Clearstream : mais qui est la victime, finalement?

A la vie, à la mort. Le procès de l’affaire Clearstream, qui met au prise le président de la République à un ancien premier ministre, a débuté hier dans une ambiance déjà très chaude, puisque Dominique de Villepin a fait déjà très fort, en accusant Nicolas Sarkozy « d’acharnement » à son encontre devant les caméras. L’épilogue d’un combat sans merci entre les deux hommes, dans lequel on se demande toujours qui tient le rôle du « gentil » et du « méchant ».Avec Clearstream, n’essayons pas de raisonner trop loin, ou de tenter de démêler les fils de l’implication de chacun des acteurs. C’est bien simple : on n’en a pas les moyens. Ce n’est pas un hasard si le tribunal correctionnel de Paris mettra un mois à examiner cet imbroglio politico-espionno-fiancier. De mon côté, j’ai bien tenté de comprendre, à diverses occasions, en achetant des hebdomadaires « spécial Clearstream », mais rien n’y a fait : aussitôt lu, aussitôt oublié. Dans ce dossier, le plaisir d’avoir compris a toujours été fugace

En revanche, ce qu’on a bien compris, c’est qu’on est bien loin du énième numéro de la série « Dallas et les hommes politiques ». L’affaire illustre bien l’intensité des rivalités qui ont cours dans le monde politique. On en avait déjà un bel aperçu dans le livre Hold-uPS, arnaques et trahisons (qu’il va me falloir terminer). Un monde de violence, de coups bas, fait des haines recuites et d’ambitions démesurées. Un monde où l’on n’a pas envie de s’engager, ne serait-ce que pour conserver intacte sa propre conscience.

En l’espèce, Villepin est soupçonné d’avoir voulu tendre un piège grossier à Nicolas Sarkozy, au pire comme commanditaire de la machination, au mieux en étant, comme le croit le procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin, « un des bénéficiaires collatéraux mais parfaitement conscient », en n’informant pas celui qui est alors ministre des Finances du risque politique qu’il encourait. Le président actuel a donc beau jeu de clamer, depuis 2004, qu’on a voulu le « tuer », et qu’il pendra « à un croc de boucher » ceux qui sont responsables de ce mic-mac. Mais qui se présente comme la victime sans tâche tache, depuis le début? Qui en a récolté les bénéfices politiques, depuis le début? Nicolas Sarkozy. De là à croire qu’il savait tout de Clearstream, mais n’en a rien dit pour mieux couler, lui-même, son rival, il n’y a qu’un pas, qu’on aimerait franchir si on en avait la preuve.

Ce qui est sûr, c’est que Nicolas Sarkozy a su tirer un profit maximum de l’affaire. D’abord comme ministre de l’Intérieur, puis comme président, il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour mettre la pression sur la Justice, afin que son rival soit écarté. Par exemple, comme le parquet de Paris comptait, au départ, classer l’affaire, on peut imaginer que quelques coups de fil bien sentis en provenance de l’Elysée sont parvenus à faire changer d’avis les magistrats indépendants.

L’arroseur arrosé? Ce qui est comique, c’est que depuis quelques semaines, et alors que se profilait le procès, Dominique de Villepin, qui sait bien que son avenir politique passe par une relaxe en bonne et due forme, n’a eu de cesse de se présenter à son tour sous le profil de la victime. Encore hier, il est arrivé au tribunal avec un beau discours en poche, propre à combler tous les journalistes présents, et à inspirer une larme aux ménagères de cinquante ans :

« Je suis ici par la volonté d’un homme, je suis ici par l’acharnement d’un homme, Nicolas Sarkozy, qui est aussi président de la République française. J’en sortirai libre et blanchi, au nom du peuple français. Certains voudraient croire qu’il n’y a pas dans notre pays de procès politique, je veux le croire aussi, et pourtant, nous sommes ici en 2009, et nous sommes en France. »

Villepin n’est pas mort, mais devra se défendre bec et ongles pendant ce procès. Le boomerang, qui s’est retourné une première fois contre Villepin, peut-il à nouveau revenir taquiner Sarkozy?

Et pendant ce temps là, personne ne parle plus d’une éventuelle implication de Chirac… pom-pom-pom…

16 Commentaires

Classé dans Politique

16 réponses à “Clearstream : mais qui est la victime, finalement?

  1. on peut imaginer que quelques coups de fil bien sentis en provenance de l’Elysée sont parvenus à faire changer d’avis les magistrats indépendants

    Mais comme on n’en sait rien…

  2. Disons qu’on n’en n’a pas la preuve formelle. Mais qu’on a le droit de réfléchir.

  3. Je croyais qu’en l’absence de preuve formelle, on ne pouvait pas accuser, cher chroniqueur judiciaire ?😉

  4. Je n’accuse pas, je dis « on peut imaginer », de l’art de dire les choses en respectant la présomption d’innocence, mon cher.

    De plus, donner des ordres à un procureur, quand on est président, ce n’est même pas illégal : c’est monnaie courante.

  5. Je sais bien, je te taquinais (en toute amitié, hein)…

    Sur le contrôle de la Justice par le gouvernement : cela respecte à la lettre la séparation des pouvoirs de Montesquieu. Les pouvoirs doivent être séparés, mais se rétro-contrôler (dissolution et motion de censure pour les relations entre pouvoirs exécutif et législatif, par exemple). Si le gouvernement n’avait aucun contrôle de la Justice, on assisterait à un « gouvernement des juges »… L’horreur absolue.

  6. josépha

    je relis ton billet, chafouin: troisième paragraphe, tu poses sans le vouloir une excellente question: « victime sans tache » ou « victime sans tâche »? Allez, tu ne me la feras pas: le lapsus était voulu, vil pourfendeur de l’incurie présidentielle!

  7. @criticus

    De fait, on assiste plutôt à une soumission de la justice dans tout ce qui est affaires financières, sauf cas isolés. Indépendance zéro.

    @josépha

    Non, c’était involontaire! Preuve surtout que je dois faire des efforts en orthographe et en relecture😉

  8. Bonjour, je vous félicite pour la qualité de ce blog. Continuez, Pascal.

  9. « J’en sortirai libre et blanchi, au nom du peuple français » Ben voyons, au Nom du Peuple Français. Il se prend pour qui le Villepin. Sans doute à défaut de pouvoir dire un jour « élu au nom du peuple fançais ». Sa mise en scène et sa déclaration, avec femme et enfants en protection, étaient à gerber !

  10. Eli

    Parler d’avenir politique pour M.Villepin , je croyais qu’il n’y avait que le monde pour oser 😉

  11. @Eli

    S’il est relaxé, il pourrait en effet en avoir un. Sinon il ne perdrait pas du temps à se déplacer à des ITV politiques.

    @Corto

    J’ia trouvé au contraire qu’elle avait plus de classe que la déclaration d’hier soir de Sarkozy, satisfait de voir les « coupables « déférés au tribunal.

  12. Ah , non pas vous Sieur Chafouin. Vous n’allez pas jouer le journaliste de base ou Cheftaine Martine pour relever ces petist mots tout justes bons a alimenter les polémiques de bas étage. Tiens, d’ailleurs, c’est déja oublié aujourd’hui a Midi sur TF1 ( hihihi)

  13. Tf1 n’est pas particulièrement l’étalon de ce qui est important ou pas, je pense…

  14. S1ned

    @ Chafouin

    « J’ia trouvé au contraire qu’elle avait plus de classe que la déclaration d’hier soir de Sarkozy, satisfait de voir les “coupables “déférés au tribunal. »

    Et celle de Martine Aubry qui dans le JT de 20h, à eu l’audace de dire que c’était un scandale de parler comme ca d’un « présumé coupable » (sic).🙂

  15. Rom1

    Le Parquet est hiérarchiquement soumis au garde des sceaux.

    Le ministère de la Justice peut donc demander à un parquetier de poursuivre ou classer une affaire, et de faire appel ou pas (affaire du gang des barbares ou de l’annulation du mariage de Lille). C’est tout à fait légal et légitime.

    Je ne vois pas ce qu’il y aurait de choquant à ce qu’il y ait eu une demande de l’Élysée pour poursuivre dans cette affaire – après tout, cela ne semble pas inutile.

    Sinon, si on pouvait parler d’accusé comme avant, cela éviterait de s’emmêler les pinceaux (volontairement ?) avec des coupables présumés présumés innocents.

  16. schydlowsky ALAIN

    Les coups tordus entre rivaux sont monnaie courante et le moment est venu de changer les mentalités pour préserver la nation française de tous ces ripoux -je ne parle pas spécialement des prévenus- présumés innocents,
    ni du général Rondot qui fut encore à une époque récente en relation avec le maoiste activiste (à une époque) Christian HARBULOT DONT LA PRESSE NATIONALE SE FAISAIT DES GORGES CHAUDES ENTRE 1970 ET1978 SI MES SOUVENIRS SONT BONS à présent il parade dans d’obcures services d’espionnage ou autres services
    secrets ce qui est -disons-le – et pour le moins à la limite(au mieux) de l’indécence.

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