Eric Besson se croit toujours ministre de l’Immigration

Quelqu’un peut-il rappeler à M. Eric Besson qu’il n’est plus à l’Immigration, mais à l’Economie numérique? Depuis son arrivée dans son nouveau ministère, le transfuge du PS a du mal à prendre ses marques. Parlez lui d’un site étranger arrivé en France sans papiers : il veut illico le renvoyer chez lui! Sauf que quand le clandestin ayant déjà été chassé de chez lui, on risque d’en faire un apatride…

Eric Besson persiste et signe. La semaine dernière, il avait déjà évoqué le caractère « criminel » de l’activité de Wikileaks, à l’annonce de son hébergement en France par la plateforme roubaisienne OVH. Hier, il a remis ça à la radio :

Lorsqu’il y a menace de ce type, est-ce qu’on trouve naturel qu’il puisse être hébergé en France ? Ma réponse est non (…) L’Etat a une responsabilité de régulation. Il n’y a pas de censure. On parle d’hébergement, pas de l’accès au site. Lorsqu’un site est considéré comme criminel par un pays démocratique et  ami, est-ce qu’on trouve naturel qu’il puisse être hébergé en France comme il  l’a été depuis quelques jours ?

En revanche, en ce qui concerne Le Monde, qui on le rappelle, a publié moins que ce que Wikileaks lui a fourni, et a joué le rôle de filtre qui a permis, sans doute, au site de Julian Assange de pouvoir partager les risques avec le quintet des médias partenaires de l’opération cablegate, Eric Besson se fait nettement moins offensif :

Le quotidien a expurgé tout ce qui pouvait être une mise en cause de la vie d’autrui. C’est déjà une première étape.

Tu parles! Au contraire, Le Monde, comme ses quatre compères, a donné une crédibilité et un poids énorme aux révélations de Wikileaks en les analysant et en les publiant simultanément. Le Monde n’a pas moins de responsabilité que Wikileaks dans la prétendue « mise en danger » de sources diplomatiques.

Je ne sais si le juge a aujourd’hui le pouvoir d’interdire à OVH l’hébergement en France de Wikileaks, mais même si je reste très sceptique sur l »objet même des révélations du site, il est aberrant qu’un ministre cherche à fermer purement et simplement un site web. On se posait moins de questions quand il s’agissait d’extrader ou non Battisti, pourtant condamné pour assassinat! Les causes ont la pureté qu’on leur donne.

Comme me le glissait un ami, Besson a sûrement ici pour seul objectif de montrer aux Américains que la France ne reste pas les bras croisés face à l’ennemi juré d’Hillary Clinton. Car l’interdiction de Wikileaks n’aurait aucun effet, alors que les sites-miroirs se multiplient, tel une hydre : dans ce cas, il irait juste s’installer ailleurs.

13 Commentaires

Classé dans International, Médias/journalistes

13 réponses à “Eric Besson se croit toujours ministre de l’Immigration

  1. Alors ce billet ?
    Pas convaincant dans ta charge contre Besson.
    Cordialement,

  2. nécroX

    Vous dites qu’il est aberrant qu’il cherche à fermer un site web, et juste après avancez que le non-hébergement n’aurait justement aucun effet sur le maintien du site. Ce n’est pas cohérent.
    Il s’agit bien sûr ici d’un geste de comm’. Mais peu importe à l’adresse de qui il est fait ; mieux vaut un geste même de principe contre Wikileaks que l’impunité totale, alors que ses actions frôlent l’espionnage et le sabotage.

    Et si le Monde et les autres ne sont, eux, pas sanctionnés, tant pis. Ce ne sont d’ailleurs pas les initiateurs de l’acte, juste des relayeurs. Se seraient-ils abstenus de faire écho à Wikileaks, que le site n’en aurait pas moins lâché sa bombe – et se serait, je pense, très bien débrouillé sans la caution de la presse écrite.

    Je ne suis donc pas non plus convaincu par cette attaque.

  3. Obi-Wan Kenobi

    C’est vrai que ce billet du Chafouin n’est pas le plus brillant qu’il ait produit.

    Mais les deux interventions de Besson n’en restent pas moins encore moins brillantes. Il pourrait, comme tout un chacun, saisir la justice et cesser cette agitation stérile. Je ne suis pas d’accord avec toi, Chafouin, quand tu penses qu' »il est aberrant qu’un ministre cherche à fermer purement et simplement un site web » : si ce site est effectivement hors-la-loi, n’importe quel citoyen, y compris un ministre, est fondé à demander sa fermeture. Tant que la justice est souveraine, cela ne me pose aucun problème.
    Mais par pitié, qu’on arrête avec la com’ politique !

  4. Bonsoir monsieur le chafouin,
    Je tire les mêmes conclusions que ton ami au sujet de la charge d’Éric Besson.

  5. @Corto

    Pourquoi?

    @NecroX

    « Vous dites qu’il est aberrant qu’il cherche à fermer un site web, et juste après avancez que le non-hébergement n’aurait justement aucun effet sur le maintien du site. Ce n’est pas cohérent. »

    Non, je dis qu’il dit ça pour faire plaisir aux Américains mais que dans le fond, même si Wikileaks n’est plus hébergé en France, il le sera toujours quelque part dans le monde. Donc je ne vois pas l’intérêt de vouloir le chasser, à part se faire plaisir à élever la voix. Un peu comme un roquet qui aboie quand tu passes devant son portail.

    @ObiWan

    « C’est vrai que ce billet du Chafouin n’est pas le plus brillant qu’il ait produit. »

    Ouvre ton blog qu’on rigole! 🙂

    Mes billets n’ont pas vocations à être brillants. J’exprime une opinion. Ici, un point de vue court, peu argumenté, coup de gueule. J’en ai assez qu’on raconte tout et n’importe quoi sous prétexte qu’on est ministre.

    i ce site est effectivement hors-la-loi, n’importe quel citoyen, y compris un ministre, est fondé à demander sa fermeture

    Qu’il saisisse donc la justice, plutôt que de venir raconter des inepties sur Europe 1.

    @M. Pingouin

    Mon ami n’est pas si bête alors 🙂

  6. nécroX

    Chafouin,
    Nous sommes bien d’accord que la volonté de justice n’a que peu à voir dans les motivations de M.Besson. Si c’était le cas, comme le dit Obi-Wan, saisir la justice serait la marche à suivre.

    Mais dans les faits, attaquer le site en justice risque d’être une entreprise lourde, risquée (danger d’entretenir encore plus l’attention du public sur les faits, de s’engager dans un mic-mac sans fin qui ferait beaucoup de pub à WikiLeaks) et peu productive (ce site étant de toute façon comme une hydre, si on le tue, il en repoussera deux comme lui).

    Alors je me satisfais, faute de mieux, d’un geste politique creux mais hostile à l’encontre de WikiLeaks. Parce qu’il a au moins l’intérêt d’aller à contre-courant de l’unanimité des pro-transparence jubilatoires qu’on entend partout. Ma grande crainte lors de la publication des documents était que la classe politique fasse le dos rond et hurle bêtement avec les loups « mêêêêê, la transparence c’est bieeeeen … »
    Je vois ce geste comme un petit acte de résistance des pouvoirs officiels face à la dictature du « tout public » que WikiLeaks essaie d’imposer.

    Après, nous sommes bien d’accord, ce n’est que très partiellement l’intention de Besson, mais je prends ce que je trouve.

  7. @NecroX

    J’aime assez ce qu’Authueil écrit : « Même si l’idéologie de transparence absolue de Wikileaks n’est pas partagée par tous (loin de là même), les traquer comme cela est fait actuellement ne peut que leur apporter sympathie et soutien sur un internet très marqué par la culture libertaire. Il n’est jamais bon de transformer ses adversaires en martyrs. Pareillement, s’amuser à traquer des informaticiens chevronnés sur la toile, c’est aller sur leur terrain et prendre le risque d’une défaite cinglante, qui fera date. Enfin, c’est prendre le risque d’utiliser des outils juridiques fragiles, et en allant au bout, de montrer leurs limites.

    Besson peut très bien attaquer cette dictature de la transparence (ce qu’on t fait la plupart des éditorialistes, c’est dire si le gouvernement n’est pas seul sur ce créneau) sans tomber dans l’absurde et dans la menace. Même si je comprends bien que celle-ci est un message politique.

    Personnellement, je conteste également cette obsession de la transparence, et les méthodes utilisées par Wikileaks, mais je n’aime pas cette façon de vouloir instaurer une censure en France.

  8. Obi-Wan Kenobi

    @ tous :
    « Mais dans les faits, attaquer le site en justice risque d’être une entreprise lourde… » Si j’en crois les infos que donne OVH, absolument pas.
    Il suffit de commencer par signaler le contenu illicite à l’hébergeur (et non s’émouvoir sur Europe 1) qui transmet à la justice si l’éditeur refuse de le retirer. D’après OVH, à ce jour, personne n’a signalé de contenu illicite !
    Bientôt une semaine qu’on en parler et personne pour envoyer un mail à OVH… Qu’est-ce qu’on dit dans ces cas-là en langage geek ? Lol ou mdr ?

  9. nécroX

    @Chafouin : je pense que c’est précisément pour éviter ce type de guerre ouverte au succès incertain et qui conférera cette aura de martyre à WikiLeaks que le gouvernement reste dans les demi-mesures.
    Il refuse d’engager le combat, mais ne peut pas s’abstenir de toute réaction, sauf à créer un sentiment d’impunité.

    Merci pour le lien vers Authueil, j’ai lu et trouvé très intéressante son analyse. Les risques sont très grands, mais j’en viens à me demander si cette lutte ne doit finalement pas être engagée. Ce type de combat pour une régulation se joue toujours sur le terrain ennemi, et tôt ou tard il faudra sortir du flou juridique. Autant le faire sur ce cas d’école, plutôt que de le laisser passer et d’enraciner le sentiment d’impunité, voire de légitimité.

    Je suis d’accord avec vous, ce serait bien près de ressembler à de la censure. Mais c’est précisément parce que la frontière actuelle est floue qu’il est peut-être opportun de lancer une réflexion, par une action politique et juridique.

    Qu’en pensez-vous ?

  10. J’ai écouté Besson qui disait qu’il ne souhaitait pas l’hebergement en France de wikizinzin pour l’unique raison que ce site est dorénavant considéré aux USA comme une organisation criminelle. La France, partenaire des USA, ne peut donc selon lui (et donc le gouvernement) abriter un site considéré comme criminel. On est d’accord ou pas, mais ça se tient.
    Enfin, il a démontré et personne sur le plateau ne l’a contredit, n’avoir jamais demandé l’interdiction du site et de son hebergement, il a juste demandé à des conseillers s’il etait possible, compte tenu du droit français d’empecher cet hebergement. Nuance donc.

    Voila pourquoi je considère que ta charge contre besson n’était pas convaincante, elle semblait un peu à l’emporte pièce et ne pas prendre en compte son point de vue

  11. Obi-Wan Kenobi

    @ Necro X et corto74 :
    « Il refuse d’engager le combat, mais ne peut pas s’abstenir de toute réaction, sauf à créer un sentiment d’impunité. » C’est justement en réagissant ainsi qu’on crée le sentiment d’impunité ! Prendre des postures outragées mais ne rien faire, c’est toujours contre-productif.

    « Tôt ou tard il faudra sortir du flou juridique. » C’est pour cette raison que la loi pour la confiance en l’économie numérique (LCEN) a été votée il y a 5 ou 6 ans. Il n’y a plus de flou et, sans demander de l’aide à son conseiller, un ministre peut s’y référer (il peut même en trouver le texte intégral… sur Internet). Il n’y a pas de flou : soit le site diffuse un contenu illicite, en ce cas, les hébergeurs français seront tenus de le fermer, soit le contenu est licite, alors il faut arrêter de s’exciter. Mais pour qu’on le sache, il faut commencer par saisir la justice.

    Quand il était ministre de l’Immigration, Besson était aussi le champion de l’approximation juridique (cf les nombreux prix Busiris qu’il a obtenus chez Eolas). Qu’il ait raison ou non de vouloir fermer Wikileaks, il faut qu’il arrête la com’ et qu’il vise enfin l’efficacité.

  12. nécroX

    « soit le site diffuse un contenu illicite, en ce cas, les hébergeurs français seront tenus de le fermer, soit le contenu est licite, alors il faut arrêter de s’exciter. Mais pour qu’on le sache, il faut commencer par saisir la justice. »
    C’est justement cela que je désignais par le terme « flou ». Ma formulation n’était pas idéale. Ce que je voulais dire, c’est qu’il y a une question juridique en suspens, qui fera probablement jurisprudence, et qui a encore à être tranchée.

  13. @obiwan

    « Il suffit de commencer par signaler le contenu illicite à l’hébergeur  »

    C’est une des possibilités mais pas la seule. Et cela ne dispense pas du recours à un juge. Mais en effet ce ne serait pas si lourd : un référé, c’est vite examiné…

    Le fait que Besson n’ait engagé aucune action – pas même un signalement de contenu illicite – montre bien qu’on est dans le registre de l’effet de manche.

    « Soit le site diffuse un contenu illicite, en ce cas, les hébergeurs français seront tenus de le fermer, soit le contenu est licite, alors il faut arrêter de s’exciter. Mais pour qu’on le sache, il faut commencer par saisir la justice. »

    On peut aussi, avant de saisir un juge, s’interroger sur la faisabilité d’une action.. Histoire d’éviter de se prendre une veste!

    @NécroX

    « Il refuse d’engager le combat, mais ne peut pas s’abstenir de toute réaction, sauf à créer un sentiment d’impunité. »

    Mais quelle impunité? On charge la barque de Wikileaks, mais on absout Le Monde! C’est ridicule, d’autant que les articles des médias classiques ont été bien plus lus que les messages secrets postés sur le site de Wikileaks…

    « Ce type de combat pour une régulation se joue toujours sur le terrain ennemi, et tôt ou tard il faudra sortir du flou juridique. Autant le faire sur ce cas d’école, plutôt que de le laisser passer et d’enraciner le sentiment d’impunité, voire de légitimité. »

    Sur ce point je trouve la réflexion intéressante. Mais je doute que ce gouvernement soit très au point sur la question, lui qui parle toujours d’internet comme d’un danger… On ne fait toujours que taper sur le messager!

    @Corto

    « J’ai écouté Besson qui disait qu’il ne souhaitait pas l’hebergement en France de wikizinzin pour l’unique raison que ce site est dorénavant considéré aux USA comme une organisation criminelle. La France, partenaire des USA, ne peut donc selon lui (et donc le gouvernement) abriter un site considéré comme criminel. On est d’accord ou pas, mais ça se tient. »

    Il paraît que Sarkozy s’est trompé et a parlé en conseil des ministres de Wikipédia au lieu de Wikileaks…

    Bref. Oui, ça se tient, mais on a beau être partenaire des Etats-Unis, on n’est pas obligé de suivre leurs interprétations à la lettre. Il y a une loi française qui s’applique en France. C’est en ce sens que je trouve que le parallèle avec Battisti n’est pas inintéressant… J’avais bien compris le raisonnement de Besson mais je ne comprends pas son empressement à vouloir plaire aux Etats-Unis. Et puis, pourquoi vouloir toujours clouer le bec avec ceux avec qui on n’est pas d’accord?

    Par ailleurs, Besson cache aussi soigneusement le fait que Wikileaks ne dérange pas que les Etats-Unis. La diplomatie française a aussi eu à souffrir de certaines révélations, par exemple sur le cas Clotilde Reiss…

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