Vers la pénalisation des clients de la prostitution?

C’est Roselyne Bachelot, la ministre des Solidarités, qui l’a annoncé hier dans les colonnes du Parisien : « Il n’existe pas de prostitution libre, choisie ou consentie ». Partant de ce principe, le gouvernement envisage de sanctionner les clients des prostituées pour agir sur la demande, à la manière de ce qui existe en Suède. Une position courageuse qui a le mérite de tester une nouvelle voie pour lutter contre cet esclavage moderne.

Hier, alors que des journalistes avaient annoncé qu’une candidate du FN était inscrite sur un site d’escort girl, je suis allé regarder l’annonce et en fouinant un peu, par curiosité, sur la plate-forme concernée, j’ai été sidéré par le nombre de profils enregistrés. Et des sites comme ça, il y en a des dizaines : ainsi se constitue, à l’abri des regards, un trafic de chair humaine à grande ampleur, qui contente tout le monde : Forcément, il n’y a pas de riverains qui râlent, pas de bruit, pas de bal incessant de voitures, pas de problèmes de propreté dans les quartiers habituels.

Pour la prostituée, en revanche, le sort est le même : entre les mains d’esclavagistes (les proxénètes, qui la vendent), elle doit s’offrir à d’autres esclavagistes (les clients, qui l’achètent). Pourquoi donc, dans ces conditions, ne pas sanctionner les deux maillons de la chaîne, si on considère, comme Roselyne Bachelot, qu’on a affaire à une « une profonde atteinte à la dignité humaine« , et qu’une pénalisation du client permettrait de « faire comprendre aux hommes qu’avoir recours à la prostitution, c’est entretenir la traite des êtres humains »?

C’est la position que j’avais d’ailleurs déjà traitée il y a quelques années, alors que le Mouvement du Nid (association qui vient en aide aux personnes prostituées) avait lancé une campagne de communication visant justement à faire prendre conscience aux clients que leur responsabilité était forte dans cette affaire. A l’époque, le Nid, qui considère que la prestation sexuelle doit être « en-dehors du marché », expliquait ceci :

« La prostitution est reconnue depuis 1983 par l’ONU comme une « forme persistante de l’esclavage » . En ces temps d’idéologie de marché, s’impose le refus de voir l’être humain réduit à l’état d’objet sexuel, d’outil à disposition du « client », de marchandise sur un marché international. Le corps n’est pas à vendre. La commercialisation des organes est interdite par la loi, le consentement des personnes ne suffisant pas à valider ces actes. »

En effet, pourquoi accepter la vente d’une prestation sexuelle, mais refuser la gestation pour autrui ou la vente de son rein gauche? On objectera sans doute qu’en se prostituant, on ne s’aliène pas, ce qui reste largement à prouver. Ceux qui prônent qu’on lâche la bride à la prostitution, qu’on rouvre les maisons closes, sont aussi parfois ceux qui estiment que la prostitution peut souvent être un choix « libre« , qu’on « assume ».

« Ces femmes se prostituent car elles n’ont pas le choix »

Or Roselyne Bachelot, en s’appuyant sur le travail de la mission d’information parlementaire (composée d’une députée PS et d’un UMP) créée sur le sujet en 2010, est claire : « Près de 85 % des prostituées sont soumises aux réseaux de proxénétisme internationaux issus principalement des pays de l’Est et d’Afrique sub-saharienne. On ne peut imaginer que les femmes originaires de ces zones géographiques soient prédestinées à la prostitution. Ces femmes se prostituent car elles n’ont pas le choix. » Et aussi ceci : « Un droit qui fait le lit de l’exploitation du corps humain n’est pas un droit. C’est un leurre dont les plus vulnérables risquent, les premiers, de payer le prix fort. »

Regardons les choses en face : aujourd’hui, en France, que fait-on pour lutter contre le proxénétisme? Pas grand chose. On embarque parfois les prostituées en garde à vue, en application de la loi anti-racolage, on leur fait un peu la morale, ce qui permet au passage pour la police de recueillir des informations et de nouer contact avec elles. Mais les filières, elles, se portent bien. On en démantèle une de temps en temps, mais c’est très difficile de faire plus. On connaît tous ces histoires d’étrangères ramenées de force dans les pays « riches », et exploitées sans vergogne sous la menace. N’est-ce pas pourtant plus urgent de régler ce problème que de s’agiter en vain sur la laïcité?

Bien sûr, c’est compliqué. Bien sûr, le problème est vaste et fait appel à un sentiment profondément enraciné selon lequel la prostitution est « nécessaire », qu’elle représente une « soupape », qu’elle « évite probablement des viols », autant d’antiennes qu’on entend en boucle dès que le sujet est abordé. Moi, je ne dis qu’une chose : allez dire ça à cette Nigérienne qui fait le trottoir, et dont le fils est tenu par des trafiquants. Allez lui dire posément, en face.

Dans la mesure où cette proposition de loi a le mérite d’essayer une autre voie, qui n’évacue pas la responsabilité du premier concerné par la prostitution, j’y suis totalement favorable. En agissant sur la demande, on peut diminuer l’offre. C’est ce qui s’est passé en Suède. Bien sûr, on peut aussi craindre un effet de déplacement, comme cela semble avoir été en partie le cas en Suède, ou un effet de retrait de la prostitution vers des lieux plus cachés. De toutes façons, c’est ce qui est en train de se passer, même en France. Et une loi qui pénaliserait le client n’interdit pas de mener une politique globale qui inclue une lutte contre les trafics menée au niveau européen et international.

En suède, où cette pénalisation est appliquée depuis 1999, faire appel à une prostituée est passible d’amendes et de peines de prison pouvant aller jusqu’à six mois. Chez nous, le proxénétisme est puni de sept ans d’emprisonnement et de 150000 euros d’amende (art 225-5 du code pénal).

22 Commentaires

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22 réponses à “Vers la pénalisation des clients de la prostitution?

  1. Sans minimiser cette question de la prostitution, franchement, très franchement, qu’est-ce que les français en ont a foutre en ce moment des prostitués et de leurs clients ?
    Cette Bachelotterie tombe vraiment comme un cheveux sur la soupe !
    tiens je vais en faire un billet

  2. @Corto

    Si on devait légiférer uniquement sur les sujets sur lesquels les gens se sentent concernés, on n’avancerait pas…

  3. René de Sévérac

    « Si on devait légiférer uniquement sur les sujets sur lesquels les gens se sentent concernés … »
    Il vaut mieux légiférer sur les sujets dont ils se foutent. C’est d’ailleurs la politique sarkozienne.
    En fait, Roselyne est parfaite dans l’art de trouver les sujets scabreux : moderniser la prostitution par développement des circuits modernes.
    Une remarque complémentaire : pourquoi tolérer l’importation massive de chair fraîche d’Afrique sub-saharienne. C’est vrai que je pose là la question taboue de la mondialisation.
    Frédéric Mitterrand favorise différemment le développement du Tiers Monde.

  4. @René

    J’espère que vous plaisantez? Bien sûr la pénalisation des clients ne règlera pas tout mais de là à qualifier ce sujet de mineur, il y a un pas que je ne comprends pas qu’on puisse franchir. On parle d’êtres humains, là!

    Par ailleurs le trafic d’êtres humains n’a pas attendu la mondialisation pour se constituer. Et parallèlement à la mondialisation des échanges, et donc des trafics, il y a aussi une mondialisation des polices. Encore faudrait-il qu’on se donne les moyens de l’assurer.

    Ceci dit, au sujet de Mitterrand, c’est vrai que c’est assez cocasse de voir qu’un ministre d’un gouvernement qui veut pénaliser la prostitution ait avoué dans un livre s’y être lui-même livré.

  5. René de Sévérac

    « J’espère que vous plaisantez?  »
    Oui, évidemment. Ce qui n’empêche pas de se poser des vraies questions. En particulier, quand on sait que Saint Louis et tant d’autres se sont essayés à combattre la prostitution, sans succès.
    Alors on peut dire que nous gouvernants sont soit sot soit naïf.
    Vous dites « le trafic d’êtres humains n’a pas attendu la mondialisation »; je veux bien, mais il a « fait des progrès » … grâce à la mondialisation et (l’enrichissante) immigration .
    Ne m’en veuillez pas; quand on atteint le niveau de désespoir absolu, il ne reste que l’humour pour survivre.

  6. bernard

    Alors que l’idéologie libertaire a intégralement désacralisé et dévalorisé la relation sexuelle, au point de la rendre aussi banale qu’une partie de pétanque, je suis surpris que l’on rencontre encore des opposants à la marchandisation du sexe. Il y a là une contradiction que je ne m’explique pas.

  7. Adrien

    « Il n’existe pas de prostitution libre, choisie ou consentie »

    Comme cette affirmation est belle, gratuite, pleine de bons sentiments … et fausse.

    C’est sans doute dérangeant pour vous, mais oui, il y a des personnes qui choisissent la prostitution. Tout comme il y a des gens qui choisissent de se faire mal et en retirent du plaisir. Et alors ? Si c’est leur choix …

    Maintenant, renforcer la lutte contre le proxénétisme et la prostitution forcée, mille fois oui. Mais ce n’est pas en forçant les réseaux, déjà difficiles à démanteler, à devenir encore plus « underground » que ça va faciliter le travail de la police.

    J’ajoute que, en cas de non-consentement de la (ou « du », d’ailleurs) prostituée, il y a déjà des outils législatif : ça s’appelle du proxénétisme d’une part, ou un viol d’autre part, selon la personne qu’on cible. Y a-t-il vraiment besoin d’une usine à gaz législative supplémentaire ?

    Et puisqu’on en est à troller un peu, à financement constant, l’argent qu’on dépense à courir après les clients n’est pas dépensé à traquer les proxénètes. Moi, je dis ça, je ne dis rien …

    Enfin, je tiens à rappeler que la prostitution n’est pas interdite en France. Alors de deux choses l’une. Soit elle est autorisée, et ni les prostituées, ni les clients n’ont à être inquiétés, soit elle est interdite, et on sanctionne les deux. Toute autre attitude est ridicule. C’est un peu comme si fabriquer de la cocaïne dans son garage était légal, mais pas la consommer, c’est complètement stupide.

    Bref, une belle grosse connerie…

  8. @René

    « Saint Louis et tant d’autres se sont essayés à combattre la prostitution, sans succès »

    Je sais bien… Je ne dis pas qu’on va y arriver, mais qu’on peut tenter cette option.

    @Bernard

    « Il y a là une contradiction que je ne m’explique pas. »

    Pas faux!

    @Adrien

    « C’est sans doute dérangeant pour vous, mais oui, il y a des personnes qui choisissent la prostitution. Tout comme il y a des gens qui choisissent de se faire mal et en retirent du plaisir. Et alors ? Si c’est leur choix … »

    Alors… D’abord ne pensez pas à place ni ne postulez que le plaisir me dérange, s’il vous plaît. Voilà, ça nous aidera à partir sur de bonnes bases. Merci.

    Ensuite, je ne serais pas aussi catégorique que Mme Bachelot sur ce point. Néanmoins, j’en ai un peu assez qu’on ne mette en avant que ces femmes qui le font librement. Et encore, je m’interrogerais sur cette liberté. Choisir de faire quelque chose sans contrainte, est-ce toujours choisir librement. Pour une étudiante qui fait ça pour payer son loyer, peut-on parler de réel choix libre, par exemple? Vous voyez que les choses ne sont pas aussi simples. Après tout, les députés qui ont réalisé cette mission ne sont pas moins fûtés que vous.

    J’ajoute, sur le registre de la liberté, que certains usages de la liberté sont interdits. Tu n’as pas le droit d’acheter un rein, par exemple, pourtant, je pourrais dire aussi que si c’est mon choix d’en vendre un… Mais non, car le législateur estime que c’est une vente dont l’objet est illégal. Qu’il s’agit d’une atteinte à l’intégrité humaine.

    Ici, on raisonne différemment car on ne veut pas criminaliser la prostitution pour ne pas enfoncer les prostituées qui sont déjà, quoique vous en disiez, plutôt les victimes du phénomène. Cela ne retire rien au fait que l’objet de la transaction soit malgré tout considéré comme une atteinte à l’intégrité humaine.

    « Mais ce n’est pas en forçant les réseaux, déjà difficiles à démanteler, à devenir encore plus « underground » que ça va faciliter le travail de la police. »

    Franchement… La prostitution sur internet, par exemple, il n’y a qu’à s’approcher pour la toucher du doigt. Il y a bien un moment où il faut racoler pour aguicher le client.

    « Et puisqu’on en est à troller un peu, à financement constant, l’argent qu’on dépense à courir après les clients n’est pas dépensé à traquer les proxénètes »

    ça ne coûtera rien puisque les clients sont déjà arrêtés à chaque fois qu’un délit de racolage passif est constaté. Ils sont emmenés au poste, interrogés et remis en liberté. ça ne coûterait pas grand chose de leur mettre une amende ou un rappel à la loi… Ceci dit je suis d’accord pour dire qu’il y a une inconnue, qu’on ne sait pas dans quelle mesure cela peut avoir une incidence sur la réduction de la demande, mais je le répète, on peut toujours essayer…

    « Soit elle est autorisée, et ni les prostituées, ni les clients n’ont à être inquiétés, soit elle est interdite, et on sanctionne les deux.  »

    Vous notez qu’il y a une différence entre vendre son corps, et acheter le corps de quelqu’un? Honnêtement, je ne vois pas en quoi les proxénètes qui ramènent en France des femmes pour les exploiter sont plus responsables de leur situation que le mec qui paie pour une passe. Pour moi, les deux l’exploitent.

  9. Yogi

    Pff … vain débat. A votre « Nigérienne qui fait le trottoir, et dont le fils est tenu par des trafiquants » on pourra toujours vous opposer Belle de Jour qui préfère cela plutôt que d’être serveuse. Et comme personne ne peut donner la proportion relative des deux cas de figure ….

    Quant à « l’argument » « Choisir de faire quelque chose sans contrainte, est-ce toujours choisir librement », il me paraît tout à fait vide et inopérant.

    Le proxénétisme est clairement un crime, mais la prostitution me paraît beaucoup plus complexe à traiter.

  10. bernard

    Une solution pour résoudre le problème de la prostitution consisterait en la mise en application de ce que décrit Huxley dans « Le meilleur des mondes ».
    Là bas (bientôt chez nous ?), les jeux sexuels sont encouragés dès la petite enfance. Il n’y a pas de notion de partenaire, chacun baise avec le/la première venu(e) dès que l’envie lui en prend. Consentement il y a toujours puisqu’il s’agit d’une activité on ne peut plus banale, un peu comme discuter de la pluie et du beau temps, l’est pour nous. Dans ces conditions, on voit bien que la prostitution n’a plus de raison d’être.
    La situation que nous connaissons aujourd’hui, me parait être un intermédiaire entre l’ordre moral catholique de nos grands parents et l’anticipation d’Huxley. En effet, si nous ne baisons pas encore comme on sert une main ni ne serrons comme nous la baisons, force et de constater qu’il reste bien peu de jeunes gens chastes, se préservant dans l’attente du mariage. Par conséquent, de nos jours, le jeune mâle moyen n’a plus nécessairement besoin de se rendre au bordel pour tirer un coup, mais va plutôt aller en boite de nuit ou à une soirée étudiante. Ca lui évitera de passer pour un looser et il pourra se regarder dans la glace le lendemain matin (attention, je ne cautionne pas cet état d’esprit, je décris).
    La solution d’Huxley est susceptible de séduire par son caractère égalitaire: tout le monde se vautre « volontairement » dans la luxure.
    Pour ma part je pense que la société doit défendre le bien et non ériger le mal en modèle, c’est pourquoi je rejette « le Meilleur des mondes » d’Huxley tout comme celui que nous ont fourgué les 68ards. La chasteté devrait être défendue comme le droit chemin tandis que des maisons closes seraient tolérées, mais réprouvées sur le plan moral. Ca me semble être un moindre mal.

  11. Yogi

    @ bernard : « force et de constater qu’il reste bien peu de jeunes gens chastes, se préservant dans l’attente du mariage. Par conséquent, de nos jours, le jeune mâle moyen n’a plus nécessairement besoin de se rendre au bordel pour tirer un coup »

    Vous avez bien raison de citer les deux cas dans la foulée : l’ère des « jeunes gens chastes, se préservant dans l’attente du mariage » était exactement l’âge d’or des dépucelages au bordel. Autrement dit l’âge d’or de l’hypocrisie, de la traite légalisée des femmes et du machisme. On peut s’interroger sur le meilleur modèle de société.

  12. Bashô

    Adrien et Yogi ont raison : il existe une prostitution « volontaire » qui n’est nullement négligeable et qui ne correspond pas vraiment à l’image misérabiliste qu’on aime bien se faire. Dans la prostitution, il faut donc distinguer l’esclavage sexuelle d’une part et une personne libre qui gagne de l’argent en échange d’une prestation sexuelle. La vraie question est donc la suivante : faut-il lutter contre la prostitution en générale, i.e. la vente de prestations sexuelles ou bien plutôt l’exploitation des femmes et des hommes?

    Il est bon de souligner que ce n’est pas la première fois qu’on souhaite mettre fin à la prostitution et ce fut à chaque fois un échec total (cf par exemple Saint Louis). Le remède fut même pire que le mal (emprise croissante de la criminalité organisée).

    Bernard> Vous saviez qu’au XIX ème siècle, les pères emmenaient leurs fils dans les bordels pour les faire dépuceler? Le monde d’hier n’était pas plus chaste qu’aujourd’hui. Je pense même qu’au contraire nous avons une approche relativement plus saine (mais oui!) et moins consumériste de la sexualité.

  13. Bashô

    Yogi> ah je n’avais pas lu votre dernier commentaire que j’approuve. J’ajouterai même qu’aux siècles précédents, ce n’était pas mieux.🙂

  14. @Yogi

    « Et comme personne ne peut donner la proportion relative des deux cas de figure …. »

    Donc ne faisons rien, comme ça on est sûr de ne pas ennuyer celles qui le font librement.

    « Choisir de faire quelque chose sans contrainte, est-ce toujours choisir librement », il me paraît tout à fait vide et inopérant.

    J’aimerais bien savoir pourquoi. C’est votre argumentation que je trouve vide!

    « Le proxénétisme est clairement un crime, mais la prostitution me paraît beaucoup plus complexe à traiter. »

    Là, ok. C’est un problème très complexe, on sera tous d’accord là-dessus.

    « Autrement dit l’âge d’or de l’hypocrisie, de la traite légalisée des femmes et du machisme. On peut s’interroger sur le meilleur modèle de société. »

    L’hypocrisie n’est pas toujours une mauvaise chose. Aujourd’hui, à une époque où on clame la suprématie des droits de l’homme, de l’égalité des individus, on laisse des mafias sans scrupules établir des trafics humains en Europe-même. Et on trouve plus urgent de contrôler qui téléphone au volant ou qui roule 5 km/h au-dessus de la limite autorisée. A une autre époque on clamait aussi de grands principes, qui était également violés par une partie de la population, alors j’aimerais savoir en quoi était-on plus hypocrite avant?

    Je trouve dommage d’entendre certains se référer sans cesse au passé, dire que tout était mieux avant, mais de grâce, vous devriez vous aussi cesser de considérer notre époque comme la panacée et de noircir à tout prix les époques précédentes.

    @Bernard

    « La chasteté devrait être défendue comme le droit chemin tandis que des maisons closes seraient tolérées, mais réprouvées sur le plan moral. Ca me semble être un moindre mal. »

    Je ne suis pas loin d’être d’accord avec cette conclusion. A part qu’en tolérant les maisons closes vous tolérez le proxénétisme. Puisqu’il ne faut pas se faire d’illusion : les gérants de ces maisons sont des proxénètes à visage découvert… Le problème, aujourd’hui, c’est que justement, comme on ne dit rien au client, on ne « réprouve » pas réellement son attitude sur le plan moral. Au contraire, on considère que c’est bien normal, d’aller aux putes. Bien sûr, en théorie, car comme vous le dites, celui qui l’avouera à ses copains passera illico pour un beauf.

    Par ailleurs, j’aime bien votre constat sur le mi-chemin entre une société rigide et la société d’Aldous Huxley. Chez nous, malgré tout, il reste le libre arbitre et même si on est beaucoup plus libre aujourd’hui qu’il y a cinquante ans (pas besoin de remonter au XIXe…), il ne faut pas exagérer, on est quand même loin de se donner à n’importe qui.

    Ceci dit je trouve paradoxal qu’un ministre d’une époque hédoniste, qui considère qu’il ne doit y avoir aucun obstacle moral au sexe à tout-va, puisse vouloir incriminer les clients des prostituées. Notre société a beau être très sexualisée, tout le monde n’a pas accès au sexe. Quantité de personnes sont laissées sur le bord de la route de la « révolution sexuelle », simplement parce qu’elles ne correspondent pas aux canons de la beauté. Pour eux, il ne reste que la prostitution, c’est sûr… Ou alors la patience, mais ce n’est pas une vertu qu’on encourage.

    @Bashô

    « Dans la prostitution, il faut donc distinguer l’esclavage sexuelle d’une part et une personne libre qui gagne de l’argent en échange d’une prestation sexuelle. La vraie question est donc la suivante : faut-il lutter contre la prostitution en générale, i.e. la vente de prestations sexuelles ou bien plutôt l’exploitation des femmes et des hommes? »

    Bien sûr, même si encore une fois, on peut s’interroger sur la notion de liberté dans cette affaire. Sur 100 femmes qui disent se prostituer librement – et qui n’ont peut-être effectivement pas de « protecteur » – j’aimerais bien savoir combien préféreraient, si ça leur était possible, gagner de l’argent autrement.

    Ceci dit je trouve la question pertinente. Mais la première activité recoupe en partie la seconde… La vente de prestations sexuelles est une sous-catégorie de l’exploitation d’hommes et de femmes par d’autres femmes. De la même manière que le client occidental est co-responsable de l’exploitation par les proxénètes des mineurs en Thaïlande, je ne vois pas pourquoi le client français ne serait pas considéré comme co-responsable de l’exploitation des argentines, tchèques, ukrainiennes ou nigériennes en France.

    « Il est bon de souligner que ce n’est pas la première fois qu’on souhaite mettre fin à la prostitution et ce fut à chaque fois un échec total »

    Bachelot a-t-elle dit qu’elle souhaitait mettre fin à la prostitution? Je ne crois pas. En tout cas je ne l’ai pas lu. Elle souhaite « faire comprendre aux hommes qu’avoir recours à la prostitution, c’est entretenir la traite des êtres humains », en quoi es-tu en désaccord avec ça?

  15. bernard

    @Le chafouin

    « A part qu’en tolérant les maisons closes vous tolérez le proxénétisme. »
    Oui, mais tout se passe entre 4 murs ce qui permet un contrôle aisé de l’activité afin d’éviter certaines dérives. En outre les prostituées sont à l’abri des intempéries. Elles sont protégées des sautes d’humeur du client et des emmerdeurs en tout genre que l’on peut croiser sur le trottoir. Dans le cadre les maisons closes un suivi médical peut être mis en place.

    « Le problème, aujourd’hui, c’est que justement, comme on ne dit rien au client, on ne « réprouve » pas réellement son attitude sur le plan moral. Au contraire, on considère que c’est bien normal, d’aller aux putes »
    Je ne suis pas d’accord avec ça, j’ai précisément l’impression qu’aller aux putes est plutôt mal vu aujourd’hui, certes pas vraiment parce que ça irait à l’encontre de la morale, mais plutôt parce que celui qui franchit le pas reçoit aussitôt l’étiquette de « looser ». En revanche et c’est lié, l’attitude d’un type qui culbute une fille à la sortie d’un boîte de nuit et la laisse tomber aussitôt est cautionné par une bonne partie de la jeunesse. J’ai tendance à penser que c’est parce que notre époque est obsédée par l’égalitarisme qu’elle ne peut tolérer qu’une poignée de femmes soient des putes et préfèrent, même si elle fait semblant de ne pas le voir, que toute femme soit une pute.
    D’après mes observation de la jeunesse, c’est bien dans cette configuration que nous nous trouvons désormais. Je suis profondément heurté, quotidiennement, par la violence avec laquelle les jeunes mecs parlent des jeunes filles. Mais celles-ci sont des victimes consentantes puisqu’elles n’hésitent pas à se vautrer dans la vulgarité la plus basse, de par leur tenue vestimentaire, leur attitude ou encore par les blagues et chansons qu’elles relaient, s’insultant elles mêmes avec délectation. L’atmosphère générale dans les établissement d’étude sup’ est exécrable et je vous propose de jeter un oeil à l’affiche de la dernière soirée étudiante stasbourgeoise pour pouvoir en juger. Notez que je sais très bien que le nom de la soirée s’inspire du titre d’un morceau de David Guetta. Il n’en reste pas moins que les étudiantes de Strasbourg (pas toutes, je sais) vont se presser avec enthousiasme à cette bordélique soirée, s’identifiant sans doute aux deux « putes » dont on nous a gratifié de la photo et les mecs ne seront que trop heureux à l’idée de toutes cette chair fraîche et disponible se trémoussant pour laquelle ils n’ont aucun respect.
    Vous noterez, au cas ou vous croiriez à un cas isolé, que partout des soirées sur le même thème sont organisées.

  16. Yogi

    @ Le chafouin
    « Donc ne faisons rien, comme ça on est sûr de ne pas ennuyer celles qui le font librement. » Je n’ai pas dit cela ; plutôt, venons en aide à celles qui sont contraintes, et laissons tranquilles celles qui le font librement.

    « Choisir de faire quelque chose sans contrainte, est-ce toujours choisir librement » me paraît un « argument » vide et inopérant car il revient à poser la question « le libre-arbitre existe-t-il ? », question à laquelle il n’y a pas de réponse. C’est selon moi un argument factice et « de dernier recours », pour jeter le discrédit sur un comportement qui vous déplaît, en suggérant que malgré les apparences il serait contraint, alors que rien ne permet de l’affirmer, pas plus que pour n’importe quel autre comportement « libre ». Pour n’importe lequel de vos propres comportements, je pourrai toujours arguer que vous y êtes contraint par la pression sociale, par vos traumatismes d’enfance, par votre éducation, que sais-je.

    « L’hypocrisie n’est pas toujours une mauvaise chose. » Je crains que vous ne vous laissiez aller à votre fureur argumentative🙂 A chaque époque ses hypocrisies, et la nôtre en regorge. Mais pour ce qui concerne le statut de la femme et la morale sexuelle, quoique loin de la perfection je crois que nous sommes plus clairs et plus sains que lors des périodes « puritaines », qui voyaient la généralisation des dépucelages au bordel, des avortements clandestins, des engrossages de domestiques, des abandons d’enfants, de l’exclusion des filles-mères, des répudiations, etc etc. Et n’en déplaise à Bernard les chansons de carabins n’ont jamais fait dans la dentelle.

    « mais de grâce, vous devriez vous aussi cesser de considérer notre époque comme la panacée et de noircir à tout prix les époques précédentes. » Loin de moi cette idée, juste le souhait de rétablir certaines réalités.

    « il reste le libre arbitre et même si on est beaucoup plus libre aujourd’hui qu’il y a cinquante ans (pas besoin de remonter au XIXe…) » : Ah bah alors Mai 68 était une bonne chose ou une mauvaise chose😉 ?

    « Au contraire, on considère que c’est bien normal, d’aller aux putes. […] Quantité de personnes sont laissées sur le bord de la route de la « révolution sexuelle », simplement parce qu’elles ne correspondent pas aux canons de la beauté. Pour eux, il ne reste que la prostitution, c’est sûr… Ou alors la patience, mais ce n’est pas une vertu qu’on encourage. «  J’avoue que j’ai un peu de mal à vous suivre … Finalement est-il normal que certains « aillent aux putes » comme vous dites, ou pas ? Ou alors faut-il réserver cet accès à ceux qui pourraient produire un certificat de laideur et de frustration sexuelle ?

  17. Non, ce ‘est pas considéré comme « normal » d’aller « aux putes ». C’est bien plus un signe de faiblesse et de débauche que das la société hypocrite du XIXème siècle. Il y a 100 ans, ni Ribery, ni Berlusconi n’auraient été (peu important l’âge de leur « maîtresse d’un soir) condamnés même moralement pour avoir couché (?) avec des prostituées. « Mieux vaut avec une pute qu’avec la femme du voisin ».

    Et je me permet de rajouter : qui parle dans ces débats des prostitués masculins ?

  18. bichon maltais

    « il y a 100 ans, ni R ni B n’auraient été condamnés moralement pour avoir couché avec une prostituée  » : preuve qu’à l’époque des « crinolines et gants blancs », la société finalement n’était pas plus puritaine qu’à l’époque des piercings au nombril, des tatouages,des microjupes, des bottes jambières.de l’épilation totale et de la chirurgie esthétique.
    Du reste comme désormais les ménagéres de moins de 50 ans s’habillent comme des putes (des putes, pas des prostituées, saisissez la nuance), lorsque la police des moeurs de Bachelot-Bousquet ira traquer le micheton, elle aura du mal à différencier les vénales des autres…je sens qu’on va s’amuser.

  19. Fabrice

    BOnjour

    Moi ce qui m’interroge c’est on fait quoi de la liberté individuelle ? vous savez le mot qui est gravé sur nos pièces de monnaies : Liberté .

    En fait le POINT à plus d’importance que le mot lui même !

    Les prostitué(e)s ont le droit d’exister et les clients ont le droit d’aller utiliser leurs services , c’est la base de la liberté .

    Certains diront , mais il y en a qui sont forcé , OK , mais pas toutes la grande majorité font cela d’elles même pour les autres que la police face son travail , qu’elle remonte les réseaux et assure la protection des gens , bref qu’elle fasse sont travail !

  20. Fabrice

    Je rajoute ;

    Aux USA , San Francisco , la mairie à decidé de faire la guerre à la prostitution
    et aux clients avec un stages forcés d’information sur les risques des maladies.

    Des Femmes policiers arpentent les lieux de prostitution et racolent le client en insistant , celui qui dit OUI , et bon pour une nuit au poste avec fouille ( … ) et un stage de plusieurs jours sur les risques des maladies .

    ON dirait qu’ils ignorent l’existence du préservatif !

    Mais pendant ce temps quelques blocs plus loin la prostitution masculine est toléré , les homo ne sont pas inquiétés , il est vrais que la mairie de SF est connu comme étant tres GAY ….

    Bref , il existe des bastilles qu’il faut encore prendre !

  21. usb04

    on n’a pas le droit de mettre qui que se soit en esclavage pour en tirer un quelconque profit. des hommes enlèvent des femmes pour s’enrichir et les vendent a des proxénètes de pays différents.
    on parle d’être humains .
    pour ma part faire payer les clients déjà ça freineraient certaines ardeurs qui se foute pas mal du mal qu’ils alimentent en agissant ainsi.
    mais la solutions à tout les problèmes, que se soit de prostitutions , de raquettes, de drogues, de vols, pour moi ne s’arrêteront que si l’on supprime l’argent liquide de la circulations.
    sérieusement, réfléchissez- y et vous verrez ,plus aucun trafics possible avec une carte bleu ou des chèques.
    aucun narcos -trafiquant ne vendras des tonnes de drogues si on le payent par chèques

  22. Pingback: Affaire du Carlton : faut-il rouvrir les maisons closes? | Pensées d'outre-politique

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