Les bons côtés du gouvernement Ayrault

Exercice d’optimisme et de valorisation de l’existant : essayer de trouver des bons côtés du gouvernement Ayrault I. Or qui cherche trouve. Et j’ai trouvé…

Sur le fond, on est content de voir Manuel Valls remplacer Claude Guéant, qui s’enfonçait chaque jour davantage dans la caricature, et menait une politique largement inefficace. L’Espagnol naturalisé français délivre un message optimiste sur l’immigration, mais un message exigeant : « Pour celui qui n’est pas né en France, qui est devenu français, qui a appris à aimer ce pays, ses valeurs, sa devise, sa culture, sa langue, son drapeau, devenir ministre de l’Intérieur, cela montre bien que ce pays est un pays un peu à part [dont] il faut souligner davantage la force et les atouts »

Et surtout, il appelle à la fin des stigmatisations, de la « course effrénée au chiffre », sans pour autant verser dans « l’angélisme ». Encore une fois, la gauche se situe en opposition avec le sarkozysme, on attendra donc le fond du discours de Valls pour s’en satisfaire. Mais choisir comme premier déplacement le commissariat de Noisy-le-Sec, d’où est parti la grogne actuelle dans la police, était le geste parfait. On verra quelle marge de manœuvre aura Valls pour mener une politique à la fois ferme et juste.

Sur le fond, on ne peut qu’applaudir à cette charte de déontologie que le Président Hollande a demandé à chaque ministre ou secrétaire d’Etat de signer. Après les dérives de l’ère Sarkozy, les déplacements en Falcon de Fillon, le week-end, pour rentrer dans la Sarthe, les confusions entre le service de l’Etat et les copains, un peu de rigueur protestante fait du bien. Et des règles de bonnes conduite ne sont pas de trop. Reste à savoir comment on passera des intentions aux actes.

Sur la forme, on est satisfait de voir que Delphine Batho a dû quitter son logement social de la Ville de Paris, qu’elle louait en toute légalité, mais à un coût inférieur au prix du marché. Contrairement à ce que Delphine Batho prétendait hier sur Twitter, elle n’avait jamais promis de le faire à la fin de la campagne : elle avait juste prévenu lors d’un chat sur le monde.fr qu’elle prendrait des dispositions pour « protéger » sa famille. Ce qui signifie qu’elle n’a toujours pas compris que quand on gagne plus de 5 000€ par mois, il est choquant de s’accrocher à un 108 m² loué à 1 524€ plus un surloyer d’un montant inconnu, le total restant inférieur de 37% au prix du marché. Ce qui signifie que le chef du gouvernement l’a obligée à en finir, et c’est très bien.

Sur la forme, on est aussi très heureux de constater qu’on se dirige vers un fonctionnement « normal » des institutions françaises, avec un président qui préside, un premier ministre qui gouverne, et des ministre qui n’ont pas besoin de montrer patte blanche pour s’exprimer, agir, proposer. On le voit depuis la formation du gouvernement : on ne voit pas Hollande à tout bout de champ. Ayrault est en première ligne. Et les ministres sont visibles. Bonne nouvelle : c’est l’esprit de la Ve République, et il avait été un brin abîmé par Nicolas Sarkozy, qui avait cru bon de mettre en place une hyperprésidence, signe de sa responsabilité directe vis-à-vis du peuple. Le résultat a été explosif pour lui, rappelle Le Monde qui évoque l’effet boomerang de ce mode de gouvernance :

Sa volonté d’être l’unique moteur de l’action publique – son premier ministre n’est qu’un « collaborateur » – l’a privé de tout rempart. Il n’a eu ni gouvernement, ni groupe parlementaire, ni corps intermédiaires pour lui servir de fusible. Mû par une conception quasi prométhéenne de l’Etat, il est sur tous les fronts, tout seul en première ligne, s’occupant de la spiritualité des Français, des programmes télé, de la crise financière internationale, du contenu des médias (de certains d’entre eux en tout cas), de la météo et du reste. Au départ, c’est Rambo, à l’arrivée saint Sébastien offrant son torse aux flèches de toutes les critiques.

Bon, quatre points de satisfaction, c’est déjà pas mal. Vous ne voudriez pas que je fasse la pub de la gauche, quand même!

6 Commentaires

Classé dans Politique

6 réponses à “Les bons côtés du gouvernement Ayrault

  1. Pingback: Les bons côtés du gouvernement Ayrault | Billets de Blogs | Scoop.it

  2. pourquoisecompliquerlavie

    Mais tout cela n’explique toujours pas la différence entre l’éducation nationale et l’éducation populaire ….

  3. gwynfrid

    J’aime bien cette honnête tentative d’apporter un peu d’équilibre dans le commentaire. Pour vous aider, voici quelques points à ajouter à votre liste:

    5) Un peu de renouvellement ne fait pas de mal. Il y a de nouvelles têtes, on verra ce qu’elles valent. Il n’est jamais mauvais de donner leur chance à de nouveaux talents.

    6) Dans le même ordre d’idées, les arrivants ont eu dix ans dans l’opposition pour réfléchir à ce qu’ils pouvaient apporter au fonctionnement de l’État. On peut donc espérer quelques nouveautés: certaines bonnes, d’autres pas. Mais on va sortir de certaines routines qui devenaient lassantes, comme la politique du chiffre dans de nombreux domaines, pas seulement la police.

    7) Symétriquement, les sortants ont eu la tête dans le guidon pendant cinq ans et étaient à court d’initiative et d’innovation. Ils vont pouvoir se ressourcer un peu et revenir plus frais la prochaine fois.

    8) Il va être possible de poursuivre et de sanctionner certaines dérives qui ont pu avoir lieu, ce qui aurait été bien difficile avec l’ancienne équipe.

    9) Nous voilà débarrassés de certains personnages qui ne nous faisaient pas vraiment honneur, tels que Mme Morano, M.Mitterrand, ou encore M.Lefebvre.

    10) Les nouveaux ministres étaient, pour certains, maires et/ou députés et/ou présidents d’exécutifs locaux depuis 10 ou 20 ans. Il vont libérer de la place pour qu’il y ait là aussi du renouvellement.

  4. Mme Y croit

    Les bons côtés, les bons côtés…Un chantre de la démondialisation au « redressement productif » pourra-t-il imaginer qu’au XXIème siècle l’ère industrielle est peut-être finie? Une vieille politique exhubérante et extrémiste pourra-t-elle faire croire au monde de la justice qu’il va être vraiment au coeur des préoccupations du nouvel exécutif? Et que dire de ces dames qui bafouent ouvertement et sans aucune once de vergogne les plus simples principes démocratiques pour avoir une place au soleil bien à elles dans la version Mme Duflot « je négocie avant mais pas sur mes idées » ou dans la version Mme Belkacem « euh finalement je n’aurai pas le temps de m’occuper des Lyonnais qui ne m’ont pas encore élue alors j’y vais pas » (Ah revoir ce grand moment de cynisme où elle nous a expliqué que l’exemplarité c’était elle face à une Claire Chazal lobotomisée…mais il y aurait tant à dire sur nos formidables journalistes à croire que les bons sont tous prisonniers des FARC LOL)

  5. Pingback: gouvernement Ayrault I | Pearltrees

  6. Un joli billet et une belle discussion, bravo et merci ! Sans la liberté de flatter, il n’est point de blâme majeur.

Un petit commentaire?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s