Affaire Woerth/Bettencourt : quand l’UMP pète les plombs

Capture d'écran lefigaro.fr

D’accord, la comptable Claire T. a démenti devant les policiers avoir tenu certains propos relayés par le site Mediapart. D’accord, l’auteur du scoop a sûrement manqué de prudence en balançant cette « bombe » sans précautions. Mais l’UMP, trop pressée de faire diversion, a littéralement pété un plomb en s’en prenant à des « méthodes fascistes ». C’est encore la faute d’internet, on vous dit!

L’Elysée et l’UMP aiment bien le net, mais uniquement quand lefigaro.fr diffuse l’audition de Claire T. contestant une partie des propos que lui prêtait avant-hier le site Mediapart. Là, c’est du bon web. En revanche, quand il s’agit du site fondé par Plenel, et quand les informations rapportées sont défavorables au gouvernement, là, on peut se lâcher, et diffuser l’idée selon laquelle internet, au fond, c’est pas sérieux.

Et il faut voir la violence des attaques, hallucinantes, contre Mediapart! Owni en a dressé la liste, au sein de laquelle Nadine Morano décroche aisément, et haut la main, la palme de la politique de droite la plus néfaste et la plus détestable :

« Un site qui utilise des méthodes fascistes », Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP.

« Ce fameux site qui me rappelle une certaine presse des années 30 », Christian Estrosi, ministre chargé de l’Industrie.

« Ce ne sont pas des journalistes » , Jean Léonetti, député.

« Je suis choquée quand vous dites que c’est un site d’information. Ce n’est pas un site d’information, c’est un site de ragots, de déclarations anonymes » , Nadine Morano, secrétaire d’État à la Famille.

« Une espèce de collusion médiatico-politico-trotskiste qui essaie de jeter l’honneur d’Eric Woerth », Nadine Morano, secrétaire d’État à la Famille.

« Une cyber-cabale » qui ne fait qu’« additionner les tweets et les blogs », François Baroin, ministre du Budget.

« Une compétition effrénée entre la presse médiatique classique et Internet »« plus rien n’est contrôlé » , « où on ne prend pas le temps, un seul instant, de vérifier simplement l’information qui vous est donnée », Hervé Morin, ministre de la Défense.

« De nouvelles rumeurs une nouvelle fois lancée par un site Internet », Jean-Pierre Pernault, TF1.

« Du temps de Staline, il y avait les montages photo, en 2010, en France, il y a Mediapart, mené par… un trotskiste » , Benjamin Lancar, président des Jeunes Populaires.

« Edwy Plenel (…) utilise sans réserve éthique ni méthodologique. Au niveau déontologie, c’est inimaginable. Mais ça va lui retomber sur la tête » Nicolas Sarkozy, président de la République.

Dans le lot, seule la déclaration de Hervé Morin me paraît équilibrée. En effet, Mediapart est un journal qui dépend de ses abonnés uniquement, et qui a besoin de se faire connaître par des scoops retentissants. En l’occurrence, ils ont probablement péché par précipitation : on ne peut pas relayer des accusations aussi graves sans vérifier un minimum, en se contentant de précautions d’usage! Et ne pas avoir enregistré l’interview, comme le confirme l’auteur de l’article, Fabrice Lhomme, est également une faute majeure.

On peut toutefois comprendre que Claire T. soit en panique totale. Elle se retrouve au cœur d’un tourbillon politico-médiatique qu’elle n’a pas cherché, ou dont elle n’avait pas forcément mesuré l’ampleur. On se « rétracterait » peut-être aussi à sa place. Même si comme le rappelle Jules, le mot rétractation est inadapté si Claire T. dément les propos qu’on lui a prêté! Mais il serait pour le moins étonnant, s’ils ont été imprudents, que les journalistes de Mediapart aient inventé de toutes pièces les propos de l’ex-comptable de Liliane Bettencourt. Et il n’en reste pas moins que les conversations entre la milliardaire et son conseiller Patrice de Maistre, dont les enregistrements ont déjà été publiés par le journal en ligne, restent des éléments-clefs montrant une connivence problématique entre l’Elysée, le procureur de Nanterre Philippe Courroye et la famille Bettencourt.

Affolée par ce qui apparaît déjà comme un nouveau scandale politico-judiciaire éclaboussant la Sarkozie, l’UMP panique à son tour avec ces coups de boutoir illégitimes contre Médiapart. Mais le parti présidentiel a remporté son pari : détourner l’attention des Français sur Médiapart et mettre le paquet contre ce site qui a déjà fait beaucoup de mal à Nicolas Sarkozy avec ses scoops sur l’affaire de Karachi. Circulez, y’a rien à voir!

14 Commentaires

Classé dans Politique

14 réponses à “Affaire Woerth/Bettencourt : quand l’UMP pète les plombs

  1. Xavier Bertrand critiquait de « populisme »… Aujourd’hui, ce qu’il fait semble pire…

    Non, mauvaise défense de l’UMP, très mauvaise défense. Facile, grossière…

    Bonne journée à toi

  2. Théo31

    Si mediapart est un site de ragots, que dire du Figaro qui organisa une cabale inouïe contre Joseph Caillaux ?

  3. Vous défendez Mediapart tout en admettant
    « on ne peut pas relayer des accusations aussi graves sans vérifier un minimum(…) Et ne pas avoir enregistré l’interview ».

    Soyons logique certain demandent la démission de Woerth sur des suspicions, que doivent-ils exiger de Mediapart sur de telles fautes?

    Si des têtes doivent tomber alors que chacun balaye chez soit ce qui mérite de l’être.

    Je comprend votre réaction de défense du corps médiatique et journalistique, surtout face à ce laissé aller tout autant populiste dont font preuve certains UMP, mais Mediapart doit montrer l’exemple s’ils veulent poursuivre leur cabale.

    Quant on exige des autres une intégrité totale, le jour où le bâton vous revient dans la poire il est de bon ton d’esquiver bien sûr, mais faut aussi savoir s’éclipser un temps à défaut de faire (courageusement) amende honorable.

  4. Bashô

    Podarcis> de là à les traiter de trotkystes fascistes…

  5. @Podarcis

    Je ne défends pas Mediapart, je dis qu’ils ont été très imprudents, mais tout en continuant de penser que ça ne veut pas dire que les propos tenus dans l’ITV soient erronés. Et encore moins qu’on puisse, comme le note Bashô, les accuser à la fois de stalinisme et de fascisme.

    A ce que je sache, Mediapart ne représente pas l’intérêt général. Woerth est ministre, et cette affaire l’affaiblit considérablement. Dans d’autres pays on démissionne pour moins que ça! Regardez même Gaymard chez nous : il a démissionné pour une simple histoire de logement de fonction…

  6. pod

    @Bashô: entièrement d’accord.

    C’est « le respect au plus vite de la loi de Godwin » appliqué à la droite… que voulez-vous, c’est une loi universellement partagée.

  7. Gwynfrid

    À noter que Bertrand, Morano, Estrosi etc. se sont lancés dans leurs comparaisons délirantes avec la presse des années 30 avant que la comptable ne revienne sur une partie des propos rapportés par Mediapart. La politique de com « plus c’est gros, plus ça passe » finira, j’espère, par trouver une limite, mais visiblement ce n’est pas pour aujourd’hui.

  8. Mediapart ne représente pas l’intérêt général et en générale je ne m’intéresse pas aux représentant de Mediapart, mais je dis simplement qu’ils ont le droit d’être irréprochables, et, pourquoi pas même celui d’être dénoncé comme le fait Hervé Morin.

  9. Obi-Wan Kenobi

    @ podarcis :
    votre accusation de corporatisme envers le Chafouin me semble un peu audacieuse.

    @ Chafouin :
    Globalement d’accord avec toi. Ce qui me frappe, c’est qu’à aucun moment, les défenseurs d’Eric Woerth ne parlent du fond, des éléments, bien réels, avancés par Médiapart ou encore Marianne. On tente de faire croire à l’opinion qui ne prend pas le temps de se documenter qu’il ne s’agit que de rumeurs, rien de plus. Et j’ai le sentiment que plus les éléments deviennent tangibles, plus les amis d’Eric Woerth hurlent. C’est navrant…

  10. @Obi-Wan

    « On tente de faire croire à l’opinion qui ne prend pas le temps de se documenter qu’il ne s’agit que de rumeurs, rien de plus »

    Ben c’est clair que quand tu regardes l’ITV de Woerth par Ferrari sur TF1, tu te dis que quelqu’un qui ne connaît pas l’affaire entend une seule chos e: un ministre se désoler de la rumeur. A aucun moment la journaliste ne pose les questions fondamentales sur les connivences qui nous font douter.

    Le problème, c’est qu’en effet, si tu regardes TF1 tu ne peux pas avoir accès au fond : quand Pernaut parle de « nouvelles rumeurs lancées une nouvelle fois sur un site internet », on se dit que c’est pas gagné…

  11. @Obi-Wan
    vous m’avez lu avec suspition, je constate cette défense et l’approuve d’une certaine façon vu la caricature que nous constatons a l’UMP, mais je tenais à souligner que Mediapart fait des bons coups mais est loin d’être un exemple de fiabilité. Je crois même qu’ils se disputent la palme du parti pris avec TF1. Rappelons le rôle désastreux de Plenel dans l’affaire Baudis. D’autre part Plenel ne cache pas ses idées politiques de gauche, il ne peut évidemment pas nous faire croire en son impartialité. Leurs logiques ne sont pas les même bien sur, mais Mediapart qui doit avoir une logique plus noble a mon sens, est plus critiquable encore.

    Concernant le public de TF1 je plussois sans retenue.

  12. Annie

    Le comportement du pouvoir à l’égard de Médiapart ressemble étrangement à cette histoire :
    http://pcpg.blogs.lalibre.be/
    Ce qui dérange en fait, c’est la vérité. Les mêmes causes semblent produire les mêmes effets.

  13. do

    mais tout de même, je n’ai vu nulle part des accusations de ce genre sur les infiltrés, qui pourtant, utilisaient des méthodes assez comparables…

  14. Pingback: Woerth, Bettencourt et le fascisme. Deux ou trois idées en passant. | Le temps d'y penser

Un petit commentaire?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s