l’ADMD, ils veulent « un droit à mourir dans la dignité ». Et le problème du « débat », c’est qu’il a toutes les chances d’être perdu dans ces conditions de mensonges et de confusion sur les notions de souffrance, de dignité, de maladie, de soins…

J’entendais ce matin sur Europe 1 un proche d’une personne récemment décédée à l’hôpital dire combien le « spectacle de sa souffrance » était terrible. Si le débat se pose ainsi, on est foutus. On va légiférer pour nous éviter, à nous, bien portants, le spectacle de la douleur d’autrui… Et dans ce même journal d’Europe 1, aucun autre regard que ce témoignage forcément partiel… Un peu comme si, à l’instar de ce que dit Natalia, on appuyait un débat sur la peine de mort avec le témoignage d’un père ayant perdu son enfant tué par un récidiviste…

Et si, au contraire, on essayait de changer notre regard collectif sur les pauvres, sur les moches, sur les gros, sur les handicapés, sur les roux, sur les nains et sur les malades? On gagnerait, indéniablement, en dignité. Mais un tel « débat » serait peut-être un peu trop exigeant à l’heure de Secret Story, de NRJ-première-radio-de-France et de RMC radio foot.

7 Commentaires

Classé dans Chafouinage

7 réponses à “« Débattre », pour quoi faire?

  1. rineau

    bonjour,

    je suis infirmière, et je travaille en soins palliatifs. Pour démarrer un débat, peut être pourrait on commencer par définir de quoi on parle. Je suis bien placée pour témoigner que les termes employés par les médias induisent des réponses inadaptées chez les sondés. Ainsi, arrêt des soins et euthanasie sont pratiquement toujours confondus, mélangés. J’ en veux pour preuve les nombreuses conversations que je peux avoir sur ce sujet avec des proches, avec des malades, avec leur famille. La loi léonetti qui précise tout cela, est fort mal connue, y compris du personnel soignant, c’ est dire à quel point on ne sait pas de quoi on parle. Je voudrais aussi aborder le sujet, vaste et qui mérite développement, d’ un tout autre angle .
    Nous autres soignants, nous avons choisi ce métier pour venir en aide aux malades, pour les soigner, pour les soulager . Nos gouvernants, nos politiques qui pondent de tels projets dans des bureaux, loin de la réalité que nous nous vivons, c’ est à dire la mort, la souffrance, se rendent ils comptent qu’ ils envisagent de nous faire porter, nous soignants, le poids de l’ acte de tuer ? pour euthanasier, point n’ est besoin d’ être soignant, et ceux qui disent cela sont des hyppocrites. C’ est un peu un coup de colère, mais je parle au nom de nombreux soignants…

  2. Pingback: L'euthanasie en 2012 | Pearltrees

  3. Kiiqelik

    Ça fait penser à Bernanos qui parle de ces tristes temps où les idiots, les pauvres et les malheureux n’auront plus pour seule source d’aide que la « naturelle répulsion que les délicats ont pour la souffrance ».

  4. do

    ne pas hésiter à aller voir ce qu’en dit @Pneumatis,
    http://pneumatis.over-blog.com/article-moi-j-aime-bien-les-debats-108292853.html
    qui est très complémentaire et va beaucoup plus loin en restant positif.

    et donc, à retenir, pour préserver AUSSI la liberté des personnels soignants, il nous faudra militer AUSSI en affirmant fort qu’il n’est pas besoin d’être soignant pour tuer les malades.

  5. Yogi

    Disons que la technique de « débat » de Natalia étant de calomnier ses contradicteurs (en les accusant par exemple d’usurpation de pseudos) pour éviter de leur répondre, on peut penser que c’est surtout sa haine de la contradiction qui amène sa haine du débat.

  6. @Yogi

    Ne parlez pas de haine en parlant de Natalia. Elle a pu se tromper en vous accusant, mais une erreur suffit-elle à la qualifier de « haineuse »? Restons calme.

  7. CF

    Juste pour alimenter (positivement…) le débat:
    http://www.sfar.org/_docs/articles/Findevie-GroupeICARE-SFAR.pdf
    Ce texte, a été écrit par le comité d’éthique de la Société Francaise d’Anesthesie Réanimation, auquel j’appartiens…juste un emise au point, sur ce que c’est, ce qui se passe ailleurs, le pour le contre…
    cordialement
    Christophe Frot

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