Contraception au lycée : le revirement de Luc Chatel

On n’est pas à une volte-face près, dans ce gouvernement. On peut se féliciter du bouclier fiscal avant de louer sa suppression. On peut défendre la suppression de l’ISF avant d’entreprendre de l’aménager. Ou on peut, également, s’opposer fermement à la distribution de pass-contraception dans les lycées de Poitou-Charentes… Avant de soutenir un projet similaire en Ile-de-France. Merci pour la cohérence, M. Chatel!

Il paraissait sûr de ses convictions, fermes, droit dans ses bottes, le Luc Chatel. Lorsque Ségolène Royal, présidente de la région Poitou-Charentes, avait proposé en novembre 2009 de financer des « pass-contraception » qu’elle souhaitait distribuer dans les lycées via les infirmières scolaires, afin de permettre aux mineures de se passer de l’avis de leurs parents dans ce domaine, le ministre de l’Education nationale s’était élevé contre ce projet, se drapant dans une posture indignée : “Nous avons affaire à des élèves mineures, l’autorité parentale est quelque chose qui compte ”, avait-il alors expliqué, le ton grave, avant de se contredire immédiatement : “l’Education nationale n’a pas à se substituer au planning familial, seul autorisé à prescrire des contraceptifs à un enfant mineur« . Le ministre avait donc refusé, via le rectorat d’académie, que ces chèques soient distribués.

Mais en bon produit de la Sarkozye, Chatel sait que ce qui compte en politique, ce ne sont pas les convictions, mais la lutte pour le pouvoir qui l’oppose au PS. Ce qui compte, donc, ce n’est pas le sort des lycéennes, leur vie sexuelle, ce n’est pas la politique familiale, ce n’est pas le lien parents-enfants. Non, l’important, c’est de jouer un bon tour à Ségolène Royal. C’est d’occuper le terrain dans le cirque médiatique.

Peu importe si au final, on se contredit dans les mois qui suivent. En l’occurrence, moins de deux mois après cette joute verbale avec la candidate malheureuse à l’élection présidentielle de 2007, notre bon Chatel prenait un virage à 180°, proposant d’autoriser les mineures à consulter le médecin de leur choix anonymement, à se faire prescrire des contraceptifs et à se faire rembourser discrètement par l’Assurance-maladie. L’autorité parentale, ce n’était donc plus « quelque chose qui compte »?

Mais le joyeux luron du gouvernement Fillon ne pouvait s’arrêter en si bon chemin. Et cette fois, les médias l’ont bien relevé : en inaugurant avec le conseil régional d’Ile-de-France un système très semblable à celui que proposait Royal, le ministre de l’Education nationale se fiche du monde et montre à la face de tous qu’il n’a aucune conviction fixe. Il confirme aussi cette obsession de la droite, qui craint plus que tout de s’opposer à la gauche sur les questions de société. Et qui en conséquence, se contente de lui courir après dans ce domaine.

La réponse de Luc Chatel sur RMC, indiquant que « la question posée par la région Poitou-Charentes était la bonne, mais la réponse n’était pas bonne »,et que le dispositif proposé par Ségolène Royal était « trop restrictif et n’a pas été négocié avec les syndicats d’infirmières », montre que son argumentation initiale était fallacieuse, et qu’en réalité, entre la gauche et la droite, il n’y aurait qu’une différence de style et de méthode, et surtout pas une différence de fond!

A la trappe, l’argument selon lequel l’autorité parentale compterait pour quelque chose. « L’Etat est dans son rôle lorsqu’il écoute et accompagne les adolescentes », souligne Luc Chatel. A la trappe, l’argument de novembre 2009 selon lequel « la responsabilité de proposer de la contraception aux mineures n’est pas du ressort des infirmières scolaires », puisque le ministre a dit ce matin qu’il allait « prendre un décret dans quelques semaines pour permettre aux infirmières scolaires de prolonger pendant six mois des prescriptions médicales en matière de contraception ». C’est beau, les revirements en politique. Surtout quand ils sont aussi évidents.

Sur RMC, ce matin, le ministre basait son argumentation sur le nombre important d’avortements subis par des jeunes filles (13 200 IVG sur des mineures en 2006, contre 10 722 en 2002). Il parle de « vies gâchées », précise que « 72% des adolescentes concernées par des IVG suite à des grossesses non désirées seraient sous contraceptifs »,et martèle qu’il faut faire « de l’information ». A droite comme à gauche, l’idéologie dominante persiste donc dans cette voie qui consiste à orienter les jeunes vers la contraception, en dépit de l’échec flagrant de cette politique qui depuis trente ans, conduit à une augmentation constante et inexorable du nombre d’avortements chez les jeunes filles. Et ne responsabilise absolument pas les individus. Christine Boutin, elle, parle de développer une « pédagogie de l’amour ». Informer, ce n’est peut-être pas se contenter de proposer des chèques-pilules...

L’important, n’est-ce pas de donner du sens à la sexualité et à l’amour, plutôt que d’en rester à un point de vue strictement sanitaire, et de se contenter d’accompagner les choses par fatalisme? L’important, n’est-ce pas de responsabiliser les jeunes plutôt que leur servir un sempiternel discours hédoniste? Et une dernière chose : pourquoi, une nouvelle fois, les garçons sont-ils exclus d’un dispositif sur la sexualité? Ne sont-ils pas eux-aussi concernés?

Publicités

8 Commentaires

Classé dans Société

8 réponses à “Contraception au lycée : le revirement de Luc Chatel

  1. pourquoisecompliquerlavie

    Euh, les garçons sont peut-être exclus d’un dispositif parce que, si les jeunes filles sont enceintes, c’est peut-être que les jeunes garçons ne mettent pas de préservatifs ….
    Peut-êrtre aussi pace que ce sont les filles qui sont enceintes ….

    Pour le fond, je suis d’accord : il faudrait assurer une véritable éducation à l’amour. En 1, c’est le rôle des parents et je suis certaine que les jeunes dont les parents ont bien oeuvré n’auront pas besoin du pass….

    Mais bon, l’éducation aujourd’hui ….

  2. do

    ah ben tiens, les filles qui ont avorté vivent une souffrance!?
    c’est nouveau, ça, non!?
    c’était pas un super truc bien, l’avortement,
    un simple amas de cellules sans importance qu’on enlevait?
    un vital exercice de sa liberté?

    et puis proposer une contraception qui est responsable de 72% des avortements, est-ce lutter contre ou pour l’avortement?

    en plus, si on a la pilule, pourquoi on irait mettre un préservatif, hein?
    donc là, c’est les MST, dont le Sida, qui vont grimper en flèche.
    efficace.

    L’Ouganda se débrouille mieux que vous,
    monsieur le ministre de rien du tout.

  3. Je suis d’accord sur le coté déplaisant et ridicule des retournements de veste de ce gouvernement girouette, pour autant sur le fond je suis plutôt favorable à cette initiative. On ne peut pas s’arcbouter sur un monde idéal ou les ados sauraient dialoguer avec leurs parents sur leur sexualité et ou les parents sauraient les écouter et les conseiller. On ne peut pas non plus se contenter de dire aux ados : aimez vous, respectez vous, faites attention et tout ira bien, sinon tant pis pour vous !
    C’est un peu le sens du discours du Pape à propos des préservatifs, abstinence ou SIDA il faut choisir !
    C’est non seulement trop simple mais c’est leur imposer une morale quelles qu’en soient les conséquences qui peuvent être tragiques !
    Il faut fournir aux ados tous les éléments pour faire leurs propres choix. Leur enseigner le sens de la sexualité, le respect de l’autre et de son corps n’est pas incompatible avec le fait de leur faciliter l’accès à la contraception.
    On parle des avortements de jeunes qui sont effectivement traumatisants mais on doit y ajouter des gamines enceintes à 18 ans d’un gars qui la plantera là avec sa progéniture dès que possible. Tant les femmes que leurs enfants le paieront toute leur vie.
    Selon l’INSEE, en 2008, 30 % des familles monoparentales – « le plus souvent constituées d’une mère et de ses enfants » – sont pauvres, soit plus de 1,6 million de personnes.
    Si cette mesure peut éviter à quelques unes de ces gamines d’être enceintes, c’est pour moi, une bonne mesure.

  4. Jean

    « Une pédagogie de l’amour »
    Faire du sexe quelque chose de sale et de mal, dire qu’il n’y a qu’une forme acceptable de sexualité en rejetant du même coup tous ceux qui sont différents dans la honte et la culpabilité, penser qu’en ne parlant pas d’une question ça va la faire disparaître comme par magie, c’est une pédagogie de l’amour ?
    Pour l’amour on repassera, Christine Boutin n’a aucune idée de ce qu’est le respect de l’autre dans sa différence, elle est donc très mal placée pour parler de pédagogie de l’amour.

    Et juste au passage, bien des athées qui ne suivent pas les enseignements de l’Eglise ont une très haute idée du sens de la sexualité, du respect du partenaire et de la responsabilité.

  5. @Jean

    « Faire du sexe quelque chose de sale et de mal, dire qu’il n’y a qu’une forme acceptable de sexualité en rejetant du même coup tous ceux qui sont différents dans la honte et la culpabilité, penser qu’en ne parlant pas d’une question ça va la faire disparaître comme par magie, c’est une pédagogie de l’amour ? »

    Oh le vilain jugement péremptoire! Justement, n’est-ce pas en réduisant le sexe à ses risques et à son volet sanitaire qu’on en fais quelque chose de « sale et moche »? C’est toute la question.

    Enfin, sur votre chute,je suis entièrement d’accord, mais je ne vois tout bonnement pas le rapport avec le sujet du billet : où ai-je parlé de religion là-dedans?

    @PSCLV

    Ce sont les filles qui sont enceintes mais je ne pense pas qu’elles pourraient l’être sans les garçons 🙂

  6. Jean

    Vous parliez de Christine Boutin. C’est pour ça que j’ai fais le lien avec la religion, ses idées sont inspirées de celles de l’Eglise. Et je trouvais que Mme Boutin était très mal placée pour parler d’amour.

    Mon désaccord est en fait sur l’idée qu’on ne parlerait que du côté sanitaire. C’est faux. Informer sur ces questions, ça ne veut pas dire occulter tout ce qui concerne le respect de l’autre, l’amour, le désir…

  7. Mais c’est pourtant ce qui se passe…

  8. Jean

    Ce n’est en tout cas pas ce qui s’est passé quand j’étais au lycée il y a 8 ans et que j’ai eu des cours d’éducation sexuelle. Les infirmières qui étaient venues ont bien parlé d’amour et de respect, en même temps que des questions de contraception.

Un petit commentaire?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s