Comme un léger goût d’absence

Presque un mois sans écrire une ligne sur ce blog. En voilà un qui sent le sapin, me direz-vous? Tout passe si vite, et l’absence est une drogue dure, comme dirait Miss-Tic : on s’y accoutume. Plus on s’absente, plus on se « débranche », plus on se met sur la touche, et plus il est difficile de reprendre son clavier et de s’y remettre.

Oh, j’ai des excuses. Un changement de boulot, des horaires différents, un nouveau rythme à trouver. Et puis, avec le mouvement social contre la réforme des retraites, il y en a eu, du pain sur la planche, ces dernières semaines. J’ai débuté plusieurs fois la rédaction de billets pour expliquer un peu les coulisses de ces événements, tels que je les vivais de l’intérieur, mais à chaque fois, j’ai fini par tout effacer et par quitter WordPress. Pourtant, il y aurait des choses à dire sur cette grève par procuration, menée par quelques poignées de syndicalistes, qui ont réussi à semer la pagaille dans tout un pays en à peine quinze jours. Comme quoi, un petit groupe d’individus décidés peut faire beaucoup… La grande victoire de Sarkozy et du gouvernement, finalement, aura été de parvenir à persuader les Français qu’on n’avait pas le choix. Que c’était cette réforme là, sinon rien. Si réellement, comme on le dit, 70% des Français avaient soutenu ce mouvement social, pourquoi ne les a-t-on pas vus se bouger? Au fond, ils étaient résignés. Et le pouvoir l’a bien senti.

A mon grand étonnement, j’ai éprouvé de la sympathie pour ces syndicalistes. Au moins, ils étaient cohérents avec eux-mêmes. Ils ne se contentaient pas de se dire contre un projet, ils se donnaient les moyens de le battre en brèche. Cela n’aura pas été suffisant. Je ne sais qu’en penser. Après tout, je m’en moque. Doit-on avoir un avis sur tout?

Quoi qu’il en soit, j’ai senti chez tous ces hommes, toutes ces femmes, bien au-delà de la seule question des retraites, un désir puissant de voir s’établir une autre société. Une forme de désespoir, aussi, de se sentir pris comme dans un étau. Celui de la mondialisation, contre lequel on ne peut rien. C’est tout, c’est comme ça ma bonne dame, on n’y peut rien, il faut s’adapter, et puis les autres pays font comme ci, alors on doit faire comme ça. Quand on voit le spectacle que nous offre ce gouvernement, qui ne pense qu’à un remaniement qui ne signifiera rien et dont tout le monde se fiche, comment ne pas comprendre l’écœurement de tous ceux qui ont défilé depuis le début du mois de septembre, et qui défileront encore ce samedi?

Ces dernières semaines, j’ai aussi considérablement réduit mon activité sur les réseaux sociaux, et notamment Twitter, qui sont des endroits horriblement chronophages. Un besoin de repli. Je dois l’admettre, j’ai sérieusement pensé – ce n’est pas la première fois – à cesser toute activité sur ce blog, voire à le supprimer. Comme toujours, mieux vaut réfléchir à deux fois avant de prendre des décisions radicales. J’ai finalement renoncé à cette idée. Mais je ne me fixerai plus aucun objectif de publication ni de statistique : au fond, je me moque du nombre de visiteurs de ce blog. Ce qui m’intéresse, ce sont les discussions suscitées.

On verra, à l’usage, ce que ça donnera! I will be back, donc. Pardonnez-moi, une nouvelle fois, cette longue absence.

17 Commentaires

Classé dans Blogs, Nombril

17 réponses à “Comme un léger goût d’absence

  1. pourquoisecompliquerlavie

    Chouette.

    Contente pour deux raisons au moins :

    1 – nous pourrons continuer à vous lire (fût-ce de temps en temps)…

    2 – je me sens moins seule d’avoir ralenti considérablement le rythme de mon propre blog…

  2. C’est marrant, je viens de vivre le même processus et je commence à peine à rebloguer. Je crois que ces phases de décrochage sont très salutaires, surtout quand on est en panne d’inspiration.

    Dommage que tu n’aies pas fait tous ces billets sur les retraites, car la blogosphère manquait de billets mesurés.

    Bon retour en tout cas.

  3. Dang

    Welcome back!
    Alors il vient ce billet? Nous l’attendons avec impatience. Il y a des choses graves qui se passent dans le monde comme le massacre de chrétiens en Irak dans la scandaleuse indifférence du monde occidental. Seule la blogosphère peut montrer à ces persécutés qu’il y a des gens qui pensent à eux. Comme on dit en anglais « I am hinting for you to write on this topic ».

  4. Contente de vous voir de retour.

  5. Pingback: Tweets that mention Comme un léger goût d’absence « Pensées d'outre-politique -- Topsy.com

  6. cilia

    C’est bon de te lire à nouveau !
    Tu as bien raison de n’écrire que si tu en as vraiment envie ; tu nous manques beaucoup cependant😉

    Sur la question des retraites, je ne crois pas que les Français ont été persuadés que ‘cette’ réforme était la seule envisageable.
    Plutôt une prise de conscience que de toutes façons, il est inévitable de travailler un peu plus longtemps.
    Une vraie réforme aurait été plus complète, plus complexe, et surtout suffisamment bien pensée pour être pérenne, mais elle n’aurait pas empêché ce point du rallongement de la durée de travail.

    Mais finalement, as-tu envie d’en discuter ?🙂

  7. ValLeNain

    Voilà qui fait plaisir, le retour du Chafouin !😀

    Oui il y aura l’ecoeurement des gens qui manifestent depuis le début, mais il y aura aussi l’inverse chez ceux qui ne manifestent pas et sont plutôt pour la réforme. On verra bien en 2012 ce que tout ceci aura donné.

  8. Barbara

    Ravie de vous voir de retour et de savoir que vous n’abandonnez pas ce blog. Faites nous encore réfléchir et discuter.

  9. Cemaco

    L’absence, drogue dure ou sevrage ?

    Sur les retraites: je n’ai pas de sympathie pour les syndicalistes. J’ai du respect pour leur engagement et le fait qu’ils aient résisté à la tentation jusqu’au-boutiste, mais je pense qu’ils portent aussi (pas tous seuls, hein!) une part de responsabilité dans le côté binaire de l’affrontement: cette réforme ou pas de réforme du tout.

    Pas de réforme, ça me fait penser au début du film « La haine » (si mes souvenirs sont bons): le type qui tombe du toit d’un immeuble et qui dit à chaque étage qui passe « Jusqu’ici, ça va ». Sauf que là, ce sont nos enfants qui vont se crasher.

    J’aurais voulu pouvoir manifester pour une autre réforme… Je ne suis pas spécialiste du domaine, mais les propositions de Jacques Bichot me paraissent intéressantes et pragmatiques. Quel politique, quel syndicaliste aura le courage de sortir de l’affrontement simpliste et de l’idéologie ?

  10. menez

    Welcome back chafouin! Surtout ne pas arrêter ce blog aussi enrichissant pour son auteur que ses contradicteurs;)

  11. Bonne reprise alors !
    Dans quelques jours, je vais moi aussi me mettre au vert quelques jours pour une retraite spi à l’abbaye de Flavigny. 5 jours de silence : le pied !
    Un jeune qui en revient s’en est trouvé tout changé : le bonheur se lisait sur son visage ! Vous savez, ce bonheur intérieur de se savoir aimé, quoiqu’il arrive !
    L’abbaye Saint Joseph en question : http://www.clairval.com/

  12. Bonjour vous trouverez des Notes de lecture sur le Blog que j’anime :
    http://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/
    bonne promenades et merci de vos commentaires
    cordialement
    didier

  13. @entreleslignes

    Et une pub gratuite, une!

    @citeetculture

    Bonne retraite, alors!

    @menez

    Promis!

    @Cemaco

    Sur l’absence, c’est un peu des deux mais je dois avouer que plus ça dure, plus on s’y complait🙂

    Bien sûr, comme disait Woerth, il est un peu facile de dire qu’il n’y a pas eu dialogue du simple fait que la réforme adoptée ne convient pas aux syndicalistes. Mais tout de même. Il n’y a guère eu davantage qu’un simulacre de discussion… Et puis, les syndicats ont tout de suite proposé un contre-projet, ils ne se sont pas contentés de dire non.

    « Sauf que là, ce sont nos enfants qui vont se crasher. »

    A ce sujet j’en veux beaucoup à la génération précédente qui a beaucoup joui et consommé, n’a pas fait d’enfants, et n’a surtout pas réformé le système. On leur doit en grande partie cette situation.

    Quant à Jacques Bichot, que proposait-il?

    @Cilia

    Tout d’abord merci à une des plus fidèles (et des plus indispensables) commentatrices de ce blog!

    D’accord sur l’allongement de la durée du travail. C’est en partie ce que je voulais dire : convaincus que ce point n’était pas négociable et qu’il était au fond juste et naturel, certains ont peut-être été opposés à la réforme dans son ensemble, mais pas suffisamment pour le crier dans la rue.

    Comme tu dis, cette réforme n’est ni complète ni pérenne. Cela ne valait donc pas d’en faire tout un cirque, d’un côté comme de l’autre…🙂

    @PSCLV

    Personnellement, je n’ai absolument pas culpabilisé… Je me suis juste senti un peu bête de n’avoir aucun sujet valable à proposer… Ou plutôt de n’avoir pas la force de tirer d’un sujet valable quelque chose de bien. Bref.

    @Mathieu L

    Merci! Je n’avais pas vu que tu avais aussi décroché, vu que j’ai aussi fait une grève de netvibes, mais bon retour aussi alors!

    @Dang

    J’aurais voulu surtout écrire sur le synode à Rome, plutôt que sur un massacre. Mais bon. C’est vrai que la situation des chrétiens d’Orient est tragique, et celle des Irakiens en particulier.

    @Vallenain @barbara @lambertine

    Merci!

  14. @Chafouin.

    Pour voir ce que Bichot propose, cf ce qu’il a écrit sur Liberté Politique, c’est assez intéressant.

    http://www.libertepolitique.com/index.php?option=com_content&view=article&id=6252

  15. Gwen

    Bonjour,
    je ne commente jamais, car je ne prends pas le temps, et surtout ne saurait formuler intelligemment ce que vos articles et les réactions qu’ils suscitent m’inspirent, mais soyez persuadé de ma joie ( à retardement, faute de temps😉 ) de vous voir reprendre vos activités bloguesques !

  16. @Gwen

    Soyez-en remercié! Et n’hésitez jamais à commenter…

  17. cilia

    Gwen,

    Merci pour l’indirect compliment à la vive intelligence des commentateurs.

    Mais, soyons sérieux, nous ne sommes pas toujours absolument brillants.
    Il nous arrive d’être prodigieux parfois !

    Que cela ne vous empêche pas de vous lancer.

    En vous présentant novice, nous saurons, du haut de notre grandeur, tolérer vos hésitations et vos imperfections.

    Puisqu’après tout, rien ne saurait infirmer le fait que c’est en forgeant que l’on devient forgeron …
    😉

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