Borloo ouvre un boulevard à Bayrou

Jean-Louis Borloo a donc renoncé hier soir à se présenter à la présidentielle de l’an prochain. Il faudra pour les radicaux, et plus largement pour le centre-droit, faire le bilan et tirer les leçons de ce crash de l’avion Borloo sans attendre l’envol. Comme l’a écrit Authueil, « décidément, les centristes n’ont pas de couilles ». En effet, on peut le dire. Si ce désistement dont on connaîtra peut-être plus tard les raisons profondes fait les affaires de Sarkozy, il y en a un autre qui peut profiter de ce vide au centre : François Bayrou, qui pour la troisième présidentielle d’affilée, peut jouer sur le ni-ni.

Après la raclée aux sénatoriales, après les coups de chaud boursiers et la perte du triple A qui nous pend au nez, après l’accumulation d’affaires judiciaires toutes aussi gênantes les unes comme les autres, l’automne réserve au moins une bonne surprise à Nicolas Sarkozy, qui peut respirer : au moins, il n’a plus de rival au centre-droit pur la présidentielle depuis le forfait, hier soir, de Jean-Louis Borloo.

Le patron du parti radical-valoisien et de l’Alliance républicaine, écologiste et sociale (Ares) a choisi de renoncer à une candidature, faute d’une « dynamique des centres suffisante pour porter une candidature, non pas de témoignage mais pour être présente au second tour de la présidentielle ». En son « âme et conscience », il estime que sa candidature apportera « plus de confusion que de solution », notamment par rapport au climat de crise et des affaires. « J’ai trop de respect pour ce débat là », assure-t-il.

On connaîtra sans doute rapidement les raisons réelles de ce revirement subit. Car il s’agit bien de cela, puisqu’en privé, la plupart des soutiens de Borloo se réjouissaient de la candidature de leur champion, qu’ils présentaient comme un secret de polichinelle. Rama Yade avait même annoncé publiquement cette candidature.

Borloo a-t-il reçu des menaces propres à le faire douter? A-t-il reçu l’assurance d’être nommé à Matignon en cas de réélection de Nicolas Sarkozy? La promesse d’obtenir des circonscriptions supplémentaires aux législatives? Un peu des trois? On le saura bientôt.

Personnellement, je ne vois pas quelle confusion aurait apporté la candidature de Borloo, à part le risque de faire perdre son camp naturel. Mais comme l’ont noté de nombreux observateurs, sa présence au premier tour aurait permis de créer une dynamique et de constituer un réservoir de voix pour Sarkozy, qui en manquera cruellement pour le second tour, s’il passe le premier. Une nouvelle fois, Borloo choisit donc de renoncer. Cela relativise tous les propos prétentieux qu’on a entendus au centre ces derniers mois.

Un autre homme doit donc se réjouir de ce forfait, et c’est François Bayrou. Celui-ci sait bien qu’aucun autre rival n’émanera du centre-droit. Hervé Morin a le charisme d’une huître même s’il blague sur twitter en disant que « sa détermination n’a jamais été aussi grande ». Jean Arthuis n’est pas fait pour ce genre de combat. Bayrou, qui a toujours surclassé Borloo dans les sondages, peut tout à fait espérer récupérer une partie de ses voix en puissance, qui venaient en partie de la gauche.

Désormais, la phase « primaire PS » est quasiment achevée. Dans quinze jours, le candidat PS sera connu. Il y aura saturation de l’espace politico-médiatique autour des socialistes, qui devront se mettre en retrait. Sarkozy, qui ne sera pas candidat avant février (s’il l’est, car lui aussi pourrait, ce serait comique, venir sur TF1 dire que sa candidature « ajouterait à la confusion »). Il y a donc un espace de quelques mois pendant lesquels la mayonnaise Bayrou a tout à fait le temps de prendre.

Après tout, les motifs qui ont poussé Bayrou à se présenter en 2002 et 2007 sont toujours là, et en plus, ses prédictions sur le déficit de la France se sont avérées justes. Et on devra lui concéder le crédit de la permanence dans les idées, ce qui n’était pas le cas de Borloo.

Face à un président de droite vu comme « très à droite » et un candidat socialiste qui ne pourra pas mordre au centre autant que ne l’aurait fait DSK (sans quoi, Mélenchon prendrait trop d’espace), Bayrou peut légitimement espérer réaliser un score peu ou prou similaire à celui de 2007. Le problème est pour lui la présence à ce stade de Marine Le Pen, qui l’empêche de surfer sur une candidature contestataire et anti-système.

Les paris sont ouverts, mais personnellement, je mise désormais sur un score à deux chiffres pour Béarnais-le-Magnifique. Et vous?

9 Commentaires

Classé dans Politique

9 réponses à “Borloo ouvre un boulevard à Bayrou

  1. roland

    avec 18,6 % BAyrou est au Second Tour cette fois ci

    donc il est élu

  2. Je suis bien d’accord avec ce billet (qui rejoint tout à fait ce que j’ai déjà plusieurs fois exprimé) sauf peut-être avec la conclusion: « Le problème est pour lui la présence à ce stade de Marine Le Pen, qui l’empêche de surfer sur une candidature contestataire et anti-système. »…François Bayrou n’a jamais fait dans le contestataire et l’anti-système au sens ou on peut l’entendre avec les Le Pen et autres Mélenchon. Par contre, il a fait dans l’anti-Sarkozisme, c’est vrai, et plus largement il a toujours contesté le clivage Droite-Gauche tel qu’il semble gravé dans le marbre de notre république. Mais Bayrou a toujours été un réformiste.

  3. @Nicolas 007

    Je regrette, mais en 2007, Bayrou est apparu comme le candidat de l’anti-système, avec sa dénonciation des collusions politico-financières, avec ses déclarations sur les médias et les sondages « partisans ». Pour moi, ce n’est pas péjoratif.

    Mais si vous voulez, oui, il ne tombe pas dans le populisme d’une Le Pen ou d’un Mélenchon, c’est sûr…

  4. Un bouboulevard à Bayrou ? Ce dernier est incapable de le franchir seul (la fameuse solitude des présidentielles). Scabreusement, on rappelera qu’il n’a même pas pu faire monter une fille facile comme la Royal entre 2 tours ! Comme elle, il a cru apparaître de nulle part comme la Vierge sur une campagnde postures, mais, pour aller à la tête, il faut de sacrés matadors con cojones et qui viennent de loin (cf nos 3 derniers PR, et, aujourd’hui, Hollande). Le gentil François B n’a pas d’appareil -nécessaires depuis la nuit des temps-, tout juste des clubs d’amateurs retraités ou étudiants… qui, oui, peuvent faire un premier tour. Mais un second, aucune chance. Enfin, bon, c mon avis…

  5. NM

    J’ai un doute sur le fait que cela profite à Sarkozy. Certains restent, en fait, à droite parce qu’ils peuvent se dire centristes (de droite mais ça ne se dit pas). Avec Borloo, ça avait un peu de gueule (si j’ose dire). Avec Morin qui « a le charisme d’une huitre », ça va être plus dure. Certains risquent de basculer purement à simplement à gauche avec un Hollande candidat par exemple…

  6. L’utilisation de l’expression « charisme d’une huître » est intéressante, vu que la première fois que je l’ai entendue, c’était il y a près de 10 ans, et c’était pour désigner… François Hollande. Notre futur président. Du coup je me dis que Hervé Morin doit avoir plus d’avenir que je ne le croyais.

  7. @Xerbias

    Hollande, notre prochain président? Comme vous y allez! Souvenez-vous de Balladur, Barre, Jospin, Royal, DSK. Neuf mois avant l’échéance, c’est beaucoup trop tôt pour faire des pronostics…

    Ceci dit, je dois avouer que concernant Morin, j’ai les mêmes doutes que NM. Je crains qu’il ne puisse qu’être un médiocre remplaçant de Borloo. Sans créer de dynamique propre à pouvoir soutenir Sarkozy au second tour.

  8. jean316

    Xerbias, je suis d’accord avec vous. Si il y a une chose que l’histoire, et en particulier l’histoire récente, nous a appris c’est que le candidat qui a 60% dans les sondages remporte toujours, TOUJOURS l’élection présidentielle.

    Bon, sauf DSK.

    Et Bayrou (c’est à dire que les sondages de 2007 indiquaient que si il était contre Sarko ou Royal il gagnerait avec près de 60% des voix, son seul problème étant d’être au 2ème tour).

    Et Balladur.

    Et Delors.

    Et Barre.

    Et VGE en 1981.

    Et Chaban.

    Et Poher.

    En fait, je me demande si, au contraire, un candidat qui a un jour obtenu 60% dans les sondages a toujours perdu l’élection (sauf De Gaulle en 1955 mais il était censé gagner au 1er tour et Chirac entre les deux tours de 2002 mais ça ne compte pas évidemment).

  9. Pingback: Banderille n°372 : Borloo ne fait pas mentir les casse-centre ! | « Toreador, un oeil noir … dans l’arène politique ! »

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