Quand Borloo se « prépare pour gagner »

Ainsi, Jean-Louis Borloo franchit un cap – que dis-je, une péninsule – dans son affranchissement vis-à-vis de l’UMP, et un pas vers sa candidature à l’Elysée, en déclarant hier dans la Voix du Nord se « préparer pour gagner » sans pour autant dire s’il sera présent ou non dans les starting-block de la présidentielle de 2012. Une candidature qui à défaut d’être légitime, sera de toute manière inutile, puisque Borloo et sa poignée de soutiens répètent à qui veut l’entendre que le centre qu’ils désirent « républicain, social et écologiste » restera l’allié de la droite de gouvernement. Alors à quoi bon?

Jean-Louis Borloo construit sa propre légende, à défaut de construire un avenir pour un centre indépendant candidat à la victoire en 2012. A défaut d’être réellement transparent, aussi. Ces entretiens destinés à préparer l’opinion à une candidature, destinés à réveiller ceux qui répondent aux sondages, ça commence à devenir une habitude. On a eu Martine Aubry, le lendemain du sacre du Losc, qui avait déclaré sur France 2 qu’elle prendrait « ses responsabilités ». Depuis, tous ses proches assurent qu’elle va y aller.

Ici, Jean-Louis Borloo annonce qu’il se déclarera à Valenciennes, répète que sa candidature est « légitime » au vu des postes ministériels qu’il a occupés, affirme se « préparer pour gagner« , mais dans le même temps, il tente de nous convaincre qu’il a sa « cohérence » et ses « étapes » à franchir pour gravir son « Himalaya » politique. Bref, il sera candidat, mais pour l’annonce officielle et les photos, il faudra attendre, désolé! Encore une fois, la communication politique, sous couvert d’élaboration d’un projet, dicte l’agenda politique. Or quand on a rien à dire, on ne dit rien, non?

Et puis, lorsqu’on lui pose la seule question qui vaille, à savoir celle de la cohérence de sa candidature eu égard à son implication dans tous les gouvernements de droite depuis le second mandat de Jacques Chirac, l’ami Jean-Louis botte carrément en touche. « On ne se présente pas contre quelqu’un, mais pour un projet ! Alors, la question est plutôt, est-ce que je suis libre, et la réponse est oui. » Mais non, Monsieur Borloo. La question est plutôt de savoir pourquoi vous n’avez rien dit, quand la gauche s’indignait au sujet de l’évacuation des Roms. Pourquoi vous avez laissé passer tant de lois répressives sur l’immigration et le contrôle des sans-papiers. Pourquoi vous vous êtes tus, vous et vos amis, après le discours de Grenoble, en août dernier. Celui que vous vilipendez aujourd’hui.

C’est qu’à l’époque, vous souhaitiez être premier ministre. Une telle ambition, ça vaut bien de mettre un mouchoir sur certaines convictions. Et une fois que vous avez été éconduit, vexé, vous vous êtes réveillé, vous avez tout d’un coup découvert votre fibre sociale, vous avez commencé à donner de la voix, un peu comme ces roquets qui menacent de vous mordre les mollets, mais seulement lorsqu’ils sont à distance respectable, et si possible derrière une grille.

Vous pouvez toujours prétendre avoir « décidé de sortir du gouvernement en novembre » parce que le « virage social » que vous souhaitiez n’avait « pas été retenu » tout le monde a décodé : vous avez choisi de quitter le gouvernement, car vous n’aviez plus rien à y faire comme sous-fifre. Un peu comme ce brave Hervé Morin. Votre compagnon de cette improbable alliance des centres. L’ancien ministre de la Défense, qui a attendu d’être viré manu-militari du gouvernement pour se découvrir des idées très opposées de celles de Nicolas Sarkozy.

Les centristes sont au fond toujours contents d’aller à la soupe quand elle est chaude et fournie. Il leur faut toujours attendre de perdre des postes ou constater un danger en terme de popularité pour se réveiller et tenter de se démarquer de la droite. Pour monnayer de nouveaux postes?

Au fond, la seule candidature centriste légitime et cohérente, aujourd’hui, est celle de François Bayrou, ou à la limite celle de Nicolas Hulot. Pour eux, la déconfiture de DSK ouvre un boulevard. Il est craindre que pour Borloo, les électeurs ne soient pas dupes et que le coup du rabattage de voix pour le second tour ne passe pas. C’est à ce moment-là qu’il sera savoureux de lire ces lignes actuelles : « Je me prépare pour gagner« .

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9 Commentaires

Classé dans Politique

9 réponses à “Quand Borloo se « prépare pour gagner »

  1. Je n’ai pas vu que Jean-Louis Borloo vilipendait particulièrement le gouvernement. Hervé Morin, oui, ce qui est assez absurde, mais Jean-Louis Borloo, non. C’est ce qu’il dit d’ailleurs : « On ne se présente pas contre quelqu’un, mais pour un projet !  »

    Quand les Verts ou les communistes se sont présentés face à Jospin en 2002, je ne me souviens pas qu’ils aient été accusés de le faire parce que la soupe n’était pas assez bonne. Je crois que sa démarche est à peu près la même.

  2. J’entends pas mal les proches de Borloo (en particulier Jego) dire haut et fort que la politique du gouvernement en matière de course à l’extrême droite et d’immigration et de sécurité ne satisfait pas les centristes. Que ne l’ont-ils dit plus tôt! Etre à l’intérieur pour peser sur les décisions, c’était le choix affiché en 2007. On peut s’interroger sur l’impact des centristes sur la politique menée depuis. Mais c’est vrai que Borloo n’est pas redevable de toute cette histoire.

  3. René de Sévérac

    « On ne se présente pas contre quelqu’un, mais pour un projet ! »
    Ça me rappelle les deux individus poursuivis par un lion. L’un considère la partie perdue : « on ne peut pas gagner contre un lion »; à quoi l’autre répond « Ce n’et pas contre le lion que je cours, c’est contre toi ! »
    Ici Borloo ne cours pas contre Sarko. Mais son projet, c’est la mort du plus lent.
    Dans une course où les candidats seront nombreux, l’issue peut se jouer aux dés !

  4. René de Sévérac

    Pardon. Lire plus haut :
    « Ce n’est pas contre le lion que je cours, … »
    Vous aviez corrigé, mais je ne supporte pas la honte !

  5. Gwynfrid

    « On ne se présente pas contre quelqu’un, mais pour un projet ! » : pure rhétorique, pour éviter de répondre à la question de sa différence avec Sarkozy. Or, l’essentiel des voix de Borloo, au premier tour, seraient des voix prises soit à Sarkozy, soit à Bayrou, soit, éventuellement, de potentiels abstentionnistes. Il doit donc montrer pourquoi on devrait voter pour lui plutôt que pour un des ces deux-là. Et sa réponse montre à quel point son offre est faible, handicapée qu’elle est par sa participation au gouvernement pendant trois ans et demi.

    Je ne suis pas (ou plus) convaincu par Bayrou, mais au moins, les raisons de sa candidature sont claires. Pour Borloo, c’est beaucoup plus discutable.

  6. Obi-Wan Kenobi

    @ xerbias :
    je n’ai pas le sentiment que les choses se déroulent de la même manière à droite qu’à gauche. A gauche, Verts et PCF présentent traditionnellement des candidats à la présidentielle. Il n’y avait rien d’étonnant à ce qu’ils comptent leurs voix en 2002 après 5 ans de gauche plurielle et je n’ai pas le souvenir qu’il y ait eu des revanches personnelles à cause d’une éviction du gouvernement Jospin des uns ou des autres. Ils crachaient juste un peu dans la soupe et espéraient réaliser un gros score pour avoir un maximum de postes dans le gouvernement suivant (on connaît la suite). A droite, j’ai un peu le sentiment que chacun a sa propre petite formation qui peut lui servir de tremplin pour ses propres ambitions. Au centre-droit se nouent alors des alliances complexes qui semblent parfois dictées par l’opportunisme politique (cf 1995 et Balladur).
    Mais je pense qu’on peut tous s’entendre pour dire que la cohérence est une qualité rare en politique, surtout sur d’aussi longues durées ! (Anecdote : j’ai interviewé Borloo en 2001 quand il se représentait à la mairie de Valenciennes. « On dit que vous avez des ambitions ministérielles et que vous ne resterez pas à Valenciennes… – Mais bien sûr que non, si je me présente, c’est pour tout le mandat, j’aime ma ville ». Un an plus tard…)

    @ Chafouin :
    tu m’as l’air très optimiste sur les capacités mémorielles des électeurs (« Il est craindre que pour Borloo, les électeurs ne soient pas dupes et que le coup du rabattage de voix pour le second tour ne passe pas. ») Car le pire, c’est bel et bien que tout est possible !

  7. @Obi Wan

    Je tâche de ne pas désespérer de mes concitoyens, mais je dois avouer qu’en l’occurrence, la mémoire des électeurs est très mauvaise, généralement. Il faut dire aussi que les actions passées des uns et des autres ne sont pas les seuls facteurs de choix. Il faut aussi choisir un candidat parmi une liste déterminée…

  8. Obi-Wan Kenobi

    @ Chafouin :
    En fait, il doit y avoir un peu des deux. Moi-même, dans le secret de l’isoloir, je dois parfois me forcer à l’amnésie pour ne pas voter blanc.

  9. Pingback: Borloo ouvre un boulevard à Bayrou | Pensées d'outre-politique

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