Fliquer son enfant

Un léger sentiment de malaise me parcourt l’échine lorsque je lis ici ou là que des kits de dépistage du cannabis sont désormais disponibles pour les parents qui souhaitent vérifier si leur enfant consomme plus ou moins régulièrement de ce produit. Un parent n’est pas un flic, rogntudju!

N’est-ce pas la mentalité ambiante, de prôner le contrôle permanent? Les radars sur la route, la vidéosurveillance… « Si tu n’as rien à te reprocher, tu t’en moques! », nous répond-on, peu ou prou, à chaque fois que l’on s’émeut de ce flicage permanent, de cette obsession de pouvoir tout contrôler, de pouvoir prendre en faute au moindre écar. De ce manque de confiance dans l’humain. Bientôt, on contrôlera notre vitesse moyenne sur l’autoroute : plus le droit à l’erreur. Et pourquoi pas une puce dans le cerveau, pour vérifier qu’aucune mauvaise pensée ne nous traverse l’esprit?

Que l’Etat aille dans cette direction, passe encore. Mais si les parents s’y mettent, où va-t-on, papa? C’est pourtant bien de cela dont il s’agit avec ces kits de dépistage du cannabis, vendus sur internet. Ces petites bandelettes détectent la prise de cannabis, et permettent même de connaître le niveau de consommation du sujet testé.

Mon enfant fume-t-il des joints? Pas de problème! Je vais demander à mon fils, à ma fille, un échantillon d’urine, dans lequel je vais plonger ces petites bandelettes. Je saurai très rapidement s’il ou elle fume, et combien de joints il ou elle fume chaque jour.

Génial! enfin, on a trouvé le moyen de déjouer les mensonges de ses rejetons! Avec ce système, finies les explications saugrenues, finies les entourloupes : on peut savoir.

Bien sûr, le patron de la société NarcoChek nous explique que la prévention n’ayant pas fait ses preuves, il faut bien s’assurer de la consommation exacte de son enfant. Forcément, puisque le dialogue sincère avec son enfant ne rapporte aucun argent aux laboratoires. « Par ce test, on peut aider l’adolescent à admettre son addiction, et à sortir du déni », assure Frédéric Rodzinek. Le discours pontifiant de cet entrepreneur, qui se présente comme un champion de la lutte contre la drogue, est risible : il n’est qu’un homme qui présente une offre pour tenter de créer ou de répondre à une demande. Mais le présenter ainsi, il faut admettre que c’est moins vendeur.

En suivant le même raisonnement, on peut installer des caméras dans la chambre de son enfant, pour savoir ce qu’il y fait quand on a le dos tourné. On peut même mettre une petite balise au fond de son sac à dos – c’est fou ce qu’on peut faire, aujourd’hui, avec les nanotechnologies – pour le suivre à la trace quand il part avec ses copains. Ben oui, de nos jours, ma brave dame, les parents ont peur, alors faut bien trouver des moyens pour les rassurer!

Les réactions des psychologues ou toxicologues sont d’ailleurs globalement négatives d’après les différents articles que j’ai lus.  « Ce n’est pas une bonne façon de procéder que les parents deviennent des policiers dans la famille », estime ainsi le Dr Michel Mallaret, président de la commission nationale des stupéfiants (Afssaps). Cekla peut être ressenti comme une humiliation pour l’enfant, d’après la psychiatre

9 Commentaires

Classé dans Société

9 réponses à “Fliquer son enfant

  1. do

    C’est pas si nouveau que ça, ça existait déjà pour le tabac, l’alcool, l’ail et le chili con carne!
    ce qui serait plus utile, c’est des tests pour l’héroïne, les périodes fécondes (je sais, ça existe), la grossesse, les petits copains NPA ou FN, (ou écolos, c’est vous qui voyez)…

  2. La confiance n’exclue pas le contrôle cher Chafouin🙂

  3. pourquoisecompliquerlavie

    Oh, mais les parents commencent bien plus tôt que cela :
    – l’interphone spécial bébé pour vérifier qu’il respire, (PS, depuis 30 ans, cela n’a pas changé les statistiques de mort subite du nouveau né)
    – le parc pour être certain qu’il n’approche pas un endroit dangereux de la maison, ni qu’il se fasse un bleu (mais un bleu n’a jamais tué personne)
    – le test anti drogue pour être certain qu’il ne se drogue pas.

    Oui, il n’y a plus, depuis longtemps, le moindre respect de l’être humain. Enfin, sauf lorsqu’il s’agit de ne pas baptiser les bébés pour que ça au moins, ils puissent choisir !

    Oui, il n’y a plus depuis longtemps la seule idée même que le risque ne soit pas dangereux. Quand j’étais petite, on m’apprenait qu’attendre, c’est attendre, espérer c’est attendre en croyant que ce sera mieux, craindre c’est attendre en redoutant que ce soit pire.

    Aujourd’hui, tout avenir est forcément redoutable. Tout risque est nécessairement danger et aucune possibilité que ce soit une chance.

    Pour chaque achat, on fait le tour de 54 forums, tout mariage avant 30 ans est un mariage risqué (comme si le recul de l’âge du mariage avait diminué les statistiques de divorce !), tout job qui n’est pas fonctionnaire ou dans une grosse boite, la voie royale pour le chômage.

    Alors, certes pas de confiance, ni en soi, ni en autrui (qui ne pense qu’à nous entuber, c’est bien connu), ni en son conjoint (qu’on flique aussi), ni en ses enfants, ni en l’avenir, ni bien évidemment en la vie…

    Désolée, c’est vendredi soir et je suis d’humeur chagrine.

  4. ValLeNain

    Ils risquent d’être déçus les parents… de voir que tous leurs enfants ont touché à du cannabis dans le dernier mois eheh, les ignorants sont bénis !

    Plus sincèrement, c’est génial si les parents deviennent des flics de la vie familiale, les enfants pourront les haïr plus vite…

  5. h16

    « Que l’Etat aille dans cette direction, passe encore.  »

    Ah non alors. C’est le début de la route de la servitude. Si tu veux y aller, passe avant moi, je t’en prie😉

    Plus sérieusement, je suis d’accord avec ton billet !

  6. Dans le fond, je suis d’accord avec votre billet.
    J’ai de la chance d’avoir deux ados pour qui ce genre de choses ne semblent pas nécessaire. D’aucuns diront que ce n’est pas de la chance, que c’est parce que j’ai pu établir avec eux des relations de confiance, et tout ça… ; bien sûr cela me fait plaisir et flatte mon ego de mère.
    Mais parfois ce n’est pas si simple et même les parents les mieux intentionnés et les plus investis dans l’éducation de leurs marmots se retrouvent face à des ados incontrôlables et que faire ?
    Je ne peux pas les blâmer, je ne peux que les plaindre. J’imagine que s’ils en sont là, c’est vraiment contre leur gré et que c’est une bouée à laquelle ils se raccrochent.
    J’en ai deux autres qui suivent les grands, dont un qui montrent déjà des prémices de rébellion. J’ai beau me dire que la confiance et la discussion doivent primer sur tout, je m’attends à quelques cheveux blancs et grosses crises d’angoisse dans quelques années.

    Qui sait si je n’aurais pas recours à ce genre d’outils pour essayer de savoir comment préserver mon fils ?

  7. Arcier

    100% d’accord
    La confiance en soit passe en grande partie par celle que l’on reçoit de ses parents.

    Cela n’exclu pas d’être exigeant avec ses enfants. Ca va peut-être même de paire!

    Ceci étant je suis père et cet équilibre est aussi passionnant à cultiver que complexe à bâtir…

  8. Harald

    Ben oui, de nos jours, ma brave dame, les parents ont peur

    C’est un fait, notre société est bien plus dangereuse pour les plus faibles (femmes, enfants, vieillards) qu’elle ne l’était il y a 40 ans. Né à Paris, lorsque j’avais 10 ans je pouvais me balader dans les rues de mon quartier sans que mes parents craignent quoi que ce soit, à par bien sûr que je sois renversé en traversant sans faire attention.

    Aujourd’hui je suis père de trois enfants dont deux filles, j’ai vécu 14 ans (par obligation, pas par choix) dans une banlieue pourrie du val de Marne et j’avoue sans honte que j’ai eu souvent peur. Aujourd’hui encore, malgré que l’aînée ait 19 ans, je ne m’endors pas lorsqu’elle rentre un peu plus tard que de coutume.

    Je n’ai jamais crains quoi que ce soit quant à la fumette et autres saloperies du genre, parce que j’ai pris soin d’éduquer mes enfants, de lier connaissance avec leurs fréquentations, mais tous les parents ne sont pas capables de s’investir autant. Il y a la pression de la vie professionnelle avec le temps passé dans les transports, la doxa libertaire actuelle qui ringardise tout comportement responsable au nom de la soi-disant liberté, etc. Pas facile de dire merde à tout le monde et de décider de faire ce qui est juste. Alors pour tous ceux-là, il y a ces petits moyens de se rassurer à bon compte. C’est juste une petite abdication de plus, mais je ne leur jette pas la pierre, acheter ce kit montre qu’ils ont éprouvent encore de l’intérêt pour leurs enfants.

  9. panouf

    Je suis d’accord avec ton billet et le commentaire de PSCLV, à une précision près: cela peut être utile dans des cas très spécifique, par exemple en hopital, mais la commercialisation, non!!

Un petit commentaire?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s