Si tu fais S, tu auras des boutons et tu seras une quiche en histoire-géo

Le ministre de l’Éducation nationale, Luc Chatel, a décidé de rendre facultatif l’enseignement d’histoire-géographie en terminale scientifique, dans le but de revaloriser les autres filières (L et ES). L’économiste Jacques Sapir est monté au créneau pour dénoncer cette politique suicidaire qui consiste à vouloir faire de la série S un enseignement purifié avec uniquement des maths et de la physique. Les équations ne permettent pas de comprendre le monde qui nous entoure, au contraire de l’histoire-géo.Proprement stupéfiant. Xavier Darcos, son prédécesseur à l’Education nationale avait essayé, mais avait dû reculer. Luc Chatel, lui, veut vraiment le faire. Au départ, on pouvait croire à une blague, un canular : ce n’est pas possible! Eh si, ça l’est, puisque le changement figure dans la grille des horaires dévoilée aux médias le 19 novembre. La modification doit entrer en vigueur en 2012.

Le principe est de supprimer une demi-heure d’histoire en seconde (3h contre 3h30), d’en ajouter 1h30 en 1ère S (de 2h30 à 4h), et de rendre facultatives les 2h habituellement dispensées en T S. Le but : revaloriser les filières L et ES, pour que les bons élèves cessent d’aller par principe en S, y compris lorsqu’ils se destinent à un cursus qui peut paraître littéraire (Sciences Po, par exemple). En installant, en S, un bac anticipé d’histoire-géo en 1ère, la dissuasion sera bel et bien là. On imagine bien que le type qui se prépare à entrer en Maths. sup, sera bien content de s’épargner deux heures de temps, qu’il va enfin pouvoir consacrer à réviser ses équations-bilan et ses primitives.

Rien que de me remémorer ces belles primitives, d’ailleurs, j’en ai des frissons sur le bras droit : quel bonheur, quand même!

Derrière tout cela, comme l’a bien noté le Privilégié, c’est une conception du lycée qui est en jeu. Si l’on considère que c’est un passage vers l’université, et qu’il faut accentuer la spécialisation des filières, alors la réforme a du sens. Le ministère ne se cache pas que la spécialisation des élèves, c’est son but. Alors même qu’on ne cesse de se plaindre que les élèves ne parviennent pas à s’orienter suffisamment tôt!

Soit on estime que le lycée est une formation qui doit rester générale, à l’instar du collège, et dans ce cas, il faut dispenser une solide formation dans tous les domaines, afin de donner un bagage suffisamment fourni et un maximum d’armes dans l’escarcelle de chaque élève. Pas seulement dans un objectif professionnel, mais aussi, tout simplement, pour sa vie d’homme et de citoyen.

Maintenant, si on a une vision utilitariste du lycée et une conception selon laquelle l’investissement réalisé sur chaque élève doit être rentabilisé, alors là, forcément… Rappelons tout de même que la série S, c’est à peu près 50% des élèves!  On peut parier qu’un grand nombre d’entre eux zapperont cette matière s’ils le peuvent (a-t-on vu un élève choisir un enseignement facultatif?), ce qui est très habile de la part du ministère, qui pourra ainsi clamer que ce sont les élèves qui ont choisi, et pas lui. Et ce, alors même que l’histoire-géo en terminale, ce sont des sujets aussi dérisoires que la France dans l’entre-deux-guerres, la Seconde guerre mondiale, la guerre froide, les trente glorieuses, la Ve République, la mondialisation, les Etats-Unis, l’Asie…

L’économiste Jacques Sapir a à ce sujet poussé contre la mesure un mémorable coup de gueule dont il faut vous livrer quelques extraits en guise de conclusion :

Il faut souligner l’incohérence profonde de cette décision. Elle survient au moment même où, de la commémoration de l’anniversaire de la mort de Guy Môquet au grand débat sur « l’identité nationale » en passant par le projet d’un musée de l’Histoire de France, la question de l’histoire, mais aussi de la géographie (car la conscience nationale s’enracine dans des pays et des paysages) occupe une place centrale dans notre pays. (…)

On se souvient du livre de Fernand Braudel, L’Identité de la France, et de la place qu’il donnait à la fois aux paysages, à leur construction sociale, et à l’histoire dans la production d’un sentiment national. La définition de ce dernier ne saurait renier ce qu’il doit à ces deux disciplines. Dans l’identité nationale, il y a aussi l’histoire des luttes sociales qui permet de comprendre la spécificité de chaque culture politique. (…)

On peut alors s’interroger sur la logique d’une telle politique qui prétend faire de la conscience nationale une priorité, qui va même jusqu’à créer à cette fin un Ministère de l’Intégration, et qui projette de la retirer en réalité à la moitié des élèves de Terminale. Ce n’est plus de l’incohérence, c’est de la schizophrénie pure et simple. (…)

Au-delà, les raisons sont nombreuses qui militent pour le maintien d’un enseignement d’histoire et de géographie pour les terminales scientifiques. Dans la formation du citoyen, ces disciplines ont un rôle absolument fondamental. La compréhension du monde contemporain, de ses crises économiques ou géostratégiques, des rapports de force qui se nouent et se dénouent en permanence entre les nations, implique la maîtrise de l’histoire et de la géographie. Est-ce à dire que, pour le ministère de l’Éducation nationale, les élèves des terminales scientifiques sont appelés à être des citoyens de seconde zone? N’attendrait-on plus d’un mathématicien ou d’un physicien qu’il soit aussi un citoyen? (…)

en tant qu’économiste, je ne cesse de mesurer ce que ma discipline doit à l’histoire (pour l’histoire des crises économiques mais aussi des grandes institutions sociales et politiques dans lesquelles l’activité économique est insérée) mais aussi à la géographie, avec son étude des milieux naturels et humains, des phénomènes de densité tant démographique que sociale. Comment peut-on penser la crise actuelle sans la mémoire des crises précédentes? Comment peut-on penser le développement de l’économie russe hors de tout contexte, comme si ce pays n’avait pas sa spécificité de par son histoire mais aussi de par son territoire? (…)

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33 Commentaires

Classé dans Chafouinage

33 réponses à “Si tu fais S, tu auras des boutons et tu seras une quiche en histoire-géo

  1. Vive l’histoire géo…
    (commentaire qui ne sert à rien mais qui vient du coeur…)

  2. Tu oublies aussi de signaler les incohérences de ce gouvernement. Car, si l’on supprime l’HG, on réduit aussi les enseignements scientifiques par rapport à la S actuelle, alors qu’on est censé spécialiser.

    Ah, quête des moyens, quand tu nous tiens…

  3. doumet

    Moi, j’avais pris « Français » en option, quand j’étais en terminale D (S quoi, avec une plus grande importance pour la biologie)… Mais il est vrai aussi que la majorité de mes camarades de classe dans cette option venaient des sections A (L aujourd’hui), où il y avait beaucoup plus de filles…

  4. Oups, j’ai oublié : merci pour le lien !

  5. @Falcon

    Aucun commentaire n’est inutile !

    @doumet

    Même les L font des maths! Enfin, presque! 😉

    @Mathieu

    J’avoue que les incohérences en matière d’Education nationale (on devrait dire : Instruction publique), je ne les vois pas toutes… Il faut être très intéressé par la question pour se plonger dans les réformes… Et surtout comprendre le charabia « éducatif »…

    Mais c’est le nombre global d’heures qui baisse, non?

  6. René de Sévérac

    J’approuve totalement le principe selon lequel un bachelier doit être doté d’un minimum de culture générale.
    Pour ce faire, il existe une solution c’est du revenir au baccalauréat, tel qu’il existait en 1960+. Alors, le complément (dite 2eme partie du bac à cette époque) et qui est le premier grade universitaire pourrait être allégé des matières dites de culture générale.

  7. Théa

    @ le chafouin

    J’aime bien la nuance quand tu dis que les L font presque des maths (remarque ils arrêtent après la première…)

    Personnellement, je pense qu’en supprimant ces cours d’histoire géo, l’Education Nationale empêche les élèves de S de se forger une éducation, surtout en ce qui concerne le monde d’aujourd’hui.
    Comment pourront ils comprendre l’Europe, s’ils ne font pas d’histoire, comment comprendre la mondialisation sans les notions d’économie qui sont enseignés en géographie, par exemple ?

    C’est la compréhension du monde d’aujourd’hui qui risque de disparaitre pour ces élèves de S, c’est à dire, la moitié, pratiquement de ces élèves.

    On en verra les dégâts dans dix douze ans, ça ne va pas être beau à voir. On va se retrouver avec des hommes et des femmes totalement ignorants sur ce sujet et qui risquent de transmettre cette indifférence vis à vis de l’Histoire à leurs enfants, ce qui ne va pas aider pour plus tard…

  8. Ashar

    Tout simplement aberrant, considérer l’enseignement de l’histoire et de la géographie comme secondaire est à mon sens une grosse erreur. Comme le dit si bien Werber, « Ceux qui n’ont pas compris le passé sont condamnés à le reproduire », et il en va de même pour la géographie alors que le contexte est à la mondialisation.

    Ayant moi-même fait S, j’ai pu constater à quel point les élèves étaient déjà réfractaires au fait d’aller dans ces cours ( à peu près autant qu’en philosophie, c’est dire !). Une fois rendus facultatifs, je n’ai aucun doute sur la désertion quasi-totale de cette matière de la part des étudiants de cette filière.

    Le niveau en anglais était déjà lamentable, moyen en français, et maintenant ça !
    Comme le précise Théa, on risque bien vite de se retrouver avec des scientifiques totalement décalés du monde dans lequel il vive.

    Si l’éducation nationale n’est pas capable de comprendre ça, il ne me tarde pas de voir la situation de la France dans une vingtaine d’années…

  9. Adrien

    @Chafouin
    « Même les L font des maths! Enfin, presque! 😉 »
    => Même les S ne font pas de math. Seulement du calcul. Ce qui est utile pour faire des maths plus tard, certes …

    @Théa
    « C’est la compréhension du monde d’aujourd’hui qui risque de disparaitre pour ces élèves de S, c’est à dire, la moitié, pratiquement de ces élèves. »
    => Peut-être que c’est justement ça, le but … ??

  10. @Adrien

    Disons alors que les L font des pourcentages 😉

  11. Article trés interessant, je suis moi même lycéen et je suis frappé de voir que le bac qui est censé ouvrir le plus de porte est celui qui apprend le moin à réfléchir et à dévelloper un esprit critique.
    La calcul est simple, envoyer les élèves a peu prés inteligent en fillière science ou ils n’oseront jamais remettre en cause quoi que soit et les abrutits finis dans les fillières ou l’on apprend à reflechir. Retirer l’HG en S est dans la droite ligne de cette politique.
    Amicalement Adrien, http://unecertaineideedelafrance.hautetfort.com/

  12. s1ned

    etite précision : c’est 3h en Term S, pour l’histoire!

    @Ashar
    « Ayant moi-même fait S, j’ai pu constater à quel point les élèves étaient déjà réfractaires au fait d’aller dans ces cours  »

    Etant moi-même en TS, je peux vous affirmer que ce n’est pas le cas. Mes « collègues » sont en général content d’aller en HG ( si content peut être utilisé pour le fait d’aller en cours), et la plupart préfère largement cette matière à d’autres comme la physique et l’SVT.

    Je ne crois pas que cette réforme soie bien prise par les élèves. C’est une matière intéressante, pour tout le monde, et beaucoup aiment aller en HG. En plus, certains font des prépa Sciences-Po pendant le week-end ou sur Internet, et ont des cours en plus sur l’HistoireGéo. Je constate simplement qu’on leur pose bcp de questions sur ce qu’ils font en HistoireGéo, et même en Sciences Politiques ( 2 matières très liées quand même 🙂 ). A mon avis, ( il vaut ce qu’il vaut c’est à dire pas grand chose) les TS comme les autres terminales considèrent l’HG comme une des matières les plus intéressantes, si ce n’est LA plus intéressante.

  13. @Sined

    Ce n’est pas le souvenir que j’en ai.. Moi aussi, je me souviens que la plupart de mes camarades de classe (c’était il y a dix ans, ce n’est pas si vieux…) prenaient l’histoire non pas comme un cours inutile, mais comme un cours passe-temps où on pouvait un peu se reposer… Et vus les coefficients, on ne pouvait leur donner tout à fait tort…

  14. AncillaDomini

    Le lien avec l’intégration n’est peut-être pas si loin : au lieu d’intégrer les nouveaux venus en leur apprenant l’histoire du pays, on les intègre en effaçant l’histoire de la conscience collective.
    Et puis, c’est pratique, un peuple sans mémoire, si on veut faire table rase du passé pour bâtir un nouveau monde innocent et formidable.

  15. @ancilla

    C’est une obsession!:-)

    Je partage votre conclusion, mais le reste, ca fait un peu complot…

  16. Théa

    Citation d’Adrien

    « @Chafouin
    “Même les L font des maths! Enfin, presque! 😉 ”
    => Même les S ne font pas de math. Seulement du calcul. Ce qui est utile pour faire des maths plus tard, certes …  »

    Mon père, professeur en prépa math serait d’accord avec vous…Il es est désespéré, parfois…
    Et si en plus, ils ne font pas histoire géographie en terminale, leur culture générale va devenir bien pauvre…
    Heureuse que nous soyons d’accord là dessus 😉

    Et laisser « la liberté de choix » aux élèves n’est qu’une hypocrisie de la part de l’Education Nationale qui ne fait qu’encourager la paresse des élèves.

  17. @Théa

    Bien sûr! Un ado libre de choisir d’aller en cours ou pas n’y va pas, c’est évident. Bon, après, il y aura aussi l’influence des parents, mais uniquement dans les familles structurées…

  18. Goéland

    En fait, il n’y a rien de très étonnant à supprimer l’histoire géo en terminale. Le raisonnement est même très simple :
    la série S est meilleure que les autres (puisque les meilleurs élèves y vont)
    Or on veut que toutes les séries aient le même niveau
    Donc abaissons la série S.
    Le seul problème, c’est que veut-on ? Avoir de bons élèves, ou avoir des élèves tous égaux ?

  19. s1ned

    « Et vus les coefficients, on ne pouvait leur donner tout à fait tort… »

    L’histoire c’est coeff 4 pour 3h dans la semaine, et c’est quand même la 4ème matière la plus importante. Tu peux difficilement faire mieux, étant donné que les 3 premières sont Maths, P-C et SVT 🙂

  20. Dang

    Je ne vais pas, bien sûr, applaudir à la suppression de l’H.G en TS. Le problème n’en reste pas moins posé : peut-on étudier correctement tant de disciplines en T ? Je pense pour ma part qu’il faudrait 4h de LV1 et 3h de LV2, ajoutons 2 ou 3h d’H.G, les maths, laP.C, les SVT. On me dira encore que la philo est une spécificité bien française et qu’il ne faudrait surtout pas y toucher. Le sport aussi est indispensable… Le résultat est que la semaine d’un élève de T est déjà démentielle, alors si chaque matière obtenait un nombre d’heures décent, les pauvres TS (et les élèves des autres sections aussi) deviendraient vite fous. Actuellement on fait un peu de tout, on saupoudre du savoir, mais on n’étudie vraiment sérieusement que les matières dominantes. En Angleterre, aux Etats-Unis on se spécialise très tôt et l’efficacité des étudiants de ces pays n’est pas contestée même s’ils ne disposent pas d’une grande culture générale, c’est vrai. C’est probablement un modèle qui inspire les conseillers de nos ministres successifs. On peut voir leur point de vue. Faut-il le partager?Je suis à fond pour la culture gé. mais tout est à repenser dans l’enseignement au lycée. Quand on sait quel est le niveau réel de culture générale des élèves entrant en prépa, quand on sait quel est leur niveau d’anglais, on se demande à quoi cela sert de faire de tout un peu. Je pense qu’il faudrait rétablir la vieille propédeutique d’autrefois : 3 matières obligatoires la première année de fac. Cela permettrait d’étudier lors de cette année de propé ce qui n’a pas été fait en T. Et bien entendu il faudrait imposer en prépa des cours de culture gé. et de vrais cours de langues (et non pas du bachotage).

  21. Rom1

    Je ne partage pas votre vision des élèves forcément paresseux. Les enseignements optionnels existent (LV3, latin, grec dans certains lycées) et trouvent preneur.

    La filière S, dans mes souvenirs (bac 2001), chasse beaucoup plus sur les territoires de la filière ES que de la filière littéraire. La plupart des élèves des grandes écoles de commerce proviennent de la filière S, alors que ces lycéens n’ont pour certains (dont moi, et le plus souvent tous les élèves ayant déjà en 3ème des résultats suffisants pour assurer un passage en 1ère S) n’ont jamais visité un cours d’économie/sciences sociales.

    D’autre part, pour l’Histoire de France, c’est plutôt le programme du Collège. Pour provoquer un peu, je note d’ailleurs que l’Histoire de ma région (la Savoie, qui a une histoire indépendante celle de la France jusqu’en 1850, au sein du Royaume de Piémont-Sardaigne) n’a jamais été évoquée ni au collège, ni au lycée (peut-être vaguement sur la réunification italienne). C’est stupide, mais c’est un petit bout de l’histoire de l’Europe quand même.
    L’Histoire contemporaine (surtout la décolonisation), c’est de toutes façons trop polémique pour que l’enseignement de lycée puisse faire plus que survoler et donner quelques repères basiques. Compter sur l’enseignement pour se forger une culture générale, c’est quand même un peu léger.

    L’important dans l’enseignement de l’HG, ce sont les méthodes d’analyse de document et de synthèse (qui par ailleurs supposent qu’on ait des connaissances, quand même). Par exemple, comprendre un texte historique ou un tableau de données.
    Et là, quand j’entends Henri Guaino parler de la croissance qui varie vachement vite, je me dis que c’est pas gagné.
    Pourtant, extraire de façon critique l’information d’un article de journal, ça peut servir.

    D’autre part, j’ai fait maths sup et je peux vous dire que les maths de lycée, c’est gentil, mais par rapport aux maths de l’enseignement supérieur, c’est un peu comme l’histoire-géo au collège et une licence d’histoire, si vous voyez ce que je veux dire. Bref, réviser ses primitives, ça ne lui servira pas des masses, au futur math sup.
    Si il n’est pas fichu de retenir les 4 intégrations qui se courent après pendant le mois qui y est consacré sans y passer 3 heures par semaine, mieux vaut qu’il choisisse une autre filière.

    À mon avis, le problème du lycée est que les filières servent nettement à une sélection, plutôt qu’à une spécialisation. En gros, dans mon lycée, ça marchait à peu près comme ça:
    -moyenne générale 9-11: L ou STT
    -moyenne générale 11-13: ES
    -moyenne générale > 13: S
    Il faut dire que vu que l’intégralité des débouchés de ES sont aussi accessibles avec un bac S (qui offre d’autres débouchés en prime), les lycéens font un choix plutôt rationnel.

    Au final, si c’est pour avoir 3 filières générales avec un peu de tout dedans, mieux vaudrait peut-être les fusionner et faire des modules supplémentaires optionnels.
    Comme ça, les bases de maths (histoire de comprendre ce qu’est une dérivé, pour ne pas confondre PIB et croissance), d’économie, d’histoire et de géographie seraient dans un tronc commun à toutes les filières, y compris, pourquoi pas, celles qui ne relèvent pas du bac général (les bacs pros et technologiques) et qui pourraient aussi gagner à comprendre l’histoire de la Vème République.

  22. Zab

    « Pour provoquer un peu, je note d’ailleurs que l’Histoire de ma région (la Savoie, qui a une histoire indépendante celle de la France jusqu’en 1850, au sein du Royaume de Piémont-Sardaigne) n’a jamais été évoquée ni au collège, ni au lycée (peut-être vaguement sur la réunification italienne). »

    Il me semble que cette annexion (qui a eu lieu en 1860 et non en 1850 ;-)) était au programme de 1ère (à la fois en S et en L) en 2000. J’ai le souvenir d’avoir abordé le sujet dans le cadre d’un cours sur l’Italie ou sur la France du Second Empire. Je ne sais pas comment les programmes ont évolué depuis.

  23. @Dang

    « Le résultat est que la semaine d’un élève de T est déjà démentielle, alors si chaque matière obtenait un nombre d’heures décent, les pauvres TS (et les élèves des autres sections aussi) deviendraient vite fous. »

    J’ai beaucoup entendu cette réflexion ces derniers jours, mais sans avoir été un élève brillant, je n’ai pas l’impression d’avoir passé mon année à ne faire que bosser. N’exagérons rien, la TS, ce n’est pas maths sup ou hypokhâgne…

    Je pense qu’il faut identifier ce qui est essentiel. Et l’histoire-géo est loin d’être quelque chose d’anecdotique ou d’optionnel…

    Autre argument : comment tu fais pour aller en prépa HEC si tu n’as pas fait d’histoire? Tu vas te retrouver en retard… Et comme il y a pas mal de maths, tu ne peux pas passer par L ou ES, impossible…

    @Rom1

    « L’important dans l’enseignement de l’HG, ce sont les méthodes d’analyse de document et de synthèse (qui par ailleurs supposent qu’on ait des connaissances, quand même). Par exemple, comprendre un texte historique ou un tableau de données. »

    Alors là je suis pas du tout d’accord. Pour moi, les profs devraient déjà fournir un enseignement de qualité à leurs élèves, sur le fond (des dates, des faits, des documents d’époque) plutôt que de leur faire lire des tableaux et d’exercer leur esprit critique. Encore une fois, l’Education nationale est là pourr instruire, il me semble…

    Et désolé pour la Savoie (belle région, et en effet, grande histoire), mais on ne peut pas faire de cours régionaux, et comprenez qu’en Bretagne, ils s’en moquent de l’histoire des Ducs de Savoie! 😉

    Sinon je suis d’accord avec vous, on sélectionne plus qu’on ne spécialise, et c’est dommage. D’autant que de très bons élèves littéraires sont parfois tentés d’aller en S parce qu’ils sont intelligents et donc également doués en maths, alors qu’ils feraient un très bon cursus en L, par exemple. De même, j’ai fait S pour faire droit, alors que j’aurais certainement dû faire ES, j’aurais bénéficié d’une initiation aux sciences politiques. Mais non, ES, ça aurait été la honte par rapport à mes copains qui étaient tous en S. Et ça, ce n’est pas un choix rationnel, même si au final j’ai quand même pu faire ce que je voulais!

  24. Dang

    @Le Chafouin :
    Tu as écrit :
    N’exagérons rien, la TS, ce n’est pas maths sup ou hypokhâgne

    Certes non, mais on peut tout de même remarquer que les élèves anglais ou américains du même âge ont entre 10 et 14 heures de cours en moins par semaine, ce qui me fait penser que les élèves français ont une semaine bien chargée. Tu me diras peut-être que ce sont les autres qui ont une semaine bien légère… Tout est affaire d’appréciation.

    Tu as écrit plus loin :
    Autre argument : comment tu fais pour aller en prépa HEC si tu n’as pas fait d’histoire? Tu vas te retrouver en retard… Et comme il y a pas mal de maths, tu ne peux pas passer par L ou ES, impossible…

    D’une part je ne me réjouis pas du tout du recul de l’histoire, tu l’imagines bien, d’autre part je pense que la sélection par les maths n’est pas une bonne chose. Il y a, je te le concède, beaucoup de maths en prépa HEC mais il pourrait y en avoir moins. D’ailleurs je ne te suis pas lorsque tu dis qu’on ne peut passer par L ou ES pour aller en prépa HEC. Il y a des prépa HEC réservées aux élèves de ES et de L. Il y a quelques années le major à l’entrée d’ HEC venait de L. J’ajouterai que le niveau de culture générale en prépa HEC n’est pas globalement excellent à l’arrivée des élèves et il faut reprendre, revoir, beaucoup de choses. Il en est de même du niveau en anglais. Or nombre d’écoles de commerce partent du principe que leurs étudiants arrivent bilingues, ce qui est totalement faux et irréaliste. Ces deux considérations, entre autres, me font penser qu’il faut revoir beaucoup de choses au lycée. Moins de maths, plus d’histoire et de langues, serait judicieux.

  25. @Dang

    Ya -t-il une dictature des maths? On semble s’accorder, paradoxalement, pour dire que le niveau n’est pas terrible… En tout cas, Jacques Sapir semble indiquer que Chatel aurait cédé à la pression des profs de maths et de physique…

    Juste pour élargir un peu, je me dis que dans la vie, il est plus important, passé le cap de la sélection et de la professionnalisation, d’en connaître un bout en histoire qu’en maths. Les équations du second degré, c’est bien, ça m’a beaucoup amusé, mais sincèrement, ça ne me sert à rien, mais vraiment à rien…

  26. Dang

    @Le Chafouin :
    tu as écrit :
    Juste pour élargir un peu, je me dis que dans la vie, il est plus important, passé le cap de la sélection et de la professionnalisation, d’en connaître un bout en histoire qu’en maths.

    Là tu prêches un converti. Et j’irais plus loin, il est dommage de sélectionner par les maths. Il y a d’excellents éléments qui ne sont pas bons en maths et qui ne peuvent accéder aux meilleures écoles pour cette raison. C’est d’ailleurs pour réagir contre cet état de fait qu’HEC a ouvert ses portes aux ES et L, non sans succès si j’en juge par le bon classement des gens qui viennent de ces filières.

  27. @Dang

    Visiblement il y a aussi des voies d’accès dans les grandes écoles de commerce quand tu viens de fac… Là aussi ça marche bien visiblement.

  28. J’ai lu avec attention vos précédents messages et voudrais ajouter une ou deux petites choses.

    Je suis moi même passé par un bac S, suivi par une prépa HEC et je suis actuellement en école de commerce. Les prépas HEC option scientifique (la grosse majorité des prépas HEC), recrutent exclusivement des élèves issus de TS. Et je peux vous affirmer que ce n’est pas pendant ces deux ans de prépa que l’on étudie l’histoire de France proprement dite. L’histoire géo qui y est enseignée était même appelée à l’époque (il y a de cela deux ans donc je ne crois pas me tromper en disant ça) : « Histoire, géo-économie et géo-politique. » Ce n’est donc pas du tout la même histoire que celle qui est enseignée au lycée.
    Donc à mon sens, rendre optionnel l’histoire géo en TS serait une erreur monumentale. Parce que même si les heures sont réparties sur la 2nde et la 1ère, perdre un an sans enseignement historique couperait les élèves dans leur apprentissage et ceux-ci devront alors mettre les bouchées double pour rattraper leur retard par la suite.
    Vous allez me dire, « dans ce cas, ils n’ont qu’à prendre l’option en terminale s’ils veulent aller en prépa HEC ». Je suis on ne peut plus d’accord, sauf que dans mon cas, je me suis décidé pour une prépa qu’au milieu de mon année de terminale. Imaginez un peu si je n’avais pas eu de cours d’histoire…

    De plus, l’épreuve d’histoire géo aux concours d’entrée dans les grandes écoles de commerce est plus que cruciale. J’ajouterai même que je n’étais pas premier de ma classe -loin de là même- en ce qui concerne les maths. Heureusement pour moi, l’histoire géo a pu sauver une partie de ma note. Aujourd’hui je suis dans une des top 10 des grandes écoles de commerce française et je ne regrette nullement mon parcours. Alors imaginer une TS sans histoire géo, c’est comme enlever un des piliers porteurs de l’édifice.

    Enfin, effectivement les écoles de commerce sélectionnent leurs étudiants et prennent des élèves qui viennent L ou ES. Mais ceux-ci sont passés par la fac ou ont fait un BTS, voire un DUT avant de passer ce que l’on appelle un « concours Passerelle ». Toutefois, les étudiants issus de prépa restent fortement majoritaire (notamment en première année).
    Et je dirais même en provoquant un petit peu, que le fait de faire rentrer des personnes venant d’autres horizons qu’une prépa HEC « fait bien » pour l’image d’une école ouverte et diversifiée. Elle a ainsi tout intérêt sélectionner des candidats venant de prépa littéraire ou ES et à communiquer sur ce sujet. Mais ces étudiants sont extrêmement peu nombreux à se présenter aux concours de 1ère année. Donc les écoles font tout également pour les attirer et les favorisent même lors des sélections (je me souviens d’un prof lors d’un entretien à une école qui m’a clairement dit que si je venais de L je n’aurai même pas de souci à faire quant à ma candidature…).

    Bref, tout ça pour dire que rendre l’histoire géo optionnelle en TS est une bêtise des plus profonde. Ce serait prendre le risque de se priver de futurs étudiants talentueux. A moins dans ce cas de repenser les programmes des prépas et tout ce qui s’en suit…

    PS: désolé pour le long commentaire !

  29. @Alex

    Au contraire, ce commentaire confirme mes présupposés au sujet de la prépa HEC, ce n’est pas que des maths et il est donc important de conserver un enseignement général en TS…

    Visiblement, le sujet, resté discret jusque là, fait parler de lui dans les médias désormais. Espérons que Chatel revienne en arrière…

  30. Dang

    @le Chafouin : tu as écrit :
    « la prépa HEC, ce n’est pas que des maths »
    ce qui est exact, heureusement, mais j’ajouterais aussitôt à ta proposition que la prépa HEC, dans les disciplines littéraires (histoire et langues), c’est surtout du bachotage. On ne cherche pas à former de bons intellectuels, on cherche à donner des clefs pour les concours. Je me garderai bien de parler pour les maths mais pour les matières que je connais, je ne puis faire qu’un constat : on bachote.

  31. LOACMATEO

    Je viens de faire un tour sur le blog, j’aime beaucoup. Je suis très intéressé par ce que vous écrivez… J’ai aussi écrit un article au sujet de la suppression de cette matière en terminale S et projette aussi d’en écrire un sur les minarets. Peut être pourrez-vous être intéressé et avoir des critiques à me faire…
    En tout cas bravo et merci de m’en avoir appris plus sur ces sujets.

    Ps : J’apprécie aussi beaucoup la neutralité de vos écrits au niveau de la couleur politique.

  32. Rom1

    Une tribune du monde apporte un point de vue intéressant, en retournant le problème (la culture générale scientifique des filières littéraires):

    http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/12/09/la-priorite-est-la-defense-des-matieres-scientifiques-pour-le-public-litteraire-par-jean-baptiste-andre_1278219_3232.html

    Beaucoup de commentateurs tirent argument du fait que des heures sont ajoutées en première pour minimiser la portée de la réforme (mais le nombre d’heure diminue quand même).

    Le passage sur « manger de l’ADN par inadvertance » m’a bien fait rire.

  33. DM

    « Les équations ne permettent pas de comprendre le monde qui nous entoure, au contraire de l’histoire-géo. »

    Même si je suis assez d’accord avec le fait que l’histoire-géo est très importante pour comprendre le monde qui nous entoure, je ne peux pas laisser passer cette phrase.

    Il y a divers phénomènes de fond du monde qui nous entourent qui nécessitent pour leur compréhension de connaître, sinon des équations, du moins les principes physiques qui les sous-tendent:
    * Le réchauffement climatique.
    * La « crise » de l’énergie.

    Pour comprendre les débats sur la génétique, il faut avoir un minimum de connaissances dans ce domaine. Pour comprendre les possibilités, les dangers et les limites de l’informatisation, il faut là encore des connaissances.

    Ces connaissances ne sont justement pas apportées dans les filières dites « littéraires ». De fait, une partie importante des lycéens sont incapables de former une opinion éclairée sur d’importants sujets de société et de gouvernance. Les formations « littéraires » dans le supérieur n’améliorent rien à cela, notamment par leur côté fermé. Un élève ingénieur doit typiquement suivre des cours de langues ou d’économie… tandis qu’il est possible de faire un doctorat en histoire sans parler une seule langue étrangère.

    Mais le plus gros problème est que non seulement ces formations mènent à une connaissance très partielle du monde, mais que les personnes qui les suivent n’en ont souvent pas conscience. Et ça, c’est grave.

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