NKM s’y voit en 2017

Photo Marie-Lan Nguyen

Nathalie Kosciusko-Morizet a un nom prédestiné. Un patronyme en forme d’initiales (NKM), ça claque, ça pète, ça vous ouvre les portes du mythe. Alors elle y croit très fort. Le maire de Longjumeau, ministre de l’Ecologie, des Transports et du Logement croit en elle, en ses capacités déjà éprouvées. Et comme elle a un culot monstre, elle n’hésite pas à se confier sur son destin. En toute « transparence » : la présidentielle, elle y pense pour 2017 ou 2022, et pas qu’en s’épilant. Du coup, elle s’épanche. Elle livre les clefs de son ambition à des journalistes de l’Express, qui s’empressent bien sûr de tout raconter. Un hasard, sans doute. Certainement pas une manœuvre de communication. Mais au fond, n’est-ce pas un peu tôt? 

Depuis Jean-François Copé, son Promis, j’arrête la langue de bois (il préfère de loin la langue de plomb) et son « je serai candidat en 2017 » qui lui évitait de se placer en opposant formel à Nicolas Sarkozy, la transparence dans l’ambition semble être devenue une valeur porteuse. Au moins, pense le bon peuple, en voilà un qui assume, dans un pays où on préfère souvent les manœuvres en coulisses, les tractations de couloir, les arrangements d’arrière-boutique.

Et depuis, force est de constater que Copé a fait des émules. Y compris à gauche, avec un Manuel Valls par exemple. Désormais, afficher un destin présidentiel fait partie du CV de tout winner en puissance. Mais on ne s’attendait pas à ça de la part de NKM : après son livre-brûlot contre le FN, elle a fait son coming-out au détour d’un long article paru sur lexpress.fr, « NKM tisse ses toiles ». Article qui ne doit rien au hasard, puisque les confidences de NKM ou de son entourage y sont légion et que l’auteur semble lire dans la ministre de l’Ecologie comme dans un livre ouvert. Une commande, donc, plus probablement.

« La jeune femme, du haut de ses stilettos sans fin et de ses -tout juste- 38 ans, voit loin. Très loin. Aujourd’hui n°4 du gouvernement, elle vise l’Elysée, met déjà tout en oeuvre pour y accéder et s’en cache à peine. A L’Express, elle affirme: « Je n’exclus rien. » « . Façon habile de se déclarer sans le faire ouvertement. De révéler ses ambitions sans les assumer officiellement. Mais on n’imagine pas qu’un journaliste soit allé aussi loin dans l’insinuation s’il n’avait pas obtenu un minimum d’assurances.

L’ambition n’est pas un défaut. Et NKM, je n’ai rien contre elle, bien au contraire. Des gens très bien semblent l’apprécier, et j’ai en mémoire ce clash avec Borloo et Copé, en 2008, lorsqu’elle avait évoqué ce « concours de lâcheté dans la majorité » au sujet des OGM. Elle était apparue comme différente, courageuse, droite. Même si au nom de la solidarité gouvernementale, elle avait ensuite dû présenter ses excuses et rentrer dans le rang.

Mais l’ambition hâtivement déclarée peut trahir une forme de précipitation ou de narcissisme. Surtout quand on lit que la dame a vécu son expérience au secrétariat d’Etat à l’économie numérique (janvier 2009-septembre 2010) comme « une traversée du désert », elle qui n’a pourtant commencé sa carrière politique qu’en 2002. Se déclarer candidat, cinq ans, dix ans avant l’échéance, n’est-ce pas un tout petit peu mettre la charrue avant les boeufs? Chirac s’est-il déclaré candidat en 1968? La magistrature suprême, ça se construit pas à pas, ça se gagne au terme d’un long combat, d’une longue carrière politique, ça ne se désire pas publiquement. Il faut montrer qu’on est capable, montrer de quoi on est capable, plutôt que de montrer qu’on a envie, qu’on est pressé d’y arriver, et glisser entre deux bons mots qu’on est « superamoureuse des Français » (sic!). Même si on comprend les avantages politiques, dans son camp, que NKM peut engranger avec une telle déclaration. Elle coupe l’herbe sous le pied à ses concurrents, et peut s’imposer à droite comme future premier-ministrable. Et un premier-ministrable garant du cordon sanitaire avec le Front national.

Et puis, entre nous, et pour paraphraser Ségolène Royal raillant Eric Besson au coeur de la campagne de 2007, qui connaît NKM? A-t-elle suffisamment d’épaisseur politique pour franchir un tel cap maintenant? Ce qui est valable pour un Copé, qui a été porte-parole du gouvernement, ministre du Budget, président de groupe à l’assemblée et maintenant chef de parti, l’est-il pour une femme de 38 ans qui n’a occupé que deux secrétariats d’Etat et un ministère, et qui a été secrétaire générale adjointe à l’UMP? Soyons sérieux : un tel coming-out, quand on est n°4 d’un gouvernement où les têtes d’affiche se font rares, ça fait un tout petit peu prétentieux et impatient. Il reste encore beaucoup d’étapes à franchir pour NKM. Un ministère régalien, par exemple?

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5 Commentaires

Classé dans Chafouinage, Politique

5 réponses à “NKM s’y voit en 2017

  1. C’est curieux cette capacité des hommes de pouvoir à cumuler la courte vue pour ce qui devrait demander un peu de hauteur avec une vision de long terme pour leur petit nombril…

  2. do

    ben moi, je la verrai bien en 2012, vu le mal qu’on a à trouver une alternative crédible à Sarko.

  3. @ do
    Dans votre phrase, le mot crédible m’interpelle 😉
    Le Chafouin a bien souligné dans son billet son manque (provisoire ?) de carrure et je partage assez son avis !

  4. JP Nazon

    Moi aussi j’y pense à la magistrature suprême…en 2022
    Mais bon je le dis pas dans l’express et tout le monde s’en fout…pourtant JPN ça claque également comme initiales…
    JPN

  5. René de Sévérac

    A l’époque où le combat politique était entre la Droite (libérale) et la Gauche (planificatrice) aspirer à la magistrature suprême supposait la prise (voire la création) d’un parti. Giscard « créa » l’UDF, Chirac le RPR et Mitterrand le (nouveau) PS. Sarko fut l’homme de la transition.

    Aujourd’hui, les temps ont changé et – sans oser dire qu’il faut passer par la Star Academy – il faut créer le phénomène et revendiquer tôt le droit à l’existence … avec l’inconvénient de faire cible.
    Copé est à la mode ancienne, Valls occupe un terrain bizarre et NKM ne doute pas de l’avantage d’être Homme de type féminin; sous peu Harlem Désir pourra revendiquer son droit à la « Diversité » – droit usurpé évidemment.
    Il suffit de séduire le pouvoir médiatique.
    Car, nouveau challenge, la mode des primaires conduit à se faire désigner par l’adversaire.
    On entre maintenant dans une phase nouvelle avec une population inculte … diplômée (Bacs+n) … et fabriquée par les médias et évaluée par les sondeurs. Donc imprévisible.

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