Les ficelles de l’info (14) : « Vous m’envoyez un mail? »

Dans la quête désespérée du journaliste, sur le chemin pur et sincère de l’accès à l’information, se dressent ça et là obstacles et embûches, placés au service de la sacro-sainte communication. Comme chacun le sait, la perfide communication est l’ennemie du journaliste. Et si celui-ci entretient parfois des relations cordiales avec les attachés de presse, il n’oublie jamais que ceux-ci sont de redoutables adversaires qui ont souvent pour objectif de les enfumer. Et parmi les chausse-trapes jetées sur la route du chercheur d’infos : l’obsession du mail.

Lorsque vous cherchez à vous faire confirmer une information, à creuser un sujet, à obtenir une réponse ou à réaliser une interview sur un thème donné, le plus évident consiste à décrocher son portable pour appeler la personne concernée. Que nenni! Ce serait trop simple. La plupart du temps, un intermédiaire se dresse entre vous et votre bonheur supposé, la réponse à votre perpétuelle quête d’infos. Et cet intermédiaire, c’est l’attaché de presse.

Une personne à la fois redoutable et incontournable, qu’il faut faire mine d’aimer pour arriver à vos fins. Car cet intermédiaire peut tout : vous ouvrir les portes du paradis, ou vous les fermer définitivement. Vous faciliter la vie, ou vous la pourrir irrémédiablement. Il faut faire très attention : si vous êtes en mauvais terme avec l’un ou l’autre, et que vous exprimez votre mécontentement en termes vifs, vous risquez de vous fermer un accès à l’information. Parfois aussi, l’attaché de presse peut être une personne adorable, qui fait tout pour vous aider car elle considère qu’après tout, c’est aussi l’intérêt de son « client ». Ou alors parce qu’elle est naturellement gentille. Mais on s’éloigne du sujet.

Lors de votre conversation destinée à résumer votre demande, l’attaché de presse n’hésite pas à vous poser toutes les questions nécessaires à la réalisation de votre rêve. Que voulez-vous? Pour quel délai? A qui voulez-vous parler exactement? Quelle est la date de parution de votre article? Qu’avez-vous mangé hier midi? Etc, etc. Mais à la fin de votre entretien, généralement, se glisse cette petite précision perfide qui la plupart du temps, vous met hors de vous :

Méchante communicante : Bon, eh bien, vous me résumez ça dans un petit mail?

Gentil chafouin : Mais je viens de tout vous expliquer.

Méchante communicante : Oui, mais vous pouvez m’envoyer un mail?

Gentil chafouin : Mais vous n’avez donc rien noté au cours de notre échange?

Méchante communicante : Si, mais envoyez-moi un mail.

Gentil (et sympa) chafouin : Mais je veux juste savoir si je peux faire un reportage chez vous?

Méchante (et tenace) communicante : Envoyez-nous un mail.

– … (à ce moment-là, le journaliste court se jeter sous un train).

Ce qui est comique, c’est que l’inverse est vrai aussi, désormais. Les journalistes s’amusent parfois à exiger des communicants qui leur parlent d’un événement qu’ils leur envoient un mail. Ce qui est en outre assez pratique quand on a peur d’oublier. Au moins, il y a une trace. Eh bien, ça n’empêche pas les agences de com’ parisiennes de vous pourrir la vie en vous rappelant pour savoir si vous allez couvrir l’événement, pour connaitre le nom de la personne qui viendra, ainsi que son groupe sanguin. Et si vous répondez négativement, certains sont capables de vous harceler pendant de longues minutes pour vous convaincre que c’est une question de vie ou de mort.

Eh bien moi, dans ce cas, ma réponse sera désormais toute trouvée. « Vous m’expliquez ça dans un mail? »

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4 Commentaires

Classé dans Les ficelles de l'info, Médias/journalistes

4 réponses à “Les ficelles de l’info (14) : « Vous m’envoyez un mail? »

  1. Tu veux savoir le plus drôle ? C’est que j’en ai effectivement expédié une (très tenace) l’autre jour en lui lançant : « Vous pouvez m’envoyer un mail ? » 😀
    (A cela s’ajoute la grande question qui me hante depuis un moment : t’as déjà eu affaire à des hommes attachés de presse, toi ??)

  2. @Edmond

    Sadique, va! Tu fais bien, c’est ma nouvelle tactique.

    Quant aux attachés de presse, si si, je te jure, il arrive que ce soit des hommes! Mais bon, la proportion est sûrement de 90-10…

  3. Gabriel

    Une pratique très énervante en effet ! On se demande à quoi sert le téléphone. Surtout synonyme de très grande frilosité, d’une volonté de contrôler les journalistes au maximum, et d’une très grande paresse. Où sont le stylo et le bloc notes?

  4. Évidemment, Gabriel. Car le but ne trompe personne : il s’agit bien entendu de pousser le journaliste à « s’engager » sur les motivations ou l’objectif de sa démarche. Comme une sorte de contrat : on veut une trace écrite de la demande, pour dissuader ce vil folliculaire (forcément malhonnête par essence) de nous jouer un sale tour et de dissimuler son vrai sujet derrière un écran de fumée pseudo-promotionnel… Le problème, c’est vraiment cette question de confiance.
    Vous verrez que bientôt on nous fera signer des engagements à traiter tel sujet précis sous tel angle annoncé, et rien d’autre.

    (Bon, et ne mettons pas non plus trop facilement de côté les petites facilités de beaucoup de journalistes, qui avancent effectivement un peu trop souvent masqués sur leurs sujets et cherchent délibérément à « piéger » certains interviewés.)

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