Le gouvernement du Bien

Finie, l’outrance, finie, l’ultraprésidence, fini, le rôle mineur des femmes, fini, les « stigmatisations ». En bref, finis les méchants de droite! Depuis hier, enfin, enfin, que dis-je, enfin, la France dispose d’un gouvernement du Bien. Un gouvernement de gentils, qui défendent le Progrès, le Bonheur, et puis aussi, le « Redressement productif ». Un gouvernement paritaire. Un gouvernement paisible, avec des radicaux, avec des Verts, avec des aubrystes, des fabiusiens, des hollandais et des strauss-kahniens. Un gouvernement qui sourit. Et puis un gouvernement où le cumul sera interdit. Ce qui n’empêchera pas de nombreux ministres d’être candidats aux législatives…

Songez-y : 17 femmes contre 17 hommes, ça, c’est de la modernité. Un signal, à un peu plus de trois semaines des élections législatives. Et peu importe si on sort du chapeau des femmes que personne, pas même Jean-Marc Ayrault, ne connaissait avant hier. Peu importe si la question de la compétence passe au second plan. L’important, c’est la rose. Et l’important, c’est le symbole. C’est l’égalité, enfin retrouvée au plus haut sommet de l’état. L’égalité, marqueur de gauche. Dommage qu’on ne préfère pas l’égalité réelle à l’égalité arithmétique.

Car si on compte des poids lourds masculins dans ce gouvernement, il faut chercher pour trouver leurs équivalents féminins, en l’absence de Ségolène Royal ou Martine Aubry.

Avec Christiane Taubira à la Justice, par exemple, on se croirait revenu aux pires heures du sarkozysme, quand Rachida Dati se retrouvait bombardée Garde des Sceaux à titre de découverte du monde des adultes. Et tant pis si son ministère ne fut qu’une longue série de gaffes, d’échecs et de secousses dans la magistrature, qui en a un peu assez d’être méprisée. Il y a à craindre qu’avec Taubira, il faille s’attendre au pire. Sauf, bien sûr, si elle se contente d’appliquer le programme de Hollande sans faire de vagues – on la connaît pour ses dérapages et ses sautes d’humeur – et il faut bien avouer que ce programme ne pourra pas être pire que celui de Sarkozy, avec son sempiternel « un fait divers = une loi ».

Avec Michèle Delaunay aux personnes âgées, également, on se retrouve avec une Bordelaise qui milite pour l’euthanasie des personnes démentes, mais qui se bat contre celle des pigeons. Cela promet.

Et tant pis si du coup, pour avoir voulu faire plaisir à tout le monde, on se retrouve avec un gouvernement pléthorique, qui déborde de tous côtés. Et qui malgré la baisse de 30% du salaire des ministres (outre ceux du Président et du Premier ministre), coûtera chaque mois 70 000€ de plus que le dernier gouvernement Fillon, qui comptait 22 ministres contre 34 pour celui annoncé hier. Peut-être qu’après les législatives, on pourra revenir à un nombre plus raisonnables de ministres?

Mardi soir, on entendait Jean-Marc Ayrault annoncer en outre qu’avec lui, et avec son gouvernement, il ne faudrait pas compter avec la com’. Excellente nouvelle. Avec les gentils de gauche, contrairement aux méchants de droite, on ne cherchera pas à valoriser l’action politique. On ne cherchera jamais à la mettre en scène. D’ailleurs, Hollande n’a pas débuté son quinquennat en rendant hommage à Ferry et Curie, ni en s’adressant aux profs, première clientèle électorale du PS. Ouf.

Laurent Fabius, de son côté, n’a pas non plus débuté son règne aux Affaires étrangères en faisant visiter le Quai d’Orsay à des journalistes, et en laissant les caméras filmer sa première réunion de travail. Ouf.

En somme, il serait peut-être temps que la gauche essaie de passer à autre chose, essaie d’arrêter de chercher à se comparer au gouvernement sortant, et à mettre en scène cette opposition bien/mal qui devient exaspérante. La vérité, c’est que la gauche a souhaité rompre avec une certaine moralité, mais n’a fait que la remplacer par la sienne, tout aussi subjective.

Enfin, il y a une règle édictée par Ayrault qui semble plus que contestable, quoique d’apparence logique : celle qui impose aux ministres battus aux législatives de démissionner du gouvernement. De fait, cela signifie que s’il perd sa bataille, le ministre sort du gouvernement, ce qui est une bonne chose. Sauf qu’avec la règle du non-cumul, s’il gagne, il doit aussi sortir du gouvernement. Ou renoncer à son mandat de député, et laisser sa place à son suppléant (mais ce n’est pas perdu, puisque ce poste lui revient de droit et le suppléant doit lui laisser sa place lorsque le ministre quitte le gouvernement).

Du coup, on s’interroge sur les raisons poussant des ministres à se présenter aux législatives. Certes, cela leur permet de conquérir une légitimité démocratique bienvenue, mais d’un autre côté, se présenter pour un mandat qu’on ne pourra pas exercer revient un tout petit peu à se moquer des électeurs…

33 Commentaires

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33 réponses à “Le gouvernement du Bien

  1. gwynfrid

    Donc le reproche le plus grave qu’on puisse adresser à ce gouvernement, c’est qu’il cherche à se présenter sous son meilleur jour et à illustrer le changement ? Voilà qui est plutôt bon signe…

  2. « Peu importe si la question de la compétence passe au second plan. »

    Donc si je comprends bien, selon vous, si on avait pris les plus compétents, il y aurait forcément moins de femmes.

    Ok, au moins, c’est clair !

  3. (commentaire du dessus nul mais j’ai rien à dire de plus. Donc excellent billet bis)

  4. davidburlot

    Faudrait éviter de reprendre quelques énormités. 22 ministres sous Fillon, mais on oublie les secrétaires d’Etat…
    Sinon de la transparence, du renouvellement, et de la parité, qu’aurions nous entendu si cela n’avait pas été appliqué.
    Pour finir je suis d’accord le choix de ne pas prendre un ministre ayant perdu une élection est idiot

  5. Très bon billet ! Quelques vérités salutaires à lire.

  6. @antisexisme: Non, sérieux, arrêtez la paranoïa. Chercher dix-sept femmes mnistériables avant de chercher dix-sept personnes compétentes ( et c’est là que doit être le critère principal), c’est le problème!

  7. Claribelle

    Pourquoi des ministres se présenteraient-ils aux élections ? Tout simplement parce qu’ils n’étaient pas sûrs d’être ministres et que, députés sortants (ou pas), ils ont déjà commencé leur campagne, donc commencé des dépenses dont ils aimeraient sûrement être remboursés (suffit de faire au moins 5% pour récupérer jusqu’à 50% du plafond permis). S’ils pensent gagner, ils se maintiendront et s’ils gagnent se feront effectivement remplacer par leur suppléant mais à tout moment ils deviendront députés s’ils se font éjecter du gouvernement que ce soit après les législatives (cohabitation par ex.) ou plus tard. S’ils ne sont pas sûrs de gagner, ils trouveront une bonne raison pour se désister (leur mission de ministre par ex !) pour ne pas perdre sur les 2 tableaux..

  8. Yogui-Yogi ?

    Tout d’abord il s’agit bien d’un gouvernement et non d’une compétition, et donc pas de « 17 femmes contre 17 hommes » mais plutôt de « 17 femmes et 17 hommes ».

    Ensuite je comprends bien que pour vous s’il y a des incapables et des inconnus placés là pour « envoyer des messages », ce sont nécessairement des femmes, mais allez savoir, peut-être y a-t-il également des hommes que pas même Jean-Marc Ayrault ne connaissait avant hier ?

    Par ailleurs n’auriez vous pas titré « Hollande incapable de tenir sa première promesse » si la parité n’avait pas été respectée ? Notons que Sarkozy avait fait la même, et ne l’avait pas respectée, avec 33% de femmes dans le premier gouvernement Fillon.

    Vous devriez aussi être plus prudent avant d’aller chercher des chiffres, erronés, sur un site « for men only » (!), car en fait de « gouvernement pléthorique, qui déborde de tous côtés », le gouvernement Ayrault comprend 1 membre de plus, et coûte 132.000 euros de moins, que le gouvernement sortant. http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/05/17/bataille-de-chiffres-autour-de-la-reduction-des-salaires-des-ministres_1703230_1471069.html

    Enfin Hollande n’a pas débuté son quinquennat « en s’adressant aux profs, première clientèle électorale du PS », mais « en s’adressant aux profs, qui sont en première ligne sur l’éducation, priorité du pays ». Et si vous pensez que l’éducation n’est la priorité d’un pays que pour faire plaisir à ses profs, libre à vous.

  9. gwynfrid

    Je reviens sur votre remarque finale, « se présenter pour un mandat qu’on ne pourra pas exercer revient un tout petit peu à se moquer des électeurs ».

    Je ne comprends pas très bien où est le problème. Un ministre élu député, ou un député qui devient ministre, ne peut siéger, c’est incompatible d’après la Constitution. C’est pour cela que les suppléants sont prévus. Cela ne résulte pas de la règle Ayrault: c’est ainsi que le système fonctionne depuis le début de la Ve République.

  10. NM

    Si vous avez une explication pour Christine Taubira, je suis preneur.
    Sur la règle applicable au ministre-candidat, je ne comprends pas pourquoi si peu d’analystes s’étonnent que la règle ne soit pas plutôt : t’es ministre, pas candidat… Ce serait plus simple et plus sain.
    Pour le reste, on peut toujours espérer que les législatives imposeront une cohabitation. Tout le monde sera content : plus de Sarko, Hollande superstar et un gouvernement qui pourra limiter la casse (et si possible avec une droit renouvelée et recentrée).
    (quoi ? je rêve ?)

  11. @Talochette. Bizarrement, quand il y a plus d’hommes que de femmes, on ne se demande pas si des talents féminins n’ont pas été sacrifiés…. Oo

  12. Bien vu !
    Et une mention spéciale pour le « sempiternel un fait divers = une loi »…

  13. gwynfrid

    @ NM: Il est logique que les ministres soient candidats, car ce gouvernement d’entre deux élections n’est pas là pour gouverner. Il ne le peut guère, puisqu’il n’y a pas de Parlement. Il peut tout au plus passer des décrets dans le cadre des lois existantes: du symbolique sans grand intérêt, genre réduction des salaires ministériels. Ce gouvernement est là pour gagner les législatives pour pouvoir gouverner ensuite: il est donc au contraire normal que les ministres soient en campagne.

    C’est au contraire aux ministres qui se dispensent de la confrontation face aux électeurs qu’on peut faire reproche. Leur légitimité sera forcément bien moindre.

    Quant à votre rêve de cohabitation, c’est un rêve pour deux raisons. D’abord, un gouvernement de cohabitation n’est pas là pour « limiter la casse ». Il est au pouvoir. Une cohabitation ne pourrait être qu’une poursuite de la politique Sarkozy sans Sarkozy et avec des divisions permanentes au sommet de l’État, entre le Président et une majorité parlementaire dépourvue de chef. Autrement dit, ce serait le bazar.
    L’autre raison, c’est que la droite ne pourra se renouveler (probablement) et se recentrer (peut-être) qu’après une défaite.

    Si on est de droite on peut souhaiter une opposition forte. Pas une cohabitation, qui serait un remède pire que le mal.

  14. René de Sévérac

    Certes ce gouvernement n’est pas fantastique.
    1. Ils sont nombreux, mais c’est la règle ; donner du poids à des inconnus pour favoriser leur élection.
    Et réciproquement, leur donner un baptême démocratique (c’est pas illogique que le peuple valide des propositions)
    2. parité absolue : je me fais l’écho de certains com’ tout en faisant attention de ne pas associer femme et incompétence. Tout cela n’a aucune importance.
    Ça deviendra grave quand la diversité réclamera sa parité; je n’insiste pas afin de ne pas rappeler les HeuresLPNDNH.
    3. Taubira à la Justice. Attention, mais je n’insiste pas pour ne pas rappeler les HLPNDNH.
    Dernière remarque, quelle différence avec un premier gouvernement de Droite ? Croiriez-vous, mon ami que nous vivons en Démocratie ?

  15. Bravo pour ce billet.

    @ Gwynfrid: vous avez bien raison, un gouvernement de cohabitation est un gouvernement au pouvoir. Mais vous avez tort sur les conclusions que vous en tirez: il gouverne tellement que le Président ne peut guère s’opposer que pour prendre date. Donc rien à craindre: la France serait gouvernée et sans doute bien mieux – à mon goût -que par la gauche. Quant au renouvellement de la droite par la défaite, c’est le rêve conjoint des centristes et de l’extrême droite qui espèrent tirer à eux le gros de la droite parlementaire. Cela s’appelle le supplice de l’écartèlement dont les victimes se relèvent rarement…

    @ Yogui-yogi? : imaginer que les profs sont la première clientèle du PS, c’est en effet traiter injustement beaucoup d’autres fonctionnaires… Quant à l’expression « l’Education, première priorité du pays », elle demande une explication de texte: l’implicite est le suivant: « embaucher des professeurs est la première priorité du pays ». Le présupposé étant que le problème de l’Education Nationale est de manquer de professeurs. Etant professeur et parent de trois élèves et une étudiante, j’ai un autre point de vue tout aussi autorisé que celui des syndicats enseignants de gauche. Et je reviens au point de départ: les professeurs étant la première clientèle électorale du PS, en augmenter le nombre, c’est assurer l’avenir… électoral du PS. Et faire leur éloge, c’est très bien aussi: relisez le Corbeau et le Renard. Et en rendant le pouvoir aux inspecteurs, on s’assure que le professeur sera noté sur sa capacité à appliquer aveuglément des circulaires ministérielles et non pas à instruire la jeunesse. C’est tellement plus confortable…

    Mais, cher chafouin, soyons honnête, la composition de ce gouvernement a, au moins un mérite: c’est un premier pas pour résoudre la crise du logement: grâce à son nouveau salaire (même réduit), Delphine Batho va pouvoir libérer un logement social à Paris. En la tirant de la gêne, Monsieur Ayrault fait un cadeau à une autre personne dans le besoin… N’est-ce pas gentil?

  16. gwynfrid

    @ Hubert Houliez: Nous sommes d’accord sur le point le plus important. Je comprends par ailleurs que vous espériez en un meilleur gouvernement par la droite. Cela dit, dans cette hypothèse, une toute première question: Qui sera le Premier Ministre de droite ? On voit instantanément toutes les possiblités de bisbilles, que le Président Hollande ne manquerait pas d’exploiter au mieux. Une politique difficilement prévisible, donc. Que diront alors ceux qui prétendaient que les marchés allaient s’affoler en cas de victoire d’une gauche dépensière ?

    Pour ce qui est du renouvellement, citez-moi un parti, en France ou ailleurs, qui s’est renouvelé tout en conservant le pouvoir… D’un autre côté vous pouvez aussi considérer que la droite actuelle et son personnel son excellents. Auquel cas je me permettrai d’exprimer respectueusement mon désaccord le plus total.

  17. @Gwynfrid

    Je partage un peu votre avis sur la nécessité de renouvellement de la droite. Pas juste un changement de tête, mais une profonde réflexion sur ce qui n’a pas fonctionné depuis 2004 et le début du sarkozysme.

    Après, chacun met ce qu’il veut dans cette volonté de changement, et c’est bien le problème : tu as des umpistes qui pensent dur comme fer qu’il faut ne rien lâcher et continuer la droitisation du discours, qui certes, a entraîné la perte de Sarkozy, mais paradoxalement, dans le même temps, a aussi limité l’ampleur de sa chute (je sais pas si vous me suivez?)

    Il y en a d’autres qui croient que c’est en adoptant les mêmes positions que la gauche en matière sociétale (FX Weiss l’a dit au soir du second tour) que la droite vaincra.

    Je suis un peu entre les deux. Je crois qu’il faut rester ferme sur les questions d’identité, d’immigration, mais qu’il faut aussi être juste, ce qui n’a pas été le cas du tout ces dernières années. Des CRS qui détruisent des camps de Roms, des clandestins arrêtés à la sortie du lycée, totu cela m’a fait une honte absolue.

    Ceci n’empêche pas que je reste davantage favorable à une cohabitation, ou en tout cas à l’échec de la gauche aux législatives, car elle m’effraie tellement sur les questions de société…

    Qui serait Premier ministre? Eh bien celui sur le nom duquel s’entendraient les députés de la majorité, celui qui les aurait menés au combat : très vraisemblablement, JF Copé, qui tient les rênes du parti. Comme Chirac en 1993. Enfin mauvais exemple, puisqu’il avait laissé Balladur y aller🙂

    Juppé, Fillon, Raffarin, tous les trois font parler d’eux mais leurs réseaux sont minuscules, pour l’heure. Et je ne parle même pas de NKM qui n’a que des ambitions et aucune idée ni aucun soutien, et qui a été nullisime tout au long de la campagne présidentielle. Transparente, quoi.

    Et pour revenir à la question des ministres, je suis surpris qu’on puisse réclamer un mandat qu’on n’exécutera pas. La légitimité ne vient pas que de l’élection, que je sache! Qu’on l’aime ou pas, Vincent Peillon est un véritable spécialiste de l’éducation, Manuel Valls de la sécurité, et je ne vois pas bien ce qu’une onction populaire viendrait y changer, ou pas.

    @David Burlot

    Je me suis laissé abuser par les calculs de RMC…

    @antisexisme

    Ce que je veux dire, et je suis désolé de le dire ainsi, c’est qu’on a le sentiment qu’ils ont raclé les fonds de tiroir pour placer autant de femmes que d’hommes. Si je me trompe, tant mieux. Mais on voit clairement, quelle que soit par ailleurs la question de la compétence, que le poids politique des 17 hommes sera bien plus important que celui des 17 femmes. Mosco, Fabius, Peillon, Valls, rien qu’eux. Trouvez moi quatre femmes qui ont le même poids qu’eux, et on reparle.

    @Yogi

    Au départ je me suis demandé ce que vous vouliez dire avec ce « 17 femmes contre 17 hommes ». C’est tout à fait involontairement que j’ai écrit cela de cette façon. Je voulais bien sûr écrire ET. Je modifie.

    Sur la parité, je suis très hostile, en réalité, à la discrimination positive, voilà tout.

    Quand à votre conclusion, vous devez être bien naïf si vous pensez qu’il n’y a aucun calcul politique derrière tout cela, quelle que soit l’importance qu’on donne par ailleurs aux questions d’éducation, fort légitimement. Le message est là : après toutes ces années de RGPP, nous, votre famille politique, allons nous occuper de vous.

    J’approuve entièrement la réponse que vous transmets Hubert Houliez : songer que la « réussite éducative » ne passe que par toujours plus de profs, alors qu’en réalité, la droite n’en a pas supprimé tant que cela, c’est vraiment voir les choses par le petit bout de la lorgnette. Ne raisonner qu’en terme de chiffres (même si cela peut être intéressant dans certaines situations) empêche peut-être de se poser les vraies questions de réformes profondes. Un peu comme dans la police, d’ailleurs. Ceci étant, je ne dis absolument pas que la droite l’a fait pour autant. Eux, ils se sont aussi focalisés uniquement sur les chiffres, mais dans l’autre sens…

  18. Yogi

    @ Hubert Houliez

    Si vous estimez qu’embaucher 60.000 professeurs va assurer l’avenir électoral du PS dans un pays de 43 millions d’électeurs, on peut sans doute en déduire que vous n’êtes pas professeur de mathématiques. D’autant que, comme vous l’illustrez, tous les profs ne votent pas socialiste.

    Sinon, je suis bien d’accord que “l’Education, première priorité du pays” n’entraîne pas nécessairement qu’il faut embaucher plus de profs. Sur les deux sujets distincts « Faut-il plus de profs ou pas » et « Quelles réformes faut-il mener » je n’ai malheureusement pas d’opinion personnelle fondée. Ce que je sais, et la seule chose que j’ai dite, est que dans tous les cas les profs sont en première ligne, et que s’adresser à eux est donc parfaitement légitime.

  19. Yogi

    Et par ailleurs la réforme de l’Education la plus emblématique de Sarkozy, la suppression de la formation des professeurs, ne m’a pas frappé par sa pertinence. Est-ce bien là la voie à suivre ?

  20. Yogi

    @ le chafouin

    « C’est tout à fait involontairement que j’ai écrit cela de cette façon » : Sans doute, et c’est pourtant ce que vous avez fait … mais laissons cela à votre psychanalyste🙂

    « songer que la “réussite éducative” ne passe que par toujours plus de profs […] c’est vraiment voir les choses par le petit bout de la lorgnette » : Là-dessus, je serai d’accord.

    « alors qu’en réalité, la droite n’en a pas supprimé tant que cela » : Selon Bruno Julliard c’est 80.000 postes d’enseignants et 35.000 postes de surveillants qui ont été supprimés depuis 2007. Je n’ai pas les moyens de savoir si c’est vrai. http://leplus.nouvelobs.com/contribution/357513-sarkozy-et-l-education-entre-mepris-et-meconnaissance.html

  21. gwynfrid

    Chafouin, je crois que Copé avait une légitimité de chef de parti, conférée par le véritable chef, Nicolas Sarkozy. Celui-ci parti, sa position est rien moins qu’incontestable, et elle sera contestée. Il finira peut-être par prendre le contrôle de l’UMP, mais cela prendra du temps et de la bagarre, d’autant que la popularité de Fillon auprès les députés du parti est, si j’ai bien compris, très robuste. Impossible de mener un tel combat en même temps qu’un rôle au gouvernement, dans lequel il faudrait se battre en mpeme temps avec l’Élysée (rappelons que Jacques Chirac était sorti essoré de ses deux ans face à Mitterrand).

    Mais de toute façon, c’est là un débat théorique, tant la cohabitation semble aujourd’hui une issue improbable. Quant à la souhaiter… Je voudrais bien moi aussi que l’on puisse bloquer la légalisation de l’euthanasie. Mais, d’une part, je ne crois pas cela possible, même avec un gouvernement de droite. Et je ne voudrais pas que cela se fasse au prix d’un blocage général des institutions. Les dirigeants étrangers vont devoir découvrir un tout nouveau représentant de la France: il serait fort embarrassant de devoir leur en mettre dans les pattes un second, tout aussi nouveau, et concurrent du premier.

  22. @Yogi

    Si j’en croit le ministère de l’éducation, il y a 1,066 millions d’employés dans ce ministère, dont plus de 850 000 profs (et je ne parle pas des assimilés). je vois mal comment éviter de se poser la question du nombre, dans un pays où la dette publique approche 1 700 milliards d’euros.

    Quand je dis qu’il n’y a « pas eu tant de suppressions que cela », je veux dire qu’on peut faire avec, et que plutôt que d’aller pleurer dans la rue à chaque suppression de postes (même quand le nombre d’élèves diminuent, d’ailleurs…), les syndicats feraient bien de réfléchir à l’avenir de leur profession et de songer à ce qu’ils pourraient faire en étant moins nombreux.

    Idem pour la gauche, d’ailleurs. Ces 60 000 postes sont une folie qui vont nous coûter cher.

    @Gwynfrid

    Fillon est populaire à droite, mais c’est bien Copé qui tient les troupes, n’oubliez pas qu’il était patron des députés avant d’être chef du parti. Il est donc très aimé de la base parlementaire.

    Mais c’est vrai qu’on parle dans le vide : vous avez raison. C’est purement théorique : avec le risque de triangulaires et le bonsu naturel au vainqueur de la présidentielle, je ne vois pas trop comment la droite pourrait l’emporter. Tout au plus pourra-t-elle limiter la casse et espérer que le PS n’ait pas la majorité absolue à lui tout seul, et dépende de ses alliés, histoire de lui compliquer la tâche.

    Ceci dit, l’euthanasie est une question pour moi bien plus prioritaire que celle de savoir si Obama serait étonné ou pas de voir Copé débouler dans le jeu diplomatique. Question de priorité… L’idée que notre pays bascule et que cela soit le sens de l’histoire, je n’y crois pas. Un exemple qui vaut ce qu’il vaut : on disait la même chose du cannabis il y a cinq ou dix ans, et aujourd’hui, rares sont ceux qui défendent sa dépénalisation.

    En tout cas, je me battrai pour qu’elle ne soit pas adoptée.

  23. bernard menez

    Cher Chafouin, quelle ironie et quelle mauvaise foi sur certains aspects de ce texte. No le temps ni l’envie de participer au débat mais je me range derrière les (excellents) arguments de yogi yogi. Et l’article du monde qu’il met en lien sur le coût du gvt est révélateur de votre mauvaise foi (parfois!)

  24. bernard menez

    et aussi : « quelle que soit par ailleurs la question de la compétence, que le poids politique des 17 hommes sera bien plus important que celui des 17 femmes. Mosco, Fabius, Peillon, Valls, rien qu’eux. Trouvez moi quatre femmes qui ont le même poids qu’eux, et on reparle. » Certes mais on part de tellement loin qu’il faut bien commencer par qqpart! Et merci pour vos relents de sexisme. « racler les fonds de tiroir ». Quel mépris! C’est hallucinant.

  25. bernard menez

    Car il y aurait sans doute à s’interroger autant sur la compétence de certains ministres hommes que Ayrault a aussi sorti de son chapeau. Mais c’est tellement mieux de s’interroger sur l’incompétence des femmes!

  26. gwynfrid

    @ Chafouin: Ce n’est pas juste la question de savoir qui va aller donner des tapes dans le dos à Obama, mais de savoir qui va être le boss. Sarkozy en a fait des tonnes sur la gravité de la situation financière et le besoin d’avoir un président reconnu et solide pour faire face à la crise de l’euro… et il avait raison. On ne sait pas si Hollande aura les épaules assez larges pour tenir le coup et trouver un arrangement qui tienne la route avec les Allemands, les Grecs, les Espagnols etc. Mais il ne fait aucun doute qu’avec une droite divisée qui ne tiendrait que la moitié des rênes du pouvoir, notre position serait bien plus fragile encore. Le risque n’est pas simplement celui de la récession, mais de l’effondrement monétaire et bancaire avec tout ce qui s’ensuit.

    Par ailleurs, l’euthanasie, ce n’est pas le sens de l’histoire, bien entendu. Mais c’est la volonté d’une très large majorité, peut-être mal informée ou tout ce que vous voulez, mais une large majorité tout de même. En démocratie, au bout d’un moment, la majorité l’emporte. Tenez, je vous parie qu’une forte minorité, au minimum, des futurs députés de droite voteront avec la gauche sur ce sujet.

  27. @Bernard Menez

    Mon propos n’est pas de m’interroger sur la compétence des femmes qui sont au gouvernement, mais de questionner la pertinence de fixer une règle de parité arithmétique, qui aboutit à ce constat. C’est tout…

    Des femmes politiques de bon niveau ont été nommées dans ce gouvernement, je pense à Aurélie Filipetti ou Najat Belkacem entre autres. En fixant cette règle de stricte égalité, et en regardant les noms des uns et des autres, je ne peux m’empêcher de penser que certaines ont été nommées pour faire nombre. je le déplore, parce que je n’aime pas la discrimination positive que je trouve injuste.

    Quant au chiffrage de RMC, je l’ai donné, d’autres chiffres ont été donnés ensuite, je l’ai reconnu dont acte. Il n’y a pas de mauvaise foi là-dedans…

  28. @bernard menez

    J’ai écrit précisément : « on a le sentiment qu’ils ont raclé les fonds de tiroir pour placer autant de femmes que d’hommes. Si je me trompe, tant mieux. » Un propos un peu plus nuancé que ce que vous en avez retenu…

    @gwynfrid

    Vous parlez du signal d’indécision que la France donnerait en cas de majorité différente aux législatives?

    Mouais. On est certes dans un contexte différent de 1997, mais j’ose croire que la France avait su rester unie sur la scène internationale à l’époque de la cohabitation.

    Bref, de toutes façons, nous sommes d’accord sur un point : personne ne songe sérieusement à une cohabitation. Et encore une fois, je ne voterai pas PS juste pour assurer une majorité forte face à la crise. J’aurais été prêt à le faire si ce gouvernement avait montré des signes « d’union nationale » ou quelque chose de ce goût là. Ce n’est pas le cas : on a l’Etat-PS. Et l’attitude des socialistes face à Mélenchon montre que ce qu’ils veulent, c’est une majorité absolue et mépriser leurs alliés (sauf ceux qui leur prêtent hommage, tels les Verts, pour aller à la soupe).

    Enfin, sur l’euthanasie, vous l’avez dit : la majorité est pour pour de fausses raisons, parce qu’elle est manipulée. En réalité, la majorité est pour faire ce qui a déjà été décidé lors du vote de la loi Leonetti…

  29. Mme Y croit

    Excellent billet. Le plus lassant dans la période que nous venons de vivre n’est-il pas l’abscence de débat sur les grands sujets de société, sur les projets d’avenir? Il est certes plus compliqué de gérer les retombées électorales suite à une prise de postion sur l’euthanasie, le mariage gay, l’homoparentalité, le développement de cultes divers, etc. Lorsque les électeurs se déplacent en masse pour donner très largement les 2 premières places aux 2 grands partis modernes, ne pourrait-on pas être en droit d’attendre de nos représentants du vrai courage politique, des idées, des envies ? Autre chose en somme que cet exaspérant « regardez nous on fait pas comme eux, nous on est mieux, nous on est pour l’égalité, les enfants nous nous sommes le bien!!! » A court terme battons nous pour défendre la loi Leonetti et oui une grande idée sur la valeur de toute vie humaine qu’elle quelle soit vaut bien un blocage politique des institutions par une cohabitation.

  30. gwynfrid

    @ Chafouin: « la France avait su rester unie sur la scène internationale à l’époque de la cohabitation. »

    C’est vrai. Mais à l’époque, on ne se posait pas la question de savoir si la France pouvait honorer les échéances de ses emprunts. Pour l’instant, nous avons la chance de payer des taux très bas, contrairement à nos voisins: cela veut dire que les marchés ont toujours confiance en nous. Mais un signal d’incertitude au sommet de l’État pourrait coûter très cher.

    « je ne voterai pas PS juste pour assurer une majorité forte face à la crise. » Moi non plus. Éviter la cohabitation me paraît suffisant. Une courte majorité pour la gauche l’obligerait à négocier les modifications de la Constitution, ce qui serait une excellente chose.

    « la majorité est pour pour de fausses raisons, parce qu’elle est manipulée. » Trop facile de parler de manipulation quand on n’est pas d’accord avec la majorité. Je crois au contraire que les gens savent, beaucoup mieux que l’on ne le croit, de quoi il retourne. Il ne s’agit pas des cas Sébire ou Humbert, montés en épingle, mais complètement marginaux. Il s’agit de ce que tout un chacun a pu voir, pour ses grands-parents, ses voisins, ses amis: la mort n’est pas drôle, elle fait peur, surtout dans sa version moderne. Je comprends très bien qu’on cherche des solutions de facilité.

    Tiens, je vais me fendre qu’une prédiction: l’UMP ne fera pas vraiment barrage sur la loi Léonetti. Elle le fera, peut-être, sur la question du mariage. Mais sur l’euthanasie elle fera tout au plus semblant.

  31. Mme Y croit

    Les politiques ne sont pas dédiés à appuyer des « solutions de facilité ». Eduquer, enseigner, faire évoluer des débats, dire et faire entendre des choses difficiles sans être omnibulé par la dichotomie réac ou moderne, tout cela fait partie de leur rôle. Et puis merde au XXIème siècle dans notre Europe développée et moderne, dans notre France vivante n’y-a-t-il pas des millions de consciences qui ont envie d’un peu plus de hauteur pour l’homme?

  32. gwynfrid

    Copé: « Fillon n’a aucun soutien réel » (http://www.lemonde.fr/politique/article/2012/05/23/jean-francois-cope-fillon-n-a-aucun-soutien-reel_1705738_823448.html)

    Fillon: « Il n’y a plus de leader naturel à l’UMP » (http://elections.lefigaro.fr/presidentielle-2012/2012/05/23/01039-20120523ARTFIG00558-francois-fillon-il-n-y-a-plus-de-leader-naturel-a-l-ump.php)

    … Moi je ne vois pas comment ces deux-là pourraient prendre aujourd’hui la tête du gouvernement. L’un ou l’autre pourra un jour se présenter comme l’alternative au pouvoir socialiste, mais il faudra d’abord que les militants de leur parti choisissent.

    @ Mme Y: Sans doute y en a-t-il qui ont envie de hauteur, mais il y a aussi des dizaines de millions de consciences avec des préoccupations terre-à-terre qu’ils estiment (c’est leur droit) plus urgentes. Je le déplore autrant que vous.

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