Pour nos frères d’Irak et du Pakistan…

Photo REUTERS/Ali Jarekji

Je ne sais pas si nous sommes des catholiques pratiquement ou pas, dans le monde occidental, mais une chose est sûre : nos petits problèmes ne sont rien à côté de ceux que vivent certains de nos frères d’Irak et du Pakistan. Les premiers font l’objet d’une épuration pratiquée dans l’indifférence, les seconds d’une persécution légitimée par l’Etat. Quand cela cessera-t-il?

Qu’est-ce qui a changé depuis le 26 février dernier en Irak? Pas grand-chose. Déjà, à l’époque, le billet que je vous livrais appelait à briser le silence sur l’épuration anti-chrétienne en Irak. Déjà, nous parlions de meurtres, de bombes, d’appels au secours de la communauté chrétienne d’Irak, et… d’indifférence du monde occidental.

Depuis, eh bien on a eu ces deux séries d’attaques meurtrières qui ont, cette fois, fait un peu plus de bruit en France. Le 31 octobre, à Bagdad, ce sont 58 fidèles – dont deux prêtres – priant dans la cathédrale catholique-syriaque de Bagdad qui ont été massacrés par des fous d’Allah. Koz a déjà cité, dans un billet légitimement agacé, les témoignages édifiants publiés par Le Figaro. Je me permets de les reproduire à nouveau, tant ils m’ont impressionné :

Peu avant cinq heures et demie, nous avons entendu des cris près de l’autel, l’église était pleine, près de 200 personnes. Je suis venue à la messe du soir avec mes parents, ma soeur, mes deux frères et leurs enfants. Puis des coups de feu ont retenti, nous nous sommes tous jetés sur le sol. Ils ont commencé à crier et à nous insulter: “Chiens de chrétiens, vous allez tous mourir car vous être des infidèles, vous irez en enfer et nous au paradis ! Allah Akbar!” Ils ont tué tout de suite les personnes du premier rang, puis le prêtre a tenté de s’interposer pour les calmer et il a été exécuté aussi. J’avais quatre de ces terroristes en face de moi. Je voyais leur haine dans leur regard.»

Un seul était irakien, les autres étaient syriens et égyptiens. Au bout d’une heure, ils ont commencé à tuer tous les hommes puis les enfants, mon frère a été emmené puis mitraillé contre le mur. Ils riaient en continuant à nous insulter ! Puis, ils ont pris les femmes, dont ma mère, et les ont enfermées dans la sacristie, il y avait peut-être 40 personnes, et ont jeté des grenades par paquet à l’intérieur, nous avons tous hurlé et ils se sont mis à tirer dans le tas. Je pensais mourir aussi. Puis, l’un deux voyant que mon père n’était que blessé, il l’a achevé. Il tentait de protéger mon neveu de 3 ans sous son corps, ils ont pris l’enfant et lui ont tiré une balle dans la tête… Une vieille femme, blessée au ventre, suppliait à côté de moi qu’on l’achève. “Tu dois sentir la douleur car tu es une infidèle”, lui a répondu le Syrien…» Difficile de continuer.« Je priais Marie de nous protéger… L’armée est ensuite entrée, les terroristes n’avaient plus de munitions, ni de grenades, ils se sont alors fait exploser. Les détonations étaient tellement puissantes que j’ai cru à un tremblement de terre, que l’église allait nous tomber dessus… Ils étaient le diable, je peux dire que je l’ai vu…

Quelques jours plus tard, dans la nuit du 9 au 10 novembre, après qu’Al-Qaida a déclaré que les chrétiens d’Orient étaient désormais des « cibles légitimes » – contrairement aux Frères Musulmans d’Egypte qui ont appelé à « protéger leurs frères chrétiens » – 6 personnes ont été tuées et une trentaine ont été blessées, cette fois dans le bombardement de leurs maisons. Les évêques d’Irak ont lancé un appel, qui est en fait un véritable cri d’alarme, intitulé « nous perdons la patience, mais non la foi et l’espérance ». De quoi nous faire tous réfléchir. Et nous faire réfléchir, nous, chrétiens, sur la profondeur de notre foi. De notre engagement personnel. Que ferions-nous, à leur place? Que serions-nous capable de faire?

En Irak, les autorités ne font rien, ou si peu de choses. D’après Mgr Casmoussa, l’évêque de Mossoul, « le gouvernement interdit toute chaine de télévision de s’approcher des lieux. Pourquoi cette interdiction d’accès aux journalistes ? Il y a une volonté de liquider l’affaire ». Et on n’entend guère les Etats-Unis se manifester, eux qui avec leur guerre minable n’ont fait que renforcer une menace terroriste qu’ils souhaitaient soi-disant faire reculer. Pourtant, selon l’article du Figaro susvisé, « la communauté chrétienne d’Irak, estimée à près d’un million d’individus, il y a une dizaine d’années, a déjà fondu de moitié. Il resterait, selon une source religieuse, quelque 100.000 chrétiens à Bagdad, peut-être 400.000 dans le reste du pays, y compris dans la zone kurde au nord, mieux sécurisée ».

Alors certes, la France – ainsi que d’autres pays comme l’Italie – a joué un rôle important en accueillant des Irakiens blessés dans ces attentats, et en facilitant l’octroi de visas pour ces populations meurtries (1 300 d’entre eux ont été accueillis dans notre pays depuis 2007), mais c’est loin d’être suffisant. N’avons-nous vraiment aucun moyen de pression sur le gouvernement irakien? L’hebdomadaire « La Vie » a lancé un appel en ce sens à destination du président de la République. Chacun peut le signer.

Même chose pour le Pakistan, allié historique de l’occident depuis des décennies. Là-bas, c’est un dispositif législatif qui menace directement les chrétiens : la loi anti-blasphème, promulguée en 1986, et contre laquelle se bat depuis des mois l’Aide à l’Eglise en détresse, qui a initié une pétition remise mi octobre au Quai d’Orsay.

Pour la première fois, le 8 novembre, une femme habitant dans la province du Pendjab, Asia Bibi, une paysanne de 37 ans, a été condamnée à mort sur ce motif, pour avoir établi une comparaison entre Mahomet et Jésus, et refusé de se convertir à l’islam. Le jour de son arrestation, en juin 2009 elle avait été battue, promenée, le visage noirci, dans tout son village, violée par un groupe d’hommes avant d’être livrée à la police, qui retiendra la charge de « blasphème » sous la pression des chefs musulmans du village. L’histoire est racontée en détails chez Natalia, qui s’insurge à juste titre contre l’absence de réactions fortes face à cette décision barbare et injuste :

Asia aura-t-elle la chance de Sakineh, d’obtenir une mobilisation internationale ? Probablement pas. On se perd en conjectures sur le pourquoi. Est-ce parce qu’Asia n’est pas adultère, ce qui apparemment semble bien romantique à certains de ses défenseurs (on se souvient du « condamnée parce que vous avez aimé » de Carla Bruni) et que le Pakistan n’est pas le Grand Epouvantail européen, contrairement à l’Iran ? Est-ce parce qu’elle sera pendue et non lapidée, ce qui est moins vendeur, il faut le reconnaître ? Ou est-ce parce que notre capacité d’indignation, à nous autres Occidentaux, nous empêche de compatir à plus de 1000 kilomètres de chez nous ?

Depuis quelques jours, de nombreux articles de journaux et des billets de blogs ont pourtant relayé l’information, ce qui montre qu’il reste un espoir. Après les protestations du ministre italien des affaires étrangères, c’est le pape en personne qui s’est ému mercredi de cette condamnation, se déclarant « proche d’Asia Bibi et de sa famille » et demandant « que la liberté lui soit rendue au plus vite ».

Mais là encore, c’est loin d’être suffisant. Je n’ai pas entendu de réaction de notre gouvernement. Là encore, n’y a-t-il aucun moyen de pression? A lire l’agence Fides, des voix s’élèvent au Pakistan chez les musulmans modérés pour affirmer que les institutions doivent protéger les chrétiens pour ne pas être « complices de leur martyr ». C’est le moment de soutenir ces voix!

Notons en conclusion qu’au Pakistan, Asia Bibi n’est pas la seule à souffrir des persécutions : Fides répertorie sur son site l’ensemble des femmes victimes de cette loi sur le blasphème. Pourquoi uniquement des femmes, d’ailleurs? Mystère. Le Figaro rappelle qu’en août 2009, huit chrétiens avaient été brûlés vifs, là encore dans le Pendjab. Il y a trois mois, lors des inondations qui ont frappé le Pakistan, un élu local et propriétaire terrien a orienté le flux vers un village chrétien pour sauver ses terres. Bilan : 15 morts et 377 sans-abris.

N.B. Les Eglises du Pakistan et d’Irak ont besoin de dons. Il ne faut surtout pas hésiter à leur faire profiter d’un peu de notre trop plein de monnaie.

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20 Commentaires

Classé dans International, Religion

20 réponses à “Pour nos frères d’Irak et du Pakistan…

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  2. Je suis sidéré. J’ai lu pour la première fois le récit du massacre à Bagdad, c’est horrible.

  3. Pingback: 24 heures. Sans Jack Bauer « Le crépuscule des consentants

  4. je sais une chose , il ya jamais eu de fou d’Allah , c est un ordre sont venu de l’occident , tout les groupes terroriste sont crée pour un lobby qui domine le monde , je suis musulmans , je crois pas un instant , que le terrorisme est une création religieuse musulmane , ma famille est victime , j’ai mon oncle tué par un groupe comme vous dites , je suis toucher pas ça , ont doit savoir la vérité et qui donnée c est ordre et les jugés au nom de l’humanité

  5. @Vlad

    C’est parce que ces témoignages montrent une réalité crue et affreuse que je n’avais pas lue jusqu’ici que j’ai tenu à les reproduire…

    @Cité et Culture

    C’est tout à son honneur! Je n’aurais pas cru cela de lui… Je suis donc agréablement surpris.

    @loucif

    Personne ne songerait à mettre en cause tous les musulmans, bien sûr. En revanche, je ne suis pas friand de complotisme et si le terrorisme arrange certains, je n’irais pas jusqu’à imaginer qu’ils en soient les commanditaires.

  6. L’Iran c’est pratique, il y a unanimité politique et médiatique.
    L’Irak, le Pakistan c’est pas pareil. On se culpabilise en opposant à une légitime indignation la politique internationale et ces conséquences. Ceux qui s’indignent sont suspects d’être partiaux. Le sujet n’est alors plus Asia est ses compatriotes chrétiens violées ou abattus comme des chiens. Le sujet c’est: « puisque ce sont des chrétiens, doit-on être solidaires, et le dire sur la place publique ».

    Concernant ce que vous pointez du doit: le sujet des persécutions.
    Être chrétien est-il moins vendeur qu’être adultère? Une réponse est donnée ici par Thomas Gueydier
    http://www.causeur.fr/irak-les-chretiens-font-de-mauvais-martyrs,7839
    En substance: certains sujets sont bannis de l’espace public en France.

    J’ose espérer que Asia Bibi et Sakineh seront à minima remises en liberté et que nos gouvernants auront pris leur part dans cette issue. Que ce soit médiatiquement ou dans le secret des salons diplomatiques peu importe, mais que l’orient dépasse ses démons qui ruinent durablement sa grandeur.

  7. ET

    Je remarque qu’il n’est fait nulle part mention d’un quelconque viol groupé, même dans votre lien.

    Je suis d’accord pour souligner les violences faites aux chrétiens (comme à tous les Hommes d’ailleurs), mais n’inventons pas de faits sous peine de discrédit.

  8. @ET:
    « Je remarque qu’il n’est fait nulle part mention d’un quelconque viol groupé, même dans votre lien. »

    En voici un:

    http://www.aed-france.org/actualite/a-la-une/2010/10/14/pakistan-viols-et-homicide-de-jeunes-filles-chretiennes/

    Et un second, d’un site peu suspect de partialité pro chrétienne:

    http://www.ripostelaique.com/Le-Pakistan-multiplie-les.html

  9. « En voici un: »

    C’est-à-dire un lien faisant mention d’un viol groupé.

    J’ai rédigé un peu vite…

  10. ET

    J’ai été trop elliptique. Je parlais du cas d’Asia Bibi : d’après le lien de France 24, elle n’a été victime « que » de violences et non de viol.

    Cette erreur factuelle pourrait nuire à la dénonciation des actes dont elle a été victime.

  11. @ET:

     » elle n’a été victime « que » de violences et non de viol. »

    Apparemment, ce n’est pas complètement sûr:

    « Âgée d’une quarantaine d’années, mère de trois filles et deux garçons, Asia aurait également été violée, y compris par des responsables religieux musulmans. Parce que la foule s’apprêtait à la lyncher, d’autres chrétiens du village ont appelé la police… laquelle a immédiatement arrêté et inculpé Asia Bibi pour atteinte à la loi antiblasphème. »

    Source: http://www.lefigaro.fr/international/2010/11/17/01003-20101117ARTFIG00741-le-pape-demande-au-pakistan-de-liberer-une-chretienne.php« 

  12. @ET

    Je n’ai donc pas mis ce lien? C’était une erreur.

    Il y est écrit « According to Release partners, a mob formed and Asia was violently abused by Muslim villagers and clerics ».

    Merci également à Manu d’avoir également décelé cette information dans l’article du Figaro, que j’ai bien mis en lien…

    De toutes façons, j’allais dire, peu importe : qu’elle ait été violée ou pas (même si ça rajoute bien sûr à l’horreur de la situation!), le scandale, c’est qu’on puisse ne serait-ce que condamner quelqu’un pour ce genre de fait, un blasphème (alors qu’ici, il paraît de plus douteux). Alors condamner à mort!

  13. Pingback: La libération d’Asia Bibi en bonne voie « Pensées d'outre-politique

  14. Dang

    J’arrive un peu tard pour te féliciter Chafouin d’avoir parlé du drame des chrétiens d’Orient, que ce soit à Bagdad ou au Pakistan. Ce matin encore on apprend que deux chrétiens ont été tués par balles à Bagdad. Le moins que l’on puisse dire c’est que cela ne soulève pas l’indignation des occidentaux.
    En ce qui concerne Asia Bibi, sa condamnation à mort rendue possible par la loi antiblasphème est une honte autant qu’un crime. En revanche il ne semble pas qu’elle ait été violée : « According to Release partners, a mob formed and Asia was violently abused by Muslim villagers and clerics ».
    Le mot « abuse » en anglais signifie « malmener, maltraiter ».

  15. Dang

    @Chafouin : je n’ai aucune compétence pour savoir si oui ou non cette pauvre femme a été violée. Je remarque cependant que ni CNN, ni le New York Times, ni le Times of India, ne font allusion à un viol. Ceci ne veut évidemment pas dire qu’elle n’a pas été violée. En revanche je maintiens que « abuse » n’a rien à voir avec le viol (« rape »). Lorsque l’on parle de « child abuse » on peut traduire par « mauvais traitements à enfant » voire « attouchements » mais pas « viol ».
    J’ai d’ailleurs remarqué que souvent de mauvaises interprétations sont données à partir d’une traduction hâtive ou incompétente. Les français ont un peu trop tendance à traduire les mots anglais qui ressemblent aux nôtres par notre mot français, ce qui peut conduire à des contresens. J’ai le souvenir d’un reportage sur l’Ethiopie dans lequel un fonctionnaire éthiopien conversant en anglais avec le journaliste lui montre fièrement « the clinic ». Et le journaliste de commenter : « aucun patient n’est hospitalisé, d’ailleurs il n’y a pas de lit ». Sauf que « clinic » signifie « dispensaire ». On pourrait aller jusqu’à dire « hôpital de jour ». Donc il était normal qu’il n’y ait pas de lit.

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