Afghanistan : 70 soldats tués pour notre confort et notre sécurité

Soldats français du 27ème bataillon de chasseurs alpins

Cinq soldats français âgés de 27 à 38 ans sont morts hier en Afghanistan – ainsi qu’un interprète et trois civils afghans – et quatre autres ont été grièvement blessés dans un attentat-suicide au nord-est de Kaboul. Lundi, un autre militaire français était décédé accidentellement au cours d’un entraînement dans le même secteur. Aujourd’hui, jour de la fête nationale, un nouveau soldat est décédé, toujours dans la province de Kapisa. Loin des polémiques politiciennes lancées dès hier à Paris, et même si la question de l’utilité de cette guerre – perdue? – se pose, ayons avant tout une pensée pour toutes les familles endeuillées, et toutes celles qui sont angoissées jour et nuit, alors qu’au total, 70 soldats français ont été tués depuis le début de la participation de la France à cette guerre, en décembre 2001. Ne les oublions pas : c’est pour nous qu’ils sont morts.

[Billet réactualisé avec l’annonce aujourd’hui d’un 70e soldat tué]

Le lieutenant Thomas Gauvin, l’adjudant Emmanuel Techer, l’adjudant Laurent Marsol, l’adjudant Guéniat et le caporal-chef Sébastien Vermeille sont donc morts au combat, hier. Enfin, ils ont été lâchement piégés par un kamikaze, plutôt. Ironie du sort, ces cinq nouveaux décès – qui s’ajoutent aux 64 qui avaient déjà été tués depuis la décision du gouvernement français, en 2001, de participer à cette guerre aux côtés de nos alliés de l’Otan – surviennent au lendemain d’une visite-éclair de Nicolas Sarkozy à Kaboul.

Déplacement au cours duquel il a annoncé… le début du retrait de nos troupes d’Afghanistan. Avec un quart de nos effectifs présents sur place rapatriés dès l’an prochain, soit mille soldats. Puis un retrait progressif jusqu’en 2014, où l’armée française quittera le pays en même temps que ses alliés américains. Avec tout de même, un petit sentiment d’inachevé, voire de défaite, puisque le pays n’est absolument pas pacifié à l’heure qu’il est.

Au fil du temps, on a un peu oublié l’objectif de cette guerre, dont on ne voit jamais d’images, à part quand des journalistes sont pris en otage. Or si tous ces soldats sont morts, c’est pour nos libertés. Car il ne s’agit pas d’autre chose. Quand les psychopathes d’Al-Qaeda ont détruit les deux tours du World Trade Center, tout le monde était satisfait de voir que les Alliés prenaient les choses en main pour aller extirper ces fous d’Allah dans leur tanière, c’est-à-dire en Afghanistan. Tout le monde les a suivis dans un même élan d’émotion.

Royal : c’est la faute à Sarkozy

Malheureusement, ensuite, le conflit s’est enlisé. Les bavures de l’Otan ont fait le reste, et les Talibans ont réussi à renaître avant de redevenir dangereux. Et puis l’eau a coulé sous les ponts, et peu à peu, nous avons effacé de nos mémoires nos soldats déployés là-bas. Alors que paradoxalement, 2011 est déjà l’année la plus meurtrière depuis le début du conflit.

Or la raison de leur présence est simple : ils sont déployés à l’autre bout du monde pour que nous, citoyens français, puissions vivre sans risquer que la Tour Montparnasse soit à son tour abattue. Pour qu’il n’y ait pas de bonbonnes de gaz remplies des clous qui explosent dans les stations du métro parisien. Oui, Madame Royal, ceci est aussi un rappel en votre direction, vous qui osez prétendreque c’est Nicolas Sarkozy qui a décidé l’envoi de ces troupes. Pour mémoire, c’est Lionel Jospin qui a pris cette décision fin 2001. Mais c’est toute la classe politique – ou presque – qui soutenait cette guerre.

Bien sûr, il est aussi très facile, à l’instar de Martine Aubry,  de déclarer que ces décès « montrent l’urgence d’un plan précis et concerté de retrait de nos troupes d’Afghanistan », que « la présence militaire de la coalition expose gravement nos soldats sans perspective de solution » et qu’ « il est temps de mettre fin à cette impasse »? Mais alors, que fallait-il faire? Fallait-il partir avec armes et bagages au premier mort, en laissant les Afghans se débrouiller avec la guérilla talibane? Comment faire une guerre sans être « exposé gravement »? Si un soldat français meurt demain en Libye, est-ce que cela « montrera l’urgence d’un plan précis et concerté de retrait des troupes de la coalition »?

Certes, l’engagement français n’a cessé d’augmenter, passant d’environ 650 soldats français déployés en janvier 2002, à près de 4 000 aujourd’hui. Mais il a aussi gonflé en fonction de l’évolution de la situation, qui s’est détériorée peu à peu. Entre nous, réussit-on une omelette sans casser des oeufs? Croit-on qu’une guerre, ça se mène sans risques, sans moyens humains, avec des manettes, comme à Call of Duty, tranquillement assis sur son fauteuil en mangeant des chips?

Il faut des obsèques nationales pour les militaires

Ces cinq soldats savaient ce qu’ils faisaient. Connaissaient les risques de leur métier, en bons professionnels. Néanmoins, ils ont fait volontairement le sacrifice de leur vie, non pas par goût de l’action, mais par conviction. Pour la sécurité de l’Occident. Il serait bon de s’en souvenir. Et il serait bon que la France s’inspire parfois de son grand frère américain, et rende à ses morts les honneurs qu’ils méritent. A l’instar de Jean-Louis Borloo, qui je trouve, a eu une réaction juste : « A la veille de notre fête nationale, cet acte odieux souligne le courage de nos soldats engagés sur de nombreux théâtres d’opération, au service de la paix, de la liberté et de la sécurité des peuples. (…) Leur sacrifice et celui de leur famille n’est pas vain : grâce à son armée, la France reste fidèle à sa tradition humaniste et universaliste ainsi qu’à son message. »

Une minute de silence a été observée hier après-midi à l’Assemblée nationale. Nicolas Sarkozy a adressé ses « plus sincères condoléances » aux familles. François Fillon, le premier ministre, a salué « ces hommes tués en accomplissant leur mission ». Bernard Accoyer, le président de l’Assemblée, leur a adressé la « gratitude de la représentation nationale ».

C’est pauvre. On attendrait au moins des obsèques nationales. On le fait bien dès qu’un pompier meurt au feu!

Quatre des cinq soldats tués mercredi à Joybar.

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22 Commentaires

Classé dans International

22 réponses à “Afghanistan : 70 soldats tués pour notre confort et notre sécurité

  1. Excellent billet qui dénote et ça fait du bien .
    Des obsèques nationales, je serai bien surpris qu’il n’y en ait pas. A suivre.

  2. René de Sévérac

    « c’est pour nous qu’ils sont morts. »
    Vraiment ?
    Pour la défense de nos valeurs ?
    Vraiment ?
    Il serait temps qu’on mette du sens derrière les mots ! Enfin, est-ce réellement nécessaire.

  3. Visiteur

    En quoi ont-ils été lâchement piégés?

  4. @Visiteur

    Se faire sauter après s’être déguisé en policier afghan, j’appelle ça une attaque lâche. Un truc d’islamiste, quoi.

    @René

    Nos « valeurs », cela dépend de quelles valeurs vous parlez, mais au moins celles de la démocratie face à la barbarie et au terrorisme. ça me paraît déjà un bon début.

    @Corto

    Il y en aura certainement, mais y’en aura-t-il avec tout le décorum nécessaire?

  5. Gwynfrid

    @ René: le mot « valeurs » n’apparaît pas dans le billet du Chafouin, donc je ne vois pas ce qu’il vient faire dans votre commentaire, Mais ces hommes sont morts pour la France et pour les Français, sans aucun doute.

    Malheureusement, en France, le sort des soldats et de leurs familles n’est pas un sujet. Même l’idée de faire des obsèques nationales, pas mauvaise en soi, est une défausse: c’est l’État qui fait des obsèques nationales, il n’y a rien qui engage le commun des mortels là-dedans.

    Dans d’autres pays, on met des autocollants « support our troops » à l’arrière des voitures, ou même, on fait des manifestations spontanées:
    http://news.nationalpost.com/2010/05/07/highway-of-heroes-how-couldnt-we-be-here/

    On peut trouver ça ridicule. Pour ma part, je trouve cette réaction saine, inspirée par le respect – indépendamment de ce qu’on peut penser de la mission. Il est dommage que nous ne sachions pas faire cela en France.

  6. René de Sévérac

    Cher Gwynfrid,
    Nos soldats meurent pour des « valeurs » … ça peut vous choquer (parce que le mot n’est pas employé dans le billet !) et je comprends que ces « pauvre types » ne vont dans un pays dont ils ignoraient l’existence pour défendre des « valeurs ».
    Ils ont fait la chasse à Ben Laden : c’est pas si mal. Pauvre de nous.
    Au fait, j’ai passé une partie de la journée avec une amie (pharmacien) dont la préparatrice (bac+n, mais j’ignore le n) ne sait pas ce qu’est le 14 juillet. Nos bidasses non plus, j’imagine !
    Je n »insiste pas sur les « valeurs ». Salut.

  7. Gwynfrid

    @ René. Vos commentaires ne me choquent pas. Je les trouve juste passablement obscurs.

  8. La Femme des Steppes

    Merci pour cet article.
    J’ai été particulièrement émue par l’interview des parents d’un soldat (présent à leurs côtés, mais regard totalement absent) qui expliquaient que leur fils, blessé au combat, avait perdu la mémoire et avait dû ré-apprendre, comme un petit enfant, à marcher, à parler, à être propre. Et soudainement, l’interview tourne court parce qu’il faut absolument que l’on voie Sarkozy sortir de sa voiture et entrer à l’Elysée. Mais pourquoi ? Pourquoi n’avoir pas accordé plus de temps à ces parents qui, malgré tout, disaient leur fierté devant le sacrifice et l’engagement de leur fils !!
    Le défilé était magnifique, comme d’habitude… on aimerait que tout au long de l’année, nos citoyens soient respectueux de l’engagement de nos militaires.
    Chaque soldat tombé ou blessé est présent dans les pensées et les prières de leurs frères d’armes et de leurs familles.

  9. Visiteur

    Bon bref, c’est sans doute pas le bon billet pour polémiquer là-dessus, mais il n’y a pas grand chose de lâche dans une attaque suicide contre des militaires.

  10. « Enfin, ils ont été lâchement piégés par un kamikaze, plutôt. »

    Je tilte à chaque fois que cette précision est faite – et elle l’est très souvent.

    Elle m’énerve, cette précision, parce qu’elle n’apporte rien, et elle laisse penser que ces soldats ne sont pas morts au combat. Or si, ils sont morts au combat, parce que le combat, c’est ça aussi, là-bas. Parce que nos moyens techniques ne laissent d’autres choix aux types d’en face.

    Parce que ces types d’en face sont assez désespérés pour se faire sauter contre nous, parce qu’ils n’ont pas le choix.

    Alors oui, pour ces types qui meurent dans ces attaques, c’est peut-être plus terrible que de se faire tuer au combat, parce qu’en effet, ça paraît con de mourir comme ça, sans pouvoir riposter, sans pouvoir faire preuve du même courage que les tués de l’embuscade qu’on sait, qui eux au moins sont morts en héros.

    Mais en fait, ça ne change rien. Ces mecs qui sont morts dans ces attaques sont autant des héros que ceux qui sont morts « au combat ». Parce que risquer sa vie à chaque instant, le savoir et faire son boulot quand même, c’est de l’héroïsme, autant, voire plus, que de se faire shooter en allant sauver son pote sous les balles, que d’aller nettoyer un nid de mitrailleuse à la grenade, que de mener un assaut malgré une blessure.

    Et cette petite précision qui n’a l’air de rien, pour moi elle tend au contraire à minimiser cet héroïsme.

  11. « cette guerre, dont on ne voit jamais d’images, à part quand des journalistes sont pris en otage »

    Je me souviens d’avoir vu un documentaire sur la légion étrangère, où les journalistes suivait l’unité en opération en Afghanistan, et on les voyait tous se faire tirer dessus (et riposter évidemment). On a beaucoup critiqué les journalistes « embedded » dans les unités militaires pour couvrir des conflits, mais ça permet quand même de montrer une réalité tout en limitant la prise de risque (d’être pris en otage, notamment).

    Je ne m’exprime que sur ce point, je suis parfaitement d’accord sur le reste.

  12. @Fikmonskov.

    Le but n’est certainement pas de minimiser l’héroïsme de ces soldats. Mais cette petite phrase soulève cependant plusieurs points.

    Le premier, c’est que même si le concept de « guerre noble » a depuis longtemps disparu, courir sur quelqu’un pour qu’il explose, en se suicidant de surcroît, ca n’a rien de glorieux. C’est lâche. Des bataillons japonais faisaient de même pendant la seconde guerre mondiale. Voyez la comparaison. Donc le premier point, pour moi, c’est le mépris de la vie.

    Le deuxième point, c’est que nos militaires ne peuvent vraiment pas grand-chose contre ces attaques. S’ils butent toutes les personnes qui courent dans leur direction, on va droit dans le mur. En l’occurrence, on y va quand même dans le mur. Nos soldats, eux, doivent se demander à quoi bon rester, si à chaque fois qu’ils tuent ou font prisonniers des talibans, 5 des leurs se font tuer sans AUCUN moyen de se défendre.

  13. Barbara

    Fikmonskov, il me semble que les Japonais faisaient des attaques suicides sans camoufler leur qualité de soldats non ? Dans ce cas-ci, se faire passer pour un allié en danger, c’est vraiment ignoble.

  14. Gwynfrid

    @ S1ned, Barbara: définir les méthodes de la guerre en termes aussi naïfs que « lâche » ou « glorieux » est une perte de temps. La guerre noble n’a jamais existé: c’était juste de la propagande de vainqueur.

    Si vous vous placez deux secondes dans les chaussures des types d’en face, ils sont confrontés à des soldats abrités dans de puissants blindés, renseignés par des satellites, équipés de missiles autoguidés, de drones, etc. De leur point de vue, les lâches, ce sont les Occidentaux !

    La guerre asymétrique existe parce qu’il y a une énorme disproportion de moyens. C’était déjà le cas des kamikazes japonais, inventés par un Japon débordé par le nombre et la puissance des navires et avions américains. Tous ceux qui ont au cours de l’histoire employé des méthodes de guerre asymétrique ont été traités de lâches, sans rien changer au cours des choses. Il n’y a aucun intérêt à insulter son ennemi, au contraire: c’est là le meilleur moyen de le sous-estimer.

    Et je suis aussi d’accord avec Fikmonskov: c’est déprécier le sacrifice de nos soldats que de les présenter comme les victimes d’un attentat comme s’ils étaient des civils massacrés dans le métro. Ces hommes sont tombés au champ d’honneur, quel que soit la façon dont ils sont morts.

  15. cilia

    En 2014, les talibans n’auront pas du tout été éradiqués et seront très puissants et actifs.
    Nous nous retirerons alors complètement pourtant.
    Nous sommes à des années lumières ‘d’un petit sentiment d’inachevé’ !

    Capturer ou éliminer Ben Laden, cela avait un sens.
    Tenter de détruire Al-Qaeda également.
    Mais quand nous serons partis, que se passera-t-il ? …

    Comment ma peine de savoir 7 nouveaux militaires tués français suffirait-elle à ne pas penser à l’avenir très probable d’un Afghanistan totalement repris en mains par les Talibans ?

    Ce n’est pas le fait que certains de nos militaires meurent au front qui doit nous faire réfléchir et réagir, je veux dire en terme de stratégie ; humainement, c’est tout autre chose.
    C’est de la pertinence de notre action qu’il est question.

  16. Gwynfrid

    @ Cilia: « Ce n’est pas le fait que certains de nos militaires meurent au front qui doit nous faire réfléchir et réagir, je veux dire en terme de stratégie » : +1.

    Il est déprimant, dans ces conditions, d’entendre la réaction officielle du gouvernement français: on va « renforcer la sécurité des troupes »… Ridicule. De trois choses l’une :
    1) Soit c’est de la pure communication victimaire, sur le modèle de la politique de sécurité intérieure.
    2) Soit notre contingent est mal organisé ou mal équipé défensivement, et dans ce cas il aurait fallu y penser avant, et de toute façon ce n’est pas un problème politique mais militaire.
    3) Soit cela signifie qu’on va restreindre notre engagement sur le terrain, ce qui serait un clair signal de défaite.

    J’espère que c’est seulement l’hypothèse 1), la moins pitoyable, qui est la bonne…

  17. Bon, on s’interroge sur ma définition de la lâcheté dans le combat armé. Eh bien puisque je suis un grand idéaliste, j’estime que ce n’est pas parce qu’on combat un adversaire qu’on doit le poignarder quand il a tourné le dos. Ce faisant, je suis un admirateur des règles chevaleresques du Moyen Age et de la Renaissance. Admirateur du « Messieurs les anglais, tirez les premiers ». C’est peut-être un brin naïf, mais j’ose croire que l’Homme doit aspirer au meilleur.

    Donc. Se couvrir d’explosifs, se cacher sous un uniforme de policier, et aller se faire sauter au milieu de soldats qui ne peuvent se défendre est une lâcheté absolue. Les kamikazes japonais, eux, pouvaient être abattus, ils ne se cachaient pas.

    Qu’on ne me dise pas que les Talibans ne peuvent pas faire autrement. Quand en 2008, 10 soldats français sont morts dans une embuscade, c’était les armes à la main. Pas à la ceinture.

    On me souffle à l’oreille que ce changement de stratégie des Talibans est dû à une faiblesse de leur part, que cela montre que c’est leur seule chance d’atteindre les soldats français (ou américains). Dans ce cas, qu’ils rendent les armes ou négocient.

    @Fikmonskov

    Dans mon esprit, le but de cette phrase n’était en aucun cas de minimiser le mérite de ces soldats, ni de laisser sous-entendre qu’ils ne sont pas morts au combat, mais simplement, de pointer du doigt la lâcheté de l’assaillant et puis, parce que ce n’est pas inutile, pour préciser les circonstances de leur mort. Tout comme le soldat qui est mort lundi dernier est mort dans un accident, par un tir ami. ça ne me paraît pas inutile de le dire.

    @Xerbias

    On voit quelques images, mais finalement, moins que celles de Côte d’Ivoire par exemple. On a l’impression que cette guerre n’intéresse personne.

    @Gwynfrid

    La guerre noble n’a peut-être pas existé, mais il y a une époque où la guerre avait ses règles. Je pense à la trève de Dieu, par exemple. Ou au fait qu’on ne pouvait pas tuer un homme qui n’était pas de son rang. C’est de la théorie bien sûr. Mais en fin de compte, la guerre comme tout autre activité humaine ne sera « noble » que si elle est exercée par une personne « noble ». L’escarmouche ou l’embuscade me paraît plus légitime que le coup de couteau dans le dos. Il y a d’autres moyens de se battre. Et vous ne me ferez pas pleurer sur le manque d’équipement des talibans…

    Enfin, je répète ce que j’ai répondu à Fikmonsov : en aucun cas, la précision sur la façon dont ces soldats sont morts ne nie le fait qu’ils soient tombés au champ d’honneur.

    Sinon, parfaitement d’accord sur la sécurité des militaires. Nous faire croire qu’on va arriver au zéro mort, c’est assez risible.

    @Cilia

    Le « petit sentiment » était ironique! J’ai employé le mot défaite, je crois. Je ne connais pas l’Afghanistan, mais de ce que j’en lis, on a l’impression qu’il s’agit d’un pays féodal en plus d’être montagneux. Bref, le genre d’endroit idéal pour se casser les dents. D’ailleurs, les Russes nous ont précédés dans la déroute.

    Du coup : comment faire pour en sortir? On imagine les hésitations qui ont dû animer les américains (nous, on suit, on est aussi tributaire de leur décision, vu qu’on fait partie d’une coalition menée par les anglo-saxons). Rester quand la victoire n’arrive pas, quand la pacification semble loin, est-ce que cela vaut le coup?

    La mort de Ben Laden est arrivée à temps pour justifier le retrait. Ou du moins faire passer la pilule. L’objectif initial étant officiellement « atteint », le sort des Afghans devient secondaire…

    Ensuite, si les Talibans reprennent le pouvoir après le départ des troupes occidentales, pas sûr qu’ils continuent leur alliance avec Al Qaeda. J’ai lu des papiers d’analyse, dans lesquels il était expliqué qu’ils avaient changé de doctrine et que le combat contre l’occident n’était plus une priorité. Car ils ont bien compris que sans Ben Laden, ils seraient encore au pouvoir aujourd’hui…

  18. cilia

    Chafouin,

    Je ne comprends pas tes réflexions sur les règles nobles ou lâches d’une guerre.
    Enfin, Gwynfrid l’a déjà fait mieux que moi.

    J’ajouterais juste que de ce que j’ai pu connaître de certaines actions du maquis du secteur de mon grand-père, un observateur étranger et parfaitement neutre les qualifieraient, selon ta classification, de lâches.
    Ben, va le leur dire à eux ou à leurs descendants ! …

    « L’objectif initial étant officiellement « atteint », le sort des Afghans devient secondaire …»

    Mais c’est bien mon reproche au discours officiel !
    Notre objectif, c’était Ben Laden, et par extension, les centres de formation terroristes.
    Le sort des Afghans, d’une, relève de la responsabilité, de la volonté, de l’Histoire des Afghans, de deux, me semble plus être un vernis moral qu’autre chose.
    A moins que les guerres-conquêtes coloniales soient revenues au goût du jour ?

    Gwynfrid,

    « Il est déprimant […] d’entendre la réaction officielle du gouvernement français. Ridicule. »

    Comme je vous approuve !

    Ce que je redoute le plus, c’est qu’il y ait un point 4.
    Très prosaïque. Que les politiques peinent à assumer publiquement les limites de leurs capacités.
    Les politiques au pouvoir naturellement.
    Pour ceux de l’opposition, c’est tellement facile d’être démagogiques et irresponsables.

  19. Gwynfrid

    @ Chafouin:

    Dans ce cas, qu’ils rendent les armes ou négocient.

    Ce mot prêterait à rire si le sujet n’était si grave. C’est tellement mignon de leur faire ainsi la morale… Mais nous ne sommes en train de débattre aimablement entre deux partis démocratiques, figurez-vous. Cilia met le doigt dessus, en faisant la comparaison avec la Résistance, la nôtre : la presse collaborationniste parlait elle aussi de « lâche attentat » pour les meurtres des militaires allemands : non, on n’hésitait pas à leur tirer dans le dos.

    Mais cette question de vocabulaire est secondaire. Ce qui compte ici, c’est de savoir si nous pouvons encore gagner. Sinon, il nous reste le choix entre partir, en assumant le probable retour au pouvoir des talibans (il faudra les dissuader d’une façon ou d’une autre d’exporter leurs méthodes terroristes sur notre sol) ou rester pour conserver une sorte de statu quo meurtrier. Pas un choix des plus confortables, mais visiblement personne – ni les Américains, ni aucune autre nation engagée n’a trouvé de troisième voie géniale.

  20. @Gwynfrid

    C’était évidemment une boutade. Mais on ne pourrait pas faire la morale à des types qui veulent imposer la leur à leurs concitoyens, et au monde entier? Mais même dans le cas des résistants, on peut considérer sans être un collabo que tuer un soldat dans le dos ou faire sauter un train avec des civils n’est pas la façon la plus noble de combattre. Mais on change de sujet si on se lance là dedans. Et ça risque de nous faire dériver…

    Pour revenir à l’Afghanistan, en effet, nous n’avons pas beaucoup le choix, c’est ce que j’ai écrit plus haut, et que vous rappelez fort justement. Au bout d’un moment, l’idéalisme de départ se retrouve rattrapé par le réalisme. Mais du coup, la tentation est forte, si au bout du bout, les talibans viennent à reprendre le pouvoir après notre départ, de se dire : « mais alors, pourquoi sont-ils morts, ces 70 soldats? »

    Voilà pourquoi les deux années et demi qui viennent vont être décisives d’ici le retrait définitif de nos troupes… ET voilà aussi pourquoi ceux qui dans l’opposition réclament un départ plus rapide de nos troupes sont des irresponsables, comme Cilia l’a dit.

    @Cilia

    Notre objectif, je crois, n’était pas uniquement Ben Laden. Notre objectif était de détruire une base arrière du terrorisme. Pas sûr que si on parte maintenant, l’objectif soit atteint… Sauf à considérer comme dit plus haut que les talibans changent de doctrine…

  21. GRANDE PENSÉE AUX 70 SOLDATS MORT POUR LA FRANCE EN AFGANISTAN ET SOUTIENT À LEURS PROCHES ET FAMILLE ,DONNER UN LEGION D’HONNEUR UNE FOIS MORT C’EST UN PEU FORT….

  22. Jean

    Il me parait évident que ces hommes sont morts pour défendre des interêts géo-politiques(vis-à-vis de la Chine ou de la Russie par exemple) et financiers( pavot à opium , acheminement du pétrole et du gaz) qui ne sont pas les nôtres.

    Pour ce qui est des valeurs, sans vous faire part de mes opinions concernant les DDH et la démocratie, il est clair que nos élites n’ont strictement rien à faire de ces choses là. C’est simplement un moyen pour que la populasse accepte l’engagement de notre armée dans ce genre d’agréssions.

    Ajoutons à cela que nous achetons la paix aux chefs de clan, que nous distribuons des tapis de prière aux populations, que nos femmes militaires se voilent devant eux.
    Que nous faisons bêtement acte de présence dans ce pays, telles des cibles, en éspérant ne pas récolter l’IED ou la balle perdue.

    Que la plupart de nos soldats savent tout ça et s’en moquent comme de leur Patire, qu’ils s’engagent pour la solde, partent en opex pour la prime.

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