Aimeriez-vous que votre enfant ne vous ressemble pas?

C’est la question qu’entre les lignes, Sebastien me pose à travers une chaîne initiée par Sarkofrance sur le thème : « Aimeriez-vous que votre enfant vote à droite? » ou à gauche, bien sûr, si vous votez à droite… Ou qu’il vote, si vous ne votez pas… Bon, moi je suis un peu embêté parce que je n’ai pas d’enfant. Donc je vais forcément répondre un peu à côté, en toute abstraction. Au-delà de cette question assez étriquée, il y a ce risque qui guette tout parent : vouloir à tout prix que son enfant lui ressemble. Et ça, c’est un piège que j’aimerais vraiment bien éviter.

Bien sûr, on a tous envie d’avoir un fils beau et intelligent, une fille gracieuse et brillante. Tous envie d’être fier de nos enfants. Ce sont un peu les traces qu’on laisse sur la terre. Et il est vrai qu’on adorerait, tous, que notre enfant nous ressemble, mais en mieux. Qu’il fasse ce qu’on n’a pas sur faire. Ce qu’on n’a pas osé tenter. Celui qui pense le contraire peut toujours le dire. Il ne lui sera fait aucun mal.

Cette question me fait penser à une phrase de Jean-Paul Sartre, issue de son autobiographie Les Mots, publiée en 1964. Je sais, c’est un peu la classe, comme ça, à brûle-pourpoint, de sortir de son chapeau des citations de philosophes du XXe siècle. C’est clair : ça pose son homme. Mais je vous rassure, je n’ai aucun mérite à cela. Et je vais même vous dire : cette phrase, c’était la question de réflexion du concours d’entrée de Sciences Po, l’année où je l’ai loupé.

« Bon, tu nous la racontes, ta phrase? ». Attends. D’abord, ce n’est pas la mienne, mais celle de Sartre. Il a donc écrit ceci : « J’étais un enfant, ce monstre que les adultes fabriquent avec leurs regrets ». C’est tout à fait passionnant. C’est à ça que j’ai pensé quand Seb m’a suggéré d’embrayer sur sa prose, qui se concentre surtout sur le côté « reproduction sociale » du vote de nos enfants. Et plus généralement, de leur identité.

Des commentateurs ont, à juste titre, plusieurs fois attiré mon attention sur le fait qu’il était très facile d’avoir des idées préconçues et définitives sur l’éducation. Et que ces idées avaient toutes les chances de venir se fracasser sur la réalité, une fois l’enfant conçu et en train de se rouler par terre pour avoir le hochet. J’éviterai donc de dire ce que je penserai lorsque mon enfant viendra me voir pour me dire « pape, je vote à gauche » ou plus généralement « papa, je suis ce que tu n’aimerais pas que je sois ». Je n’en sais rien. Cela me parait tellement loin.

Ce qui est certain, c’est que je n’aimerais pas que mon fils ou ma fille soit quoi que ce soit par réflexe, imitation ou reproduction. Mais plutôt que ce soit le fruit d’une réflexion personnelle, d’un goût profond. On est un homme ou une femme quand on se crée sa propre personnalité, à partir de, ou contre ce qu’on a reçu de ses parents.

Je me fiche donc que mon enfant vote de la même manière que moi. Je me fiche que mon enfant aime le même club de foot que moi. Qu’il ait les mêmes goûts que moi. Qu’il aime ou non les Beatles. Enfin si, ça, les Beatles, ce sera la seule obligation!

De la même manière, je ne forcerai pas mes enfants à croire. Je leur transmettrai ce que je crois être bon et vrai, et ensuite, ma foi, ils feront à leur guise… Car je suis persuadé qu’il n’y a rien de pire qu’une foi imposée. Celle-ci doit être une sorte de graine qu’on propose à l’enfant, et qui ensuite, grandira elle-même dans son cœur.

En revanche, je pourrai difficilement concevoir que mon enfant soit militant, de mauvaise foi, ou répète ce qu’on lui a dit sans vérifier, sans se poser de questions, sans le passer au crible de son esprit critique…

Pour propager ce sujet intéressant, je vais taguer La Loose, Thomas More, Nystagmus, M’sieur Pingouin, PSCLV, Falcon Hill, et Pneumatis.

28 Commentaires

Classé dans Blogs, Société

28 réponses à “Aimeriez-vous que votre enfant ne vous ressemble pas?

  1. pourquoisecompliquerlavie

    Z’avez pas fait le lien pour moi. Mais je me sens taguée tout de même ……..
    Merci.
    Je m’y colle

  2. Thaïs

    « Ce qui est certain, c’est que je n’aimerais pas que mon fils ou ma fille soit quoi que ce soit par réflexe, imitation ou reproduction.  »
    c’est tout à fait cela que j’espère pour mes enfants néanmoins je ne suis pas sure qu’il faille envisager le futur de cette manière. Je resterais plus modeste en me disant déjà que je souhaiterais qu’ils soient bien dans leur peau et heureux.
    et puis d’abord on sait très bien que les enfants ont « la beauté de leur mère et l’intelligence du père🙂

  3. @Thaïs

    « et puis d’abord on sait très bien que les enfants ont la beauté de leur mère et l’intelligence du père »

    Alors je ne m’en fais pas😉

    @PSCLV

    Si si j’ai bien mis le lien!

  4. pourquoisecompliquerlavie

    @Thais : EDt l’intelligence de la mère, elle compte pas ? <- arrête de faire du féminisme !

  5. @PSCLV

    L’intelligence de qui?

  6. Thaïs

    @PSCLV mais non c’est pour faire plaisir aux machistes en herbe que je dis cela. pfff…et je te raconte même pas ce que disait rajoutait mon mari attendant ma réaction (qui ne venait pas)…
    Bon dimanche

  7. Allez, je me lance…je vais ramener ma fraise de mère de famille… et le premier qui rajoute « vieille » 😉
    Les enfants, on les lance dans la vie, on les pousse en avant, chacun à sa mesure. On observe leurs réactions, on aide, on soutient, on encourage, on console, on tente de rectifier le tir de temps en temps, comme on peut. On se prend, ensemble, les pieds dans le tapis et on se relève, ensemble, comme on peut. On les espère bien dans leurs pompes. On les espère heureux.
    Le plus précieux qu’on puisse leur offrir, c’est la liberté, de choix, de chemin, de vie. L’essentiel qu’on puisse leur apprendre, c’est le respect de l’autre, histoire de pouvoir grandir et construire, debout et vivant.
    On en reparle dans 15 ans, le Chafouin ? tu verras, l’aventure est passionnante, même si on ne rigole pas tous les jours😉

    Et bien d’accord avec Thaïs et PSCLV !!

  8. Pingback: Et si nos enfants étaient différents de nous ? « Pourquoi se compliquer la vie ?

  9. pourquoisecompliquerlavie

    Bon, ben voilà, WordPress a fait tout seul ce que je venais faire.

    @Le chafouin Ha Ha Ha

  10. h16

    « Ce qui est certain, c’est que je n’aimerais pas que mon fils ou ma fille soit quoi que ce soit par réflexe, imitation ou reproduction. »

    Quand ils sont petits, ils ne font que ça. Ce qu’il faut, à mon sens, c’est leur donner les outils pour que, justement, ils s’en détachent, volontairement.

    Il ne faut pas oublier non plus qu’un enfant peut , en toute conscience et après réflexion, trouver admirable certaines qualités de ses parents, et tenter de les reproduire. Constituer un exemple, c’est aussi le rôle des parents, après tout, non ?

  11. cilia

    C’est une question con. Pas inintéressante par les développements qu’elle peut engendrer, c’est vrai, mais con à la base.

    Quel parent pourrait vouloir, ou aimer si l’on s’en tient à l’énoncé, que ses enfants voient, analysent, jugent la société et les individus qui la composent de façon radicalement différente, si ce n’est opposée ? Aucun évidemment.
    Si un parent souffrait de n’avoir aucune conviction politique, la question pourrait se poser, mais hormis ce cas de figure rarissime…

    Il est évident qu’un parent transmet et cherche à transmettre des valeurs, ses valeurs à un jeune être en formation qui vient de lui.
    Et ne soyons pas hypocrites, il ne le fait pas pendant des années dans le but que son enfant en vienne à considérer que ces valeurs sont fausses et doivent être combattues !

    Toi Chafouin, tu vas élever, avec la Chafouine, vos enfants dans la connaissance et la reconnaissance de la foi. Vous n’allez pas faire tout cela en vous disant que vous aimeriez qu’à quinze ou vingt ans, ces mêmes enfants vous disent que vos histoires de bon dieu sont certes jolies et optimistes mais inventées par l’Homme de toutes pièces !

    Alors certes, convictions religieuses et convictions politiques ne sauraient être placées sur le même plan.
    Mais il y a comme un air de famille. La preuve, tu en a parlé toi même spontanément (pourquoi… aussi chez elle).

    Ce qui me désespère dans ce genre de question, c’est finalement ce que Juan reprochait à la question initiale ‘aimeriez-vous que votre enfant soit homosexuel ?’.
    C’est totalement crétin et inadapté à la réalité en général et à la réalité des relations parents-enfants en particulier.

    Signe de notre temps ? Celui qui tait une véritable et féconde question (comment réagiriez-vous, que penseriez-vous de vous-même et de votre progéniture, si votre enfant devenu grand votait, voire s’engageait à l’opposé de vos convictions politiques ou comment avez-vous réagi ?) pour mettre en avant un-machin-artificiel-avec-un-point-d’interrogation-au-bout poussant à nier, pour paraître ouvert, toute implication sincère et responsable dans l’éducation de nos chères têtes blondes ?

    Je tiendrais un blog, je lancerais, par retour, une chaîne dont l’objet serait, ‘seriez-vous d’accord pour que dorénavant, nous ne réfléchissions plus qu’exclusivement sur la base du fantasme d’être des humains non-humains et mediatico et poliquement correcto compatibles ?’

  12. pourquoisecompliquerlavie

    @Cilia,

    Eh bien, qu’attendez-vous pour tenir un blog ?

    Le médiatico et politiquement correcto compatible m’énerve !

  13. Pingback: Mon enfant et moi. « Blogue qui peut !

  14. @Cilia

    « C’est une question con. Pas inintéressante par les développements qu’elle peut engendrer, c’est vrai, mais con à la base. »

    Suis bien d’accord. Question idiote car forcément abstraite. Mais cela mérite-t-il un tel emportement?

    Je ne cherche pas à paraître ouvert, je cherche à répondre à la question du mieux que je peux. C’est pour ça que j’ai modifié l’intitulé : pour qui voteront mes enfants, je m’en fiche un peu. Ce n’est pas le fond du sujet.

    Comme tu dis, le rôle des parents est de transmettre des valeurs. C’est ce que notre amie PSCLV a parfaitement expliqué dans son post, et c’est que qu’H16 dit également quand il parle d’exemple.

    Mais ma foi, une fois qu’on a fait son boulot de parent, qu’on a transmis cela, cela ne nous appartient plus. Donc la question de savoir si j’aimerais ou non que mon enfant me ressemble est un peu inopérante : on verra bien ce que je ressens à ce moment là. Mais j’essaierai de ne pas trop me mettre la pression : on n’est pas ce que nos enfants décident d’être. C’est leur chemin à eux.

    Pour le moment, je postule que j’aimerai autre chose : qu’il pense par lui-même en fonction des armes que j’aurai (et en l’occurrence, c’est plutôt nous que je, et la chafouine n’ets pas un clône du chafouin, donc elle apportera sa propre sensibilité là dedans…) tenté de lui apporter.

    @Anne Claire

    Oui, je changerai peut-être d’avis en cours de route!

  15. cilia

    Quel emportement ?

  16. Jean

    Le passage suivant me semble avoir un rapport avec ce que vous dites sur la transmission de la foi :

    Le dialogue ne peut être fondé sur l’indifférentisme religieux, et nous avons le devoir, nous chrétiens, de le développer en offrant le témoignage plénier de l’espérance qui est en nous (cf. 1 P 3, 15). Nous ne devons pas craindre que puisse être lésée l’identité de l’autre par ce qui est en fait l’annonce joyeuse d’un don offert à tous et qui doit être proposé à tous dans le plus grand respect de la liberté de chacun : le don de la révélation du Dieu-Amour qui « a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jn 3, 16). Tout cela, comme la Déclaration Dominus Iesus l’a aussi souligné récemment, ne peut faire l’objet d’une sorte de négociation dialogique, comme s’il s’agissait pour nous d’une simple opinion, alors que c’est pour nous une grâce qui nous remplit de joie, c’est une nouvelle que nous avons le devoir d’annoncer.

    Jean-Paul II, lettre apostolique Novo millennio ineunte, n° 56.

    Voilà, et si ça n’a rien à voir c’est pas grave c’est quand même un texte intéressant

  17. cilia

    Je viens de le faire, et je ne vois toujours pas.

    Je trouve la question de cette chaîne con puisqu’on ne peut y répondre honnêtement que par la négative.
    Et je la trouve assez significative parce qu’elle sifflote en harmonie avec l’air de notre temps qui voudrait que les parents aiment (du verbe aimer tout de même) que leurs enfants se construisent seuls, adhèrent à des valeurs qu’ils se seraient choisies et si possible opposées aux leurs, c’est plus progressiste.

    Et je me répète, les réponses des blogueurs que j’ai lues, elles, ne sont pas inintéressantes.
    Tout ceci dit sans emportement aucun, sois-en assuré😉

  18. Cilia,

    Bien sûr qu’on ne peut y répondre que par la négative… On n’aimerait pas, c’est sûr. On préférerait autre chose. Mais la réaction primaire est-elle forcément la meilleure?

    Se poser cette question ne signifie pas adhérer à ce conformisme qui voudrait que les choix faits par nos enfants sont forcément les meilleurs, « puisqu’ils sont libres ». Cela signifie aussi s’interroger sur ce qui est réellement important pour nous. Sur ce qui peut nous faire souffrir chez nos enfants.

    Désolé, j’avais pris ta réponse pour moi et ça m’avait chagriné, tu vois.

  19. NM

    Encore une tentative… je sais que je ne réponds pas à la question qui n’était pas posée ! Ce n’est pas une raison!!
    C’est par ici : http://thomasmore.wordpress.com/2010/02/28/peut-on-vouloir-que-nos-enfants-ne-nous-ressemblent-pas/

  20. cilia

    Chafouin,

    Je comprends mieux. Alors autant pour moi. J’ai cent cinquante trucs à gérer en ce moment, et mon expression s’en ressent probablement. Je vais faire gaffe, promis😉

  21. cilia

    au temps d’ailleurs, c’est mieux🙂

  22. lomig

    Salut,
    très intéressant billet. J’allais poster un commentaire sans lire les autres, mais je me suis ravisé, et j’ai bien fait : j’allais écrire la même chose qu’H16 (en substance)…

    à bientôt

  23. menez

    J’adhère complétement à ton discours cher chafouin. Deux sensibilités se mêlent pour en créer une troisième qui n’est ni tout à fait une autre ni tout à fait la même (oui, oui moi aussi je peux me la péter avec un citation littéraire;)

  24. Pingback: Chroniques d’un pingouin ordinaire » Blog Archive » Lent tag honni du pingouin et de sa progéniture

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