Au PS, « tous ensemble pour un avenir pire! »

Quel talent, ce François Morel! L’ex-Deschiens emboîte avec brio le pas à Authueil qui déjà, il y a un mois, pronostiquait que les querelles internes au sein du PS feraient au final le jeu de Sarkozy. Jour après jour, les faits semblent aller dans ce sens. Ségolène Royal a lancé sa campagne ; son ex-compagnon, François Hollande, s’est déjà glissé dans le costume du favori depuis la chute de DSK ; Martine Aubry attend son heure, sûre de son bilan à la tête du parti ; Manuel Valls tente une fois de plus de jouer sur son image « décalée » – mais très très isolée – au sein du PS ; et Arnaud Montebourg croit qu’il peut continuer à représenter la rupture et le changement, lui qui continue scrupuleusement à cumuler des mandats publics malgré ses grands élans d’indignation sur ce sujet.

Le PS ne tirera donc jamais les leçons du passé. Il y a cinq ans, pourtant, sa précédente expérience aurait dû lui mettre la puce à l’oreille : se déchirer avant de désigner son leader, cela empêche le rassemblement derrière l’heureux élu. Et cela coûte la victoire finale. DSK, Fabius, les deux candidats malheureux, laminés par Ségolène Royal, ne supporteront pas cet échec et ne joueront jamais le jeu, tout au long de la campagne. Royal, d’ailleurs, ne s’en relèvera pas, elle qui devait se justifier de chaque initiative devant le tribunal des éléphants. D’autres explications sont bien sûr possibles, notamment l’utilisation par le candidat adverse, Nicolas Sarkozy, de meilleurs thèmes de campagne. Mais la division a joué un rôle important dans ce naufrage collectif.

Cette fois-ci, et alors même que comme le rappelle Morel, une chèvre estampillée PS aurait en principe toutes les chances de battre Sarkozy en 2012, on semble repartir sur les mêmes bases. Hormis le fait que Ségolène Royal n’ait plus du tout le même poids au PS et dans l’opinion. Et à la différence près qu’Aubry a l’avantage de tenir grosso modo le parti. Mais même si celle-ci, au bout du bout, l’emportait sur son prédécesseur, jamais elle ne récupérerait les Hollandistes. Dans l’Histoire, c’est un grand classique. « L’ami » rival qui préfère que votre ennemi vous batte plutôt que vous le supplantiez, il y en a dans tous les camps, dans tous les siècles, et dans toutes les civilisations. On appelle ça un idiot utile.

L’autre erreur du PS consiste à élaborer son programme, collectivement, avant de désigner son candidat. Or l’élection présidentielle correspond à la rencontre d’un homme ou d’une femme avec le corps des électeurs. Il faut donc que le projet qu’il défend lui corresponde. Or tout fonctionne au PS comme si le candidat était plus ou moins l’otage d’un camp, d’un parti. Ce qui est un handicap très lourd pour espérer conquérir la magistrature suprême.

A droite, on ne s’embarrasse pas de tous ces idéaux naïfs. Certes, de ce côté de l’échiquier politique, où la démocratie interne n’existe pas, la division existe aussi. Elle a d’ailleurs failli conduire à l’échec en 1995. Mais le champion a toujours, ou presque, su s’imposer au premier tour pour rassembler au second.

Quand on relit le parcours incroyable de Mitterrand, on constate pourtant que le combat de toujours de celui qui reste le seul président de gauche de la Ve République, a été l’union de la gauche. Aujourd’hui, le PS n’arrive même pas à faire l’union des socialistes. « Il n’est jamais trop tard pour perdre une élection qui semblait gagnée d’avance », ironise Morel…

Une chose est sûre : pour Nicolas Sarkozy, dont le mandat s’achève dans une ambiance délétère et dont le bilan est catastrophique, la situation est inespérée. L’hypothèse Borloo semble enterrée, Bayrou n’est plus une menace, Villepin en est réduit à défendre le mariage gay ou la dépénalisation du cannabis pour exister, Boutin va se déclarer mais pour l’honneur.

Merci à La Loose de m’avoir signalé cette vidéo.

7 Commentaires

Classé dans Politique

7 réponses à “Au PS, « tous ensemble pour un avenir pire! »

  1. Je pense dans l’opposition l’ump ferait pareil, projet et puis primaires.C’est le fait d’être sortant qui améne l’unité en politique.Ou au moins qui l’aide.

  2. Gwynfrid

    @ Romain: cela m’étonnerait, ils ne l’ont jamais fait par le passé. Un candidat de droite se présenterait à une éventuelle primaire comme un package: un bonhomme + le programme qui va avec. C’est ce qui se fait dans le système de référence, les primaires des deux partis américains. C’est beaucoup plus cohérent: les électeurs du parti peuvent choisir la nuance du programme et le candidat qui leur convient le mieux, parce que l’un porte l’autre. Ensuite la même combinaison peut arriver à l’élection sans avoir dû subir de contorsions absurdes en cours de route.

    Le PS veut absolument contraindre son candidat à être fidèle à un bloc d’idées déterminé à l’avance. Il se prépare à des rudes déceptions s’il gagne l’élection – à moins que cela ne l’empêche de la gagner. Pour moi, c’est la faiblesse numéro un des socialistes, plus grave encore que la nature floue et tiède du programme, ou que les limitations personnelles des candidats.

  3. Si le PS est en mauvais état, quelques indicateurs suffisent à montrer qu’à l’UMP, ce n’est guère beaucoup plus brillant.

    -> http://www.voie-militante.com/politique/elections/2012-mal-barre-je-vous-dis-mal-barre/

  4. @Romain Blachier

    Je dirais la même chose que Gwynfrid. C’est aussi une question de tradition politique. On pense à gauche, et en particulier au PS que c’est bien d’être investi après une campagne, que la démocratie interne a de l’importance, etc… Et cette année on va même encore plus loin pour donner encore plus de légitimité au candidat, à travers une primaire. Sauf que ce qu’on gagne d’un côté, on le perd de l’autre…

    C’est d’autant plus comique qu’on sait que parallèlement à cette tradition démocratique, les pires magouilles existent. Il suffit de voir comment est gérée la fédération du Pas-de-Calais!

    @Gwynfrid

    « parce que l’un porte l’autre »

    Exactement. L’attelage d’un projet collectif et d’un candidat qui ne l’assume peut-être pas totalement est très étrange…

    @Denis

    SI ça peut vous rassurer🙂

  5. Incarnare

    Le système des primaires américaines a un trait positif que les socialistes français n’ont pas su reprendre : un système avec plusieurs votes repartis sur plusieurs semaines avec report des voix des candidats déchus sur les restant en course..

    Ce système évite que les candidats soient trop dans une opposition les uns avec les autres (et garantit au moins la paix) car chacun pourrait bien avoir besoin le lendemain des voix de ses adversaires du jour.

  6. Comment ça se fait que je n’ai rien à redire? Je cherche l’erreur, il faut que je relise. Il y a bien un point qui doit titiller ma veine polémique…

    Obama et Clinton s’étaient déchirés aussi, un combat très dur. Et celà avait marché à la fin car les démocrates avaient choisi Obama. La différence réside dans le fait qu’au EEUU les démocrates combattaient autour d’un projet. En France, les wanna-be président du PS semblent se déchirer pour un feuteuil. Avec la court qui va avec, bien entendu

  7. Et moi qui croyait naïvement que la Politique avait pour fonction et pour sens de servir le Bien commun et ordonnant les moyens du vivre-ensemble ! ^^ Ca devient compliqué d’accomplir son devoir électoral quand on a des convictions, dites-moi…

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