Europe Ecologie, une nouvelle façon de faire de la politique?

C’est la dernière lubie à la mode : envisager de voter Europe Ecologie pour les élection régionales du mois de mars. Intéressé par ce phénomène, je me suis penché sur les interviews réalisées par nos amis blogueurs au meeting de lancement de campagne de ce conglomérat qui aspire à devenir la troisième force politique française et ébranler un peu plus le PS. J’y ai trouvé le même enthousiasme que lors de la création du MoDem après la dernière présidentielle. Le genre de soufflé qui retombe très vite.

Ils parlent d’une « nouvelle façon de faire de la politique », de briser le « système des partis », de sortir des « vieilles habitudes » et d’instaurer un nouvel-âge où promis, on cessera de prendre les gens pour des idiots, et on s’occupera vraiment d’eux. Concrètement. Génial! Où est-ce qu’on signe?

Avec Europe Ecologie, toutes les recettes sont là pour appâter le chaland. Fort du bon score réalisé aux dernières européennes, où il a ébranlé le socle électoral du Parti socialiste, ce conglomérat qui rassemble des personnalités de la société civile (Augustin Legrand, Eva Joly, José Bové…), des déçus du MoDem, de Cap 21, du Parti communiste, du PS, et pourquoi pas de l’UMP, veut nous faire croire que ce qu’il propose est « nouveau ». Qu’on va enfin tenter ce qui n’a jamais été fait avant : cesser de vouloir adapter la réalité à une idéologie de départ, mais plutôt partir de la réalité et du quotidien des gens pour faire de la politique.

Mais en écoutant les discours, en prêtant l’oreille aux diverses déclarations, on a le sentiment d’entendre un bruit de fond qu’on ne cesse de nous ressortir à chaque nouvelle élection. Le fameux truc « nouveau », j’ai vraiment le sentiment qu’il est présent à chaque scrutin. En 2007, c’était le MoDem, et la troisième voie…

A chaque fois, comme Augustin Legrand, on nous parle d’une « sincérité dans le changement » qui n’existait pas avant. Qui n’existait pas ailleurs. On nous promet de sortir des vieilles lunes partisanes. Le même Augustin Legrand nous parle de la gauche, de la droite, d’un changement impossible si l’on s’en tient à l’alternance PS-UMP. On jurerait entendre Bayrou en 2007.

Sauf que comme le dit Reversus, « confronté à la réalité du pouvoir, Europe Ecologie sera sans doute contraint de se politiser à son tour. C’est sans doute à ce moment là, que les divergences politiques se feront les plus prégnantes… ». Car il est toujours facile de tenir des beaux discours de campagne, d’agiter des belles promesses. Il est beaucoup plus difficile de faire tourner la machine, ensuite, une fois que l’agitation électorale est terminée, qu’il faut s’y mettre, que la réalité reprend le dessus. Si le mouvement gagne des régions, il devra convaincre qu’il est capable de les gérer. Si EE est derrière le PS, on verra s’il assume les piques envoyées pendant la campagne, ou s’il collabore comme aujourd’hui…

Derrière, ne nous trompons pas, il y a les Verts. Ce parti, autrefois sectaire, autrefois brouillon, s’est professionnalisé et ambitionne de jouer les premiers rôles. Ce parti autrefois considéré par le PS comme sa caution écologique, comme son hochet qu’il pouvait agiter pour se donner bonne conscience, conteste désormais le leadership à gauche d’un Parti socialiste dont le cadavre n’en finit plus de remuer.

Et le plus triste, c’est que derrière tout cela, derrière ces sourires, ce « tout nouveau tout beau », il y a tout bêtement du marketing politique. Un très intelligent marketing politique. C’est cela, qui risque de décevoir le plus. Quand le marketing politique en vient à faire proclamer à des candidats qu’il faut enfin sortir du marketing politique.

On a bien vu ce qui s’est passé au MoDem. Un grand enthousiasme pendant la campagne. On a entendu les « Plus rien en sera jamais comme avant ». Puis on a vu Bayrou lâché par la moitié de ses soutiens une fois Sarkozy gagnant. On a vu les bisbilles internes, les trahisons, les mots d’oiseau. Puis la lente descente aux enfers d’un mouvement qui ne pèse plus grand chose aujourd’hui. Ou en tout cas, pas beaucoup plus que l’UDF version 2002…

Pour paraphraser Laure Leforestier, je dirais donc que non, bien sûr, il n’est pas interdit de rêver. Mais il ne faut pas être naïf, non plus. Au risque d’être très déçu.

Au fond, tout cela n’est qu’un des symptômes d’un mal connu de longue date : les Français n’ont plus confiance dans la politique.  Les politiques essaient vaguement d’en profiter, de nous appâter en nous faisant croire que promis, juré, craché, cette fois c’est la bonne, on va enfin faire de la politique autrement, mais cela ne fait que renforcer cet état de fait, année après année. Jusqu’au moment où ce sera la Révolution.

13 Commentaires

Classé dans Politique

13 réponses à “Europe Ecologie, une nouvelle façon de faire de la politique?

  1. La révolution ? Laquelle ? A chaque nouvelle élections, les politiques savent rameuter les foules. Cf la participation en 2007. Tant que le peuple y croira dans ces périodes là, la révolution, tu peux toujours l’attendre🙂

  2. Je blaguais, je ne crois pas que la Révolution soit possible, l’Etat est trop puissant. Sauf peut-être le jour où les gens auront faim. Tant qu’ils joueront à la wii et qu’ils auront de quoi manger, le gouvernement est tranquille.

    C’est drôle comme les gens arrivent à se persuader que cette fois, c’est la bonne. c’est juste ce que j’essaie de démontrer avec EE, c’est juste un éternel remake de méthode Coué.

  3. Obi-Wan Kenobi

    @ Seb :
    « A chaque nouvelle élections, les politiques savent rameuter les foules. » La présidentielle de 2007 était justement une exception ! La participation ne cesse de baisser depuis 1945 en fonction des enjeux des scrutins (la présidentielle restant la « reine » des élections si je puis dire). L’abstention aux législatives de 2007, aux municipales de 2008 et aux européennes de 2009 a refroidi l’ardeur de nos chers hommes et femmes politiques qui avaient cru voir un sursaut citoyen en mai 2007.

    @ chafouin
    A qui veux-tu faire croire que tu serais prêt à signer pour EE ?😉
    Sur le fond, je partage ton désenchantement sur le marketing politique et le cycle perpétuel espoirs/déception. Et de ce fait, je trouve toujours plus admirable le dévouement des militants de base qui passent leur nuit à coller des affiches sans aucune certitude d’un retour sur investissement (les élus « professionnels » ayant beaucoup de mal à céder leur siège). Pour autant, je ne céderai pas à la déprime et j’irai voter autre chose que blanc ou nul en mars prochain…

  4. Je partage ton analyse, il y a des similitudes entre l’engouement actuel pour Europe Ecologie et celui qu’il y eut pour le Modem. je constate cependant une différence de taille : la place faite au débat démocratique entre toutes les composantes de ce mouvement.
    Concernant les Verts, je ne parlerai que de ceux que je connais dans ma région. On est loin du sectarisme et oui, ils entendent aujourd’hui peser à gauche après avoir été longtemps relégués dans des rôles d’alibis. Je leur donne raison.
    Quant à la naïveté, personnellement, mon passage au Modem m’a vaccinée🙂

  5. Europe Écologie a sur le reste des partis politiques un avantage certain : sa raison d’être, le millénarisme écologique, justifie par hypothèse ce qui est reproché à tous ses concurrents : le décalage entre des promesses démesurées, radicales, et une stratégie calculatrice et cynique.

  6. Je crois que cette mise en garde s’impose et tu as raison de la faire.

    Maintenant seul l’exercice du pouvoir permettra de juger du degré de sincérité de ce mouvement politique.

    J’ai quand même l’impression que cette intégration de militants issus du monde associatif est une initiative à saluer. Ça les rend beaucoup plus pragmatique.

  7. @Reversus

    Je n’ai pas l’impression que ce soit nouveau, el fait d’associer la société civile à la politique… Mais en quoi le monde associatif est-il plus qualifié que le monde politique pour proposer des solutions? ça me défrise, ça. Augustin Legrand est sympathique, mais je doute qu’il soit plus efficace dans EE qu’il ne l’est en plantant des tentes sur le bord du canal St Martin…

    « Seul l’exercice du pouvoir… »

    On pouvait dire la même chose pour Sarkozy, en 2007. On verra bien… Ben on a vu. Et on pouvait s’en douter…
    EE, c’est pareil, cela ne me semble pas être un parti neuf, mais plutôt une sorte de recyclage (c’est mieux que de jeter!) des Verts, qui s’élargissent pour « faire » nouveau.

    @Rubin

    Je ne comprends vraiment pas ce que tu veux dire par là…

    @Laure

    Espérons que les bisbilles internes qu’on connaît depuis le début, chez les Verts, ne se reproduisent pas chez EE, vous seriez horriblement déçue…

    @ObiWan

    « La présidentielle de 2007 était justement une exception ! »

    Et elle a amplifié la défiance! Les gens y ont cru, et trois ans plus tard, sont bien déçus. Je parie ma selle et mes bottes qu’ils se referont avoir. La preuve avec EE.

    Et moi aussi j’admire le dévouement des militants. Enfin leur dévouement à une cause. Même si aller coller une affiche de l’UMP ou du PS la nuit me paraît assez inutile…

  8. Obi-Wan Kenobi

    @ laure, rubin et reversus :
    le problème, c’est que les Verts ont déjà adopté les travers de leurs petits camarades des autres partis : certains se bâtissent des fiefs électoraux, cumulent les mandats pour se préserver une solution de repli en cas de défaite, font voter des subventions pour les associations qui embauchent leurs militants dans le besoin… Et ce ne sont pas des vierges en politique, ils s’y connaissent en manoeuvres électorales – la constitution des listes pour les régionales a donné lieu à quelques épisodes savoureux.
    Je ne dis pas que ce sont les pires, loin de là, mais il ne faut pas tomber dans l’angélisme.

  9. Yogi

    Aucune comparaison possible entre le vote Modem et le vote Europe Ecologie.

    Le Modem est un parti politique « de plus », qui se positionne sur l’échiquier politique et qui attire des électeurs qui le voient comme la meilleure, ou la moins pire, des solutions pour mener les affaires de la nation. Les électeurs écolo veulent avant tout sauver l’humanité, la planète et le monde, le vote n’est qu’un moyen d’action ou d’expression.

    Le vote Modem est un vote politique. Le vote écolo est un vote cosmique. C’est vécu comme tel par beaucoup, en tous cas.

  10. NM

    L’intégration de militants, accédant à des postes de responsabilités, venus du monde associatif était une originalité. Il me semble que le tournant de la politisation des verts (au début des 90’s?) conduit sans doute à relativiser cette originalité.
    La marge de manœuvre en politique est tellement limitée que tout peut apparaître comme du marketing. Celui qui a la prétention d’aborder le fond d’une question risque d’être discrédité en deux secondes… Faut-il pour autant renoncer à la politique ?

  11. effervescence

    Analyser le succès d’EE comme un phénomène marketing fondé sur le rejet de la politique me semble abusif. L’écologie politique a une histoire qui ne date pas d’hier, ni de juin dernier. Ce sont ceux qui ne s’y intéressaient pas qui ont l’impression d’un effet de mode.
    Si on regarde les personnalités qui rejoignent les listes, on trouve des gens qui ne viennent pas de découvrir l’écologie, que ce soit meirieu, les ex PS ou PC, hessel et meme sanseverino, mais qui suivent un parcours intellectuel, ou meme soutiennent déjà depuis un certain temps. Il y a certes un effet boule de neige, ceux qui s’engagent en entraînant d’autres. Mais le mouvement vient de loin. Il bénéficie aujourd’hui d’une forme de sympathie qui n’était pas visible auparavant du grand public.
    Il manque surtout à l’analyse le rôle joué par les verts, qui on choisi de s’ouvrir de façon radicale : une moitié de non encartés sur les listes et en tête de liste. L’établissement de ces listes étant un casse tête épouvantable dans tous les partis, on imagine ce que ça peut être avec cette contrainte supplémentaire. Le vrai choix est là, et c’est loin d’un choix marketing, il vise le long terme pour faire sortir l’écologie politique de la confidentialité.
    EE est à la fois un aboutissement et un point de départ. Il y aura surement des tiraillements, des porte claquées, des bisbilles. C’est normal en politique. Mais l’enjeu est d’importance, il touche à la fois aux contenus, c’est-à-dire ce qu’apporte la question écologique dans la gestion du monde, et ses contenants, c’est-à-dire la restructuration de l’opposition sur une culture de contrat.

  12. @effervescence

    Je pense que dans votre raisonnement vous minimisez :

    1- l’effondrement du PS
    2- le fait que l’extrême gauche soit incapable de rallier le vote des déçus de la gauche
    3- l’échec du MoDem à rallier les déçus de l’écologie politique en un parti fourre-tout (déjà, corinne lepage doit songer à mettre les voiles).

    Maintenant, je ne dis pas qu’il n’y a pas de bon dans ce mouvement. Mais son succès me paraît être simplement la conséquence d’une conjonction de circonstances favorables, et pas d’un mouvement de fond…

    @Yogi

    Pas d’accord, car derrière EE, il y a les Verts. Comme dit Legrand dans une des ITV des blogueurs, il y a derrière le programme des Verts, et toute une série de revendications très « politiques » et idéologiques, telles que l’homoparentalité ou la dépénalisation du cannabis.

    Vous avez peut-être raison en ce qui concerne les électeurs historiques de l’écologie politique, mais je ne crois pas qu’il y ait 17% d’électeurs « cosmiques »😉

    Et puis, en 2007, on avait beaucoup parlé d’écologie, et le score des Verts avait été plutôt minable…

    @NM

    Eh bien renoncer à la politique, je ne sais pas, mais changer le système, certainement. je ne crois pas qu’en l’état, nos institutions permettent ce renouveau.

  13. PeutMieuxFaire

    Rien à ajouter qui n’ait été dit sur le fond du sujet…
    Mais il est une affirmation qui revient, ici comme souvent ailleurs, « les militants sont admirables, les élus décevants ».
    En quoi « distribuer quelques tracts et/ou coller quelques affiches quelques heures par semaine le temps d’une campagne électorale » serait admirable et « se consacrer à plein temps à la politique avec la somme de contraintes afférentes » serait déplorable.
    Je trouve cette perception, bien que largement partagée, plus qu’erronée, disons-le, essentiellement populiste.

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