Dans le bilan de Sarkozy, il faudra retenir le fiasco sécuritaire

Si l’on croit qu’on fait de la sécurité en plaçant en garde à vue à tour de bras, en multipliant les opérations coups de poing, en mettant en scène quelques grosses affaires résolues, on se trompe lourdement. Les récents événements de Grenoble et de Saint-Aignan – des émeutes urbaines suite à la mort d’un délinquant dans le premier cas, l’attaque d’une gendarmerie suite à la mort d’un délinquant dans le second cas – ne sont que des épiphénomènes, mais ils montrent que rien n’a changé, ou presque, depuis 2002. Sarkozy a échoué, il faudra le dire en 2012. La gauche osera-t-elle prendre ce sujet à bras-le-corps?

L’ère de la com’. Ce n’est pas nouveau, mais on est en plein dedans. Et en ce qui concerne la politique sécuritaire, il n’y a que ça de vrai. Car depuis 2002, on nous fait croire que la délinquance recule, alors qu’en réalité, ce sont simplement les chiffres qu’on s’efforce de faire diminuer. Avec brio, d’ailleurs… Mais chut! Ce qui compte, c’est de faire des belles conférences de presse au cours desquelles on met en avant les chiffres que l’on veut, en ayant bien pris soin de les ranger dans des catégories différentes d’une année sur l’autre, histoire que les journalistes s’y perdent. Ce qui compte, c’est de mettre en exergue quelques affaires où l’on montre que la police agit. Oh bien sûr, les policiers sont efficaces : en matière de meurtres, de braquages, de lutte contre le trafic de stupéfiants, il y a de très bons résultats. Mais ce n’est pas ça qui inquiète les gens. Ce n’est pas ça l’insécurité.

Car qu’est-ce qu’on constate sur le terrain? Que les violences n’ont jamais cessé d’augmenter. Je ne parle même pas des cambriolages, des vols à la roulotte, qui en temps de crise sont au plus haut. Or c’est cela qui fait peur, c’est de se faire détrousser, de se faire casser la figure gratuitement au coin d’une rue.

Quant à la situation dans les quartiers dits « sensibles », on voit que pas grand-chose n’a évolué depuis les émeutes sévères de novembre 2005. Il suffit d’une étincelle pour que tout s’embrase à nouveau. On l’a vu à Grenoble, qui s’est enflammée après la mort d’un jeune homme qui n’a eu, c’est bien regrettable, que ce qu’il méritait après avoir braqué un casino. Il y a un moment où quand on prend une arme pour aller dépouiller des commerces, il ne faut pas s’étonner que des fusillades éclatent. Et les armes, ça tue.

Qu’est-ce que c’est que cette société dans laquelle des petites frappes viennent demander le droit de pouvoir braquer sans danger?

On le voit également en ce moment à Lille, où un jeune homme a été gravement blessé dans un transformateur électrique la semaine dernière : les jeunes du quartier menacent de tout brûler s’il meurt. Cette fois, la police n’est même pas en cause! Mais cet état de fait montre que les banlieues vivent toujours le même malaise, et qu’elles sont toujours sous pression, à l’instar d’une cocotte-minute. On promettait de les débarrasser des « racailles »? Mais ça n’a jamais été fait. Les « quartiers » sont toujours livrés aux trafiquants de tous poils. Pas étonnant qu’ils soient invivables…

La gauche osera-t-elle en faire son cheval de bataille pour 2012? Rien n’est moins sûr. Elle aurait trop peur que ça lui revienne dans la tête comme un boomerang. Et pourtant, la tentation est là : Sarkozy en avait fait l’un de ses thèmes majeurs de campagne, et il a échoué lamentablement. Ce serait vraiment dommage de se priver. Car si le PS ne prend pas le taureau par les cornes, Marine Le Pen, elle, ne ratera pas l’occasion.

29 Commentaires

Classé dans Politique

29 réponses à “Dans le bilan de Sarkozy, il faudra retenir le fiasco sécuritaire

  1. Cyd

    Sarko a effectivement échoué, et il faudra donc le sanctionner, mais surtout ne croyons pas qu’il soit totalement coupable de cet état de fait.

    Nous avons là, le résultat de la politique des 40 dernières années, la politique, votée, menée et approuvée par les baby-boomers plein de tolérance et de laisser-faire, cache-sexe d’un égoïste égocentrique

    On nous a bassiné ces dernières décennies, et toujours maintenant de ce rousseauisme de bas étage comme quoi l’homme est bon et c’est la société qui le pervertie, et que donc il suffit de ne pas l’éduquer, de ne pas le contraindre, de ne pas le « sanctionner » , de le « comprendre », de le « divertir » par la « culture » et surtout lui donner beaucoup de subventions pour qu’il n’ait pas de raison de s’en prendre à son voisin.

    Apres avoir tricoter toutes les règles de société, toutes les institutions sociales, on commence tout juste à s’apercevoir qu’on a produit des sauvageons qui laisse court à leurs instincts à la moindre frustration. Soyons heureux, nous avons réussi ce que nous avons entrepris : ils ont gardé leurs « âmes d’enfant »

    Nous avons maintenant sur les bras des générations entières, des pourcentages très significatifs de la population qui seront à vie improductive (nous avons par exemple entre15 et 20% des nouvelles classes d’age sans aucun diplôme scolaire, c’est dire vu le niveau)

    Mais je ne m’en fait pas, il y a encore de nombreuses personnes qui m’expliqueront, après m’avoir expliquer qu’il fallait investir dans la culture, puis dans l’équipement, puis dans la politique de la ville, qu’il faille encore donner de l’argent pour que ces pauvres petits banlieusards ne viennent pas me trucider au coin d’une rue

  2. Bashô

    Cyd> Il y a eu des zones à forte criminalité depuis l’aube de l’humanité et il y en aura toujours. Par exemple, aux EU du XIXeme siècle, New York était une ville dangereuse à cause des gangs irlandais (le film de Scorsese « Gangs of New York » est basé sur une flambée de violence restée dans les annales). Et aujourd’hui, à Los-Angeles, les gangs des latinos et des coréens (mais si!) se font la guerre. Bref, je doute que notre politique des 40 dernières années soit la raison du fiasco.

  3. Bashô

    Ah oui, j’oubliais les émeutes de 1992 : http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89meutes_de_1992_%C3%A0_Los_Angeles

    à côté de ça, nos émeutes sont de la rigolade.

  4. Gwynfrid

    Je suis ô combien d’accord avec ce billet. Les rodomontades de Sarkozy vis-à-vis de la

  5. Gwynfrid

    (oops, fausse manip)

    … vis-à-vis de la délinquance n’ont pas conduit à l’amorce d’un semblant de début de résultat, sauf pour ce qui est des déplacements éclair du ministre de l’Intérieur, qui paraissent désormais tenir lieu de politique de sécurité.

    @ Cyd: Ah, le coup de mai 68 et de la culture laxiste des baby-boomers. Sarkozy nous l’a déjà faite en 2007, celle-là, vous savez. C’était du pipeau alors et c’est du pipeau aujourd’hui.

    Car, contrairement à ce que vous dites, nos gouvernants ont passé leur temps à sermonner, à condamner, à durcir les lois répressives, à réagir au moindre fait divers par une couche législative supplémentaire.

    Ce qu’ils n’ont pas fait, par contre, c’est fournir les moyens de mettre les délinquants en prison.

  6. Coupiac

    Votre conclusion me semble vraiment très juste: la « gagnante » électoralement parlant de l’échec de Sarkozy, ce n’est pas la gauche…

  7. Cyd

    @Bashô (1)

    S’il y a toujours eu de la criminalité, ce qui m’intéresse, c’est pourquoi maintenant on tire en rafale dans les rues, et que des petits garçons qui vont à la boulangerie ou qui lave la voiture de leur papa pour la fête des pères peuvent se prendre une balle perdue. Jusqu’alors, ce n’était pas courant

    J’ai du mal à accepter ce genre de commentaire qui vise à banaliser l’inacceptable.

    @Bashô (2)
    Depuis quand les USA sont une références en terme de sécurité ? De plus les USA sont quand même des adeptes forcenés du libéralisme-libertaire. Moins d’Etat, moins d’école, plus de marché puisque l’Homme est bon, et qu’il prendra donc la bonne décision

    @Gwynfrid

    Bravo pas l’ombre d’un argument. Or vu les résultats socio-économiques de la génération du baby boom toujours actuellement au pouvoir, je pense qu’on peut leur coller la responsabilité d’un bon paquet de chose. Il serait temps d’assumer un peu.
    L’anti-sarkozisme n’est pas un argument quand pendant 40 ans, on a passé son temps à ne pas punir à l’école, puis pas punir à l’adolescence, puis à pas punir les multirécidivistes chevronnés comme notre garnement malheureusement mort, qui avait déjà, à 27 ans, 3 condamnation pour braquage à main armé, et donc était bien parti pour son 4eme séjour en prison pour le même motif ( ah, bravo les fameuses peines planchers)

    Quand à mettre les délinquants en prison, les juges ne veulent pas. Cf l’épisode récent de « Libérator ». Je pourrais aussi vous retrouver le discours d’un ponte de la magistrature dans les années 70 pour le parrainage d’une promo de l’ENM qui disait explicitement que les pauvres devaient être acquittés mais pas les riches

    Mais les politiques aussi (c’est la même « élite ») puisque le Parlement, gauche et droite confondus, a voté il y a que quelques mois une loi rendant presque impossible l’exécution des peines de prison de moins de 2 ans, en 1ere condamnation.

    Quand aux « associations » et aux « intellectuels » ils arrivent à faire publier récemment dans Libération, journal de référence, une tribune considérant qu’on a le droit voire le devoir d’envoyer « du plomb dans l’épaisseur des gilets pare balle » de la police

    Et bien sur le citoyen de base n’est pas en reste. Impossible de condamner le moindre clandestin ou de mettre des menottes à un « jeunes ».
    petits garcons qui vont à la boulangerie ou ui lave la voiture de leur papa pour la fête des pères peuvent se prendre une balle perdue

  8. Alors là, mon pauvre ami, si vous comptez sur la gauche pour s’emparer de cette thématique…
    Déjà, ils ne viennent pas soutenir délinquants et émeutiers, sauf à la gauche de la gauche (verts compris), c’est déjà un progrès par rapport à 2005.

    J’aurais aimé que ce fût le MoDem, mais les opinions sont partagées là-bas.

  9. Bashô

    Cyd> Les EU sont pour beaucoup une référence en matière de politique sécuritaire depuis les années Reagan avec le slogan « get tough on crime. » Ainsi, ce pays a le plus fort taux d’incarcération de la planète, ont mis en place les peines planchers (notamment « three strikes and you are out ») et la tolérance zéro (théorie de la vitre brisée).

    Autre élément de comparaison, les peines sont beaucoup plus sévères que chez nous (même si ça varie d’état en état). Ainsi en Californie, au troisième délit, 25 ans de prison. Sans parler de la peine de mort, bien sûr. Et pourtant, l’insécurité est toujours aussi fortement présente.

  10. ValLeNain

    C’est fou, j’ai devancé tout le monde sur ce coup ! (c’est bon pour l’égo :D)

    Mais sinon, c’est sûr, il y a un problème en banlieue, et je ne sais pas si c’est du malaise, je pencherai plus pour une volonté de faire peur et de faire les caïds, de montrer qu’ils sont au dessus des lois…

  11. @Cyd

    Je suis assez d’accord avec ça : « Apres avoir tricoté toutes les règles de société, toutes les institutions sociales, on commence tout juste à s’apercevoir qu’on a produit des sauvageons qui laisse court à leurs instincts à la moindre frustration ».

    La crise de l’autorité est très certainement pour beaucoup là-dedans, ainsi que la crise de la famille. Mais vous évacuez un peu vite les raisons sociales de cette situation. Tout est imbriqué.

    @Bashô

    « à côté de ça, nos émeutes sont de la rigolade »

    Certes, mais c’est normal qu’on s’évalue par rapport à notre propre histoire, plutôt que par rapport à celle de nos voisins…

    Et la société est incontestablement bien plus violente qu’après la dernière guerre, par exemple.

    Certes, vous avez raison de dire que les USA, plus sévères, n’ont pas fait chuter la criminalité (encore que ça dépende des endroits), mais face à l’explosion de la violence on ne peut pas ne pas être très sévère, au moins dans un premier temps. la prévention, c’est bien, mais ça met du temps à se mettre en place. je suis quant à moi partisan d’une politique alliant fermeté, justice et générosité.

    @Gwynfrid

    « Ce qu’ils n’ont pas fait, par contre, c’est fournir les moyens de mettre les délinquants en prison. »

    Pourtant aucun gouvernement n’a fait autant pour construire des places de prison. Je pense que la police est sévère mais la Justice trop clémente. Parce que les prisons sont encore trop pleines. Et comme les peines ne servent visiblement pas à la rédemption des délinquants, c’est un cercle vicieux… Le problème me paraît plutôt là.

    @L’Hérétique

    « Alors là, mon pauvre ami, si vous comptez sur la gauche pour s’emparer de cette thématique… »

    Je ne suis pas aussi naïf 🙂

    Mais ce serait un très bon argument de campagne. Mais le PS n’osera jamais, par peur de faire le jeu du FN. Mais je crains que ça fasse ses affaires quoi qu’on fasse…

  12. Higgins

    L’état républicain (celui de la IIIème) s’était construit sur le diptyque éducation/service militaire. Une fois ces deux obligations remplies, le jeune français (les femmes étaient exclues de cette construction puisqu’elles n’ont obtenu le droit de vote qu’en 1944) devenait un citoyen de ce beau pays.

    Force est de constater que ce bel équilibre n’existe plus: le système éducatif a volé en éclat sous les coups concomitants et très bien calculés des syndicats d’enseignant alliés imbéciles des pédagauchistes qui font la loi au sein de l’EN (voir le blog de Jean-Paul Brighelli http://bonnetdane.midiblogs.com/ pour se rendre compte, si besoin en était, de l’importance du désastre). Quant au Service militaire, rite républicain s’il en est, il est suspendu depuis 1995. Indépendamment de son rôle militaire, que l’on a le droit de juger contestable, il était surtout la dernière occasion pour la société républicaine de cadrer sa jeunesse avant de lui laisser la bride sur le cou. Je n’aurai pas la naïveté de croire que c’était une panacée mais je constate que depuis sa suspension, les « évènements festifs et citoyen » comme celui de Grenoble ou de Saint Aignan, les incivilités de tout ordre ont explosé sans que nos chers dirigeants (opposition et majorité confondues) ne donnent l’impression d’en réaliser l’ampleur et les effets destructeurs sur une société fragilisée par la crise politique et économique. Quinze ans après, une génération arrive à l’âge adulte sans les bases éducatives traditionnelles et sans le filtre, aussi imparfait qu’il pouvait être, du service militaire. On a le résultat au quotidien: la guerre civile approche à grand pas. Saint Aignan surtout est inquiétant. On était en plein western avec l’attaque du fort par les bandits. Cela n’empêche pas nos chers médias de prêter une oreille plus que complaisante aux communautés mises en cause (l’écoute de France Intox est à cet égard édifiante), les forces de l’ordre étant là pour le décor.

    Yvan Rioufol, sur son blog, a une vision assez juste de la situation: http://blog.lefigaro.fr/rioufol/2010/07/je-nai-guere-a-rajouter.html

  13. Parfois je me dis, il faut faire ça à la chinoise : prochaine émeute on tire dans le tas au famas, on en laisse dix sur le carreau. Ça calme les petites frappes.
    Machiavel est très clair : l’État doit se faire craindre, pas essayer de se faire aimer. C’est le fondement de l’autorité, de la stabilité du pouvoir, et donc de la garantie des libertés.

  14. @Paul

    Ce serait une bonne idée, mais la démocratie l’interdit 🙂

  15. Certes !
    Mais si ça continue, on arrivera à un stade où la démocratie l’exigera 🙂

  16. Bonsoir ami Chafouin,
    La politique sécuritaire du président français ne semble pas particulièrement brillante en effet. Si cela continue sur cette voie, alors les urnes ne seront plus sures, et il risquera de découvrir ce que la tolérance électorale zéro veut dire. 🙂

    Du côté de la gauche, je suis d’accord également. Ce serait en effet intéressant qu’elle propose quelque chose. Enfin, nous ne sommes pas encore en 2012. Elle a le temps de fourbir ses armes.

  17. René de Sévérac

    Higging : « Quinze ans après : la guerre civile approche à grand pas » et Paul de donner la solution : « prochaine émeute on tire dans le tas au famas, on en laisse dix sur le carreau ».
    Çà fait peur et pourtant …

    On parle courtoisement des « jeunes » pour ne pas affronter la réalité. Les jeunes (ou moins jeunes) musulmans, venus avec l’idéologie de leur ethnie (ou clan), ont été élevé en France dans l’idéologie des Droits de l’Homme qui ne propose pas de Devoir.

    A tout instant, les réflexes sont les plus forts et la solidarité de race (la race est supposée ne pas exister !) est essentielle. Les Français (de souche) qui vivent dans ces banlieues – donc pauvres – sont leurs ennemis : la preuve, leurs élites confessent la monstruosité que ces pauvres ont commis en Afrique par la colonisation.

    J’ai honte et ne puis continuer. Salut.

  18. René de Sévérac

    Pardon : ces pauvres ont commise (la monstruosité !)

  19. Gwynfrid

    @ Chafouin: « Pourtant aucun gouvernement n’a fait autant pour construire des places de prison. Je pense que la police est sévère mais la Justice trop clémente. Parce que les prisons sont encore trop pleines.  »

    N’y aurait-il pas une légère contradiction, là ? Si la Justice était trop clémente les prisons devraient être vides.

    En fait, l’idée que les juges sont trop indulgents est très ancienne, ellle fait partie de l’arsenal de propagande de la droite depuis bien avant l’époque Sarkozy. Autrefois, on parlait de « juges rouges ». Tant qu’à trouver un bouc émissaire, c’est vrai qu’il vaut mieux en choisir un qui est tenu par le devoir de réserve, comme ça il ne risquera pas de répondre.

    La réalité est que les juges prononcent des peines toujours plus lourdes. La référence est ici, malheureusement un peu datée : http://www.senat.fr/rap/l99-449/l99-4492.html.

    Quant à la construction de prisons, on peut reconnaître qu’il existe un programme pour ce faire, mais visiblement, il n’a pas permis de rattraper le retard, ni même de freiner la hausse de la surpopulation carcérale. Ce qui oblige le gouvernement à… développer les aménagements de peine. Source ici (merci Google) : http://www.liberation.fr/societe/010130261-63-838-detenus-en-france-un-record-historique. Coupable indulgence des juges, vous dis-je.

  20. Toute société libre doit accepter quelques petites imperfections : inégalités, insécurité, etc.

    L’Histoire et la littérature ont montré où menaient les mythes de l’égalité parfaite et/ou de la sécurité absolue.

    Ce faisant, la reprise par Sarkozy de la promesse frontiste d’une sécurité totale était démagogique ou inconsciente.

    Le véritable enjeu se situe sur le niveau d’insécurité (et d’inégalité, les débats sont parallèles) acceptable.

    Le problème de la gauche est qu’elle privilégie le traitement social de l’insécurité. Elle ne fera pas autre chose tant qu’elle ne mettra pas à la corbeille son analyse marxisante sur la corrélation supposée entre pauvreté et délinquance. Koz l’a illustré ici il n’y a pas si longtemps : http://www.koztoujours.fr/?p=8123

    Bref, je suis pessimiste quant aux solutions proposées sur le sujet par les candidats de 2012…

  21. Bashô

    Le Chafouin> Je répondais en fait à Cyd qui défendait l’idée que l’insécurité est la faute d’un rousseauisme soixante-huitarde. Le cas américain montre que c’est une thèse très discutable.

    Quant à la justice, Beccaria a montré l’importance d’une sanction immédiatement après le délit. Or la justice et la police manquent cruellement de moyens. Une Cour d’Appel vient de renvoyer le personnel de sécurité car elle n’avait plus d’argent pour les payer. Si la justice ne peut plus garantir sa sécurité…. Et les effectifs policiers (contrairement aux annonces politiques!) ne cessent de baisser et sont accaparés par la lutte contre l’immigration clandestine.

    Henry le Barde> Pourtant le lien entre pauvreté et criminalité est avéré. Il suffit de consulter l’abondante littérature sociologique et économique sur ce sujet (celle de l’Ecole de Chicago). Saul Alinsky par exemple avait étudié dans les années 30 (bien avant mai 68 en passant) les gangs de Chicago et découvert que leur base arrière était les quartiers pauvres marginalisées pour de multiples raisons. Ainsi, les gangs faisaient office de sécurité sociale et d’assurance, ils embauchaient des médecins pour soigner les habitants de ces quartiers, garantissaient des prêts etc. Autrement dit, ils remplaçaient les pouvoirs publics qui avaient totalement fait faillite dans ces quartiers et on obtenait un cercle vicieux : ils avaient une image extrêmement positive dans ces quartiers et offraient l’un des rares modèles accessibles de réussite, ils avaient donc aucun mal à recruter….

    Le cas est différent ici : je doute que la criminalité organisée soit derrière les émeutes. Bien au contraire, ils ont intérêt à se faire discret et donc à éviter d’inciter les politiques (qui ont une face à sauver) à envoyer les forces de l’ordre et lutter contre eux. Les émeutes sont sans doute d’origine spontanée et en réaction à la présence d’un corps étranger, i.e. la police. J’ajoute en lien une interview (en 2005) avec un sociologue http://julien.charnay.over-blog.com/article-3146313.html

    René de Severac> Vous vous êtes relus?

  22. @ Bashô : je ne nie pas l’existence d’un lien sociologique et économique entre pauvreté et délinquance. Dire le contraire irait à l’encontre du bon sens élémentaire.
    Je voulais dénoncer par le terme « marxisante » l’interprétation qu’on se fait de la délinquance : elle serait liée à un message politique à tendance plus ou moins révolutionnaire. Je doute de la véracité d’un tel discours et j’en conteste la légitimité. Car un tel discours est dévastateur. Il décourage ceux qui résistent à la tentation de la délinquance, il délégitime les notions de libre arbitre et de responsabilité individuelle, essentielles à la santé et au fonctionnement d’une démocratie libérale.

    En clair, la pauvreté est un facteur explicatif de la délinquance, elle n’en constitue pas une excuse. Ce que la gauche a du mal à admettre – du moins publiquement.

    Et pour finir je vous rejoins : les mafias ou plus généralement la criminalité organisée sont des réponses à des défaillances des Etats. Les banlieues qui ont le moins « flambé » en 2005 sont celles où les trafics et l’économie souterraine sont les mieux implantés.
    Il n’y a rien de moins révolutionnaire qu’une mafia…

  23. @Gwynfrid

    « En fait, l’idée que les juges sont trop indulgents est très ancienne, ellle fait partie de l’arsenal de propagande de la droite depuis bien avant l’époque Sarkozy. Autrefois, on parlait de « juges rouges ».  »

    En fait, cette idée, je la tire de mon expérience personnelle. Je travaille régulièrement sur les questions judiciaires et on voit qu’en effet, les juge sprennent souvent des décisions étonnantes. Surtout en ce qui concerne les mineurs, d’ailleurs. Cela ne concerne pas forcément les juges présents aux audiences, qui en effet, avec les peines planchers, n’ont plus toujours le choix et sont très sévères (qu’ils soient de gauche ou de droite, d’ailleurs).

    Les policiers sont souvent excédés et découragés de voir qu’ils arrêtent des types aussitôt relâchés. Et ça a aussi un impact sur la sécurité.

    Cela peut paraître contradictoire mais pas tellement : le gouvernement a fait beaucoup, mais en effet, c’est toujours insuffisant… Mais rien n’avait été fait pendant de si nombreuses années!

    Mais c’est vrai qu’il y a une autre contradiction, que vous pointez du doigt : le gouvernement se la joue musclé, mais a développé comme jamais les aménagements de peine. C’est la quadrature du cercle! Et quand on voit qu’à mi peine quasiment tout le monde est libéré…

    @Bashô

    Et les effectifs policiers (contrairement aux annonces politiques!) ne cessent de baisser et sont accaparés par la lutte contre l’immigration clandestine.

    Je ne l’ai pas soulevé dans le billet, et c’est un tort. En effet, on ne peut pas dire qu’on va tout faire pour la sécurité et diminuer à ce point les effectifs de police. Ceci dit, les directions sont cloisonnées. La lutte contre l’immigration clandestine est essentiellement menée par la PAF. Et les OPJ de la Sécurité publique qui gèrent les ILE (infraction à la législation sur les étrangers) sont relativement peu nombreux.

    En revanche, et ça c’est clair, les policiers et gendarmes sont accaparés par des missions subalternes, telles que la protection des bâtiments officiels, les transferts de détenus, etc, qui pourraient être externalisées.

    « Je doute que la criminalité organisée soit derrière les émeutes »

    Eh bien ça dépend! On a eu à Lille l’exemple d’un quartier pourri dans lequel la situation se dégradait de plus en plus. Les unes après les autres, les institutions se faisaient chasser du territoire, ce fut d’abord les flics, puis les facteurs, les agents de la compagnie de transport, du bailleur social, etc. Bref, tout ce qui était extérieur au quartier se faisait bouter hors de la zone manu militari. Un journaliste s’était d’ailleursfait agresser en réalisant un reportage sur cette situation.

    Eh bien il a suffi d’un gros coup de filet pour s’apercevoir que c’était un trafic d’héroïne qui avait causé cette situation. Beaucoup d’argent circulait, et irriguait tout le quartier. Tous les désoeuvrés se faisaient recruter et semaient la terreur dans les environs. Y compris à coups de violences urbaines.

    Eh bien depuis ce coup de filet… il ne se passe plus rien ou presque dans ce secteur.

    @ Henry Le Barde

    « Car un tel discours est dévastateur. Il décourage ceux qui résistent à la tentation de la délinquance, il délégitime les notions de libre arbitre et de responsabilité individuelle, essentielles à la santé et au fonctionnement d’une démocratie libérale.

    En clair, la pauvreté est un facteur explicatif de la délinquance, elle n’en constitue pas une excuse. Ce que la gauche a du mal à admettre – du moins publiquement. »

    C’est tout à fait ce que je pense. On oublie trop que dans tous ces quartiers pourris, il y a des tas de gens qui résistent à la tentation. Et qui se battent pour rester honnêtes.

  24. Gwynfrid

    @ Higgins & René de Sévérac: l’utilisation d’un vocabulaire martial est-elle chez vous juste un moyen de laisser échapper la vapeur, ou bien l’expression sincère d’une envie de voir la bagarre s’aggraver et se généraliser ?

    En tout cas, l’exemple vient de haut. Je me permets de signaler cet article, poli et factuel, mais cruel. Il montre qu’il ne suffit pas de déclarer la guerre pour résoudre les problèmes: http://www.lemonde.fr/politique/article/2010/07/21/nicolas-sarkozy-huit-ans-de-declarations-de-guerre_1390764_823448.html.

  25. René de Sévérac

    à Gwynfrid
    Etes vous sûr de m’avoir bien lu ?
    Et compris mes angoisses.

  26. Cyd

    @le chafouin

    Si je veux bien admettre un lien entre pauvreté matériel et vol matériel.

    Je le conteste completement lorsque pour des affaires bénignes, genre affaire de coeur ou de toles froissées, on en arrive à « rafaler » dans les rues en tuant des passants, ou à ameuter sa horde pour passer à tabac l’inopportun qui demande l’application des procédures de reglement à l’amiable.

    On est ici dans bien autre chose.

    On est ici avec des gens qui ne vous considérent pas comme des gens.

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