Renforcer le mariage civil : oui, mille fois oui!

Cela m’arrive peu souvent, mais là, je dois l’admettre, j’ai applaudi des deux mains (je l’aurai fait des trois, si j’avais pu) en lisant ces articles selon lesquels le gouvernement s’apprête à faire des propositions pour tenter de mieux préparer les couples au mariage, et ainsi éviter au maximum les divorces.

On pourrait râler, dire que c’est trop tard, rappeler combien on a tout fait, depuis trente ans, pour faciliter le divorce, réduire le mariage à sa plus simple expression (un pur contrat), le concurrencer par un contrat sans engagement (le Pacs est un peu au mariage ce que Free est à Orange). Et en déduire qu’il est bien tard pour se réveiller, le mariage étant quasiment, en 2011, au même niveau que le Pacs : l’an dernier, 241 000 unions ont été célébrées devant le maire, contre 195 000 pactes civils de solidarité.

Mais parfois, il faut savoir ne pas bouder, arrêter de chafouiner, et tout simplement, se réjouir des petits signes qui montrent que peut-être, certaines réalités parviennent jusqu’à l’esprit de nos dirigeants.

Ainsi, celui-ci s’est rendu compte que le divorce, sans rien ôter du fait qu’il s’agit d’une liberté sur laquelle on ne reviendra pas, avait atteint un niveau très élevé : un mariage sur deux se termine désormais par une séparation. 44,7%, si l’on veut être plus précis. avait des conséquences sociétales défavorables. Oh, on peut en citer plusieurs : pour les familles, il y a la souffrance des parents, celle des enfants (même s’il est de bon ton de le nier), un coût financier important pour le couple, une séparation des patrimoines. Pour la société, il y a un problème évident de logement (s’il faut deux maisons avec trois pièces, au lieu d’une, c’est embêtant), et des conséquences potentielles en terme de délinquance par exemple. Même s’il faut reconnaître que celles-ci sont contestées par de nombreuses études. Si la monoparentalité n’a pas un lien direct avec la délinquance, au moins y contribue-t-elle dans certains quartiers où les fils aînés tiennent lieu de père et où les mères seules n’ont aucun contrôle.  « Les conséquences, elles sont humaines, et en même temps financières. Ça déstabilise un couple, ça précarise un foyer, ça rend très difficile la vie de celle ou celui qui reste seul », relève dans l’article en lien Claude Greff, la secrétaire d’Etat chargée de la famille.

Il paraît incontestable que les individus ne retireront que des avantages à ce que leurs unions soient pérennes, et que la société elle-même a intérêt à reposer sur des groupes intermédiaires stables, qu’il s’agisse des associations, des collectivités ou du plus basique d’entre eux, des familles. D’où l’intérêt de veiller à ce que les unions civiles soient les plus solides possibles : l’Etat est tout à fait dans son rôle en essayant de s’en assurer. Etant donné que les églises, elles, ne peuvent le faire qu’à destination d’une minorité : 70% des couples se disent oui sans passer par un prêtre, pasteur, rabbin ou imam.

Tout cela ne signifie pas qu’il soit envisageable ni même souhaitable de supprimer le divorce. Le gouvernement, via Claude Greff, secrétaire d’Etat à la Famille, a choisi non pas de chercher à le rendre plus difficile d’accès (ce qui aurait été une voie possible) mais de renforcer le mariage en aidant les couples à s’y préparer au mieux. On ne sait pas encore ce que le gouvernement a concocté, mais des groupes de travail planchent sur la question depuis le mois de juin et il semble qu’on s’oriente vers une préparation au mariage civil visant à mieux faire comprendre aux postulants ce à quoi ils s’engagent, via une étude des articles du code civil qui sont lus par les officiers d’état-civil.

Est-ce suffisant? J’en doute. Mais c’est déjà un bon début, car cela va probablement contraindre les couples soit à ne pas se marier si la réflexion les barbe (mais si c’était pour divorcer l’année d’après, autant qu’ils économisent les frais d’une cérémonie, pour être un peu cynique), soit à assister à des séances individuelles ou collectives qui leur permettront de faire mûrir les raisons qui les poussent à franchir le pas. D’ailleurs, des communes ont déjà lancé ce type d’initiative, comme par exemple à Arras : là bas, quand on demande à être marié, on reçoit une invitation à participer à une soirée collective de deux heures en compagnie de l’association « Un avenir à deux ».

Ces séances servent certes à envisager une personnalisation de la cérémonie, mais vont aussi plus loin en aidant les couples à réfléchir à la nature de leur engagement, via l’examen de ces fameux articles qui seront lus publiquement quelques mois plus tard.

Quand je me suis marié, j’ai naturellement suivi une préparation religieuse, car je souhaitais plus que tout que cette union s’inscrive dans la durée, et soit enracinée dans le roc plutôt que dans l’argile ou le sable (ou le chamallow, même). Nous avons donc participé à un week-end de préparation, avec une vingtaine d’autres couples, et un peu plus tard, à deux soirées de réflexion pour approfondir.

J’ai été assez surpris de constater que contrairement à ce que je pensais, il n’était pas tant que ça question de foi, de religion. Mais tout bonnement de questions très humaines sur l’engagement que nous préparions. Des tas de questions se posent, qu’on ne prend pas toujours le temps de se poser à deux, envahis que nous sommes par la vie quotidienne, le travail, la complexité de l’organisation du jour J, le bruit qui nous entoure. Que voulons-nous construire? Combien d’enfants voulons-nous? Pourquoi? Quel sens donnons-nous à cet engagement? Que suis-je prêt à faire pour toi? Quel cap voulons-nous nous donner? Sommes-nous prêts à être fidèles toute notre vie?

Ces moments ont été très importants pour moi, encore une fois au-delà de toute question religieuse. Car ils permettent de poser des mots sur des idées qu’on n’a peut-être jamais véritablement exprimées. Ou en tout cas pas à deux.

Encore une fois, tout cela n’est pas religieux, c’est profondément humain. Le mariage civil n’est pas une formalité. C’est un moment très important où on s’engage vis-à-vis de toute la société, tandis que lors du mariage religieux, en ce qui me concerne, j’ai eu le sentiment de m’engager devant Dieu. Alors cet engagement devant la société, il peut être bon qu’il soit accompagné d’un peu plus de sérieux, d’un peu plus de solennité…

P.S. : c’est le premier billet de l’année, alors, bonne année à tous!

16 Commentaires

Classé dans Société

16 réponses à “Renforcer le mariage civil : oui, mille fois oui!

  1. « on a tout fait, depuis trente ans, pour faciliter le divorce » je veux bien mais qd je regarde autour de moi les nombreux divorces, je n’en vois aucun qui qui ne sa fasse autrement que dans la douleur et la longueur.

  2. C’est indéniablement plus simple juridiquement aujourd’hui, ce qui ne veut pas dire que ce soit devenu une formalité! Les souffrances dont tu parles me semblent liées à une situation humaine complexe. D’ou l’interet de deminer en amont!

  3. Bonne année à mon chafouin préféré ! Longue vie à ce blog de ouf😉

  4. Claribelle

    Entièrement d’accord.

    Mais dans la mesure où un enfant sur deux naît hors mariage, ne faudrait-il pas aussi faire une soirée de préparation au Pacs ? ou au concubinage ? ou à la parentalité ? [les candidats à l’adoption sont bien soumis à toutes sortes d’évaluation, eux !]

    Ou de la même façon que l’on assène aux collégiens ou lycéens des cours d’éducation sexuelle (c-à-d de permission de coucher mais avec protection obligatoire), de diététique (comment composer des repas équilibrés, si ! si !), de sécurité routière (code, piétons, 2 roues, premiers secours), de prévention des addictions (tabac, drogue, alcool), voire de prévention de la délinquance (qu’est-ce qu’on risque si on voyage sans billet, si on rackette, si on vole ou on frappe), pourquoi ne pas remettre aussi au goût du jour des cours d’éducation ménagère (disparus corps et biens avec le collège obligatoire et la mixité) qui parleraient de tenir un budget et des obligations de chacun (dont l’éducation des enfants) de façon pratique (et aux antipodes de l’idéologie actuelle centrée sur les « droits de l’homme » qui oublient systématiquement les « devoirs » afférents).

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  7. Bonne année à vous!

    Naturellement, je partage votre conception du mariage, et je trouve inquiétant le taux de divorces, je le croyais moins élevé que ça.

    Pour autant, je suis loin de partager votre optimisme à l’égard de cette initiative gouvernementale. Ça donne l’impression d’un petit geste plus symbolique qu’autre chose. De toute façon, le mariage étant en baisse relativement au nombre de PACS et de concubinages, le taux de divorces par rapport aux mariages est de moins en moins significatif: il vaudrait mieux s’intéresser au taux de séparation des couples avec enfants. Je ne sais pas si des statistiques sont facilement disponibles.

    Je ne voudrais pas paraître trop négatif, cependant: voilà toujours un ministre qui essaie d’agir dans le bon sens. Même si ça ne va pas loin, au moins l’idée ne peut guère faire de mal. Par les temps qui courent, il faut se satisfaire de peu !

  8. cilia

    Ben je crois que je n’ai pas bien compris en fait.
    Sauf les souhaits de bonne année que je présente à mon tour bien sincèrement à toi cher Chaf’ et à tous les commentateurs.

    Donc, pour en revenir à nos moutons actuels, et désolée par avance pour le cynisme, un maire UMP use d’un déficit de personnalisation de la procédure d’union civile pour proposer un succédané laïc à la préparation catholique du mariage.
    La droite se dit, chouette embrayons, nous pourrons y caler la délinquance des mineurs et le manque de logements bon marché, pardon, sociaux – j’me ficherais des baffes parfois- , et tout ça pour pas un rond … en ces temps d’élection présidentielle moins 100 jours, sur un malentendu …

    Moui…
    Il me semble pourtant que :

    Former maires, adjoints et autres (36 000 communes) va encore nous coûter une blinde.

    Plus encore que la question du choix entre le mariage, le pacs ou l’union libre entre deux adultes, nous revendiquons de concevoir, pour une grande part, nos schtroumpfs indépendamment de tout engagement privé, public, et maintenant naturel.

    Je rêve d’être contredite par les faits. Mais je vois gros comme une maison l’argument des progressistes accusant le gouvernement et la droite de préférer qu’une multitude de femmes se fassent tabasser, y compris à mort, en limitant l’accès au divorce, plutôt que d’investir dans le logement social à Neuilly sur Seine.

    Si cela te réjouit, ma foi, tant mieux.
    En ce qui me concerne, sauf à être convaincue du contraire, je me dis que c’est encore un coup à démontrer l’habileté de la droite à changer l’or en plomb.

  9. @cilia

    Je crois que tu te méprends :
    1- les maires n’auront rien à faire de plus, leurs services renverront vers des associations qualifiées. Ce que l’Eglise est capable de faire, la Republique ne le serait pas?
    2- je crois qu’il n’est pas question de tenter de diminuer les possibilités de divorce des couples mariés, mais plutôt d’agir en amont et d’essayer d’aider les couples à se marier en connaissance de cause. Après, ma foi, chacun vit sa vie.
    3- je ne sais pas de quel maire UMP tu parles…

    @claribelle

    Vous etes cynique! Je crois qu’il ne s’agit pas d’un «permis de», mais bien d’un constat d’echec qui pousse a agir. Le divorce est il un constat de reussite? Non. partant de la, que fait-on?

  10. @gwynfrid

    Je comprends votre argument : les couples mariés étant de plus en plus rare, le mariage est-il le bon levier? Je l’ignore. Je pense juste qu?il y a une possibilité ici. Que le mariage est un engagement fort, qu’on prend devant l’Etat. Comment faire pour agir a destination des couples en union libre? Ça me paraît plus difficile. J’en reviens au debut du billet : si on n’avait pas tout fait pour ringardiser le maeiage, on n’en serait pas la, sans nul doute. Mais vous visez un point interessant!

  11. Je reprends le même commentaire que fait à Koz, qui a pompé le sujet…

    Le concept de mariage civil issu du recadrage gouvernemental semble bien « petit bourgeois » : obligations financières, etc… Quant à donner du sens, on en reste encore à la périphérie.
    Car quel sens donner ? L’Etat n’a-t-il pas abandonné tout sens en ne fixant ni bornes (les fameux adultes consentants) ni dimension religieuse ou, au moins, spirituelle ? Comment peut-il alors demander à ses ‘clients’ de trouver eux-même du sens ?
    Il n’est quand même pas mauvais de rappeler l’origine du mariage civil, né dans le déni du religieux (comme le baptême républicain par exemple). 200 ans après, le déni a disparu, mais le sens n’a jamais été trouvé, au final et en profondeur.
    On a bien noté la préparation du « Chafouin », mais cette question du sens doit-elle se poser en 1 WE et 3 soirées, d’autant que le retour arrière est rarement envisageable à ces stades ? Et l’absence de sens religieux (le mariage comme reflet de la Trinité, mariage comme reconnaissance d’une vocation) est symptomatique de la grande faiblesse du contenu des CPM.

    Pour en revenir au mariage civil, et sans même parler de sens religieux, par exemple, l’entraide est-elle limitée à ma propre patience ou est-elle illimitée ? L’accueil des enfants est-il sélectif ou bien sans limite ? Ces deux exemples sont en contradiction forte avec la philosophie républicaine actuelle (française au moins), existentielle et projective, qui fait de la volonté de l’individu (juste limité par les autres) le summum de la conduite commune.
    Car il me semble que le retour du sens revient à, finalement, passer d’un mariage contractuel, né de 2 volontés révocables, à un mariage créateur, engagé en dehors de tout aléas. Passer de la régularisation de penchants à la découverte d’un destin ? D’une philosophie sociale de monômes existentiels à une philosophie du don (de la nature, de l’autre, voire de Dieu), élevée parce que élevante.
    Passer d’une philosophie existentielle des projets individuels de vie et de concubinage à une philosophie du don (de Dieu, de la nature, des « anciens », comme on veut ou comme on peut).
    Considérer l’homme comme fils d’un peuple (de Dieu), méritant une alliance durable, immortelle (éternelle), totale et profonde….
    C’est bien cela le sujet… Dommage, c’est encore aux oubliettes, et on badigeonne au lieu de traiter le fond, civilement d’abord puis religieux.
    L’Eglise elle-même cafouille sur ces sujets fondamentaux, notamment dans les fondements pro-vie ; j’ai essayé de me clarifier ici : http://luc1249.wordpress.com/2012/01/17/futur-proces/

  12. Pingback: Faut-il supprimer le mariage civil ? « Thomas More

  13. Bonjour et bonne année à vous également
    Je suis tout à fait en accord avec ce qui est dit sur l’importance pour la collectivité qu’elle puisse s’appuyer sur une cellule familiale stable, et de ce point de vue, que l’Etat cherche des moyens pour consolider la cellule familiale en question, est logique.

    Pour autant, je ne crois pas que cela puisse être d’une quelconque efficacité, pour un tas de raisons dont la première est que sauf à se marier par intérêt on se marie par amour passion, et que si l’amour passion ne rend pas tout à fait aveugle, il rend myope, il est par nature éphémère et ne se projette pas dans l’avenir. S’il n’est pas remplacé, sur la durée, par quelque chose de plus profond et donc plus solide, les concessions mutuelles nécessaires à la vie de couple, deviennent de plus en plus difficiles à faire jusqu’au moment ou on se dit, « mais qu’est ce je fous avec lui (ou avec elle) ».

    La différence par rapport à avant, c’est d’une part qu’il y avait plus de mariages d’intérêt qui par essence duraient plus longtemps, et que de toute façon, même si les couples ne se supportaient pas plus longtemps, la pression sociale les obligeait à tenir leur engagement.

    Maintenant, non seulement il est extrêmement facile à la fois de se marier (ou de se pacser) et de divorcer mais l’engagement pris n’a plus la force qu’il avait avant. L’individualisme, le droit que chacun pense avoir de s’exonérer des contraintes dont il ne veut plus au nom de sa liberté, font que l’engagement du mariage c’est banalisé et qu’implicitement, comme tous les autres contrats, il contient une clause de résiliation. On hésite plus à signer un crédit pour acheter une voiture qu’à signer le registre du maire.

    C’est un phénomène de fond que je crains malheureusement irréversible qui a fragilisé le mariage et ce n’est pas en demandant aux futurs conjoints s’ils ne veulent pas accepter de réfléchir un petit peu avant de s’engager que ça va changer quoi que ce soit.

    Pour ma part, c’est plutôt avant de faire le choix d’avoir des enfants que j’exigerai que les couples s’interrogent et prennent conscience des responsabilités que cela implique. Les conséquences d’une décision hâtive peuvent être autrement plus graves que la séparation de 2 personnes, même si elle se fait dans la douleur (généralement la douleur d’un seul d’ailleurs).

  14. Pingback: Mariage & Adoption des couples homosexuels : même combat? | Jeunesse Pensante

  15. Je suis tout à fait d’accord pour « Renforcer le mariage civil »

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