Le Figaro est-il imprimé directement depuis la Place Beauvau?

figaro2On l’écrivait le jour de notre rentrée : Le Figaro mérite de plus en plus le qualificatif de « tract », que Frédéric Lefebvre avait gentiment utilisé pour décrire Libération, qui sombe lui aussi de plus en plus régulièrement dans le néant de la pensée.

De plus en plus, le quotidien, qui a longtemps constitué une référence indiscutable, et ce malgré un ancrage idéologique assumé à droite, plonge dans la médiocrité, et surtout, dans le soutien béât et pathétique à Nicolas Sarkozy et à sa politique. Faut-il y voir un lien de cause à effet avec l’arrivée d’Etienne Mougeotte au poste de directeur de la rédaction? Vu ce que l’homme a fait de TF1, on peut se poser la question.

Exemple très concret, en date d’aujourd’hui. Ma curiosité est attisée par un premier « tweet » du Figaro.fr, intitulé « Un rapport conclut, après analyse de statistiques, l’effet dissuasif des caméras sur la voie publique ». Fort bien. Quelques minutes plus tard, nouveau « tweet », plus musclé : « Vidéosurveillance : le rapport qui prouve son efficacité ». Cette fois, ma curiosité est piquée au vif.

Quel journaliste digne de ce nom a pu choisir un titre manquant à ce point de nuance, et surtout de distance? J’ignorais que les professionnels de l’information puissent adopter une telle attitude de « fans ». Enfin bon.

Et à lire l’article, on n’est pas déçu. C’est bien simple : son auteur, qui a choisi le même titre que le tweet qui m’a fait bondir, a été complètement séduit par le rapport, qui lui a ôté tout doute quant à la vidéosurveillance. Mais c’est surtout le ton qui interpelle. Le ton péremptoire de celui qui est bien content d’envoyer un bon vieux missile au parti socialiste et à ces trouillards de réactionnaires qui sont réticents à l’idée d’être filmés dans la rue. Est-ce cela, le journalisme?

Jugez plutôt : la base du papier, c’est une étude semblant montrer quand dans les villes équipées de caméras de surveillance (en novlangue, on dit vidéoprotection), il y a deux fois moins de faits de délinquance qu’ailleurs.  Autrement dit, les caméras auraient un fort effet dissuasif, ce qui est bien ce pourquoi on a voulu les installer. Notre journaliste précise fort à propos, dans son introduction, que ça tombe d’ailleurs très bien « à l’heure où Brice Hortefeux le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, promet d’en tripler le nombre, «de 20 000 à 60 000 d’ici à 2011» ». Ben tiens!

L’auteur, qui est bien content de souligner qu’il s’est procuré l’étude de manière exclusive (on comprend pourquoi), commence par souligner que son intérêt « tient d’abord à la qualité de ses auteurs ». Un bon coup de langue pour remercier ceux qui lui ont procuré ces documents, et pour prévenir toute suspicion de connivence : non, ceux qui ont rédigé l’étude, l’inspection générale de la police nationale, l’inspection générale de l’administration, l’inspection générale de la gendarmerie nationale, sont des « services au-dessus de tout soupçon ». Tout comme notre journaliste, qui aurait pu nous préciser, dans son article, s’il avait ou non sa carte à l’UMP!

Mais celui-ci n’en a pas fini avec l’autojustification de l’intérêt de son papier : « Pour ne pas être taxés d’avoir privilégié une période favorable, les «incorruptibles» de l’administration ont même analysé les chiffres sur neuf ans, de 2000 à 2008. Et ils battent en brèche bien des idées reçues. »

On atteint des sommets. Ceux qui pensaient que les journalistes devaient séparer le fait du commentaire en seront pour leurs frais. La déontologie, hein, pour ce que ça sert!

Plus loin : « Les caméras, inefficaces contre les violences ? Faux. » Quand on peut faire les questions et les réponses, c’est tellement plus pratique… D’ailleurs, nous assure-t-il, les violences n’ont augmenté que de 20% dans les zones équipées de caméras! Ah, mais c’est deux fois moins que dans les communes non équipées… Pardon.

Et pour ceux qui doutaient encore de l’objectivité de notre journaliste, celui-ci a la gentillesse de nous ôter tout doute : « contrairement à un préjugé véhiculé jusqu’au parti socialiste, l’effet plumeau, c’est-à-dire un déplacement de la délinquance vers les zones non couvertes, ne semble pas avéré, écrivent les auteurs de l’étude ». la seconde partie de la phrase ne pose pas problème : c’est un fait, s’il l’a lu dans le rapport. Mais la première partie est une faute grave : depuis quand un journaliste a-t-il pour rôle de rabattre le caquet d’un parti politique, fût-il moribond comme le PS?

Mais un sursaut agite notre cher ami du Figaro : « L’effet préventif des caméras serait donc une réalité », conclut-il à l’entame de son dernier paragraphe. Ah tiens, un petit usage du conditionnel, en toute fin d’article, après avoir titré sur « le rapport qui prouve son efficacité »? Allons donc! Comme vous y allez.

Le fond de l’article importe peu, au demeurant : comment prendre au sérieux une étude ainsi présentée, à tel point qu’on dirait une commande?

Qu’un éditorialiste du Figaro comme Yves Thréard, sur son blog, donne son avis sur la vidéosurveillance et fustige « les beaux esprits qui dénoncent la dérive orwellienne de notre société et qui redoutent de voir partout l’œil inquisiteur de Big Brother », passe encore : un blog, c’est de l’opinion, on s’engage, on donne son avis, et on l’assume.

Mais qu’un article d’information tombe à ce point dans le panneau, c’est une dérive qui peut expliquer la désaffection des Français pour leur presse. Les lecteurs veulent de l’originalité, de l’engagement, peut-être, mais de la complaisance, certainement pas.

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22 Commentaires

Classé dans Médias/journalistes

22 réponses à “Le Figaro est-il imprimé directement depuis la Place Beauvau?

  1. T’es vraiment en forme, toi… Les vacances ont dû être sacrément bonnes !
    Bon, à part ça : oui, cet article est assez symptomatique de pas mal d’articles qu’on peut lire ici et là – à ceci près que tous les défauts épars des autres, il les regroupe en 3000 signes [note : bien que journaliste, je n’ai pas vérifié cette info – le chiffre a été calculé selon la méthode éprouvée du « pifomètre »]. Mais à part ça, je pense que tu as tout dit…

  2. Momo

    Le Figaro est en effet condamnable sur de nombreux points, mais d’aller jusqu’à qualifier de « faute grave » la première partie de la phrase du journaliste sur le PS. C’est un peu fort. Il rappelle juste que le PS craignait un effet plumeau que l’étude réfute ici. C’est donc un fait, une information, que le journaliste met en avant. Il fait juste son boulot. Il ne s’agit pas de « rabattre le caquet d’un parti politique ». Je ne suis pas sûre qu’on aurait qualifié la remarque de faute grave dans le sens inverse.
    Enfin, ce genre de billet va encore « véhiculé » une mauvaise image du Figaro, trop à la botte du pouvoir. C’est juste un article sur des dizaines qui sont publiés chaque jour, au contenu riche et de qualité. Ses pages internationales sont une référence dans la presse. Malheureusement le public ne retiendra que cet article…

  3. @Momo

    « Je ne suis pas sûre qu’on aurait qualifié la remarque de faute grave dans le sens inverse »

    « On », peut être pas, mais personnellement, je n’ai pas plus d’amitié pour l’UMP que je n’en ai pour le PS, donc…

    Quant à la référence, elle est sérieusement écornée par ce genre d’article, qui montre en effet une image déplorable. Le Figaro est responsable de cette image : à lui de la changer! Si je devais m’abonner à un titre de la presse, ce ne serait sûrement pas celui-là. A cause de ces perles qui sont tellement caricaturales qu’on se demande comment on peut oser les publier. C’est contre-productif! Comme dit Edmond, il y a tout ce qui ne faut pas, en un sens article!

    Quant à la phrase dont vous parlez, je persiste et je signe : ce n’est pas le rôle d’un journaliste que de rappeler que l’information donnée par une étude contredit « les préjugés » « véhiculés » « par le PS ». Deux mots très durs (préjugés, véhiculés) par quelqu’un qui n’est peut-être pas la référence mondiale en matière de sécurité. Bref, à mon sens, il sort de son rôle. Un politique peut le dire, le journaliste peut le relayer, mais l’écrire sous sa plume, à mon avis non. J’admets cependant que le qualificatif « grave » est peut-être exagéré. Je le retire donc. C’est une faute tout court.

  4. Sur le fond, je suis en total accord avec toi…

    Petit salut amical de la Rochelle. C’est calme avant le weekend prochain (mwarff)
    Bon weekend

  5. h16

    Intéressant article (le tien, pas celui du Fig). On va pouvoir faire un Best-Of de toutes les « Pignouferies de Presse » qu’on trouve.

    C’est de pire en pire.

    😉

  6. S1ned

    Entièrement d’accord. Ceci, en écoutant France Info, j’ai entendu exactement les mêmes choses pratiquement mot pour mot. Après la TV et la presse écrite, la radio s’en mêle 🙂

  7. pelmer

    Je n’ai pas lu l’article dont tu parles, précisément pour en avoir lu… le titre, qui m’inspirait exactement les mêmes réflexions que toi. Je suis heureux que tu aies pu, a posteriori, légitimer un tel « jugement téméraire » !

  8. @H16

    J’ai pensé à toi en écrivant le billet, j’avoue… 😉

    @sined

    Ceci dit, je n’ai pas lu le rapport, si ça se trouve, c’est effectivement sa conclusion. Mais un journaliste n’a pas à s’enflammer ainsi, à prendre parti : la preuve, il déstabilise tellement le lecteur que du coup, le message ne passe pas.

    @pelmer

    Pour le jugement téméraire, ce sera un pater et trois ave… 😉

  9. Opsomer

    Le Figaro est à l’UMP ce que La Pravda (« La Vérité ») était au PCUS (Parti communiste d’Union soviétique).

  10. @Opsomer

    N’exagérons rien…

  11. La vidéosurveillance est inefficace : en Grande-Bretagne : caméras partout, résultats nulle part

    « La vidéosurveillance est inefficace », affirment les criminologues britanniques depuis maintenant plus de dix ans. La Grande-Bretagne, qui compte 4 millions de caméras, constitue un terrain privilégié pour les chercheurs.

    Paradoxalement cependant, c’est surtout le fait de prêter à la vidéosurveillance une efficacité automatique qui la rend complètement inopérante. Les délits que les caméras sont censées prévenir -du cambriolage au trafic de stupéfiants, en passant par le vandalisme- ne sont ni commis par les mêmes personnes, ni pour les mêmes raisons, ni dans les mêmes circonstances.

    Une trop grande quantité d’informations à traiter

    Présentée comme une solution « tout-en-un » censée faire baisser la criminalité en général, la vidéosurveillance ne répond en fait adéquatement à aucun désordre en particulier.

    Le rapport final du programme de recherche Européen « Urbaneye » résume ainsi la situation :

    « La majorité des réseaux de vidéosurveillance visent à prévenir les comportements déviants en exerçant une dissuasion (’deterrence’) symbolique mais plus ou moins inopérante (’incompetent’) : tandis que les caméras sont très facilement visibles par les surveillés, ceux-ci sont beaucoup plus difficiles à voir pour les surveillants, à cause d’un visionnage irrégulier et de la trop grande quantité d’informations à traiter. »

    Incapables de faire baisser par elles-même le taux de criminalité, les caméras sont par ailleurs de piètres auxiliaires de police.

    Deux chercheurs du Scottish Centre for Criminology indiquent par exemple que pour l’année 1995, les 32 caméras du centre-ville de Glasgow ont contribué à une seule arrestation toutes les 967 heures de surveillance, soit une tous les quarante jours. Les britanniques Clive Norris et Gary Armstrong signalent quant à eux 12 arrestations liées aux caméras sur 592 heures de surveillance dans trois centre-villes.

    Pas de relation non plus entre le taux d’élucidation des délits et le nombre de caméras installées : tandis que le quartier londonien de Brent, qui ne dispose que de 164 caméras, possède le meilleur taux d’élucidation du Grand Londres pour 2007 (25,9%), celui de Wandsworth, qui en compte 993, n’atteint pas la moyenne londonienne de 21% de délits élucidés… non plus que ceux de Tower Hamlets (824 caméras), de Greenwich (747), ni de Lewisham (730).

    Opposants et défenseurs de la vidéosurveillance surestiment son efficacité

    Les chantres de la « vidéotranquillité », comme ceux qui dénoncent un « panoptique moderne » partagent ainsi, selon Norris et Armstrong, « un présupposé commun : celui d’attribuer effectivement à la vidéosurveillance les capacités qu’on lui prête… Ils partagent tous deux une forme naïve de déterminisme technologique : une croyance ingénue au pouvoir de la technologie, que celui-ci soit bénéfique ou maléfique. »

    Alors, inoffensives, les caméras ? Une deuxième génération d’études, baptisées « évaluations réalistes », souligne que l’absence d’influence de la vidéosurveillance sur la criminalité masque ses effets dans la pratique.

    Concrètement, le fait de devoir trier rapidement un très grand nombre d’informations pousse les opérateurs à se focaliser « sur une gamme étroite de caractéristiques facilement repérables plutôt que sur des comportements suspects », remarquent les berlinois Leon Hempel et Eric Töpfer. « La limitation sensorielle des écrans », ajoutent-ils, encourage cette attitude en augmentant « la distance entre celui qui observe et celui qui est observé ». Ainsi, selon Norris et Armstrong, 86% des individus surveillés ont moins de 30 ans, 93% sont de sexe masculin, ou, plus révélateur encore, 68% des Noirs soumis à une attention particulière le sont « sans raison apparente ».

    Le passage à la technologie digitale doit servir à faciliter le vidéo-stéréotypage, avec des procédés tels que la reconnaissance faciale. « De plus en plus de caméras sont reliées à des ordinateurs afin d’utiliser le potentiel de nouveaux algorithmes en termes de reconnaissance d’images », écrivent Hempel et Töpfer.

    Devant leur écran, les surveillants opèrent un « tri social » discriminatoire

    Cette surveillance discriminatoire n’est pas sans répercussion sur les surveillés. Quand le réseau n’est pas ouvertement conçu pour permettre une gestion des individus « indésirables », le fait que certaines parties de la population fassent l’objet d’une surveillance plus intense conduit de façon mécanique à ce que les interventions les ciblent plus particulièrement.

    La vidéosurveillance est ainsi l’instrument d’un « tri social » (« social sorting ») qui divise l’espace urbain en zones à la population et aux comportements homogènes. Hempel et Töpfer préviennent :

    « Le développement actuel de la vidéosurveillance dans les espaces semi-publics comme les centres commerciaux va signifier une utilisation croissante de l’exclusion comme stratégie principale de contrôle social. »

    Les études sur le sujet demeurent cependant rares, à cause des fortes réticences des responsables à soumettre leurs réseaux à une inspection. Pourtant mandatée par l’Union européenne, l’équipe d’Urbaneye s’est par exemple vue refuser l’accès à un si grand nombre de salles de contrôle qu’elle a dû abandonner le projet « d’examiner l’organisation et les pratiques de deux réseaux de vidéosurveillance dans chacune parmi six capitales européennes ».

  12. Opsomer

    La vidéosurveillance, un vrai faux ami.

    Une petite révolution, la vidéosurveillance ? Beaucoup le disent. Liberticide pour les uns, facteur de progrès pour les autres, elle est surtout et avant tout un outil de technique policière. Mal maîtrisée et mal utilisée, elle est en fait totalement inutile. La SNCF déploie 3 000 caméras, la RATP près de 6 000. Pour des raisons assez évidentes, il est relativement difficile de surveiller autant de capteurs en temps réel. C’est donc avec un léger décalage que la vidéosurveillance va travailler, peut-être, pour la police. En ayant connaissance d’un délit, les policiers vont pouvoir tenter de récupérer les images tournées dans le périmètre d’un délit. Pour autant – et c’est une condition préalable – que les lieux comportent des caméras, et en état de marche.
    Très souvent, la caméra ne filme pas le délit lui-même, mais la fuite (ou l’arrivée) du ou des auteurs, qu’il faut ensuite identifier comme tels dans un flux éventuel de passagers, avant d’exploiter les éléments d’identification (taille, type de vêtements, gestuelle, etc.). […]

    Source : Police Pro n°8, mars-avril 2008, page 42.

    Un doute ? Laissons alors parler les spécialistes :

    D’abord, l’éditorial de « La Lettre d’information des professionnels de la sécurité, police » du 26 juillet 2008, réalisé par Sébastien Roché, directeur de recherche au CNRS et enseignant.
    Celui-ci précise, entre autre, que « Parler de vidéoprotection constitue une erreur: cela revient à confondre les objectifs (protéger) et les moyens (capture d’images à distance et transmission à un PC ou exploitation a posteriori). Le titre cherche à légitimer une technologie en la rebaptisant: protection est connoté positivement et surveillance… négativement. Or, la technique permet bien de surveiller. Permet-elle de protéger ? ». Il précise en outre que « s’il n’y a pas d’études sur l’efficacité de la vidéo en France, c’est parce que les pouvoirs publics dont l’Inhes (Institut national des hautes études de sécurité) n’ont pas souhaité en financer ». En résumé, circulez ! Il n’y a rien à voir !

    Autre spécialiste de la question : Laurent Mucchielli, chercheur au CNRS et directeur du Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Cesdip), Dans un article intitulé « Sécurité : le mirage technologique », publié dans Libération le samedi 15 octobre 2005, celui-ci déclare avec pertinence : « On ne peut pas dire que les techniques modernes sont inutiles. Quand on sait ce que l’on cherche, ça peut aider beaucoup. Mais si on ne sait pas ce que l’on cherche, on est automatiquement noyé dans des millions d’informations dont on ne sait que faire. La technique n’est qu’un soutien logistique à un travail de renseignement alors qu’elle est présentée aujourd’hui comme la solution miracle qui produit elle-même le renseignement. C’est là qu’est l’erreur fondamentale, le mirage de «l’enchantement technologique». Imaginez un service de police qui recevrait chaque jour des dizaines de milliers de noms de voyageurs de tous les aéroports et les gares de France et un journal de connexion avec les millions de mails échangés dans les cybercafés, comment va-t-il pouvoir les traiter ? Il faudrait des centaines de policiers spécialisés qui, la plupart du temps, ne trouveraient absolument rien d’intéressant. Sans parler du risque d’atteintes à la vie privée. De la même manière, si on met des caméras à tous les coins de centre-ville, il faudra embaucher des milliers de gens pour regarder les images collectées. Tous ces éléments techniques ne sont ni préventifs, ni dissuasifs lorsqu’ils sont dirigés vers l’espace public en général. Les techniques ne peuvent qu’appuyer les enquêtes pour trouver quelque chose après coup, si on dispose déjà de pistes. Si on ne sait pas ce que l’on cherche, la technique ne peut rien, elle est aveugle. C’est l’homme qui a des yeux et un cerveau, ce n’est pas la machine. »

    Ensuite, ce témoignage de Frédéric Ocqueteau, directeur de recherches au CNRS, sociologue au CERSA (Centre d’études et de recherches de science administrative), membre de l’Observatoire national de la délinquance (INHES – Ministère de l’Intérieur). Il s’est exprimé à ce sujet sur le site de Bakchich le jeudi 26 mars 2009.

    Enfin, la Ligue des droits de l’Homme a dénoncé le 25 mars 2009 dans un communiqué « l’inflation de la vidéosurveillance » qu’elle juge « inefficace », « coûteuse » et « liberticide », ajoutant qu’« Aucune caméra ne peut remplacer la présence humaine dans la sécurisation des lieux qui nécessitent une surveillance particulière et qui ne sauraient se multiplier à l’infini ».

    Par conséquent, je préfère ceux que vous appelez avec un mépris à peine voilé les droit-de-l’hommistes aux cassandres de la sécurité, surtout lorsque ces derniers envisagent non seulement une extension de la vidéosurveillance, donc de la surveillance tout court, mais aussi d’en confier l’usage au secteur privé. Mais il leur faut bien justifier la hausse de la délinquance malgré la multiplication des lois liberticides au cours de ces dernières années (le Code pénal a gonflé d’un tiers depuis 2002 !). Plutôt que de réfléchir aux causes de la délinquance, ils présentent une nouvelle parade à celle-ci, présentée comme l’arme suprême : la vidéosurveillance, pardon la vidéoprotection, même si elle ne protège rien en réalité.

  13. Opsomer

    @le chafouin
    Au Quotidien du peuple alors ?

  14. Opsomer

    @le chafouin

    Au-delà de l’ironie moqueuse à propos du Figaro, je me permets d’attirer votre attention sur l’article suivant, tiré du Courrier international :

    LE PETIT NICOLAS ET SES GRANDS AMIS
    Vu de Belgique, les médias français ont tous rallié Nicolas Sarkozy. Par connivence ou par calcul.
    Le Journal du Mardi – Bruxelles
    Les Français ne s’en rendent peut-être plus compte tellement ils ont le nez dedans, mais vue d’ici la manière dont la quasi-totalité des médias s’est rangée en ordre de bataille derrière Sarkozy est proprement sidérante. Ce type peut dire tout et son contraire sans que personne ou presque ne s’en émeuve, de même qu’est notée comme anecdotique l’incroyable posture qui consiste en tant que ministre de l’Intérieur à organiser une élection à laquelle on se présente.
    De plus, questions conneries, Sarkozy se permet tout et effrontément sans que quiconque relève la supercherie : plus c’est gros, mieux ça passe. Un exemple : dans la seule émission de TF1 du 5 février, il assène que la moitié des salariés français gagnent le Smic ; vérification faite, ils sont 17 %. Il parle du baril de pétrole qui aurait atteint 90 dollars alors qu’en réalité il n’a jamais dépassé les 78 dollars ; puis, emballé par sa démonstration, il évoque ces temps affreux où l’inflation, en France, était à 24 %. Depuis que les statistiques existent, le pic le plus élevé indique 14 %. Tout faux, donc, et plus grave que la « bravitude » lâchée par Ségolène Royal. Mais peu importe, c’est elle qui est conne. D’ailleurs, une femme, hein…
    Comment expliquer cet alignement ? Eh bien, c’est une belle historie d’amitié entamée en 1983, et cultivée et arrosée sans relâche depuis. Patiemment, le déjà futur président de la République s’est fait pote avec ceux qui dirigent les entreprises de presse et les journalistes qui vont avec : Martin Bouygues (TF1), Serge Dassault (Le Figaro, l’Express, l’Expansion et des cadors de la presse régionale), Arnaud Lagardère (Paris-Match, Le Journal du dimanche, etc.), Alain Minc (président du conseil de surveillance du Monde), François Pinault (Le Point) et le milliardaire Bernard Arnault, très présent dans la presse économique. J’en passe. Du beau linge. Tous de droite. Est-ce à dire que tous les journalistes de ces organes de presses roulent sciemment pour Sarkozy ? Evidemment non, mais comment aller à l’encontre de la ligne éditoriale de son patron sans risquer sa tête – comme Alain Genestar (pas vraiment gauchiste), le boss de Paris-Match, viré pour avoir publié des photos de Cécilia Sarkozy et de son amant ? Et puis, dans le fond, il est plus facile de se glisser dans le courant dominant que de ramer à contre-courant. Puisque les jeux sont faits, nous dit-on, pourquoi passer pour le ringard de service ? Je vous le demande. Tous les journalistes ne sont pas des héros. […]
    Léon Michaux

    Source : Le Courrier international n°854 du 15 mars 2007.

  15. Eh les gars, l’idée ce n’est pas de faire des copier-coller imbuvables. Personne n’a envie de les lire…

  16. Amechan

    Bah c’est comme tout, on justifie la mise en place de procédures douteuses voire liberticides par des motifs fallacieux : oui madame, on va enlever la délinquance, le terrorisme, la grippe A, les vilains pirates du web2, les clochards, toussa en mettant en place des moyens radicaux mais pas_du_tout_liberticides_que_celui_qui_a_dit_ca_se_dénonce..

    – Hadopi, non non ce n’est pas pour surveiller et verrouiller le ouebe;
    – les caméras, non non ce n’est pas pour surveiller qui va où et quand, c’est pour prendre sur le fait les délinquants terroristes ;
    – les puces electroniques, non non ce n’est pas pour vous suivre encore plus, c’est juste pour retrouver les enfants/chiens/porte monnaie disparus;
    Bref tout est toujours pour notre plus grand bien, notre confort etc. A quand la prochaine limite dépassée ?

  17. Très intéressant, en effet, de savoir jusqu’où nous sommes prêts à aller pour assurer notre propre sécurité… Pourquoi pas, en effet, des caméras chez nous, pour prendre sur le fait les maris qui frappent leurs femmes?

  18. Amechan

    ah tiens une info tirée du feu :

     »
    Bagages pistés par des puces électroniques

    Depuis quelques jours, à Paris-Charles de Gaulle, tous les bagages des passagers d’Air France enregistrés au terminal 2C (vols Asie et Afrique), soit 2 000 bagages par jour, sont pistés par des puces électroniques.

    En effet, une étiquette « intelligente », intégrant la technologie RFID (Radio Frequency Identification), est placée sur chacun de ces bagages qui peuvent être ainsi localisés en temps réel. La puce RFID, couplée aux systèmes d’informations, permet de suivre à quelques mètres près le cheminement des conteneurs et bagages sur la plate-forme aéroportuaire, d’analyser la performance et d’améliorer la logistique du traitement des bagages.

    Air France a été la première compagnie aérienne à expérimenter ce système dès 2006, sur la ligne Paris-Amsterdam. »

    Qu’est-ce que je disais, c’est pour notre plus grand bien…

  19. Amechan

    aie dommage qu’on ne puisse pas éditer les comms…

    « jusqu’où nous sommes prêts à aller pour assurer notre propre sécurité » : pas tout à fait d’accord;

    « jusqu’où le gouvernement est prêt à aller pour nous imposer notre sécurité…pour son intérêt à lui »

  20. @Amechan

    Mais vous noterez quer la plupart des gens sont d’accord avec tout ça! Ils flippent tellement de se faire casser leur vitre de voiture ou pire, de voler en éclat lors d’un attentat, qu’ils sont prêts à bcp de concessions… Donc l’Etat ne fait qu’en profiter…

  21. Amechan

    C’est pas faux. 😉

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