Troupeaux de journalistes

J’avoue ressentir depuis toujours une forme de compassion pour ces journalistes se déplaçant en troupeaux, pour ces reporters contraints de passer des heures, voire des journées entières à guetter leur proie pour obtenir une image. Dans l’affaire DSK, on les a vus d’abord patienter toute une journée devant le commissariat de Harlem, à l’affût de l’image de l’ancien patron du FMI déchu. Ensuite, la meute s’est transportée devant le tribunal de New-York. Hier, c’était devant la prison de Rikers Island, puis devant le Bristol Plaza, où on pressentait que DSK pourrait s’installer après sa libération. Tout ça pour quoi?

En principe, on fait le même boulot. Le rédacteur que je suis cherche avec avidité des informations, des recoupements, des réactions, des nouveautés dans l’enquête. Le chasseur d’images, lui, qu’il soit caméraman ou photographe, a la même avidité dans la quête d’informations, sauf que celles-ci revêtent un aspect différent : lui, c’est une information picturale qu’il recherche. Sauf que là où le rédacteur peut utiliser son téléphone ou à la limite être en retard sur l’info, lui se doit d’être là au moment T, d’être patient pour capter l’information au moment où elle surviendra. Il ne peut pas se permettre de la manquer, ce qui l’oblige souvent à piétiner des heures durant au même endroit.

Mais si l’on peut comprendre qu’on patiente une éternité pour obtenir l’image d’un DSK menotté ou d’une Anne Sinclair arrivant au tribunal, on peut se demander quel intérêt il y a à guetter la sortie de DSK de la prison, ou son arrivée au domicile où il doit être placé sous surveillance. Ou, comme l’ont fait de nombreux médias à Paris, de faire le siège de l’immeuble où réside Anne Sinclair.

On a du mal, dans ce genre de cas, à trouver la différence qui existe entre les JRI (journalistes reporters d’images) et photographes d’un côté, et les paparazzis de l’autre. Où est la limite entre information et sensationnalisme? Doit-on tout voir?

Quelle info y'a-t-il dans cette image? Peanuts.

Dans le premier cas – la sortie de prison de DSK -, la meute a fait le pied de grue devant l’entrée de la prison pour obtenir une image improbable de deux fourgons sortant de l’établissement pénitentiaire gyrophares allumés. Personne ne sait si l’ancien patron du FMI était à l’intérieur. Cela pouvait être n’importe quel autre détenu. Bilan de la journée : peanuts. Mais qu’importe : il « fallait » être là, coco. C’est ça, le métier.

Idem pour la centaine de journalistes qui se sont massés vendredi matin devant le Bristol Plaza, où il avait été dit qu’Anne Sinclair avait acheté un appartement pour s’y installer avec son mari en attendant son procès. On se doutait que DSK n’allait pas arriver une fleur dans la bouche pour répondre aux interviews et se faire gentiment photographier à l’entrée du bâtiment. Bilan de la journée : le Bristol a rompu la transaction avec Anne Sinclair. Bravo les « journalistes ».

Il y a quelque chose d’irréel dans cette attitude. Dans ce réflexe moutonnier consistant à se copier les uns sur les autres par peur de « louper » quelque chose. Sans compter que lorsqu’ils arrivent à leurs fins, ces journalistes se retrouvent tous avec la même image.

Et puis il y a un côté « troupeau » qui confine au ridicule. Cet aspect de la profession est bien capté par le film « La Conquête », dont plusieurs passages se moquent allègrement des médias. Lorsqu’on voit les caméramen et photographes courir sur la plage de la Baule, comme des moutons, pour ne pas louper l’image de Dominique de Villepin effectuant son footing en maillot de bain au bord de l’eau. Et le summum , c’était cette fameuse équipée en Camargue, pendant la campagne de 2007, où la « meute » suivait Nicolas Sarkozy dans une remorque de tracteur.

Quand on voit ça, on a définitivement pas l’impression de faire le même métier.

6 Commentaires

Classé dans Médias/journalistes

6 réponses à “Troupeaux de journalistes

  1. Belle analyse que je partage tout à fait.
    jf.

  2. Namis narmo

    NARMO Belle analyse réaliste et ironique à la fois mais ce métier n’est pas de tout repos.Quoiqu’il en soit, ils méritent tous du respect car traquer l’information c’est plus difficile que de prendre en photo le monstre du Loch Ness en Ecosse.

  3. Pingback: Meuh Meuh voilà le troupeau de journalistes Meuh Meuh | DRZZ.fr

  4. Ask Story
    Il était une fois un Roi… qui après avoir atteint le sommet de la gloire et de la prospérité, prit la décision de flirter avec la félicité en mariant le même jour ses sept héritiers pour bénir les dieux qui lui offrirent toute sa gracieuse majesté.
    Et pour célébrer ces divines noces, il convia les plus grands poètes de tous les temps pour lui réciter les plus beaux vers de l’univers…
    L’un d’eux provoqua l’indignation, en maudissant le temps au lieu de louer le présent !
    Ses mots, nul ne les a oubliés et personne ne se risquera à les restituer…
    « Rien qui vaille la peine qu’on y perde la tête… puisque l’homme s’y retrouve moins dans la victoire que dans la défaite. »
    Il fut injurié, jugé et condamné à perpétuité parce que sa majesté s’est sentie offensée…

    Sept ans plus tard, lors d’une bataille sanglante, le Roi perdit en une seule nuit, ses sept royaumes, ses sept héritiers et ses sept raisons de vivre et d’espérer.
    Juste avant de rendre l’âme, il s’est souvenu de cet oiseau de mauvais augure qui lui avait prédit le pire pour son empire… il décida de le rappeler pour déverser sur lui ses derniers soupirs. Et quand il fut à son chevet, le vieillard ne put s’empêcher de lui murmurer à l’oreille :
    « Rien qui vaille la peine qu’on y perde la tête… puisque l’homme s’y retrouve moins dans la victoire que dans la défaite. »

    http://www.lejournaldepersonne.com/2011/05/ask-story/

  5. @le journal de personne

    Quel rapport?🙂

  6. Ah ah, la dernière photo fait mal à la profession !

Un petit commentaire?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s