Ministres à tout faire

Mitterrand-Mercier-Lellouche-Berra-Estrosi-Penchard-Rancourt

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Le remaniement annoncé de longue date est donc effectif hier soir, après des mois de spéculations qui n’auront servi qu’à démontrer que la plupart des « spécialistes » de la vie politique ne connaissent en fait rien du tout, puisque personne n’avait prédit ce qui s’est produit. Alors que la presse commente allègrement l’ampleur du coup de balai, s’interroge sur le devenir de l’ouverture, et que les blogueurs livrent leurs précieuses analyses (c’est exactement ce que Sarkozy cherche : occuper l’actualité), il y a un point sur lequel je souhaiterais revenir : la non-spécialisation des ministre, et leur vocation à être capable de tout faire.

C’est tout de même étonnant! Il y a certes les techniciens, les spécialistes, les membres de la société civile, qui le resteront, et qui intègrent des gouvernements pour apporter une plus-value dans tel ou tel domaine : on le voit aujourd’hui avec Frédéric Mitterrand à la Culture, ou Pierre Lellouche aux Affaires européennes. On l’avait vu avec Bernard Laporte aux Sports, qui fait partie des évincés du jour. Il y a également Martin Hirsch aux solidarités puis aux jeunes : on le voit mal ministre de la Justice. Les exemples sont légion.

Mais la plupart des « gens du sérail », des politiques de métier, sont apparemment capables de passer du coq à l’âne sans aucun souci. Quelles que soient leur formation de départ ou leurs compétences. On a le sentiment qu’il suffit de savoir « gérer », et réussir à faire passer un message. Un Bruno Le Maire, aux affaires européennes, passe à l’Agriculture sans que cela lui pose de souci. Demain, à la télévision, il s’exprimera  sur le cours du lait comme s’il avait fait ça toute sa vie. Brice Hortefeux, lui, a régulé les flux migratoires, avant de passer aux Affaires sociales et au Travail entre le mois de janvier et le mois de juin. Désormais, il est à l’Intérieur. Pour Alliot-Marie, en revanche, c’est Défense, puis Intérieur, et enfin Justice (notons que les magistrats vont être soulagés de perdre Dati pour récupérer Alliot-Marie…) ! Darcos, sans souci, passe de l’Education nationale aux Affaires sociales. Et Chatel de l’Industrie à l’Education!

 Ce grand jeu de chaises musicales n’est pas nouveau : les ministres ont toujours été capables de travailler dans différents domaines. Ils ont une capacité d’adaptation impressionnante, et puis, ils ne font pas tout par eux-mêmes et peuvent compter, à leur arrivée, sur une administration rodée qui elle, assure la continuité. Mais on a quand même la vague impression que le phénomène s’amplifie.

On a du mal à le trouver satisfaisant, en tout cas. Car cela signifie que le ministre est en situation d’infériorité dans bien des domaines sur son administration, qui peut tranquillement n’en faire qu’à sa tête, garante de la « continuité » de l’Etat… Ajoutez à cela que les ministres sont affaiblis par la centralisation du pouvoir par l’Elysée, et la montée en puissance des conseillers de l’ombre, et on se demande si les directeurs d’administration ne profitent pas de l’aubaine pour grapiller du pouvoir, par-ci, par là!

Ceux qui sortent : Outre Rachida Dati (Justice) et Michel Barnier (Agriculture), élus eurodéputés le 7 juin, les sortants sont Christine Boutin (Logement), Christine Albanel (Culture), Roger Karoutchi (Relations avec le Parlement), André Santini (Fonction publique), Bernard Laporte (Sports) et Yves Jégo (Outremer).

Ceux qui entrent : Huit autres font leur entrée au gouvernement, dont Frédéric Mitterrand (Culture) et le sénateur Michel Mercier (Espace rural et Aménagement du territoire), tous deux au rang de ministre. Sont nommés ministres délégués le patron des sénateurs UMP Henri de Raincourt (Relations avec le Parlement) et le député-maire de Nice et ancien ministre, Christian Estrosi (Industrie).

Enfin, deviennent secrétaires d’Etat le député Pierre Lellouche (Affaires européennes), l’eurodéputée Nora Berra (Aînés), le député Benoist Apparu (Logement et urbanisme) et Marie-Luce Penchard (Outremer).

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14 Commentaires

Classé dans Politique

14 réponses à “Ministres à tout faire

  1. Jak

    Une seule remarque:
    être un spécialiste de l’Europe est en fait un excellent point de départ pour être ministre de l’agriculture .La PAC étant en fait le dossier central de ce ministère, autant mettre comme ministre quelqu’un qui:
    – sait comment fonctionne l’Europe
    – a un bon carnet d’adresse (et des contacts cordiaux de préférence) avec les différents négociateurs que l’on croise à Bruxelle.

  2. Car cela signifie que le ministre est en situation d’infériorité dans bien des domaines sur son administration, qui peut tranquillement n’en faire qu’à sa tête, garante de la “continuité” de l’Etat… Ajoutez à cela que les ministres sont affaiblis par la centralisation du pouvoir par l’Elysée, et la montée en puissance des conseillers de l’ombre, et on se demande si les directeurs d’administration ne profitent pas de l’aubaine pour grapiller du pouvoir, par-ci, par là!

    C’est particulièrement net pour la nomination de Luc Châtel à l’Education nationale. Au moins, Xavier Darcos connaissait très bien ses dossiers…

  3. @Jak

    Dont acte pour Le Maire, c’est en effet un très mauvais exemple 😉

    @Criticus

    Et si Chatel traite l’éducation comme il a traité le travail dominical, ça promet des belles manifs 😉

  4. Ben, justement, j’aimerais qu’il la traite de la même manière : la libéralisation… Et puis, sur le travail dominical : tu as gagné. Tu es content, Chafouin ? 😉

  5. J’ai gagné? Tu rigoles ou quoi? Ils vont faire passer la même loi, en plein été, en feignant de l’avoir allégée. mais c’est exactement la même, tu verras. Tout est dans la notion de « zone touristique ». Je necomprends pas pourquoi les députés frondeurs se sont calmés, car je ne vois pas trop ce qu’ils ont gagné.

  6. h16

    On ne dirige pas une voiture avec un arbre de direction en caoutchouc. De la même façon, un gouvernement ne tient droit que parce que, précisément, l’administration qui organise tout le bazar, la colonne vertébrale d’un gouvernement, elle, ne change pas.

    Les changements de noms des ministres servent à occuper la presse et mettre un visage sur une fonction. Mais le pouvoir réel n’est absolument pas dans les mains des porte-maroquins. Tu le constates toi-même, mais je vais plus loin que toi : je pense qu’ils ont l’impression d’avoir du pouvoir, qu’on leur infuse en continu cette impression, mais qu’en réalité, ils jouent à la marge sur ce qui sera réellement mis en place sur le terrain.

    Tant et si bien qu’aux moindres changements un peu important dans ce pays, paf ! la machine se grippe ; il n’y a qu’à voir les principaux ministères : chaque « réformette » (qui en réalité est à peine plus qu’un peu de plâtre sur les fissures, ça et là, mais jamais du gros-œuvre) est vécue comme un parcours du combattant pour le ministre qui saute deux fois sur trois.

  7. H16 a raison, les politiciens sont des clowns, des facades.
    En gros, les ministres peuvent décider si la réforme X proposée par l’administration sera lancée en janvier ou en juin, quelquechose comme cela.

    Je vais prendre des exemples simples :
    – ce que l’on appele les RGPP, les Révisions Générales des Politiques Publiques. Elles ont officiellement été lancées en juin 2007, juste après l’élection de Sarko. Seulement, l’administration préparait cela depuis 2005 au moins, sous Raffarin, sous Villepin, sous Chirac, etc.
    – la fusion entre l’ANPE et l’Unédic, soi-disant décidée par Sarko. Idem, les rapprochements datent de largement avant, et ont été initiés par les adminstratifs (d’ailleurs le mouvement dans le service public de l’emploi est bien plus vaste que la seule création de Pole Emploi)
    – idem pour le rapprochement de la DGCP et du Trésor (guichet fiscal unique)
    – la décision « irrévocable » de Chirac de relancer les essais nucléaires en juin 1995 : c’était sur la base d’un rapport de l’Etat Major français, remis à Mitterand plusieurs mois avant, dans lequel le complexe militaro-nucléo-industriel estimait que ce serait cool d’achever le missile M51 et initier la simulation (par ordinateur) plutôt que l’expérimentation (explosions observées)

    On peut faire un jeu : nommez une réforme « majeure », quelle qu’elle soit, et je m’engage à vous chercher les infos qui démontreront que le politicien qui s’en dit porteur est un menteur.

  8. Les chaises musicales permettent de mettre des têtes sur les « responsables des échecs »: Pécresse pour Hadopi, Jego sur l’Outre Mer, ça recrédibilise le gouvernement et calme les opinions.

  9. Kwilleran

    @Chitah
    Je ne nie pas que la plupart des ministres sont des guignols. En fait même, pour ceux avec lesquels j’ai été amené à travailler, je le confirme.
    Ceci étant, sans leur validation, leur arbitrage ou leur soutien, l’administration est souvent bloquée, ou condamnée à une absence totale de lisibilité ou de sécurité. Nouez un partenariat dans le bien des services déconcentrés, et un ministre (ou le plus souvent un membre de son cabinet) risque de vous dire « oui mais non » sans plus d’explications.
    Autre exemple: vous avez un programme qui fonctionne sur le terrain, mais le ministre s’en désintéresse (pas assez parlant dans la presse ou x autres raisons), mais il va, sur un coup de coeur ou pour faire plaisir à un ami ou pour faire parler de lui, mettre les 50 000€ dont vous avez besoin sur ce programme, sur une opération de com’ sans pertinence.
    En fait, un ministre, c’est proche d’un président de cohabitation : ça a un pouvoir d’empêchement. Mais multiplié par mille.
    Donc je ne crois pas vraiment au pouvoir des administrations centrales dans ces cas là.

    k

  10. Irénée

    Plus important que ce remaniement ministériel globalement de fermeture, dont les ministres sont d’autant plus sous tutelle que ce sont des « très proches », c’est la création le 20 juin de ce tout nouveau parti, seul capable dans cet horizon politique glauque, « viandard » et vénal, de contrecarrer les soit-disant avancées sociales et culturelles des Morano et consorts: j’ai nommé le Parti Chrétien-Démocrate.
    Moi j’ai choisi d’adhérer.
    Car seul le rapport de forces permet de s’imposer et d’en imposer.
    Car, si nous n’adhérons pas, nous « les » laissons faire et acceptons de donner à nos enfants et nos petits-enfants une société permissive sans repère et sans limite. Ils seront alors en droit de nous le reprocher.
    @Le Chafouin: ce commentaire militant n’est pas dans la droite ligne de votre article. Aussi, si vous le jugez nécessaire, vous pouvez le supprimer. Je n’en prendrais pas ombrage.

  11. Personnellement je ne suis pas si choquée que cela. Certains grand patrons ne connaissent pas du tout les produits qu’ils seront amenés à vendre et s’en sortent très bien !
    Les ministres néophytes doivent montrer leur capacité d’adaptation à l’environnement, à la prise en compte rapide des problèmes internes à leur ministère et externes, ils doivent bien s’entourer et bien communiquer. Bon, remuer une administration doit être plus difficile qu’une société privée mais ils sont pour une grande partie issus du sérail.
    Et à tout les niveaux c’est pareil !
    Plus tard, tu seras peut-être patron d’un journal du hard ou du fan club de oui-oui et tu t’en sortiras surement très bien 🙂

  12. Pingback: Luc Chatel, un homme neuf pour un souffle nouveau « Le blog de SOS Éducation

  13. @ tous

    Je m’en amuse plus que je suis choqué… Je trouve juste que ça montre qu’en effet, un ministre est plus une « marque », qu’on place à la tête d’une administration qui fait le boulot, qu’une réelle personnalité qui impulse une volonté politique. D’ailleurs, la volonté politique, elle vient de l’Elysée! Ce qui n’était pas le cas sous Chirac, par exemple : d’ailleurs, Sarkozy lui-même avait alors toute marge de manoeuvre. Peut-être veut-il éviter de connaître le même sort que son prédécesseur?

    Il y a des domaines (culture, santé, affaires étrangères) où on place souvent desministres « spécialisés », et d’autres où tout le monde est interchangeable! Je trouve ça étonnant. Et je ne trouve pas normal que l’administration ait autant de poids : elle ne devrait être là que pour appliquer et constituer la continuité du pouvoir. Mais pour cela, encore faudrait-il changer les manières de faire!

  14. S1ned

    Beau billet chafouin 🙂
    Un autre problème que je ne crois pas avoir décelé dans ton billet: La continuité!
    Si chaque ministère se tape 2,3,4 ministres par mandat je comprend que ca le ne fasse pas!

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