Puisqu’il faut choisir

François Bayrou l’a dit : « Je ne veux pas voter blanc, ce serait de l’indécision ». Après une campagne décevante, que je me suis abstenu de commenter ici avant tout par désillusion, il faut pourtant choisir. Un choix difficile, puisque je voterai finalement pour celui qui j’ai tant critiqué depuis cinq ans : Nicolas Sarkozy.

Comme dit l’adage : « au premier tour, on choisit, au second tour, on élimine ». Au premier tour, mon vote s’est porté comme en 2007 pour François Bayrou. Malgré les réserves qu’on peut légitimement avoir à son endroit, il a été un de ceux qui ont voulu dire la vérité et parler en toute franchise aux électeurs. Il n’a rien caché du risque qui se présente devant nous, rien caché du fait que la crise va continuer à s’abattre sur notre pays. Rien caché du traitement de cheval qu’il fallait insuffler à ce pays. Et qu’il faudra le lui prescrire, quoi qu’on en pense, dès le 7 mai. La croissance ne se décrète pas…

Pour le second tour, je comprends tout à fait les réserves de ceux qui se porteront sur le vote blanc. Mais après réflexion, au second tour, on élimine. Quitte à voter pour un candidat dont on n’apprécie pas toutes les postures, loin s’en faut. Dont on a très peu goûté le clip de campagne du second tour, entièrement axé sur la lutte contre l’immigration et la fermeture des frontières. Sans pour autant en faire le fasciste que veulent dépeindre les socialistes et ses médias affidés, rue89, Libération, ou même Le Monde.

Et donc, on élimine François Hollande. On élimine celui qui veut porter le flambeau d’une laïcité agressive en inscrivant ce principe dans la constitution, où elle est pourtant déjà présente. Celui qui veut rallumer la guerre scolaire en stigmatisant l’enseignement privé et en demandant que l’essentiel des financements soient accordés au public.

On élimine celui qui sous couvert de « droit à mourir dans la dignité », va inscrire dans la loi française le droit à l’euthanasie. Bien sûr, on l’encadrera fortement pour déminer les critiques et apaiser les opposants. Et puis, on arrivera aux mêmes dérives que celles que l’on constate aux Pays-Bas ou en Belgique.

On élimine celui qui au lieu de chercher à multiplier les alternatives à l’IVG – sans parler d’ « avortements de confort », appellation méprisante qui laisse entendre qu’on avorterait comme on irait au ski, il est clair que les IVG sont trop nombreuses et pourraient être évitées – soutient le remboursement à 100% de l’intervention, contre 70 à 80% aujourd’hui. Et rendra obligatoire la présence d’un centre IVG dans chaque structure hospitalière.

On élimine celui qui veut autoriser les mères porteuses et la procréation médicalement assisté pour des couples de femmes. Celui dont le parti serait allé bien plus loin que la majorité actuelle sur la recherche sur l’embryon.

On élimine celui qui en outre, a produit un programme économique flou et totalement irréaliste, sur lequel François Bayrou s’est d’ailleurs montré très critique.

Les défauts de l’autre candidat, Nicolas Sarkozy, sont évidents, et son bilan est à cet égard éloquent : une politique à courte vue, sans conviction stable ni forte, menée le nez sur les sondages, une absence de stature présidentielle, un narcissisme constant, une politique sécuritaire paranoïaque mais inefficace, une instrumentalisation constante des immigrés.

Mais comme l’a dit Koz,« la politique que je refuse chez l’un est réversible quand chez l’autre, elle sera irréversible ».

Pour conclure, je citerai le dernier éditorial de Claude Imbert dans Le Point de cette semaine :

Sur Sarkozy, comme sur tous les présidents sortants, tombe le verdict électoral du bilan. Le sien n’est nullement inconsistant, mais les urnes ne l’exonèrent pas des ravages de la crise. J’ai de surcroît mal vécu l’abord euphorique de son mandat, son dédain du déficit, son gâchis du bref état de grâce par le maintien emberlificoté des 35 heures, et l’abaissement de la fonction présidentielle dans le trivial et le narcissique. Mal vécu, ensuite, l’ubiquité désordonnée où le subalterne noie l’essentiel. Jusqu’à ce que sa rare énergie, enfin concentrée, ne triomphe en 2008 du krach. Un exploit salué urbi et orbi par ses pires détracteurs !

Pour la grande réformation de la France, je me raccroche encore aux atouts de Sarkozy : une exceptionnelle énergie, une expérience recuite des hommes et des choses, un fond réformateur. Évitant le risque socialiste, je voterai en somme pour ce président que Sarkozy aurait dû être, qu’il n’a pas su être. Mais qu’enfin « vacciné » il pourrait devenir. Je rêve peut-être, mais pas trop !

5 Commentaires

Classé dans Politique

5 réponses à “Puisqu’il faut choisir

  1. pourquoisecompliquerlavie

    Bonjour,

    Suis contente de voir que vous avez choisi la raison.

    Cordialemen

  2. Pour moi, et sans occulter les manquements du pouvoir en place, c’est clair : je dépose Dimanche dans l’urne un bulletin anti Hollande.
    Son « programme » est en effet largement plus nocif que celui de Nicolas Sarkozy en matière de respect de la vie, de la famille et de l’éducation qui sont les 3 principes antrhopologiques fondamentaux desquels découlent les autres principes de vie en société.
    Exemples :
    Comment le respect de la dignité des personnes dans la vie économique peut-elle « gagner » QUAND aussi bien au début qu’à la fin de la vie, ce respect est bafoué ?
    Comment la responsabilité des parents en matière d’éducation de leurs enfants, y compris aux plans affectif et sexuel, peut-elle grandir AVEC la mise à disposition auprès des mineurs de la pilule et/ou du pass contraception, et ce en courcircuitant les parents ?
    Comment la grandeur et la beauté de l’union conjugale ainsi que l’intérêt des enfants et du bien commun peuvent-ils être encouragés et protégés AVEC l’union homosexuelle institutionnalisée ?

    MAIS AUSSI

    Je continuerai avec d’autres, que ce soit Hollande ou Sarkozy à la présidence, de promouvoir le bien commun, le goût du vrai, du beau, du juste, à l’éclairage notamment de l’enseignement social de l’église. La politique au sens du service du bien commun ne se limite en effet pas au bulletin de vote.

  3. Cher chafouin,

    En lisant cette déclaration, il me semble que votre choix est plus guidé par la foi que par la raison. Permettez-moi de penser que vous votez dans l’intérêt du Pape et non du Peuple!

    Les questions sociétales proches des préoccupations chrétiennes (euthanasie, homoparentalité, ivg) semblent être le centre de votre décision. Et quand on pense que vous allez parler d’éducation, non c’est bel et bien aussi de religion.
    N’est-ce pas étrange ?

    En Belgique il y a environ 500 cas « marginal » d’euthanasie. Aujourd’hui en France, le nombre d’ivg est « stable » avec 200.000 interventions et on estime à 100.000 le nombre de familles homosexuelles dont une centaine par an résulte de l’adoption par un homosexuel célibataire.

    Aujourd’hui en France, il y a 4 millions de pauvres et il y 4 millions de chômeurs. Aujourd’hui en France, il y a 4 millions de mal soignés et il y a 3 millions de mal logés.
    Pourtant vous ne voterez pas en fonction des propositions sur le thème de l’économie, du travail, de la santé et du logement ? Mais pourquoi ?

    Comme vous, je suis peu convaincu par les deux candidats.
    Comme vous, je pense qu’il faut éliminer.
    Comme vous, je cherche des raisons.
    Comme vous, je voterai selon ma foi.

    Mais étant non-croyant, je voterai surtout avec ma raison.
    Je voterai pour celui qui essayera d’aider mieux des millions de français qui sont aujourd’hui dans le désespoir.
    Je voterai pour celui qui a les propositions « économiques » les plus solides.
    Et comme vous, je pense que c’est François Hollande : « Economiquement, le programme de Hollande semble mieux tenir la route »

    PS😉
    – Depuis 2008, et votre article sur l’euthanasie, un autre regard sur les dérives seraient nécessaires.
    – Pensez-vous vraiment qu’une femme se dit, « étant donné que je vais devoir payer 20% de l’intervention, je ne vais pas la faire ».

  4. Quelle peut être la « foi » d’un non croyant auto-proclamé ?

  5. François Bayrou a donc fait un choix. Non pas de rejoindre l’autre camp. Mais il a, en conscience, considéré que la fin ne justifiait pas les moyens. Et que les moyens décrédibilisaient, en la révélant, la fin poursuivie. Pour ne pas rester inerte, il a indiqué voter pour François Hollande.
    Je me situe, en tant qu’électeur, dans la même perspective.
    Chrétien, catholique, je suis sensible aux thèmes que vous mettez en avant : l’éducation, le respect de la vie. Vous avez sagement omis le volet familial, aucun compétiteur ne pouvant appuyer par sa vie le cadre que l’Eglise propose en idéal. Je suis également sensible à la dimension sociale et économique, et au projet du « vivre ensemble » dans notre pays.
    Et c’est là que nous divergeons. En effet, vous neutralisez les excès liés à l’immigration par le traitement qu’en auraient fait les médias « affidés », même si vous reconnaissiez, en fin de texte, « une instrumentalisation constante ». Vous établissez un réquisitoire sans appel du président sortant, et pourtant vous lui apporterez votre suffrage.
    La citation de Koz en fin de texte est éclairante, car elle justifie votre choix. Mais elle illustre, à mon sens, la méprise potentielle qui est la vôtre, ou au moins le risque auquel vous vous, vous nous, exposez.
    A la lumière du quinquennat finissant, de ses errements – tous ne sont pas imputables à la crise – avez-vous une garantie quelconque que le cap fixé sera maintenu ? Imaginez un instant ce président doublement « irresponsable ». Quelles seront ses limites, alors qu’il n’aura pas à solliciter les suffrages pour une réélection ? Il a par le passé reconnu un attrait intellectuel pour des options sociétales plutôt libérales.
    Comme vous l’avez écrit, l’absence de conviction stable et forte est patente. Tout, et plus encore, sera redevenu possible. Ce qui ne me parait guère rassurant.
    N. Sarkozy se pose en rassembleur alors qu’il n’a eu cesse de diviser, d’opposer, de segmenter. Il a fait sienne cette devise « qui n’est pas avec moi, est contre moi », devise qu’un chrétien ne saurait accepter de quiconque.
    L’entre deux tours a illustré sa réaction face aux tentations qui s’offraient à lui, quand il ne les créait pas.
    Je ne suis donc nullement assuré que sa politique serait réversible : je n’ai pas vu un homme politique qui guide son peuple vers la mesure et la raison. Et ce n’est pas d’aujourd’hui.
    Les choix sociétaux auxquels vous vous référez sont aujourd’hui un socle, qui pourrait demain ne s’avérer qu’un pivot factice. C’est le défaut du marketing. Quand on se rend compte que le message publicitaire est construit sur mesure.
    En conclusion, le programme sociétal de F. Hollande est connu. Il comporte des risques, qui pourront être mesurés, encadrés, combattus. Et l’idée de le voir ouvrir une guerre scolaire est peu plausible ; il ne réussirait pas où Mitterrand a échoué. Au contraire, les intentions réelles de N. Sarkozy me sont inconnues et ses actions passées ne plaident pas en sa faveur.
    Je le regrette, mais l’analyse des risques est plus défavorable à N. Sarkozy qu’à F. Hollande. J’en ai donc tiré la conséquence. Comme François Bayrou.
    Mais comme j’ai eu l’occasion de le tweeter, j’ai vraiment apprécié cette réflexion, mesurée, qui se distingue réellement.

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