Les ficelles de l’infos (11) : l’avocat médiatique

L’avocat médiatique est un bien curieux personnage. Défenseur acharné de la veuve et de l’orphelin devant les caméras de télévision, il adopte une attitude nettement moins chevaleresque une fois à l’abri des micros. Habituellement pénaliste – personne ne s’intéresse au droit de la propriété intellectuelle – il truste les affaires les plus graves ou les plus médiatiques, qu’il se partage avec un groupe de joyeux drilles qui tout comme lui, appartiennent à la caste des ténors du barreau.

C’est généralement un fin technicien et un avocat habile : il en faut, du talent, pour justifier sa réputation jour après jour, pour continuer de susciter l’intérêt, et d’être présenté comme l’avocat incontournable pour être relaxé ou acquitté. Avec lui, on sait qu’on a une chance. Qu’une erreur de procédure va bien être dénichée quelque part, et qu’au pire, le talent d’orateur du « baveux » sera décisif. N’importe qui ne peut pas s’improviser avocat médiatique.

Il y a les avocats médiatiques en chef, ceux qui sont connus nationalement. Et puis, chaque région a son lot d’avocats médiatiques un peu moins médiatiques. Chez nous, à Lille, il y en a une petite tripotée. Il y a les petits, et les gros avocats médiatiques. Les premiers sont bons, mais discrets. Ils sont médiatiques simplement en raison de leur talent d’avocat, parce qu’ils reviennent souvent dans les grosses affaires. Cette catégorie-là ne recherche pas forcément la lumière. Ni les tactiques alambiquées pour parvenir à tout prix.

Et puis il y a les gros. Une poignée de bons clients dont sont friands les médias. Ceux-là ne vivent que par les journaux, télés et radios. Sans ces relais, ils ne seraient rien. Car ce sont les journalistes qui affaire après affaire, article après article, édifient leur légende, brique après brique. Et quand ces ténors du barreau accèdent au statut de mythe, ils jouent les divas et deviennent inaccessibles aux scribouillards : ils n’en ont plus besoin.

Mais le statut de star n’arrive pas du jour au lendemain. Pour s’y hisser, l’avocat médiatique doit la jouer finement, et ne pas compter que sur son talent d’avocat. Il doit flatter l’égo des journalistes. Leur donner à manger régulièrement. En plus, ça peut faire avancer son affaire. Pour pouvoir compter sur tous et chacun, il doit distribuer les scoops aux uns et aux autres de manière équilibrée et équitable. Enfin, parmi les médias intéressants, parce que si t’es trop petit, tu peux aller te faire voir. La veuve et l’orphelin, c’est bien gentil, mais faut quand même se la construire, la maison secondaire. Il faut être rapide et efficace. Pas de temps à perdre en chemin.

Et puis, il ne faut pas oublier que pour devenir une terreur des prétoires, il faut veiller à cultiver son image d’avocat incontournable. Pour cela, rien de tel que d’organiser son auto-promotion et sa propre mise en scène, avec la complicité de journalistes amis. Que d’aucun pourraient appeler les idiots utiles de l’avocat médiatique. Ces idiots utiles ne remettent jamais en cause ce que leur dit l’avocat médiatique. Ou alors, à la marge. Celui-ci est bien trop puissant! Et c’est tellement agréable de recevoir ses coups de fil. Et tellement pratique de pouvoir compter sur ses informations. Au fond, dans ce système, chacun y trouve son compte : le journaleux a son info, l’avocat est célébré. Qui va s’en plaindre? Sûrement pas le client!

Enfin, ça dépend. Parfois, le client de l’avocat médiatique fait les frais du désir de célébration de ce dernier. La stratégie de communication ne répond pas toujours aux vœux du client. De toute manière, on ne lui demande pas son avis. On voit ainsi parfois des avocats médiatiser une affaire alors même que le client n’y était pas favorable. Ou des avocats lancer eux-mêmes des informations défavorables sur leur client. Un aveu en garde à vue, une arrestation, une reconstitution, un rebondissement quelconque… Tout ce qui apporte de la lumière sur une affaire arrange l’avocat médiatique, même si ça pénalise le client.

L’avocat médiatique ne doit pas avoir froid aux yeux s’il veut réussir. Et puis, pour pouvoir assurer la défense des veuves et des orphelins, qui bien souvent, n’ont pas un rond de côté, eh bien il lui faut défendre aussi les caïds, les trafiquants, les braqueurs. Pour faire rentrer du cash dans les caisses. Faut bien vivre, ma bonne dame. Quitte à toucher de l’argent sale. L’important, c’est qu’il n’ait pas d’odeur, hein?

L’avocat médiatique n’est pas aimé de ses collègues. Oh, il y a un peu de jalousie, là-dedans, pour sûr. Mais chacun n’aspire pas à la lumière. Chacun n’adhère pas à la maxime bien connue selon laquelle « la fin justifie les moyens »… Et c’est heureux.

9 Commentaires

Classé dans Les ficelles de l'info

9 réponses à “Les ficelles de l’infos (11) : l’avocat médiatique

  1. Bonjour,

    Vous dites : « Et puis, pour pouvoir assurer la défense des veuves et des orphelins, qui bien souvent, n’ont pas un rond de côté, eh bien il lui faut défendre aussi les caïds, les trafiquants, les braqueurs. Pour faire rentrer du cash dans les caisses. Faut bien vivre, ma bonne dame. Quitte à toucher de l’argent sale. L’important, c’est qu’il n’ait pas d’odeur, hein? »

    Encore heureux que ces derniers bénéficient également des services de l’avocat. Ceci n’est d’ailleurs pas réservé aux avocats médiatiques : les avocats non-médiatiques ont également des clients très éloignés de la définition que l’on peut avoir de la veuve et de l’orphelin.

    Il faudrait qu’un avocat réponde à votre post, mais a mon sens, le rôle de l’avocat n’est certainement pas d’être la caution morale de son client. Quelle parodie de justice aurions nous si c’était le cas et si personne ne défendait les « affreux » ? La crédibilité de la justice tient justement au fait que même les affreux ont le droit d’être défendus.

    Enfin, vous dites :

    « L’avocat médiatique est un bien curieux personnage. Défenseur acharné de la veuve et de l’orphelin devant les caméras de télévision, il adopte une attitude nettement moins chevaleresque une fois à l’abri des micros. »
    Je n’ai pas l’impression que ceci se vérifie. On voit effectivement des avocats médiatiques dans ce rôle – et donc souvent partie civile. Mais on voit tout autant leurs homologues à la défense. L’affaire Viguier est une parfaite illustration de la confrontation des deux. Les affaires Gang des Barbares et Treiber montrent quant à elle le premier et le second cas respectivement.

    Bref… Je ne partage pas votre vision.

  2. Bonjour de nouveau.

    Mes citations ont été coupées, mais peut-être qu’en éditant mon commentaire vous pouvez les récupérer ?

    Si tel n’est pas le cas, pouvez vous me le dire? Je reposterai mon commentaire avec ces citations, mais cette fois sans utiliser les signes « supérieur » et « inférieur ».

    Merci !

  3. Obi-Wan Kenobi

    Des noms, des noms ! Des exemples ! Tout ça est un peu trop général à mon goût, cher Chafouin.

  4. @Sofienne

    Je vous confirme que vos citations ne sont pas passées. Envoyez moi par mail (que vous trouevrez en haut à droite de cette page), que j’édite et complète votre commentaire.

    @ObiWan

    Je ne vise personne en particulier😉

  5. @Le Chafouin

    C’est chose faite. Merci beaucoup !

    Sofienne

    Note du chaf’: Le commentaire initial a donc été rectifié!😉

  6. @Sofienne

    Je ne dis pas que les malfrats ne doivent pas être défendus. Je m’interroge juste sur l’implication de certains avocats. Et je me demande à partir de quand, quand on est avocat, on répugne à toucher de l’argent sale. Justement, j’aimerais beaucoup que des avocats me répondent là-dessus.

    Encore une fois, je ne vise personne. Le propos est à dessein général. Cela permet de poser un débat sans forcément porter atteinte à l’honneur de tel ou tel.

    Enfin, sur votre deuxième remarque, je ne nie pas le talent des avocats ou le fait qu’ils défendent aussi bien des accusés (ou prévenus) que des aprties civiles. Je dénonce juste le fait que chez certains, ce soit juste une stratégie de carrière. Que derrière l’humain qu’ils conseillent, ils voient juste un moyen d’assurer leur propre promotion. ça m’écoeure.

  7. Au delà d’une éventuelle stratégie de carrière, l’implication croissante des avocats sur le champ médiatique relève aussi d’une attente de la clientèle qui attend tout autant de la vindicte populaire que du jugement de prétoire.

    Si certains en ont naturellement fait leur marque de fabrique, je peux témoigner d’une demande croissante de visibilité chez les clients.

  8. Obi-Wan Kenobi

    @ Chafouin :

    Pas simple d’en rester à un simple constat général, sans aucun exemple précis. En même temps, je te comprends : si être l’ami de l’avocat médiatique pose de vraies questions déontologiques, se fâcher avec pose un vrai problème d’accès à l’information. Moi-même, j’hésite à citer des exemples précis pour te répondre (mais on peut se boire un café à l’occasion).

    Toujours est-il que je nuancerais ta conception de l’édification du mythe : « Car ce sont les journalistes qui affaire après affaire, article après article, édifient leur légende, brique après brique. » Les vedettes du barreau, bien avant d’être des vedettes, construisent eux-mêmes leur légende, grâce à leur travail et à leur talent. Ce sont les procès gagnés, les plaidoiries brillantes, qui vont attirer sur eux les regards des journalistes. Un peu comme les stars du foot…

  9. Bonjour @Le Chafouin,

    Effectivement, vous n’accusez personne ! Si mes propos ont suggéré que j’ai lu une attaque ad hominem dans votre billet, c’est que je les ai mal formulés.

    Je discutais il y a quelque temps (trois ans, peut-être ?) avec une amie avocate – non médiatique🙂 – car découvrant un peu le fonctionnement de la justice, je tentais de comprendre comment on pouvait en toute conscience défendre un coupable de chose horribles ou scandaleuses. Elle m’a dit en substance : « l’accusé n’est pas coupable tant que la justice n’a pas décidé qu’il l’était. Si elle le décide, mon client devra payer en conséquence. Je n’ai pas à juger mon client et me substituer à la justice. Je dois participer à la justice en défendant mon client, et ce quoiqu’il ait fait. C’est mon travail, c’est mon rôle. »

    Comme vous, j’espère que des avocats viendront commenter ici. Mais pour ma part, je ne suis pas dérangé par cette « non-discrimination quant à la provenance de l’argent », si vous me permettez ce terme. Justement car c’est à la justice de décider s’il est sale ou non.

    Quant à la stratégie de carrière, elle peut se révéler plus discutable, effectivement, dès lors que le client en fait les frais. Vous dites par exemple : « On voit ainsi parfois des avocats médiatiser une affaire alors même que le client n’y était pas favorable ». C’est effectivement révoltant.

    Quelque chose d’autre me choque, par contre, et dont vous n’avez pas parlé : lorsqu’un un avocat de la partie civile tente de se substituer au parquet, au pénal. Ce qui me choque alors, c’est que l’avocat en question tente de tordre le système judiciaire à des fins personnelles, en tentant de « vendre » à la victime qu’il représente un soulagement qu’elle obtiendrait par la condamnation pénale de l’accusé. Je trouve cela révoltant car la victime n’obtiendra pas ce soulagement de cette façon. Le lui faire miroiter, c’est, je crois, lui mentir et l’utiliser. C’est également un déni des rôles et des compétences des magistrats, qu’ils soient de siège ou du parquet. Bref, cela pose un problème d’éthique assez lourd à mon sens.

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