Eric Besson, l’impulsif

Besson est donc au coeur d’un bad buzz avec la tempête dans un verre d’eau causée par son départ de l’émission Capital. Excédé par les questions du journaliste Guy Lagache sur le nucléaire, le ministre de l’Industrie s’est donc levé, a quitté le plateau et a cessé tout de go l’interview. Au-delà de la question de la cause de ce clash – à l’évidence, la malhonnêteté intellectuelle de Lagache -, il faut bien noter que la personnalité d’Eric Besson est aussi en cause dans cette affaire. Et si son talon d’Achille était son caractère de cochon?

Eric Besson est un grand sensible. Un colérique. Un personnage impétueux. Un homme qui a beaucoup souffert de cette étiquette d’homme le plus détesté de France dont l’avait notamment affublé le torchon l’hebdomadaire Marianne, à l’époque où il était titulaire du ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale Il n’aime pas la contradiction, et a du mal à se retenir lorsqu’il sent la moutarde lui monter au nez.

C’est sans doute cela qui explique son départ précipité de l’émission Capital, dont on peut retrouver la version intégrale ici. Comme il l’avait annoncé sur Twitter et comme il l’a confirmé dans cette vidéo du progres.fr le ministre n’avait « rien à craindre de la diffusion de ces images » : et en effet, quand on regarde l’intégralité de l’échange, on voit à la fois toute la mauvaise foi de Guy Lagache, l’intervieweur, et la lente montée de l’agacement chez Eric Besson. On sent bien que plus le temps passe, plus il a du mal à se retenir de gifler son interlocuteur.

Et il faut avouer que n’importe qui aurait été énervé par ce blond horripilant, le pendant masculin de Pascale Clark. Lagache prétend que le « peuple s’est exprimé » contre le nucléaire, en s’appuyant sur un sondage. Il prétend crânement qu’utiliser l’énergie hydraulique est une « question de volonté politique ». Lui coupe sans cesse la parole, enchaîne les banalités, les propos définitifs et hâtifs, les contre-vérités, et surtout, se comporte comme ce militant de base qu’on a tous rencontré un jour. Vous savez, ce type bravache, qui n’a pas d’arguments, mais les répète quand même en boucle. Ce n’est pas cela, un journaliste.

D’aucuns estiment que toute cette affaire est un buzz initié par M6 pour casser l’image trop… capitaliste de Capital. J’ai du mal à croire. Peut-être, tout au plus, la chaîne a-t-elle profité du clash pour le monter en épingle et faire parler de l’émission. Le fond de l’affaire, c’est que Lagache est mauvais. Dans ce type d’émission, le journaliste est là pour apporter la contradiction, pas pour faire passer ses idées. Guy Lagache a cru à tort qu’il s’agissait d’un débat entre lui et le ministre. Il s’est planté. Il n’a eu que la monnaie de sa pièce.

Mais il ne faut pas évacuer la question de la responsabilité du ministre.  Sur Le Plus, Matthieu Géniole croit savoir que c’est la première fois qu’un ministre en exercice quitte un plateau dans de telles circonstances. Besson devait-il quitter le plateau? Difficile à dire. Mais peut-être que placé dans les mêmes circonstances, un autre ministre aurait laissé passer l’orage et en aurait profité pour faire passer son message malgré la tempête. Alors que là, Eric Besson donne l’impression d’être très gêné par les questions sur la sécurité nucléaire.

Eric Besson, lui, a du mal à se maîtriser. Cela me rappelle cet extrait du livre [Off], ce que Sarkozy n’aurait jamais dû nous dire, de Maurice Szafran et Nicolas Domenach, dans lequel Eric Besson est accusé d’avoir menacé physiquement le premier, PDG de Marianne. En réaction à leur une (d’ailleurs contestable) sur « L’homme le plus détesté de France », celui-ci aurait décroché son téléphone pour expliquer à Szafran pourquoi il refusait en conséquence de débattre avec Jean-François Kahn dans l’hebdomadaire.

Très vite, le ton monte, et quand Besson comprend que Szafran ne regrette en rien cette « une », il aurait lâché ceci :

« Ah, vous assumez ce titre! Alors sache bien, petit enculé, que je te péterai la gueule, en public, que je te ferai une tête au carré. Pas tout de suite, parce que je suis ministre, et qu’un ministre ne peut pas se comporter comme ça. Mais le jour où je ne le serai plus, je te casserai la gueule. A cause d’enculés comme vous, à cause de ce titre, ma mère est malade et mes enfants pleurent. Ils me demandent de quitter le gouvernement, mes enfants, ils n’en peuvent plus à cause de ces saloperies comme ça. Je suis un Méditerranéen, moi, je viens du Maroc, je suis rancunier, et c’est sûr, un jour ou l’autre, je te péterai la gueule… »

Szafran affirme ensuite que Besson l’a rappelé une demi-heure plus tard pour s’excuser de ces menaces hâtives.

Cette discussion s’est-elle réellement déroulée ainsi? Besson ne l’a pas démentie. Le livre n’a pas été attaqué. Mais l’évolution d’Eric Besson, son pamphlet rageur en 2007 contre Royal en pleine campagne présidentielle , ses relations conflictuelles avec les journalistes, montrent le côté sanguin du personnage et son manque absolu de maîtrise de soi.

Et si le talon d’Achille de DSK était son attirance dérangée pour les femmes, celui d’Eric Besson, incontestablement, semble résider dans ce caractère impulsif. Or un ministre, ça doit se contrôler…

16 Commentaires

Classé dans Politique

16 réponses à “Eric Besson, l’impulsif

  1. Koz

    Il le croit pas, Koz, il l’affirme.

  2. Ou il l’estime… Et c’est son droit. Mais c’est un peu du jugement téméraire je trouve.

  3. Koz

    Ben ouais et alors ? Pourquoi s’en tenir à des jugements pondérés, sur des sujets superficiels ? Y’a assez d’occasions d’être sérieux.

  4. Koz

    Bon, j’admets : c’est aussi une nouvelle disposition d’esprit…

  5. Une nouvelle disposition d’esprit? C’est-à-dire? Je ne dis pas que tu as tort mais je n’ai aucun élément objectif pour être convaincu…

  6. Koz

    C’est-à-dire que j’ai décidé de m’amuser, un peu plus qu’avant, sur des sujets que je ne considère pas totalement primordiaux (pour moi, parce que je comprends en revanche que tu sois davantage concerné par le rôle du journaliste). Je n’ai pas davantage d’éléments objectifs pour convaincre. C’est juste du feeling, une thèse, du nez.

  7. Pingback: Capital, le mag’ des rebelles

  8. @Koz

    J’essaie de faire la même chose, sur Borloo, NKM, ou encore ici Besson. Il faut aussi faire un peu du léger ou du futile, parce que sinon, on finit aussi par s’emmerder! Et par lasser.

    Et puis la politique, ce n’est pas que du politique, c’est aussi de la politicaillerie, du buzz, de l’image. Donc il faut aussi en parler… Ou du moins on peut.

    Habile de ta part, ton billet, que je vais d’ailleurs commenter. Mais le coup préparé, et même si on connaît le caractère impétueux du bonhomme Besson, il fallait le faire. C’est surtout risquer, pour Lagache, de passer pour un gros blaireau. D’ailleurs, sur le site de M6, je vois beaucoup de commentaires favorables à Besson.

  9. Frank

    Je viens de regarder la vidéo complète sur Youtube: H-I-L-A-R-A-N-T, tout simplement hilarant. Au Canada, et en Amérique du Nord en général, les politiciens ont tellement peur des journalistes qu’ils subissent leur mauvaise foi et leur manque de professionalisme avec résignation. Voir ce geste d,un ministre est non seulement hilarant mais significatif d’une nouvelle génération de politiciens qui ne venleunt plus se faire manipuler par la presse.

  10. Je ne manque jamais Capital, et lorsque Hortefeux, ministre de l’immigration, était passé, il avait subi le même traitement (tout en restant sur son siège). Guy Lagache, que j’estime, s’est dans les deux occasions permis une déroute du raisonnement, ne cherchant même pas à écouter ce que son invité avait à lui dire, enchainant les arguments bateaux et cherchant à faire dire le contraire de que le ministre pense. Lorsque François Hollande était passé, c’était resté très générique, probablement le fait que celui-ci n’est pas au pouvoir.

    Sur Besson, il est resté bien calme pendant tout le long de l’interview, essayant de placer ses arguments et de rester factuel. Cela n’a pas tourné au « clash » spectaculaire comme on peut le voir dans d’autres émissions, peut-être est-il parti pour éviter cela, je ne suis pas un fan de sa personne, mais sur ce coup, il n’a pas à avoir honte de sa prestation.

  11. Un journaliste est là pour poser des questions, déranger, chercher des réponses à une situation qui préoccupe. Besson pensait avoir à faire à un journaliste complaisant? Il s’est trompé. Que le Ministre de l’industrie parte de cette manière d’un plateau tv où il est présent pour répondre et non pour débattre, indique de quelle manière ce ministre n’est pas prêt à entendre mais -encore pire- à être questionné. C’est grave, mais cela indique la servilité que certains journalistes adoptent quand en face il y a un ministre.
    Bref, Besson là déçoit et parait minable. http://unristretto.net/2011/06/18/derobade-imprevue/

  12. Gerard Dupin

    Pas du tout d’accord !!
    Lagache n’a fait que poser des questions, c’est un journaliste.
    Etonnant que M6 ait censuré !!
    Juste une preuve supplémentaire (s’il en fallait) de la main-mise du gouvernement sur les médias.
    il n’y a qu’internet (pour le moment..) !
    GD

  13. @Gérard Dupin

    M6 n’a rien censuré du tout, au contraire, ils ont mis l’intégralité de l’interview sur leur site.

    @David Marin

    Pas d’accord. Je suis aussi pour que les journalistes – j’en suis un, donc… – posent des quesitons, insistent jusqu’à obtenir une réponse, mais là, je trouve que Lagache est sorti de son rôle, qu’il a enchaîné les à-peu-près. Je ne dis pas pour autant que Besson a bien fait de s’agacer, mais il y avait de quoi. Largement de quoi.

    Il y a sûrement un juste milieu à trouver.

  14. S’agacer, oui. Mais répondre: un document interne EDF (présenté à Envoyé Spécial) démontre que selon EDF il y a un problème de défaillances. Besson était invité, a accepté, c’est un ministre et ne peut convenablement pas quitter un plateau de télévision: il se doit de répondre, expliquer, corriger. Acte couard de se tirer, c’est le ministre de l’Industrie, tout de même

  15. Frank

    @Gérard Dupin, je parlerais plutôt de main-mise des médias sur les gouvernements. Les journalistes font malheureusement faire aux politiciens ce qu’ils veulent.

    Cela dit, si j’avais été Besson, j’aurais convoqué une conférence de presse le lendemain.

  16. Je suis d’accord, le journaliste n’est pas vraiment dans son rôle dans cette émission. Et je préfère que M. Besson ai quitté l’émission, plutôt que de s’emporter contre le journaliste. Toutefois, ses propos : « Fait chier, j’me casse » ne sont pas dignes de sa fonction de ministre. Excusables, certes, étant donné le contexte et son tempérament. Mais comme dit l’auteur de ce billet : « un ministre, ça doit se contrôler… « .

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