Quand les contraires s’attirent… les extrêmes se rejoignent

[Je cède la plume ce matin à un ami se cachant sous le pseudonyme de Mickael K. Toute ressemblance avec une série mettant en scène une voiture douée d’une intelligence artificielle ne serait absolument pas fortuite.]

Dans un article aux allures de gag publié dans le journal Le Monde, on apprend que la CGT a suspendu l’un de ses responsables, accusé d’avoir affiché publiquement son engagement politique au Front National. Arnaque, scandale, atteinte à la liberté d’expression? Voyons d’abord de quoi il retourne.

CGTiste, Frontiste, même combat?

Pour la fédération CGT, pas question de transiger, « il y a une opposition totale entre les valeurs de la CGT et les thèses du FN ». Pourtant, il semblerait que le cégéto-frontiste en question ne comprenne pas bien où se trouve l’incompatibilité. C’est sûrement pour cela que les instances CGTistes lui rappellent notamment qu’il est honteux d’avoir présenté publiquement « l’immigration comme cause du chômage ». Allons allons, chacun sait très bien que cela n’a aucun sens, économiquement, de dire qu’un immigré vole le travail d’un Français.

Car en travaillant, l’immigré gagne un salaire équivalent à une demande de biens et de services qu’il faudra bien lui fournir : il créé donc au moins autant de travail à pourvoir qu’il n’en pique aux « vrais Français de souche ». Pas d’inquiétude donc, les immigrés ne peuvent pas nous voler nos emplois, et nous voilà rassurés d’apprendre que la CGT est au courant. Preuve en est : quelques notions de base en économie ne peuvent pas faire de mal à un syndicaliste.

Immigré, retraité, même combat?

Il n’aura échappé à personne, lors du débat sur la réforme des retraites, que la CGT appuyait une partie significative de son argumentation sur un merveilleux constat : « le report à 62 ans de l’âge légal de départ en retraite va accentuer le chômage des jeunes ». La CGT pense aux jeunes, c’est sympa. Alors pas question de maintenir au boulot des gens de plus de 60 ans qui piquent le boulot des jeunes et les maintiennent dans la précarité (même s’il paraît que Pôle Emploi c’est devenu vachement sympa). Donc, pour résumer, à la CGT on sait très bien qu’un immigré ne peut pas piquer le boulot d’un jeune Français, par contre, ces salauds de vieux, eux, ne s’en privent pas!

Le truc louche, c’est qu’on ne comprend pas bien comment le gâteau de la richesse produite peut grossir grâce au travail immigré alors qu’avec le travail du 3ème âge il ne bouge pas d’un poil, obligeant les pauvres jeunes que nous sommes à nous partager des parts de plus en plus petites. La CGT aurait-elle donc découvert récemment que les plus de 60 ans disposent d’une particularité qui les immunisent contre les lois de l’économie, et qui fait que contrairement aux immigrés, eux peuvent nous voler nos emplois à nous les jeunes? Mais alors, qu’en est-il des vieux immigrés de plus de 60 ans? Est-ce la bêtise du FN qui s’applique à leur cas ou celle de la CGT?

Ironie parmi les ironies, on apprend dans le mémorable billet du Monde que notre homme est « passé du Nouveau Parti Anti-capitaliste (extrême gauche) au nouveau Front National de Marine Le Pen avec le soutien de ses camarades de section ». Délirant? Si vous voulez je vous en trouve, moi, des compatibilités entre tous ces groupements d’intérêts : une méconnaissance crasse des mécanismes de base du fonctionnement de notre économie, et un populisme toujours au service de la stigmatisation de certaines populations, que ce soit les vieux, les immigrés ou les patrons. Ajoutez à cela le repli sur soi et le non à la constitution européenne, et il y a vraiment de quoi se demander si notre fan du trio Besancenot-Le Pen-Thibault n’est pas, après tout, un visionnaire de la politique – peut-être même qu’il a déjà compris qu’entre Sarkozy et Strauss-Kahn, il n’y a pas plus qu’une feuille de papier OCB.

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20 Commentaires

Classé dans Politique

20 réponses à “Quand les contraires s’attirent… les extrêmes se rejoignent

  1. Yogi

    La différence n’est-elle pas que « en travaillant, l’immigré gagne un salaire équivalent à une demande de biens et de services qu’il faudra bien lui fournir », alors que le retraité crée cette même demande sans travailler par le simple effet de percevoir sa retraite ?

  2. @Yogi

    L’article ne compare pas immigrés et retraités, d’après ce que je comprends, mais plutôt immigrés et salariés qui continueraient de travailler après l’âge passé de départ à la retraite.

    Après, je dirais que la petite différence entre les deux cas, c’est aussi que l’immigré, lorsqu’il est exploité, contribue à l’existence d’un dumping social et salarial que ne crée pas le « vieux » salarié.

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  4. S1ned

    La différence, surtout, c’est que les immigrés prennent beaucoup de jobs dont les français ne veulent pas, ya qu’a regarder le métro pour voir que ceux qui ramassent les poubelles sont rarement blancs. Par contre, les retraités, eux, englobent tout les jobs. Donc forcément, ils en prennent aux jeunes, tandis que les immigrés prennent le plus souvent des place vides. Attention, je parle des immigrés direct, pas de la seconde génération, qui, elle, est plus portée à faire des études.

  5. Karizoc

    @Yogi: le retraité ne crée aucune demande. Il remplace la demande qui serait faite par le salarié à qui on prend une partie de son salaire pour la donner au retraité.

  6. mickaelk

    @ Le Chafouin
    Exact! (pour la réponse @Yogi)
    L’existence d’un salaire minimum limite quand même pas mal la possibilité de faire du « dumping social », sauf à se situer dans l’illégalité.

    @ Sined
    Il y a des immigrés qui sont blancs, attention à ne pas tout mélanger.
    Le fait que les salariés de plus de 60 ans « englobent tous les jobs », c’est-à-dire se répartissent de manière homogène dans tous les secteurs de l’économie, empêche justement la création d’un déséquilibre local entre offre et demande de travail dans telle ou telle industrie. Et non, contrairement à ce que croient cégétistes et frontistes, ils ne « prennent » pas le boulot des jeunes: tout travail rémunéré sous forme de salaire créé une activité équivalente dans les secteurs où ce salaire est dépensé. Si le salaire est épargné au lieu d’être dépensé, cela revient au même, vu que la somme sera empruntée par quelqu’un d’autre qui saura comment la dépenser à la place de l’épargnant. Deux nuances s’imposent: 1/ il peut y avoir des déséquilibres localisés et temporaires au niveau de telle ou telle industrie; 2/ une partie des salaires perçus peut partir à l’étranger.

    Il n’en reste pas moins que dans les grandes lignes et sur le fond, l’idée que telle catégorie d’individus puisse voler le travail d’une autre est tout simplement fausse.

  7. Yogi

    @ Karizoc : J’en doute. Deux personnes avec le même revenu créent une demande beaucoup plus forte que une seule personne avec un revenu double.

    @ mickaelk : Ce que je ne saisis pas dans votre argumentation c’est que, si j’ai bien compris, quand un immigré vient il crée une « unité de consommation », de ce fait créant une demande qui va (contribuer à) générer des emplois.
    A l’inverse un salarié déjà présent sur le territoire participe déjà à la demande. Lorsqu’il part à la retraite il contribue toujours à la demande, mais en revanche il ne contribue plus à la satisfaire et donc il « libère » un emploi.

    C’est où que je n’ai pas bon ?

  8. S1ned

    @Michaelk

    Bien entendu! Je parlais du point de vue cgtiste 😀 Mais en réalité, comme vous dites, l’emploi est censé amener l’emploi. Quoique en temps de crise, puisque les gens sont poussés à ne pas consommer, de même que l’Etat, et que les entreprises privées comme publiques n’embauchent pas tant que ça, je ne suis pas sûr du résultat à court terme. Après la crise, sans doute. Mais nous ne verront pas les résultats tout de suite. C’est courageux de la part du gouvernement, un plan à long terme, c’est révolutionnaire chez eux 🙂

  9. mickaelk

    @ Yogi @ Karizoc
    Pourquoi deux personnes créeraient-elles une demande plus forte qu’une seule avec un revenu double? Si c’est parce que vous imaginez qu’une partie des revenus sera épargnée, c’est une erreur: l’épargne n’est qu’un transfert de la demande de biens et services de l’épargnant vers l’emprunteur, elle n’a pas d’impact sur l’offre et la demande globales (une exception, mais dont les implications réelles ne font pas l’unanimité: le cas, décrit par Keynes, de la « trappe à liquidités », où tous les agents préfèrent acquérir des réserves d’argent liquide plutôt que n’importe quel autre bien ou service)
    La seule chose que l’on puisse imaginer raisonnablement, c’est que la personne disposant d’un revenu double dépensera son argent différemment, par exemple dans des biens de luxe plutôt que des produits de première nécessité. Mais cela ne modifie pas la demande totale, simplement sa répartition entre les secteurs industriels.

    @ Yogi
    Un retraité est neutre du point de vue de l’offre et de la demande de travail, pour la raison évoquée par Karizoc: le salaire du retraité ne correspond pas à une création de valeur mais à un transfert de revenus des salariés (qui eux en créent) vers les retraités. Donc plus il y a de retraités relativement au nombre de salariés, plus le gâteau à se partager à l’échelle de la société est petit (à productivité égale, évidemment). Un retraité ne « libère » donc pas d’emploi , pas plus qu’un immigré qu’on raccompagnerait à la frontière.

    L’objectif du billet était de montrer que si l’on est d’accord avec le fait que « les retraités libèrent des jobs pour les jeunes », alors on doit logiquement accepter l’idée que « les immigrés nous piquent nos boulots » (et vice versa), puisque les deux affirmations résultent strictement du même raisonnement économique (erroné). Être en même temps à la CGT et au FN n’est donc pas si absurde que les cégétistes indignés ne veulent bien l’admettre.

  10. @ l’auteur,
    « Car en travaillant, l’immigré gagne un salaire équivalent à une demande de biens et de services qu’il faudra bien lui fournir : il créé donc au moins autant de travail à pourvoir qu’il n’en pique aux « vrais Français de souche ». »
    Il est surtout précisé que ce sont les emplois peu qualifiés qui voient leur taux de salaire se réduire comme une peau de chagrin. En fait, s’il y a trop de salariés non qualifiés, il n’est pas difficile d’identifier l’origine du déséquilibre. Il nous faut plus de main d’œuvres qualifiés. Maintenant, si l’éducation est défaillante, c’est une défaillance. Mais l’immigré n’est pas responsable des faibles salaires non qualifiés. Le travail ne se partage pas. Comme vous le dites bien, les vieux ne piquent pas le travail des jeunes. La raison est simple : en augmentant le nombre d’actifs, on augmente la production. Cette production doit forcément aller quelque part. Un producteur est un consommateur. Qu’il y ait plus ou moins d’actifs ne change pas ce schéma.
    Enfin, en même temps, on commence à bien connaître la CGT. Ils ont déjà fait fort avec le coup des méchants « LBO » …

    « le salaire du retraité ne correspond pas à une création de valeur mais à un transfert de revenus des salariés (qui eux en créent) vers les retraités. »
    C’est pourquoi je suis favorable au système par capitalisation. Vous m’objecterez sans doute que les américains n’en sont pas vernis, mais je crois que la défaillance de ce système ne lui est pas propre. Cette défaillance provient de la spéculation qui prend origine dans les injections de la Fed.

  11. Yogi

    @ mickaelk : Les raisonnements sont peut-être erronés dans les deux cas mais ils ne sont pas identiques : l’immigré que l’on raccompagne à la frontière repart avec sa capacité de consommation, alors que l’ex salarié qui devient retraité reste consommateur.

    Ainsi s’il me faut 50 actifs pour nourrir 100 personnes (dont 25 jeunes pas payés et 25 retraités), et que soudainement 10 actifs partent à la retraite, il me semble bien que je vais devoir mobiliser 10 jeunes à leur place. Alors que si ces 10 quittent le territoire je n’aurai besoin que de 5 jeunes, voire moins car la répartition de consommation entre mes populations n’est sûrement pas uniforme.

    Enfin je doute que l’épargne se transforme à 100% en consommation créant des emplois locaux. Il me semble donc que les besoins incompressibles de deux personnes créeront toujours plus de consommation locale que les besoins plus l’épargne d’une seule.

  12. Yogi,
    Un immigré est aussi bien un consommateur qu’un ex-retraité, je ne vois pas trop où se situe le problème. On ne consomme que notre capacité de production.

    « Enfin je doute que l’épargne se transforme à 100% en consommation créant des emplois locaux. »
    D’une manière, ça l’est. S’il n’est pas dépensé. Il est investit. Parce que de l’argent qui dort dans les coffres, c’est du gaspillage, et la banque prête tout ce qu’elle peut (mais en période de crise, c’est différent). Si l’argent finance des projets, il parviendra forcément aux salariés.

  13. Yogi

    @ M.H. : Je ne vois pas bien ce que vous appelez un « ex-retraité », mais un immigré est en effet un consommateur, tant qu’il est sur le territoire. Quand il est parti il ne consomme plus ici ; un salarié qui devient retraité consomme toujours ici. Quant à notre capacité de production, elle me paraît variable puisqu’elle dépend du nombre d’actifs, c’est bien toute la question ici.

    Dans le chemin de transformation de l’épargne en consommation locale il me semble qu’il y a au moins deux niveaux de déperdition : ce qui reste à dormir dans les coffres, et ce qui est investi à l’étranger.

  14. Yogi,
    Désolé, c’est une faute de frappe. Je voulais dire « ex-salarié ». Que votre immigré reste sur le territoire ou non, il a produit ce qu’il a produit. On peut exporter en conséquence. S’il n’a pas une forte propension à consommer, de toute façon il est évident que le prix va baisser, ce qui rend les marchandises plus attractifs, relance ainsi la consommation. La production trouve toujours ses « débouchés ».

    « Quant à notre capacité de production, elle me paraît variable puisqu’elle dépend du nombre d’actifs, c’est bien toute la question ici. »
    Là, je ne comprends pas. En quoi « c’est toute la question ici » ?

    Sur l’épargne, je ne vois pas où vous voulez en venir. L’argent ne dort pas dans les coffres, car c’est une perte financière pour le banquier. Sauf en période de crise lorsque les entreprises font faillites. Ce qui est maintenant investi à l’étranger, ce n’est pas de l’argent en moins sur le territoire. Les « étrangers » sont des consommateurs comme nous.

  15. mickaelk

    @ Yogi
    Il me semble que vous introduisez dans cette affaire déjà complexe un niveau de difficulté supplémentaire, à savoir la géographie de l’offre et de la demande, qui brouille un peu les cartes sans pour autant remettre en cause la validité du raisonnement déjà exposé.

    Quelques exemples dans vos réactions: « l’immigré que l’on raccompagne à la frontière repart avec sa capacité de consommation », « alors que si ces 10 quittent le territoire je n’aurai besoin que de 5 jeunes », « Enfin je doute que l’épargne se transforme à 100% en consommation créant des emplois locaux », « un immigré est en effet un consommateur, tant qu’il est sur le territoire », « ce qui est investi à l’étranger ».
    Or le raisonnement économique dont on parle n’interfère pas avec les notions de « frontière », de « territoire », ou « d’étranger » (contrairement à ce que certains essaient de nous faire croire).

    J’imagine que les « frontières » auxquelles vous faites allusion sont les frontières nationales. Pourquoi ce choix? Pourquoi ce que vous dites ne s’appliquerait pas à la frontière qui sépare la région Centre de la région Ile-de-France, ou à celle qui délimite le département de l’Oise de la Seine Maritime? Pourquoi, dans votre raisonnement, il y a déperdition pour « ce qui est investi à l’étranger », et pas pour ce qui est investi dans le Limousin? (je fais l’hypothèse que vous ne vivez pas dans le Limousin… ce qui est probable, car c’est là qu’il y a le moins de connexions internet en France).

    Vous introduisez de fait dans la discussion l’idée de concurrence entre les nations et postulez par-dessus le marché qu’elle est un jeu à somme nulle (ce que perd le Pays A est gagné par le Pays B, sans jeu de mots). C’est un autre débat, certes intéressant et essentiel, mais néanmoins différent de celui posé jusqu’ici dans la discussion. Ce que vous dites ne remet pas en cause ce qui a été dit précédemment car cela se situe sur un plan d’analyse distinct (la répartition des richesses produites entre les Etats).

    Un individu est un consommateur où qu’il soit, à partir du moment où il a quelque chose à consommer (par exemple, le fruit de son travail) – qu’il soit un immigré ou non ne change strictement rien à cette affaire. Surtout qu’assimiler « immigré » et « main d’œuvre peu qualifiée » est une erreur — il n’y a là aucune nécessité (qui sont les Français qui émigrent en Amérique ou en Chine aujourd’hui? des balayeurs de métro?).

    L’offre et la demande GLOBALES s’équilibrent nécessairement; pas par idéologie, mais parce qu’elles sont les deux faces d’une même pièce (qui ont par nécessité la même surface).
    Encore une fois, des déséquilibres locaux apparaissent dans telle ou telle industrie ou pour tel ou tel produit (l’argent liquide en est un), mais cela ne change rien à notre affaire.

    En tous cas, quelle discussion passionnante, merci pour toutes ces contributions!

  16. Yogi

    @ M.H. :
    « Que votre immigré reste sur le territoire ou non, il a produit ce qu’il a produit » Alors que plus de 75% de la main d’oeuvre française travaille dans le tertiaire, je considère que sa production disparaît avec son départ, de même que sa consommation. Et si elle reste, elle sera bien vite dépréciée.

    Par « Quant à notre capacité de production, elle me paraît variable puisqu’elle dépend du nombre d’actifs, c’est bien toute la question ici » j’entends que le sujet du billet c’est le nombre d’emplois disponibles en France, et qui occupe ces emplois. C’est à dire le nombre d’actifs, c’est à dire notre capacité de production.

    « Les « étrangers » sont des consommateurs comme nous » Certes. Mais ça ne me paraît pas être le sujet du billet.

    @ mickaelk :
    Le billet, me semble-t-il, porte sur les conditions de l’emploi en « France », entité que l’on définit habituellement comme un territoire géographique doté de frontières ainsi que d’un gouvernement autonome. En tout cas, c’est bien des conditions de l’emploi sur ce morceau de territoire dont s’inquiète la CGT.

    De même, le billet évoque la notion « d’immigré », laquelle me paraît difficile à concevoir sans les notions de « pays » et de « territoire national ». Je ne pense pas que le FN se soit inquiété du fait qu’un immigré qui vient fabriquer des jouets en France vole le travail d’un chinois qui pourrait les fabriquer en Chine et nous les livrer ensuite.

    Bref, la notion de géographie me paraît centrale dans ce débat, merci de ne pas l’évacuer.

    Je persiste à penser que, si l’idée que les « salariés âgés prennent le travail des jeunes » est erronée – ce qui est possible, je ne suis pas fixé sur le sujet – , ce n’est en tous cas pas pour les mêmes raisons que celles qui font que l’idée « les immigrés prennent le travail des français » est fausse.

  17. Yogi,
    Quand on travaille dans le tertiaire français, ça veut dire qu’on consomme local. Le contraire n’aurait aucun sens.
    Et sinon, il n’y a pas de « nombre d’emplois disponibles ». Il y a des emplois quand on accepte de travailler pour le taux de salaire proposé. Sauf encore une fois s’il existe des lois pour placer un prix plancher de la main-d’œuvre. Notre capacité de production n’est donc variable qu’en fonction de notre volonté à accepter les emplois proposés (arbitrage entre taux de salaire et allocations chômage), et de notre possibilité à le faire (prix plancher). C’est pourquoi il est faux d’affirmer que les vieux volent les emplois des jeunes. Et donc que c’est une erreur que les jeunes aient à protester contre l’allongement de l’âge légal de retraite, précisément parce que ça n’irait pas dans le sens de leurs intérêts.

  18. mickaelk

    @ M.H
    « C’est pourquoi il est faux d’affirmer que les vieux volent les emplois des jeunes.  »
    ==> entièrement d’accord 🙂

    « Et donc que c’est une erreur que les jeunes aient à protester contre l’allongement de l’âge légal de retraite, précisément parce que ça n’irait pas dans le sens de leurs intérêts. »
    ==> indépendamment de mon opinion personnelle, là je suis moins d’accord, car on passe d’une discussion « scientifique » (le fonctionnement de l’offre et de la demande) où l’on peut assez clairement dire qui a raison et qui a tort, à une discussion politique qui implique des choix de société. Là, personne n’a raison ou tort à partir du moment où les opinions des uns et des autres sont fondées sur des faits justes (c’est tout le problème de la soi-disant incompatibilité entre FN et CGT sur la répartition du travail… ils avancent tout deux des faits erronés).

    Il est tout à fait respectable de s’opposer à l’allongement de la durée de la retraite à partir du moment où l’on reconnaît que cela entraînera malgré tout une diminution de la taille relative du « gâteau » à se partager à l’échelle de la société. C’est un choix de société (autre exemple: la « décroissance ») mais que l’on peut analyser objectivement avec les outils de l’économie.
    Dans un autre registre (et sur le ton de la plaisanterie, hein!), un couple qui décide de faire des enfants renonce de fait à une partie de ses revenus disponibles – mais cela n’est pas pour autant « une erreur ».

    @ Yogi
    « la notion de géographie me paraît centrale dans ce débat » — elle l’est pour le FN sur la question du travail immigré, et c’est là tout le problème puisque c’est une erreur. Un conseiller régional FN de la région PACA a-t-il déjà reproché aux « immigrés » du Limousin de venir « piquer » le travail des vrais provençaux de souche? Les Limousins gagnent moins en moyenne, il y aurait pourtant « dumping social »… La position du FN sur le travail immigré n’est pas fondée économiquement, elle l’est uniquement électoralement. C’est pourquoi elle me semble idiote. Mais c’est aussi ça, malheureusement, la démocratie…

  19. Yogi

    @ M.H. :
    « Quand on travaille dans le tertiaire français, ça veut dire qu’on consomme local. » C’est possible, mais j’ai surtout dit qu’alors on produit local. Et qu’un immigré qui part, part avec sa capacité de production tout comme il part avec sa capacité de consommation. Alors qu’un salarié qui devient retraité perd sa capacité de production mais garde sa capacité de consommation, certes ponctionnée sur la capacité d’épargne des actifs.

    « Notre capacité de production n’est donc variable qu’en fonction de notre volonté à accepter les emplois proposés (arbitrage entre taux de salaire et allocations chômage), et de notre possibilité à le faire (prix plancher). » Certes. C’est pourquoi, même s’il est faux d’affirmer que les vieux volent les emplois des jeunes, peut-être peut-on affirmer qu’ils poussent les emplois des jeunes vers le plancher, quitte à ce qu’ils passent à travers. Les vieux volent-ils les emplois décents des jeunes ?

    On notera en tous cas que ce mécanisme n’est pas le même que celui qui est à l’oeuvre pour le travail des immigrés, qui joue pour sa part tant sur l’offre que sur la demande.

    @ mickaelk :
    « la notion de géographie me paraît centrale dans ce débat » Et il me semble qu’elle l’est bien plus que pour le seul FN. Elle l’est parce qu’elle définit la nation, à laquelle s’appliquent les lois. Elle est le périmètre qui donne son sens à ce que vous-même appelez ici « l’offre », « la demande », ou « le marché du travail ». Sans la notion de nation, je ne vois pas bien quel est l’objet du billet, ni quelle peut être la validité d’une analyse économique.

  20. René de Sévérac

    Le billet est intéressant et l’apparente contradiction entre les thèses FN et CGT bien amenée.

    Dans le débat qui a suivi, je n’ai pas été convaincu.
    La vision keynésienne qui en sert de cadre ne me satisfait pas du fait que la mondialisation (dans laquelle nous vivons) a tout changé.
    Pour être bref et simple, disons deux choses :
    1. les évolutions du schéma de production/consommation devrait imposer un changement des comportements (par exemple
    1. l’immigré « nous » semble nécessaire parce que il a « vocation » à faire ce qui « nous » répugne.
    2. pour ce qui est de la production, il faut considérer un troisième personnage (appelons le « chinois »); cet agent produit des chaussettes pour 0.10€ vendues 1€, (une VA de 0.90€ ce qui maintient notre PNB – chouette- mais ne requiert pas de MO !)
    3. les actifs en France sont engagés dans le tertiaire, mais les pauvres consomment du secondaire (activité des chinois) et primaire (mon Dieu, on avait oublié les paysans !) ….
    J’arrête c’est trop compliqué.
    Continuez, sans moi votre petit jeu abstrait.
    Amicalement.

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